CHAPITRE V
LA CAMPAGNE DE HUHBERT EN IRUNDE
Le 6 août, à 9 heures du matin (1), la division du capitaine de vaisseau Savary était sous voiles et faisait route vers le pertbuis d'Antioche par vent frais de O.-N.-O., qui obligeait à louvoyer.
Les troupes étaient réparties de la façon suivante :
Sur la Concorde, . 35 officiers, 380 s.-off. et soldats,
la Franchise . 27 — 303 —
\^.Médée.... 2 1 — 334 —
Totaux 82 officiers, 1 .017 s.-off. et soldats.
« Il faut y ajouter les domestiques des frégates, pouvant « se monter à 6 ou 8, ainsi que 2 femmes, qui se sont dégui- <( sées et cachées (1). »
La navigation se poursuivit (2), sans que Tennemi fut
(1) Journal de Savtry, Carnet de la Sahretojche, n» 67.
(2) Journal de route de la Concorde (commandant Savary). Extrait : 27 messidor (15 juillet 1798). Prise de commandement de la division.
26 — 16 — Rendu en rade de 111e d*Aix malgré le mauvais temps }
retourné de sa personne à Rochefort, août Reçu les instructions et la lettre du 12 messidor.
— Arrivé à bord de la Concorde; désaifourché.
— Reçu par les chaloupes des vivres et effets ainsi que des matelots ; orage le soir.
— Appareillé et mouillé en rade de la Rochelle.
— Embarquement des troupes de 7 heures du matin à midi ;
on ne peut partir, le général Humbert n'ayant pas sa caisse et quelques petits préparatifs à terminer. 19 — 6 — Arrivée de la caisse ; 9 heures sous voiles par vent d'entre
N.-E. etN.-O.
signalé, par temps variable, parfois heau, dont les frégates H surchargées et trop encombrées » profitèrent peu, » marchant fort mal ».
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Houle du N..0.
Calma plat; loule ao N.-1/4 N.-E.; mouvem. d'inEOrrectiimdelatieiipe rieUmjDt 3 moii de aolde prooiia :
la g<!Dénl Humbert Unit par cdD' lODtiT i pajer.
Beau lempi.
La navigation dura seize jours, à cause du détour que Ton crut prudent de faire.
Pendant le trajet, le mécontentement causé par le refus fait par Humbert de payer Favance promise aux troupes faillit amener une sédition.
Un grenadier ayant réclamé au nom des séditieux, Humbert ne put obtenir qu'il fût mis en prison. Il dut s'enfermer dans sa chambre et payer les avances promises (1).
Peu avant Tarrivée, le bataillon de la 70* fut scindé en deux autres, qui prirent les noms de l®*" et 2« bataillons de la \^ brigade d'Irlande. Il fut formé trois compagnies de grenadiers, à Teffectif total de 159 hommes, qui, sous les ordres de Tadjudant général Sarrazin, jouèrent un rôle particulièrement distingué pendant l'expédition.
Le 20 août, à 6 heures 3/4 du soir, les navires se trouvaient (2) à 5 lieues au N.-N.-E. de Fîle MuUet, par vent du N.-O. et mer très dure. Ne voyant rien sur la côte, le commandant alla chercher le cap Tillen, pensant atterrir au Killysbeg, dans la baie de Donnegal. Mais le vent passa brusquement au S.-E. presque calme, et, pour ne pas perdre de temps, la division se dirigea sur Killala. Ne recevant pas de pilote, ayant des plans peu précis et pas d'instructions nautiques, Savary se résolut à mouiller pendant la nuit du 21 au 22.
30 messidor (17 août 1798). 53«45 ]6<»55 Grand frais; mer très grosse.
1" fructidor 18 — 54«5t 16«00 Coup de y ent ; mer très grosse. Re-
marque : Si dans rhiyer, la mer est ici en proportion de ce qu'elle est au mois d'août, je ne pense pas qu'on puisse y naviguer.
2 sl9 — 54«40 13*34 Gouyemé dans le N.-E., puis dans le
S.-B., pour profiter du vent passant à la partie N.
3 — tO — 54*11 12*34 Joli frais ; mer houleuse du N.-O.
4 — Jl — » »A6h. \/l du matin, vu la terre
au sud.
(1) Ces détails sont tirés d'un manuscrit rédigé à Uchtfleld, le 5 novembre 1798, parle capitaine Jobit, qui avait pris part à l'expédition comme commandant une compagnie de grenadiers et y était alors prisonnier. Cette pièce précieuse, due à l'obligeance de M. le lieutenant Jobit, du 130* d'infanterie, fixe beaucoup de points qui étaient restés obscurs, et il y sera fait de larges emprunts. EUe porte cependant la marque des dissentiments qui eurent lien entre certains officiers et le général Humbert, et paraît souvent trop sévère pour ce dernier.
(2) Journal de Savary, Carnet de la Sa6re<acAe, juillet 1798.
Au jour, il arbora le pavillon anglais, se remît sous voile, arrêta un brick qui se rendait de Sligo à Killala, et en obtint un pilote pour se faire conduire à Kilcummin. Peu après, il reçut à son bord un officier anglais du régiment prince de Galles qui, trompé par ses fausses couleurs, vint se faire prendre sans défiance. Il en fut de même de trois officiers (1) de milice et de deux des fils de Tévêque de Killala (2).
Entre 2 heures et 3 h. 1/2 du soir, les trois frégates étaient mouillées dans une petite anse, entre le cap Kilcummin et la pointe Ross, à trois encablures (une demi-portée de canon) de terre.
Le débarquement des troupes, commencé à 2 h. 3/4, était
(I) AdJadaDt général Fontaine, notice historique, sir Richard Mnrsgraye, baronnet (membre da dernier Parlement irlandais), Memov'S on the diffament rebellions in Ireland, Ix>ndres, 1801.
(t) D'après le livre de M. Gribayédoff, The French Invasion in Ireland, New-York, 1890, aaqael il sera fait de très larges emprunts, Teropressement montré par les fils de l'éyéque à se rendre à bord de navires présumés anglais, aurait tenu à la situation particulière dans laquelle se trouvait Tévéque protestant Stock, esprit « très modéré » et en butte à la fois à l'hostilité de la population catholique et des orangistes, qui lui reprochaient la tiédeur de son loyalisme. Stock, qui paratt surtout avoir été un caractère faible, devait, en somme, avoir de bons rapports avec les Français et s'en justifier ensuite par un véritable pamphlet, intitulé « Narrative ofwhat passed at Killala, by an eye witness ». Un exemplaire de cet ouvrage existant au British Muséum et annoté sûrement par un Irlandais, à l'insu sans doute des dignes et aimables bibliothécaires, est une chose vraiment amusante.
