‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 1 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Un coup d'œil sur l'état militaire de FAngleterre parait nécessaire po«ir Tappréciation des chances de succès que pouvait avoir, au printemps de Tannée 1798, une descente des Français (1).

<( L'Establishment » (situation d'ensemble établie chaque année) portant la date du 11 avril 1798, donne les chiffres suivants :

Existant en Angleterre et entretenus sur le budget de la Grande-Bretagne, à l'exclusion de l'Ecosse et de l'Irlande, mais en comprenant le Pays de Galles et les Iles Normandes :

!•' régiment de life guards (cavalerie). 291

Horse guards (cavalerie) 536

18 régiments de dragons gardes, dragons, dragons légers de 5 à 800 hommes, en moyenne : 750 hommes. . . 13.500

l^' régiment de gardes à pied 3.545

Coldstream guards 2.214

3® régiment de la garde à pied 2 . 214

|er régiment d'infanterie, 1 bataillon. . 716

26 bataillons de même composition. . . 18.616

79« régiment 718

t' 10« régiment 1 .159

Total 35.509

(1) Cette pièce authentique a été, non seolement recherchée gracieusement, mais copiée à mon intention par H. le chef de la salle des communications du Record Office de Londres.

4 PREMJÉRB PARTIE. — CHAPITRE l•^

pour Tarmée active, dont : 14,327 cavaliers et 21,182 fantassins.

Tout le reste est en Irlande, aux colonies ou aux Indes. Quelques détachements sont en Ecosse. Dans le courant de l'année, il y a quelques mouvements de troupes sans grande importance et une légère augmentation d'effectif, 400 hommes environ pour quelques régiments, sans que, à aucun moment, le total atteigne 40,000 soldats réguliers.

Quant à la milice, les crédits affectés à Tentretien de la partie sous les armes sont de 1,932,819 livres sterling, ce qui, à 27 livres par homme, moyenne des années précédentes, représente environ 80,000 hommes.

L'organisation de cette force avait subi, depuis le commencement de la guerre contre la France, d'assez notables modifications.

« En mars 1794, dit le capitaine Charles Clode (1), la « milice fut augmentée par Tautorisation donnée à la Cou- « ronne par l'organe des lords lieutenants, d'accepter de perce sonnes « qualifîed according to the militia law », l'offre <( de lever une ou plusieurs compagnies qui seraient ajoutées « à la milice sous la dénomination de « volontaires », et de « donner à ces personnes le rang d'officier à titre provi- « soire jusqu'au grade de lieutenant-colonel inclusivement. « La loi autorisait également les marguillers, avec le consen- « tement du conseil de fabrique, à élever l'allocation aux « volontaires enrôlés en vertu de la loi antérieure au chiffre « de 10 livres. »

« En juin 1795, une nouvelle loi autorisa les miliciens, (( dans la proportion d'un dixième de l'effectif, à passer « volontairement dans l'artillerie ou dans la marine; les a vacances dans la milice, résultant de ce chef, devaient être « comblées par des engagements volontaires moyennant une « prime de 10 guinées par homme.

« En novembre 1796, le Parlement ratifia la levée suppléée mentaire de 54,441 miliciens pour l'Angleterre et de 44,037 « pour le Pays de Galles, ce qui porta la milice à un chiffre « total de 94,618^ hommes. »

(1) Clode (Capt. Charles), Military forces ofthe Crown, Londres, 1869.

En même temps, le ministère, qui avait obtenu du Parlement rautorisation de faire sortir les corps de milice de leurs comtés respectifs, avait proposé de nouvelles augmentations.