Journal du capitaine Jobit :
Plusieurs embarcations vinrent à nous de toutes parts, nous prenant pour des Anglais. Une d'elles portait un officier accompagné d'un simple soldat. Il avait été envoyé d'un poste militaire, qui était à une des extrémités de la baie, pour prendre le commandement du cantonnement de Killala. Chemiu faisant, il s'était amusé à faire la pèche avec un ami qui servait de patron à la chaloupe. Croyant voir en nous des gens de sa nation, il était charmé de trouver l'occasion de venir offrir le fruit de sa pèche aux officiers de notre bord. Il y vint, en effet, mais quelle fut sa surprise lorsqu'au lieu de l'uniforme anglais, il découvrit l'habit national fi*ançais. Il est difficile de se faire une idée du changement physique qui se fit sur toute sa personne ainsi que sur ses compagnons. Étant à bord, on les fit entrer dans la chambre du capitaine, oii l'on eut peine à les faire revenir de l'espèce d'anéantissement dans lequel ils étaient tombés. Cette aventure ne leur coûta pourtant que la peur, car le lendemain, l'officier fut renvoyé avec ses gens, sur sa parole d'honneur.
Un canot conduisait vers nous les deux fils aînés et un ami de l'évèque de Killala. Ces trois jeunes gens, peu accoutumés à voir des vaisseaux armés dans leurs parages, venaient présenter leurs hommages aux prétendus Anglais, et engager les principaux officiers à descendre à terre pour se rafraîchir chez leurs parents ; ils n'étaient pas à quatre toises de la frégate, lorsqu'ils s'aperçurent de leur méprise. C'était un peu tard pour revirer de bord, car, comme ils voulaient virer de bord, il suffit au capitaine de la Concorde de les menacer d'un fusil pour les obliger à se mettre à notre discrétion. Le plus âgé fut débarqué avec son ami avec nos premières troupes, son firère fut gardé comme otage jusqu'à la fin du débarquement, et tous trois ensuite furent rendus à leurs familles.
terminé à 7 h. 1/2. Le lendemain, à midi, tout ce que la division navale pouvait fournir à la petite armée de Humbert était à terre (1).
Aussitôt que les premières troupes avaient pris pied sur la côte, Tadjudant général Sarrazin, avec les trois compagnies de grenadiers, et guidé par un nommé Mac-Keon (2), irlandais naturalisé français et servant conmie officier, marcha sur la ville de Killala où se trouvaient, sous les ordres du (3) lieutenant Sills, quelques soldats du Leicester fencible infantry régiment, et quelques « yeomen » de la ville de Killala : (200 hommes en tout, disent Fontaine et Humbert, 100, dit Sarrazin, 50 seulement, dit Lecky (4). Le tout commandé par le capitaine Kirkwood (5).
« A la tombée de la nuit, les grenadiers attaquèrent ce « poste avec impétuosité, et, sans daigner réporfdre à la « fusillade de l'ennemi, ils le chargèrent à la bayonnette, le « forcèrent à se replier, semèrent le désordre dans ses rangs. « De 200 hommes qui défendaient Killala, 27 se sauvèrent « dans les marais, le reste fut tué ou pris ; 25 prisonniers et « 1 officier furent envoyés en France. Les pertes étaient de « 3 blessés, dont 1 officier (6). »
D'après Gribayédoff, qui a étudié la campagne sur les lieux, le capitaine Kirkwood fut pris à l'entrée de la ville, le lieutenant Sills se retira dans le ch&teau où il se rendit à Humbert qui l'envoya en France.
Ce fut ayec les trois compagnies de grenadiers, dit le capitaine Jobît, que le général en chef, suivi de Fadjudant général Sarrazin, s'avança dans les terres. Il dirigea sa marche vers le bourg de Killala, gardé par 80 hommes de troupes anglaises. Dix grenadiers, commandés par un sous-lieutenant, formant Tavant-garde, virent à une portée de fusil, en avant du bourg, Tennemi en bataille à travers de la route, disposé à en défendre Tentrée. A cette vue, notre petite avant-garde doubla le pas en avant et, rendue à portée, elle reçut une
(1) C'était : 12,000 biscaits en saes, 18 barils de farine, 6 barriques d'eau-de-vie, 120 fnsils, l'artillerie et les manitions.
(2) Journal de Savary, notice de Fontaine, Oribayédoff, Revue des Revues t fév. 1898.
(3) Impartial relation Anonyme (officier servant soos lord Comvallis), oavrage
tr^ précis et complet.
(4) Lecky, History oflreland in the eighteenth century,
(5) GribayédofT.
(6) Fontaine. 3 officiers avaient été pris (Gordon, Histoire de F Irlande).
décharge générale qui blessa de deux balles le sous-lieutenant. Les grenadiers ripostèrent et, sans hésitation, chargèrent au pas de course l'ennemi qui prit aussitôt la fuite. Les trois compagnies de grenadiers qui appuyaient cette avantgarde à très peu de distance prirent également la course pour la soutenir et arrivèrent en même temps qu'elle au bourg déjà évacué par Tennemi. Malgré l'agilité des fuyards, tous ne purent pas échapper à la vigoureuse poursuite de nos grenadiers qui firent 23 prisonniers parmi lesquels 3 officiers. De ce nombre était un lord. Comme il était domicilié à Eilhda, il obtint la liberté d'v rester sur parole ; les deux autres et 13 soldats furent mis à bord des frégates pour être envoyés en France. Outre les prisonniers, l'ennemi eut dans cette affaire i hommes tués et plus du double de blessés. Nous n'eûmes d'atteint que le sous-lieutenant et heureusement ses blessures furent très légères.
Quelles que soient les différences entre ces versions, Tenlèvement de Killala avait été une opération rondement et énergiquement menée.
L'évêque de Killala Stock, Dean Thompson, et d'autres ecclésiastiques furent faits prisonniers par les Français (1).
L'adjudant général Sarrazin fut nommé général de brigade sur le champ de bataille (2).
La nouvelle de ce premier succès rédigée par Humbert, fut emportée par le commandant Savary qui leva Fancre dès le 23 au soir, emmenant les prisonniers faits dans la journée.
Humbert au Directoire,
23 août.
Nous sommes maîtres de Killala malgré quelques obstacles qu'il a fallu vaincre. Tout me promet les plus heureux succès. Je dois vous faire connaître le dévouement des officiers de marine qui nous ont conduits ici : vos intérêts ne pouvaient être en de meilleures mains et ils ont fait honneur au choix du Ministre.
Dès le lendemain matin, Tadjudant général Fontaine s'occupa d'utiliser les ressources très restreintes (3) du pays. On manquait surtout de chevaux, les habitants ne se servant que de charrettes traînées par des poneys de petite taille.
(1) Impm^tial relation» Ce prélat resta treato-denx jours au pouvoir des Français (Gordon) .
(2) Rapport de Humbert.
(3) Nous fûmes étonnés de la pauvreté du pays (Jobit).
Tous les chevaux de TéTéque et la plus grande partie de son bétail furent réquisitionnés par les Français qui assurèrent que le payement en serait fait par le « Directoire irlandais » qui allait être établi en Connaught (i),
Humbert rassura Tévéque, lui promit que lui et la population seraient traités avec une scrupuleuse attention, et que les Français ne prendraient que ce qui serait absolument nécessaire à leurs besoins. Cette promesse fut religieusement tenue pendant tout le temps du séjour des Français à Killala, à Texception d*un petit accès de mauvaise humeur qu'eut une fois le général envers Tévéque (2).
Grâce à ces réquisitions, Humbert put monter tous ses officiers, ses chasseurs à cheval et même, trois jours après son débarquement, augmenter sa cavalerie de 40 hommes fournis par des fantassins volontaires à raison de 3 par compagnie du centre (3).
La journée du 23 fut aussi employée par les Français à recruter quelques habitants dont un petit nombre (4) se décida à prendre les armes. Elle fut mise à profit à Ballina (à sept milles, 11 kilomètres de
(1) Masgrave, loc. cit.
(1) A narrative of what passed at Killala, by an eye witness (Bishop Stock), Dublin, 1800.
(3) Capitaine Jobit. Le drapeau vert fut hissé sur le chAteau (Musgrave, loc, cit.). On lança une proclamation conviant les Irlandais à conquérir leur liberté.
(4) Un millier, d'après l'évéque Stock, cité par Gribayédoff, auxquels on donna des annes et des uniformes français.
Killala) « par le major Keir et le colonel sir Thomas « Cbapman, qui y réunirent les cavaliers yeomen de Tyraw- « ley, quelques autres détachements montés des environs i< formés de yeomen et de volontaires, et un détachement « de carabiniers ; le tout montant à environ 400 che- « vaux (1). »
Dans la matinée du 24, le général Sarrazin, avec le capitaine Huet, partit en reconnaissance sur Ballina. Avant d'arriver à cette localité, d'après Humbert et Fontaine, il aurait eu une escarmouche avec le détachement du major Keir. Les cavaliers auraient été repoussés « au grand galop pendant plus de deux lieues » et forcés « de se replier derrière les murs de la ville », et une fois leur position reconnue, Sarrazin serait rentré à Killala.
Le 7 (24 août) « une fois leur position reconnue, dit Humbert, j'ai marché a\ec Tarmée sur Ballina.
u L'adjudant général Sarrazin (2) eut le commandement de 4 compagnies d'infanterie, d'un détachement de grenadiers et de chasseurs à cheyal. Quatre compagnies des canonniers et des Irlandais marchèrent sous les ordres du général Fontaine.
« Le premier de ces détachements se porta sur la route de Killala pour attaquer Ballina de ce côté (de front). L'adjudant général Fontaine, en se portant sur la route de Foxford, eut ordre de tourner l'ennemi ; ces deux attaques réussirent complètement. Nos troupes le culbutèrent à coup de bayonnettes sans tirer un coup de fusil. Il eut beaucoup de tués et de blessés, de ce nombre 5 officiers (3).
<( Nous ne payâmes ce hardi coup de main que par la perte d'un homme, deux autres furent blessés. La nuit qui suivit cette attaque fut employée à faire voltiger de petits détachements et à reconnaître le terrain ; il y eut quelques
(1) Impartial relation,
il) Fontaine.
(3) Les (encibles furent envoyés prisonniers à bord, mais les yeomen forent mis en liberté sur parole deux jours après.
a Le général Humbert faisait en toute occasion une frappante différence entre les Anglais et les Irlandais de naissance, supposant que ces derniers devaient tous haïr les Anglais et désirer la séparation » (Musgrave, loc, cit.).
L'évéque Stock raconte le curieux épisode que voici :
« Les yeomen et les carabiniers s'étaient enfuis, laissant un cavalier, qu'on avait saisi dans son lit. Comme le prisonnier était grand et de forte corpulence, le général Humbert voulut l'exposer aux populations et le fit placer à sa gauche dans un cabriolet attelé de deux chevaux, qui avaient appartenu au Rev. Fortescue, tué récemment, et revint en triomphe de Ballina à Killala, aux acclamations des paysans et des soldats. Le captif indolent, tournant paisiblement les yeux à l'entour, semblait on lion de mer arraché à son sommeil ! ! ! »
LA CAMPAQNE DE UUMBERT BN IRLANDE. 91
escarmouches. Nous fîmes prisonnier un officier. Les renseignements que nous pûmes obtenir de lui, furent un état des troupes qui marchaient à notre rencontre et qu'il nous assura être de 1300 hommes d'infanterie et de 700 che- Taux. Cette marche forcée et de nuit avait pour objet de surpi*endre Fennemi, ce qui nous réussit.
t< J'ai poursuivi pendant longtemps la cavalerie avec le brave 3* régiment de chasseurs, ajoute Humbert (1). »
D'après le récit anglais (2), ayant rencontré dans sa reconnaissance sur Ballina une forte résistance, Sarrazin aurait battu en retraite, suivi bientôt par le major Keir qui, renforcé de plusieurs corps de yeomen-cavalerie, se serait avancé jusqu'à un demi-mille de Killala (800 mètres). Là, il aurait eu une escarmouche désavantageuse dans laquelle il perdit le révérend Fortescue, recteur de Ballina, qui servait dans les yeomen et aurait, vers le soir, battu en retraite (3).
« Recueilli par le colonel sir Thomas Ghapman accom- « pagné de trois compagnies de carabiniers et d'un peu d'in- « fanterie, le détachement anglais se posta en avant de « Ballina j à Moynes Abbey^ d'où il décampa à minuit et « gagna, sans être inquiété et en traversant Ballina, Foxford « à neuf milles (14 kilomètres) au sud.