Le message royal ayant fait allusion à une invasion que Ton commençait à redouter sérieusement, Pitt s^exprimait en ces termes au début de la session de 1796 (1) :

« Notre marine est notre défense nationale en cas d'invaa sion. De ce côté, il reste peu à faire ; car jamais notre flotte

« n'a été plus redoutable Mais je proposerai une levée

« de 13,000 hommes des différents services pour la marine et « pour les régiments de ligne. De tous les moyens qui existent « pour augmenter nos forces, il n'en est pas de plus rapide, <c de moins coûteux que celui de lever un supplément de c< milice et de le greflPer sur les prévisions budgétaires (Esta- « blishment) de l'armée. Ce supplément devrait être de 60,000 4( hommes ; la totalité ne sera pas immédiatement appelée, « mais tous seront enrôlés, encadrés et suffisamment exercés « pour être en état de servir à l'occasion. Je proposerai aussi « à la commission de former une nombreuse cavalerie irré- « gulière pour repousser une invasion. Plus nous en aurons, « et mieux cela vaudra, car un envahisseur forcément sans « cavalerie aura le désavantage vis-à-vis de cette espèce de « troupes. Nous pouvons estimer, d'après les taxes perçues, le « nombre de chevaux de luxe en Angleterre, Ecosse et Pays i( de GaUes, à environ 200,000. Ce ne serait pas trop que d'en 4c requérir un dixième pour le bien public dans les circonc< stances actuelles. Ce qui porterait notre force à 20,000 cava- « liers. »

« n y a encore une autre ressource à ne pas négliger : plus de 7,000 gardes-chasse ont des « ports d'armes ». En cas d'invasion, il y aurait grand intérêt à former de ces hommes, très habitués aux armes à feu, de petits corps pour gêner les opérations de l'ennemi. »

Le Parlement refusa les crédits relatifs à l'augmentation d'effectif et aux gardes-chasse ; mais il autorisa la levée de la cavalerie auxiliaire, par une loi (geo cap. 6, modifiée par les cap. 23 et 139 de la même session).

(1) Cité par Hozier, Invasions of England. Londres, 1876.

- « Une forte cavalerie,' dite « provisoire » [provisional) ^ « estimée par M. Pitt à 20,000 hommes, devait être levée par 4( tirage au sort, ainsi qu'une augmentation ultérieure de la <c milice, dans la proportion d'un homme et d'un cheval par « dix chevaux possédés; exception était faite en faveur des « volontaires qui n'avaient que trois chevaux.

- « Dans tout district où le nombre de volontaires attein- « drait les trois quarts de la « cote » fixée, le tirage au sort « {ballot) serait suspendu. Les articles suivants permett^ent « de loger [billet) et d'incorporer cette force, en totalité ou en (c partie.

« Plus tard, la partie non incorporée dut être licenciée et « les hommes incorporés autorisés à servir volontairement « hors du territoire de la Grande-Bretagne (1). »

Un peu plus tard, en juillet 1797, le système de la milice fut, pour la première fois, appliqué à FÉcosse, dont le contingent ne dépassa pas 6,000 hommes.

Mais la milice fui assez vite affaiblie par le passage de ses meilleurs éléments dans l'armée active.

Depuis longtemps, en effet, le gouvernement désirait, pour combler les vides causés par la guerre et la pénurie des engagements volontaires dans les corps réguliers, autoriser les miliciens à passer par engagement dans ces derniers, et, quant aux miliciens, levés par tirage au sort et sans prime, ils désiraient participer aux avantages accordés à ceux qui s'enrôlaient dans la ligne ou la garde. Cette mesure fut cependant violemment combattue dans le Parlement, d'une part, comme funeste à la milice, et, de l'autre, comme dénaturant l'essence même de cette organisation de soldats citoyens uniquement destinés à la défense de leurs foyers. Le principe du passage volontaire de la milice dans l'armée ne fut donc admis que peu à peu et avec de nombreuses restrictions.

« En janvier 1798 (1), une nouvelle loi (38 geo III, cap. 17, (c modifiée par le cap. 56, même session) autorisa 10,000 « hommes de la milice supplémentaire (sous la réserve de ne « pas dépasser le cinquième de la quotité légale de chaque « comté et sans remplacement par tirage) à contracter des

(1) Hosier, loc, cit.

LA SITUATION MILITAIRE DE l' ANGLETERRE. 7

« engagements dans l'armée régulière pour la durée de la « guerre et 6 mois après la conclusion de la paix, au plus, et « sans être obligés de servir hors d'Europe,

c< En février, les articles 18 et 19 autorisèrent Fenrôlement « par tirage au. sort de la moitié de la milice supplémentaire a avant le 10 mars 1798, le reste restant à la disposition du « roi qui pouvait le requérir à sa volonté.