« En même temps, le général Taylor, arrivant de Sligo « avec 250 fencibles et autant de yeomen, apprit que la ville « de Ballina était au pouvoir des Français et rétrograda sur « son point de départ. »
La retraite (4) en pleine nuit du colonel Ghapman jusqu'à Foxford, à plus de 15 kilomètres, devrait paraître bien inexplicable si elle n'avait pas été amenée par un combat malheureux.
Entre les contradictions des versions officielles française et anglaise et leurs obscurités, le témoignage du capitaine Jobit,
(1) Lettre au Directoire, datée de Castlebar, 11 fructidor (Arch. de la Guerre^ expid, d'Irlande).
(2) Impartial relation, pages 4 et 5.
(3) D'après GribaycdoflT, la première attaque, celle de Sarraxln, aurait abouti à la surprise des 400 chevaux de Keir, au moment où on les conduisait à l'abreuvoir. Après leur déroute. Sarrasin serait revenu à Killala, pour en repartir de nouveau et forcer le nugor Keir à évacuer la position au nord dé Ballina.
(4) Elle fut a un molested », non inquiétée.
confirmé dans les détails par l'examen de la carte et les récits d'autres écrivains anglais, tels que Forangiste Musgrave, donne une explication bien plus satisfaisante et complète :
« Le quartier général étant établi à Killala, au palais de Tévêque, Tadjudant général Sarrazin, homme remarquable par ses talents militaires, sa bravoure et le grand sang-froid qu'il conserve dans les occasions les plus périlleuses, marcha le 6 fructidor (23 août) sur la petite Tille de Ballina, distante d'environ deux lieues du quartier général, ayant avec lui les 3 compagnies de grenadiers (1), 2 compagnies ordinaires et quelques chasseurs à cheval qui s'étaient montés la veille dans le pays. Arrivé à portée de canon de cet endroit, Tadjudant général eut avis qu'il était défendu par 600 hommes d'infanterie, 200 cavaliers et 2 pièces de canon. Notre petite force s'élevant au plus à 250 hommes, il crut prudent de ne pas risquer une attaque dont les suites auraient pu devenir funestes ; il ordonna donc une contremarche sur Killala. Cet ordre, dont la sagesse n'a pas besoin d'être démontrée, occasionna (Tabord d'assez violents murmures parmi les grenadiers qui criaient à haute voix qu*il fallait attaquer, que la victoire était certaine^ qu'ifs étaient sûrs de vaincre, etc. Cependant, la contremarche se fit avec ordre, mais non sans quolibets satiriques qui ne finirent qu*à notre entrée au quartier général.
« L'ennemi s'étant aperçu de notre mouvement rétrograde, l'attribua à la peur, et dans cette persuasion il envoya, deux heures après notre retour, environ une centaine de cavaliers et un nombre égal de fantassins qui marchaient avec l'assurance d'une victoire facile. Leur approche donna le signal de la générale. Elle n'eut pas battu 5 minutes que toute notre petite troupe était sous les armes. Le général en chef, accompagné de quelques chasseurs à cheval, se porta du côté de l'ennemi, et ayant reconnu quelle était à peu près sa force, il se contenta de faire marcher à sa rencontre la compagnie que je commandais (2). A peine les cavaliers ennemis eurent-ils aperçu les panaches rouges de cette petite force qu'ils tournèrent bride au grand galop ; l'infanterie imita la cavalerie. Les grenadiers rentrèrent au camp après les avoir poursuivis inutilement pendant plus d'une demi-heure.
« Le soir de ce même jour (23 août), environ 500 de mes soldats se mirent en marche et reprirent la route de Ballina. Quelques heures après, un poste avancé de cavalerie ennemie fut surpris par nos chasseurs qui éclairaient notre marche. On lui fit 2 prisonniers, le reste eut beaucoup de peine à se sauver. La plupart des cavaliers laissèrent sur le terrain leurs montures, quelques selles, des sabres et des pistolets. Notre troupe s'arrêta et passa la nuit sur une petite éminence qui se trouvait près de la route et à peu près à moitié du chemin (3). Le lendemain, au point du jour, elle se disposa à faire l'attaque de la ville. La position de cette place n'était pas avantageuse pour la défensive,
(1) DoDt celle da capiuine Jobit qui assista et prit part aux événements.
(2) 51 hommes et 2 officiers; le sous-lieatenant Ouépé avait été blessé à Killala (Jobit).
(3) Probablement la cote 170 à l'est de Ballinelnre. Carte de rordnance, Sunrey of Ireland, feuille n* 53.
aussi l'ennemi se dépécha-t-il de TéTacuer aussitôt qu'il sentit notre approche. Nous entrâmes donc à Ballina sans aucun obstacle et sans brûler une amoi*ce. Jugeant que l'ennemi ne pouvait pas être loin et suivant la direction qu'il avait prise, indiquée par les signes que nous faisaient quelques habitants qui osaient à peine mettre le nez hors de la porte de leur maison, nous ne tardâmes pas, en effet, à Tapercevoir qui fuyait. Aussitôt nom courûmes sur lui en tirant quelques coups de fusil afin de r obliger à riposter et conséquemment à ralentir sa marche. Mais il continua de courir sans regarder derrière lui, et il fit tellement diligence dans sa faite qu'il nous fut impossible de ^atteindre d'aucune manière. Fatigués de le poursuivre vainement, nous rentrâmes en ville où nous trouvâmes le commandant de la cavalerie anglaise qui, s'étant levé trop tard, n'eut pas le temps de suivre sa troupe (1). 11 devint notre prisonnier ainsi que trois autres officiers et 4 soldats qui s'étaient cachés chez les habitants, lesquels nous les livrèrent
« Notre troupe se reposa quelques heures, et après s'être rafraîchie chez les habitants qui l'accueillirent avec le plus vif enthousiasme, elle revint à Killala, emmenant les prisonniers qu'elle venait de faire. Elle ne fut pas plutôt rentrée qu'elle eut une nouvelle alarme.
« Nous avions laissé, au lieu de notre débarquement, nos poudres et nos armes dont la garde était confiée à 30 hommes. Des trois pièces de canon qui nous avaient suivies de France, deux avaient été conduites à Killala, encore avec beaucoup de peine à cause de la grande difficulté de se procurer des harnais pour les chevaux ; la troisième était restée sur le rivage. Des malveillants, ou plutôt quelques militaires étourdis, firent courir le bruit que l'ennemi cherchait à nous couper la communication de ce poste important. Ce bruit parvint aux oreilles du général qui fit sur-le-champ mettre sa force en état de marcher vers l'endroit où l'on prétendait que l'ennemi se portait. A peine était-on en marche qu'on fut assuré que ce n'était qu'une fausse alerte; la troupe rentra, à l'exception des grenadiers qui furent envoyés, par mesure de prudence, à un poste intermédiaire établi près d'un pont sur la route du rivage (2). Les grenadiers n'ayant trouvé aucun danger, reçurent l'ordre de rentrer au camp. La troupe se reposa jusqu'au lendemain soir.
Toutes les obscurités disparaissent avec ce récit si clair et si complet. Il n'est pas jusqu'à ce que Jobit croit être une fausse alerte, qui ne soit vrai. C'est Tannonce de l'approche du général Taylor. Comme l'on sait qu'il vient de Sligo, on l'attend sur la route dire«!te le long de la mer, tandis qu'il a marché sur Ballina et fait demi-tour. Ce mouvement, la déroute sans combat de Keir et Chapman, tous les détails
(1) Confirmé par Musgrave et Stock.
(t) Probablement Kilroebridge, à 3/4 de mille (1200 mètres) S.-O. de Killala. Carte d'Irlande, lac. cit.
confirment bien la démoralisation des troupes anglaises et l'extraordinaire entrain de la petite armée de Humbert.
Le 8 (25 août), dit Humbert, Tarmée a été jointe par un corps d'Irlandais qui ont été armés et habillés sur-le-champ. Vers les 8 heures du soir, je me suis porté sur Rappa (1). J*ai gardé cette position jusqu'à 2 heures après minuit.
Dans la journée du 8, dit de son côté Fontaine, il fut ordonné que Ton se porterait sur Gastlebar. L'armée se mit en marche ; le général fut informé que l'ennemi, profitant de notre mouvement, se disposait à se porter en force sur Killala pour brûler nos magasins, rendre inutiles nos premiers pas, et arrêter * nos progrès. Ce mouyement fit changer la disposition du général. 200 hommes, sous le capitaine Gharost, et une partie des Irlandais restèrent à Killala pour empêcher la tentative que les Anglais avaient dessein de faire, et le reste se reporta sur Ballina. Après une marche de nuit, nous arrivâmes à Â heures du matin.
Enfin, Jobit confirme les faits :
Notre petite armée, grossie de pareils soldats (les Irlandais), partit enfin le 8 fructidor (25 août) au soir, avec 2 canons, laissant 100 hommes à Killala. Elle prit la route de Gastlebar, petite ville à 10 lieues de là. Après une marche de quatre heures, le général Humbert, qui était à la tète de la colonne, est informé que l'ennemi s'est porté sur Ballina. Gette nouvelle change la marche et la dirige sur cette ville, et après avoir bivouaqué deux heures sur la route, nos troupes y arrivent sans avoir rencontré un seul soldat anglais. Nos soldats, fatigués par dix heures d'une marche consécutive, ayant besoin de repos, passèrent la matinée h Ballina ; ils se logèrent chez les habitants qui leur fournirent les vivres dont ils avaient besoin pour réparer leurs forces.
On doit conclure de tout ceci qu'Humbert, parti de Killala pour Gastlebar par Rappa à l'entrée de la nuit, avait, dès ce moment, le dessein qu'il reprit plus tard d'éviter Foxford et de gagner Gastlebar par la montagne. Quant au détour sur Ballina, les témoignages anglais nous l'expliquent. G'est l'annonce faite après coup du mouvement de Taylor sur Ballina. Aussi se passa-t-il un fait curieux. Tandis que Taylor, croyant les Français à Ballina, se retirait sur Sligo, les Français, alors à Killala, l'attendaient le long de la mer. Une fois Taylor en retraite, Humbert, apprenant qu'il s'était approché de Ballina, y courut, alors que les Anglais s'étaient retirés depuis longtemps.
(I) Rappa-Castle est situé à 5 milles (8 kilomètres) aa sud de Killala, sur la route de Gastlebar, et à peu près autant à l'ouest de Ballina.
Il n'est pas nécessaire de faire ressortir la différence d'attitude des deux belligérants.
L'armée resta à Ballina jusqu'à 3 heures du soir (26 août) (1 ).
En ce point, on reçut un parlementaire venant réclamer un major blessé dans le combat du 24, et, sans doute, se renseigner sur la force des envahisseurs. Il fut éconduit (2), et Humbert, apprenant que « le (3) général Lake^ avec une armée « de 5,000 hommes^ s'avançait sur Castlebar^ se mit en marche « pour se porter à sa rencontre ».
Voici, d'après la version de Gribayédoff, confirmée sur place par les renseignements des habitants, l'itinéraire qui fut choisi :
ce Le général Lake (à Castlebar) ne comptait môme pas être obligé de combattre, car, selon ses préyisions, ils (les Français) devaient suivre la grande route, le long de la riyière Moy, et rencontrer ainsi Taylor qui les écraserait à Foxford. Il suffit d*un prêtre, le père Conroy, de la petite paroisse d'Adergool, pour déjouer ce calcul, en indiquant aux Français une route plus directe à travers les montagnes de Fanogue. Partant de Crossmalina, petit village à Fouest de Ballina, cette route, ou plutôt ce sentier, traverse un pays sauvage et accidenté près des bords du lac Conni, en passant par le mont Nepbin, baut de 2,646 pieds, et le défilé de Bamageehy dont les escarpements sont presque perpendiculaires. Le général Humbert comprit les avantages que lui offrait cet itinéraire. A la tombée de la nuit, la petite colonne, forte de 1500 hommes dont moins de 800 Français, se mit en route. Elle commença par suivre le chemin de Foxford pour donner le change à Tennemi, puis tournant brusquement à droite, elle s'engagea dans le massif du Nephin. »
A 6 heures du matin, elle arriva en vue de Castlebar, et trouva les hauteurs, au nord de la ville, fortement occupées.
Les troupes venaient de fournir une marche de plus de 40 kilomètres, et avaient été debout trois nuits de suite (4).
(1) Humbert, FontaÎDe et Jobit.
(2) On se servit de cette occasion pour faire ramener à l'ennemi 7 prisonniers qui nous restaient de l'aflaire de Killala, ainsi que les 4 officiers et les 6 soldats pris en route et à Ballina (cap. Jobit).
(3) Fontaine.