« En juin de la même année, des miliciens ayant offert de <* servir volontairement en Irlande pour combattre Tinsur- « rection, les ministres proposèrent au Parlement d'accepter « ces offres. Cette mesure, toute nouvelle, fut accueillie, c< dans les deux Chambres, par une violente opposition, « comme dénaturant complètement l'essence et le caractère « de la « force constitutionnelle du pays » (nom fréquemment « donné à la milice, par opposition aux troupes régulières, (c qui ne dépendent ou n'ont dépendu longtemps que de la « Couronne). La loi, votée toutefois, mais pour une période « limitée, autorisa 12,000 miliciens à servir en Irlande pour « combattre l'insurrection.

« En juillet, la « milice supplémentaire » fut supprimée <c (39 geo III, cap. 106) et les lois qui l'avaient formée furent « rapportées. L'effectif de la milice, en y comprenant les « volontaires créés par la loi antérieure (34 geo III, cap. 16), « fut fixé à 76,366 hommes pour l'Angleterre et le Pays de « Galles. Afin d'augmenter l'effectif de l'armée régulière, le « roi fut autorisé à gracier tous les miliciens déserteurs qui « s'étaient enrôlés et à les garder dans l'armée. Un peu plus « tard, le roi put désigner les régiments dans lesquels les c< miliciens pouvaient s'enrôler pour cinq ans ou bien pour « la durée de la guerre et six mois après la conclusion de la « paix et sans obligation de servir hors d'Europe. La prime « accordée aux enrôlés fut de 10 guinées ; la taille minimum, « de 4 pieds 5 pouces ; mais il ne devait pas y avoir plus des « trois quarts de la quotité légale de chaque canton qui pût « s'enrôler.

c< Cette mesure ne fut pas accueillie sans une vigoureuse « protestation insérée au Journal des Lords; mais elle passa « et fut favorable à l'armée. Sur les 80,629 miliciens existant « au 1«^ juillet, 15,712 passèrent volontairement dans l'armée, « si bien qu'en octobre, « en considération de ce que l'accrois-

^< sèment ainsi procuré à Tannée régulière avait permis à Sa c< M^esté d'envoyer heureusement des forces considérables « en Hollande », la mesure fut de nouveau étendue. Bien « que la milice eût été réduite à 63,879 hommes, 10,414 de « ceux-ci passèrent dans l'armée régulière (1).

« Les adversaires de la première loi s'opposèrent aussi à la « seconde (2). »

On se rend compte, en présence d'une situation militaire aussi précaire, des craintes extrêmes inspirées à certains esprits par les menaces de la France.

Dès 1795, le colonel anglais Hanger avait établi un remarquable rapport adressé au lord maire de la ville de Londres, et qui donne certains renseignements du plus grand intérêt.

Réflexions sur l'attaque et la défense de la ville de Londres, par le lieutenant-oolonel Hanger (3).

Je ne ressemble pas à nos Tains compatriotes qui méprisent Tennemi commun. J'ai toujours regardé la nation française comme la plus entreprenante du monde ; rien ne lui serait impossible : la bravoure d'un officier français est, depuis longtemps, passée en proverbe. Les soldats ne ressentaient pas autrefois Tardeur qui les anime & présent; ils deviennent presque invincibles, et il n'y a pas d'entreprise, quelque dangereuse et difficile qu'elle soit, qu'ils ne tentent. Il est de notre devoir de considérer ces hommes sous leur vrai point de vue ; nous ne devons ni les déprécier ni les craindre, mais nous devons nous préparer à les recevoir avec courage et nous réunir pour la défense de la capitale. Londres est le seul point où ils puissent nous faire un mal irréparable ; la prise ou l'incendie de toute autre place du royaume, même Plimouth et Portsmouth, quoiqu'un grand mal, ne serait qu'un mal partiel. N'avons-nous pas été en possession de Toulon et brûlé ses arsenaux? Quand bien même une de ces places serait détruite, nous ne serions pas, pour cela, une province de France. Mais je crains bien que cela n'arrivât si la capitale tombait au pouvoir des Français, et était brûlée, pillée ou détruite.

J'ai porté, en conséquence, toute mon attention vers l'attaque et la défense de la capitale, persuadé que, si l'ennemi a le projet de nous nuire essentiellement, et de porter un coup mortel à notre richesse, Londres serait l'objet en

(1) Clode, hc. cit.

(2) L'opposition dans le Parlement, à tontes les demandes de crédit ponr l'augmenta ^ tion des forées militaires et maritimes, tournèrent parfois an tragique. Le 25 avril 1798, au s^jet d'une levée supplémentaire de marins, la discussion entre M. Pitt et le député Tiemay se terminait par un duel an pistolet. (V. Stanhope, Vie de Pitt, t. III, p. 12» ti suîv.)

(3) At*chives de la Guerre, projeta.

Tue, parce que c'est, de toutes les places importantes de Tlle, la plus facile à attaquer, et qu'elle e^t absolument sans défense contre un coup de main que je regarde comme très praticable. Ce fut Tayis du maréchal de Saxe lorsqu'on lui demanda son avis sur un débarquement dans Touest de l'Angleterre :

« Si vous Toulez enyahir cette lie, dit ce général, débarquez un corps d'hommes aussi près de la capitale que tous pourrez, et marchez directement sur Londres ; si tous réussissez, tous ruinez les Anglais ; toute autre chose TOUS aTancerait peu. »

D'après cela, la position que prit l'armée l'année dernière à Brighton était fausse et nullement militaire. Il n'y aTait, sur la côte de Susses, aucune Tille d'une importance à nécessiter une armée pour sa protection ; il ne peut donc y aToir qu'un objet en gardant l'armée à Brighton, c'est de se trouTer à portée de secourir Portsmouth ; à quoi je réponds que, supposant notre grande flotte battue et un tiers des Taisseaux pris ou détruits par l'ennemi, ils n'oseraient jamais attaquer, même le tiers de cette flotte réfugiée à Portsmouth et Spithead. Portsmouth peut d'ailleurs se défendre jusqu'à l'arriTée de secours qui Tiendraient de toutes parts. La position de l'armée à Brighton n'est donc d'aucune utilité.

Toute personne de bonne foi aTOuera que nous aTons été, à différents temps, alarmés, et aTec raison, de Toir l'ennemi dans l'intention de tenter une descente. Lorsque les flottes française et espagnole étaient deTant Plymouth, on ne peut nier qu'elles n'eussent pu débarquer dans l'Ouest ; et je pense que, lorsque lord Howe fut, dans la dernière guerre, au secours de Gibraltar, les Français auraient pu alors débarquer partout où ils l'auraient touIu.

S'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'à cette époque, leur force militaire n'était pas, à beaucoup près, ce qu'elle est dcTcnue ; alors, ils n'aTaient qu'une armée ; ih frétaient pas en possession du Brabant, et, ce qui est doublement destructif pour nous, ils n*étaient pas en possession de la HoUande, et, par là, ils ont, dans le fait, tourné le flanc gauche de l'Angleterre. Combien ne devons-nous pas être inquiets, maintenant que notre position militaire a changé et que notre côte de tEst est ouverte maintenant à tinvasion, beaucoup plus qu'elle ne l'a jamais été auparavant.

Il y a des temps où notre grande flotte est absolument inutile et hors d'état de nous secourir en cas d'iuTasion ; par exemple, lorsqu'elle est à plusieurs centaines de milles à la mer et à l'ouest de Land's End; ensuite, lorsqu'elle est à Plymouth ou à Spithead et que le Tent souffle fort de l'est, elle ne peut pas remonter la Manche pour Tenir au secours de la capitale ou de quelque autre partie de l'tle, tandis que le même Tent est faTorable aux Français; et, s'il Tient à changer, il les ramène chez eux, aTant qu'il puisse amener une partie de notre flotte de Plymouth ou même de Spithead. Il faut encore observer que notre grande flotte ne peut jamais hasarder d'approcher une côte sous le Tent, et, ce qui est encore plus désaTantageux pour nous, elle ne peut que difficilement, et même pas du tout, manœuTrer parmi les bancs de sable et les basfonds dont notre côte est semée, principalement aux approches et au dedans de la Tamise ; de sorte que l'ennemi peut faire un débarquement malgré notre flotte.