(4) Lettre de Humbert. On avait marché de 3 heures à 10 heures du soir et bivouaqué deux heures, d'après le capitaine Jobit. Les pluies avaient rendu fort difficile la marche des 2 canons et des fourgons. 11 avait fallu substituer les hommes aux chevaux pour les traîner. Encore un affût s'était-il rompu (Gribayédoff).
Sans hésiter, Ilumbert donna Tordre d'attaquer.
Voici, du côté anglais, ce qui s'était passé.
A la première nouvelle de la descente des Français, nouvelle reçue à Dublin dès le 24, le général Hutchinson (1), commandant le Connaught et résidant à Galway, s'était porté avec le cégiment de milice sur Gort, et, laissant sans défense les comtés de Leitrim et de Roscommon ainsi que les ponts du Shannon supérieur, avait appelé sur Gastlebar les troupes suivantes :
De Galway, la milice de Kerry.
De Tuam, un détachement des fencibles de Fraser. De Longhrea, la milice de Kilkenny.
De Gort, la milice de Longford.
D'Artheny, un détachement des fencibles dragons de lord Roden, 4 canons de 6 et 1 obusier,
et un peu après, 100 hommes du 6* régiment, qui ne laissa à Galway que quelques yeomen pour toute garnison.
Le pays restait calme (2) sauf vers Carrick-on-Shannon, où se rendit le général Barnet, appelé d'Athlone avec la milice de Limerick.
En même temps, lord Comwallis envoya au lieutenant général Lake l'ordre de se rendre à Galway, de rassembler toutes les troupes disponibles de Leicester, Athlone et Carrick-on-Shannon et de se mettre à leur tête.
Le détail des dispositions prises pour porter les troupes sur
(1) Le Connaught était resté si calme pendant Tinsurreetion que cette province était la plus dégarnie de troupes. Tout an plus y avait-il 4,000 soldats (Lecky, loc. cit.).
(2) Cependant, l'état d'esprit de la milice était rien moins que rassurant dans le nord de Pile, si l'on en juge par la lettre ci-dessous :
Correspondence of Charles ht, marquis Cornwallis,
London, 1859.
« An aspect of disaffection has lately thown itself in some of the mllitia régiments ; conspiracy and désertions hâve even gone to great lengths. The circumstance of its being confined in great measure to the northem régiments, confirma me in the idea, I hâve long entertained, that the rébellion is more deeply rooted in the North than any where elso, although they hâve hitherto appeared better disposed than was expected, or rather more prudent than their partisans in the South.
Captain Taylor to William Wrikham, esq. (21 août 1798). Le lendemain, arrivait à Dublin la nouvelle du débarquement de Humbert.
le Shannon, en gardant les communications et en maintenant la paix dans les districts troublés de Dublin, Wicklow, Meath, Kildare et Louth est le suivant :
4* Sur le Shannon :
i«' d'infanterie légère, de Sallins, général Moore.
Suffolk fencibles, de Kilcullen.
Milice d'Autrim, Id.
5« dragons gardes, de Dublin.
Sur Ballinasloe i Milice d'Armagh, 7 compagnies, en marche sur Birr.
! Milice de Devonsbire, Id.
IReay fencibles, de Kilcok.
Sutherland fencibles, de Drogheda et Dundalk. Bucks milice, compagnies de flanqueurs, de Dublin, Warwick.
Sur Galway Louth milice, de Limerick.
Sur Kilkenny et de là ( 2® dlnfanterie | de Wexford, major général Hunter. sur le Shannon.. . . \ 29* Id. )
Le total était d'environ 7,000 hommes, dont faisait partie seulement 5 régiments d'infanterie régulière et 1 seul de dragons. Le reste était composé de fencibles ou de milices.
2» Pour occuper des points spéciaux :
Gelbridge et le canal, milices de Cork et de Londonnerry.
Drogheda et Dundalk, de Carlow.
Trim et Kelcok, fencibles d'Invemess.
Naas, milice de Cork.
Baltinglas et Hacketstown, 89« régiment.
Dublin de Lounghlin, 5" dragons.
Philipp Tawn, Birr, etc., 7® dragons gardes.
Maryborough, pour garder la liberté des communications avec Limerick,
4« dragons gardes.
Carlow et Kilkenny, pour garder les communications avec Cork, 9® dragons. Clonwel, poiu* garder les communications avec Cork, chasseurs d'Hompesch. Kilkenny, fencibles de Cheshire et de Glengary. Wexford de Fergus, milice de Dublin (comté).
3® Dans les comtés de Dublin, Wicklow, Wexford, Meath, Kildare et Louth
{récemment soulevés) :
5* dragons, fencibles d'Ângus, milices de Buck, de Warwick, de Fermanagh 68* régiment (à Dublin), milices de Kings' County, de Sligo, de Leitrim, de II. 7
Dublin, de South Gorn, de Waterford, de Dublin (ville), de Carlow, de Cork, de Londonnerry, fencibles d'Anteuil, d'Inverness, de Dumfries (cavalerie), 89* régiment, !•' bataillon des gardes à pied.
En outre de ces dispositions, le major général Taylor avait ordre de rassembler un corps spécial vers SUgo.
Enfin, dès la première alarme, le lieutenant-colonel du 23® dragons avait emmené sur Sligo la garnison d'Enniskellen, forte d'environ 500 hommes, dont plus de la moitié étaient de yeomanry, avec 2 obusiers et 2 canons de 6. Sur ce point marchait aussi la petite garnison de Rally-Shannon. Le brigadier général Champagne, en arrivant à Enniskellen, avait envoyé au major Packenham, stationné à Granard avec 2 compagnies du 23® dragons, Tordre de se porter sur Carrick-on-Shannon, et avait rassemblé à Enniskellen une garnison de 600 yeomen fantassins et cavaliers. 11 envoya de la yeomanry à Rally-Shannon et rassembla celle des baronies de ce district qui étaient sur la côte, à Donegall. Lord Portalington, qui commandait le régiment de Queen's County à Straham et Armagh, envoya aussi 600 yeomen de son voisinage à Enniskellen et Rally-Shannon (1).
En résumé, l'arrivée d'un millier de Français avait obligé à mettre en mouvement la totalité des troupes stationnées en Irlande (2).
Or, d'après Plowden, leur nombre n'aurait pas été inférieur à 150,000 hommes.
(1) Tous ces détails sur les moavements des Anglais sont empruntés à l'ouvrage : Impartial relation of the military opérations which took place in Ireland in conséquence of the landing of a body of French Troops under gênerai Humhert in August 1798, by an officer who served in the corps under the command of the marquis Cornwallis. (Londres, MDCCXCIX.)