C'est une opinion généralement reçue que, tant que nos flottes seront supérieures à la mer» une iuTasion n'est pas à craindre. Cette idée est, selon

moi, la plus extrayagaDte qui pubse Tenir à un homme; c*e8i un enfant de la Sottise, nourri sur les genoux de Torgueil national . . . , J^avoue que je suis étonné que, pendant les longues nuits, Tennemi n*ait pas glissé un corps de Hollande dans la Tamise. Quelque considérable que Ton suppose une flotte bloquant le Texel et stationnée aux Dunes, elle ne pourra jamais doubler le cap Northforeland pour Tenir dans la Tamise, si le Tent soufQe fort de Test, et sept heures après leur débarquement, ils auraient pu venir à Londres sans opposition. Mais, de ce qu'ils ne Font pas fait, ce n'est pas une raison de penser qu'ils ne le fassent pas.

Que la Tille de Londres ne fosse pas reposer sa sûreté, ses richesses et ses propriétés sur la force de notre flotte : il faut d'autres précautions, principalement par terre, et prendre des mesures efficaces pour la sûreté de notre flotte et principalement de notre capitale.

Le seul endroit favorable à un débarquement sur la rive gauche de la Tamise, afin de tenter un coup de main sur la capitale, avant qu'on n'ait pu réunir les forces les plus éloignées, est le point de Hope, entre East Tilbury et Mucking; le terrain a à peu près 2 milles d'étendue. Le débarquement ne pourrait réussir plus à l'est, dans les marais de Goringham ou sur l'Ile de Gonvey, parce qu'il serait impossible à l'ennemi de s'avancer, et qu'il serait exposé au feu du canon et de la mousqueterie, en front et en flanc, avant de pouvoir former un seul bataillon et sortir de ces endroits marécageux.

Le point le plus proche de ceux-là est celui de Leigh ; mais, en y débarquant, l'ennemi se trouverait plus éloigné de la capitale de 18 milles, ce qui BOUS donnerait, pour rassembler nos forces, un jour de plus que s'il débar-

quait à Hope, et d*où il ne peut avancer que par Hadleigh et Thundersley, pays très fort, où 1000 hommes peuvent arrêter toute une armée. De U, pour aller à Londres, il faut traverser les hauteurs de Langdon, autre position très forte et qui forme un défilé continuel. Je pense donc qu'un officier intelligent ne tentera pas de débarquer à Leigh, lorsque le même vent qui Ty amène peut le conduire à Hope.

Le premier et le prineipal objet est d'empêcher Tennemi de débarquer aux endroits désignés ; ensuite, en supposant le débarquement effectué^ d'avoir un camp retranché sur la route directe de Londres et dans une position telle, qu'on ne puisse le tourner que par un circuit de plusieurs milles, ce qui nous donnerait le temps de rassembler une nombreuse armée.

Je reviens à la défense de la rivière dans les environs de Mucking et

de East Tilbury. Ce point est foil par la nature, et, avec un peu de travail, peut être rendu imprenable. Je propose que l'on s'oppose à l'ennemi de la même manière que le général Lloyd nous apprend que le duc de Vendôme s'opposa au prince Eugène lors du passage d'une rivière en Italie ; nos troupes formeraient une portion de cercle concave vers l'ennemi et seraient protégées par trois redoutes : une sur chaque flanc et sur le front également concave vers l'ennemi. Si l'on juge que trois redoutes ne suffisent pas, on en fera quatre.

Avant de quitter le Hope, j'observerai qu'il est indispensable d'élever

un ouvrage à l'extrémité nord du comté de Kent, près d'un canton appelé Yariand, où la rivière tourne de l'est au sud, presque à angle droit ; 400 hommes y suffiront; mais.il faut que ce soit un ouvrage régulier et fermé avec estacade et abatis, pour que l'ennemi ne tente pas de l'enlever d'assaut en débarquant, et à telle distance, qu'aucun vaisseau ou batterie flottante puisse faire taire son artillerie.

Une batterie doit aussi être construite sur la même rive, à moitié chemin entre l'ouvrage ci-dessus et l'extrémité des marais de Higham, au nord-ouest de la- ville de Gliff. Ces deux ouvrages empêcheront efficacement l'ennemi de rester à l'ancre dans le Hope ; et je suis persuadé que deux pièces de 30, à distance convenable, suffiront pour chasser le plus fort vaisseau de son mouillage, et plus sûrement encore, si l'on a des boulets rouges.

Mais, en supposant que l'ennemi effectue son débarquement, ...je

vais indiquer une position où les citoyens de Londres pourraient. . . résister.

Cette position ne peut être forcée et ne peut être tournée que par

un tel circuit qu'il faudrait, pour le faire, plus de temps que n'en comporte la nature d'un coup de main ; et même, dans une attaque plus sérieuse, et en grandes forces, on ne pourrait le faire qu'en prenant des détours qui conduiraient presque aussi loin que Epping, et alors, il faudrait tenter le passage de cette forêt, où, en plusieurs endroits, un petit nombre d'hommes peut cornbattre avec avantage contre un plus grand. Cette position est derrière la Roding, depuis la ville de Barking jusqu'à Ilford (défense très simple, puisque la rivière n'est pas guéable et a seulement deux ponts qu'on peut aisément défendre), et, depuis Hford jusqu'à la forêt de Hesnault de l'autre côté de lu Roding, vers l'est. La distance entre Barking et Ilford est d'environ 4 milles et un quart, et, entre Ilford et la forêt, à peine de 2.

Au-dessus de Barking, la rivière se sépare en deux bras, entre lesquels il

ii PREMIÉRK PARTIE. — CHAPITRE I«'.

y a un terrain bas et marécageux, ce qui rend la Tille doublement forte, et la riyière, en se divisant, au-dessus, rétrécit la position des troupes et diminue le nombre qui est nécessaire pour défendre le passage. Au-dessus d'Uford est un endroit appelé Adessbroost, yis-à-Tis duquel le petit ruisseau de Granbrook se décharge dans la Roding. L'espace entre ce ruisseau et la ville d*llford est d'environ i demi-mille ; le ruisseau sort de la lisière de la forêt de Hesnault ; on y trouve un pont, appelé le Bunters-Bridge, et un autre, plus bas, appelé Cranbroock. Je propose que ce ruisseau soit augmenté par une écluse, établie aussi bas que possible vers son embouchure et protégée par quelque ouvrage. Si les eaux de ce ruisseau ne pouvaient être assez élevées pour Tempécher d'être traversé près de Bunters-Bridge ou au-dessus, cependant, elles le seraient assez pour qu'on ne puisse le passer à gué à une certaine distance au-dessus de son embouchure dans la Roding. Gela rétrécira et fortifiera la position derrière le ruisseau, et quelques pièces de gros calibre, placées près de la Roding, balaieront si bien les approches entre ce ruisseau et Uford, que nos troupes, placées derrière le ruisseau de Granbrook, n'auront pas à craindre que leur flanc droit puisse être inquiété ; leur gauche sera gardée par la forêt de Hesnault, qui doit être garnie de troupes légères et de tirailleurs, soutenus par des troupes réglées et quelques canons, avec de forts abatis. Une attaque de front devenant impossible, pour ainsi dire, par l'augmentation de l'eau, l'aile gauche pourrait être soutenue par la droite en cas de besoin ; et, en supposant

que notre armée fût obligée à faire retraite, elle prendrait une nouvelle

position plus forte que la première, parce que le terrain rétréci n'a pas plus

de i mille, dans sa plus grande largeur, à Glaybury, près le pont de

Woodford. »

Page 1