Ils sont en partie confirmés par les deux lettres ci-dessus, de lord Cornwallis.
(t) Lord Cornwallis au duc de Portland.
14 août.
J'ai envoyé hier le général Lake à Oalway pour prendre le commandement des troupes de l'autre côté du Shannon. De ma personne, je me porterai demain avec 3,000 hommes par le canal sur Tullamore, et j'ai envoyé aux fencibles de Sutherland et de Reay l'ordre de marcher sur Longford.
D'après les renseignements que j'aurai à Tullamore, je déciderai si je rassemblerai les troupes de Leicester à Athlone ou & Carrick-on-Shannon ; mais j'ai tout lien de croire que ce sera au second de ces points.
Plusieurs régiments étaient en marche du sud-ouest vers le Connaught, en vertu du
Le major général Nugent avait ordonné au colonel Bentinck de se porter sur Enniskellen ayec les fencibles de Breadalbane et une partie du 23" dragons, au 2" bataillon léger de se porter sur Lorgan et aux fencibles de Lowland Nord de s'arrêter à Augber et Clogher (I).
Le major général Hutchinson arriva le 25 à Gastlebar, ayant traversé un pays parfaitement tranquille. On disait que les Français avaient reçu un renfort de 1800 hommes, et Hutchinson, jugeant que, malgré les apparences, la population était disposée à se joindre aux envahisseurs, résolut de les attaquer en prévenant lord Comwallis à qui il demanda de le soutenir. Celui-ci envoya le général Lake prendre le commandement de la province de Gonnaught et le brigadier général Taylor se mit en marche de Sligo sur Castlebar, le 25, avec i200 hommes, yeomen en majorité.
Lord Comwallis arriva le 26 à Philip'stown avec le 100« régiment, 2 bataillons d'infanterie et les compagnies de flanqueurs des milices de Buck et de Warwick. Le 27, il se porta sur Kilbeggan, ayant fait parcourir à ses troupes, en deux jours, 44 milles anglais (70 kilomètres environ).
En même temps, le général Dundas, commandant le district de Kildare, rendait compte des symptômes menaçants d'une insurrection générale qui le déterminaient à garder une partie des renforts destinés au Connaught (2).
Le général Lake, arrivé le 26 à Castlebar, y prit le commandement des troupes suivantes :
Brigade légère d'artillerie irlandaise ;
Carabiniers ;
6® d'infanterie ;
Fencibles de Fraser ;
Milices de Longford et de Kilkenny ;
Volontaires de Gallway ;
commandées par les généraux Hutchinson et Trench.
plan général de répartition des troupes, lorsqu'ost arrivée la nouvelle du débarquement des Français.
Au même {à la nouvelle de l'entrée des Français à Ballina).
Je me hâte de rassembler tout ce que je pense nécessaire d'opposer de troupes aux Français pour arrêter leurs progrès.
(Voir aossi l'article : Who feai-s to speak of 1798, par O'Brien, Contemporary Review, juin 1893.)
(1) Confirmé par Gnbayédoff.
(2) Impartial relation.
L'effectif des forces anglaises parait devoir être évalué à 6,000 hommes, avec 18 pièces de canon (1).
Prévenu dès l'aube par" un fermier protestant (2) arrivant de Barnageehy, Lake avait envoyé une reconnaissance de dragons, commandée par le général Trench, sur la route, et, sur son rapport, il s'était posté en toute hâte au nord de
Castlebar, couvrant la ville et ses communications avec le général Taylor, lequel était posté sur Foxford où il avait été rejoint par la milice de Kcrr et les fencibles de Leicester, envoyés de Castlebar.
Les troupes n'étaient arrivées à Castlebar que le 26, à Hiheures du soir.
is à lord
inférieure à 1>
rt&lité C« dernier donauit une liste des corps engages, il est tacile d'en conclure i
une lOrco totale d'au moins &,000 hommes. Un autre âcriTain loyaliste, PJowdeo déclare que l'armée de Lake n'était que de tort peu «u-dcisous de 6,000 bommei » (Gribajé-
<* Legras, Teire d'Irlande, p. ItS.
« Les Anglais, à Castlebar, dit Gribayédoff, formaient trois lignes de l'est h l'ouest et coupant la crête du coteau. Ils étaient maîtres d'une petite éminence à laquelle toute attaque venant du nord devait se heurter. La première ligne était formée d'une partie de l'artillerie ; 2 pièces du Royal Irlandais Artillerie, sous les ordres du capitaine Shortall, officier expérimenté ; de la milice de Kilkenny ; d'une partie du 6* régiment d'infanterie, sous les ordres du major Mac Bean, et d'un détachement des fencibles prince de Galles. L'artillerie était au centre, à cheval sur la route, la milice de Kilkenny à droite. La deuxième ligne était composée de la fleur de l'armée : les fencibles de Fraser, highlanders en costume national, tartans, plaids et plumes, qui avaient combattu Vaillamment pendant l'insurrection sans que leurs actes de cruauté aient obscurci l'éclat de leurs armes. Derrière eux se trouvait en soutien un corps de milice galloise. Ces deux corps étaient en ordre dispersé afin d'occuper complètement le sommet de la position anglaise. Dans une vallée, à gauche de la hauteur tenue par le régiment de Kilkenny, étaient plusieurs compagnies des yeomen de Longford.
« Mais la force de l'armée de Lake consistait surtout en cavalerie qui comprenait quelques-unes des meilleures troupes alors au service. C'étaient les chevau-légers de lord Jocelyn qui s'étaient signalés par leur Iftche cruauté à Kildare, le 6° carabiniers, le 23* dragons légers, les fencibles cavalerie de lord Roden et plusieurs escadrons de yeomen. La masse de ces forces imposantes occupait un large espace en arrière de la première ligne, »
D'après Thistorien Musgrave, ami du général Lake, les troupes royales étaient disposées de la façon suivante :
1"^ ligne. — Artillerie royale irlandaise (capitaine Shortall), milice de Kilkenny, compagnies du 6® d'infanterie, fencibles prince de Galles ;
2® ligne. — Fraser fencibles écossais, volontaires de Gallway;
En arrière et à droite : réserve, compagnies du régiment de Longford ;
Cavalerie (600 chevaux des 6® carabiniers, 23® dragons légers, régiments de Roxborough, de lord Roden (Fox Hunters) et de lord Jocelyn, en arrière du centre. Le tout montait à environ 5,000 hommes.
« Lorsque, vers 2 heures, Humbert aperçut les lignes « rouges des réguliers et de la milice, il se dit que la partie « était perdue d'avance. Toute surprise était impossible, « le front était inaccessible, il ne restait qu'à sauver l'hon- « neur du drapeau (1) ».
(1) Oribayédoflr.
Ce fut vers 6 heures du matin, dit Jobit, qu'on découvrit Castlebar, place bien située et ayant tout autour des hauteurs propres à la défense. Sa position est d'autant plus avantageuse et facile à garder qu'elle n'a aucune autre issue particulière par où elle soit accessible, que la grande route qui la traverse dans toute sa longueiu*. C'est là que l'ennemi s'était réuni et, suivant les rapports unanimes des prisonniers, au nombre de 2,500 hommes d'infanterie et ISOO cavaliers, avec iO pièces de canon de différents calibres. Un poste aussi important, si bien gardé par les positions naturelles qui l'entourent et garni, en outre, d'une force aussi considérable, était un morceau dur à digérer pour une petite armée telle que la nôtre. Il fallait des Français pour hasarder l'attaque, en soutenir la résistance et l'emporter de vive force. Il fallait aussi que ces Français fussent dans une position aussi critique, n'ayant (Vautre perspective que celle de vaincre ou de mourir, car, pour se rendre prisonnier, aucun alors n*y aurait consenti que par une force indépendante de sa volonté.
Cependant, notre cavalerie qui se présente en avant, sur la route, attira 200 cavaliers anglais et autant d'hommes d'infanterie (1). 50 tirailleurs suffirent pour les forcer à rejoindre leur position. Bientôt après, l'affaire s'engage Le brave Sarrazin se met à la tête de nos trois compagnies de grenadiers qui marchent en avant, sur la grande route, en colonne serrée par section. Arrivés à portée des premiers postes ennemis, ils essuient une mousqueterie et une canonnade vigoureuses qui, heureusement mal dirigées, ne blessèrent personne. Les grenadiers se mettent en bataille le long d'un fossé, tandis que le reste de l'armée se dirige sur la droite et que les Irlandais se tiennent sur les derrières. Le feu de l'ennemi devenait d'instant en instant plus vif et plus serré. Les balles et les boulets tombent de toute part comme la grêle. Quelques grenadiers baissent la tête pour saluer le boulet qui les dépasse. Sarrazin s'en aperçoit et leur dit en souriant : « Hé quoi! vous avez peur. Un boulet vous fait baisser la tête ! » Il ne fallut que ce peu de mots pour ranimer le courage de ceux qui auraient pu s'abandonner à la crainte.
Pendant que nos vaillants soldats, soutenus par une pièce de canon, gardent
leur position le brave Sarrazin est informé par un aide de camp que les
Irlandais avaient pris la fuite au premier coup de canon
Voici, en effet, ce qui s'était passé.
Tandis que Sarrazin, avec ses 159 grenadiers et 1 canon, exécutaient sur le front de 6,000 hommes, pourvus de 16 pièces, et devant leur centre, ce qu'on appellerait aujourd'hui le combat démonstratif, le bataillon Ardouin avait, dès le début de l'affaire, obliqué à droite (à Touest), tandis qu'entre lui et les grenadiers, les Irlandais, sous les ordres de Dufour, commençaient à se former et à se porter en avant (2). L'attaque des auxiliaires irlandais, ainsi encadrée.
(1) C'est la reconnaissance du général Trench.
(2) Fontaine.
échoua complètement. « Criblés de mitraille à bout por- « tant, ils se débandèrent et ne reparurent pas de la « journée (1). »
(( Je m'y attendais, ajoute Humbert, et cet événement n'a « pas dérangé mes plans. »
Quant au bataillon Ardouin, il n'avait guère été plus heureux. Trouvant devant lui un escarpement rocheux auquel s'appuyait la gauche anglaise, il avait été arrêté net.
Le général Sarrazin, dit le rapport ofGciel de Humbert, fait attaquer la gauche de Tennemi par un bataillon de ligne, qui est obligé de se retirer en essuyant le feu de plus de 2,000 hommes. Le général Sarrazin Tole à sou secours avec les grenadiers et repousse Tennemi
Rien n'est moins vraisemblable que ce récit emphatique.
Ce n'était pas à Sarrazin à envoyer à droite le bataillon Ardouin, mais à lui, général en chef. Les Anglais, on le sait, ne firent aucun essai de ce retour offensif qu'aurait repoussé Sarrazin, et, quant à celui-ci, au lieu d'aller à la droite de la ligne, il resta à son poste, tenant ferme sur la route avec ses grenadiers, ainsi que le prouveront plus loin les témoignages de Jobit et de Humbert lui-même.
En réalité, au bout d'une demi-heure de combat et des pertes sensibles, le centre était dégarni par la fuite des Irlandais, et, aux deux bouts de la ligne française, Sarrazin, à gauche, et Ardouin, à droite, se maintenaient l'un, derrière un fossé, l'autre, derrière un mur en pierres sèches, tiraillant à courte portée, contre la masse anglaise qui restait immobile.
Il restait encore à Humbert un bataillon de 400 hommes environ comme réserve avec 80 chasseurs ou fantassins montés.
Ici, se place un curieux incident attesté par deux écrivains, MM. Legras etGribayédoff, qui, Fun et l'autre, ont pris leurs renseignements sur place.
« Les rangs se reformèrent, les morts et les blessés furent « remplacés par des troupes fraîches, et l'on reprit l'offensive. « Cette fois, un grand troupeau de bestiaux était chassé
(1) Lettre de Humbert
« devant le front d'attaque, dans le but de neutraliser quelque « temps le feu de Tennemi* Cette ruse fut désastreuse : « épouvantés par les décharges des Anglais, les animaux « retournèrent sur leurs pas et traversèrent les rangs de nos « soldats qu'ils jetèrent dans une grande confusion. A ce « moment, si le général Lake avait fait charger ses troupes, « il eût remporté une victoire complète (1). »
Aucune des relations consultées en France ou en Angleterre et contemporaines des événements ne relatant ce fait singulier, il ne semble pas tout au moins qu'il ait pu avoir grande importance.
Ce qu'on sait, c'est que l'entrée en ligne du dernier bataillon français détermina une attaque simultanée sur tout le front, et dans laquelle tout, jusqu'au dernier homme, fut engagé.
« Au cri de : Vive la République ! et après une énergique « allocution de Sarrazin (2), les grenadiers, secondés par « le reste des soldats, franchissent le fossé derrière lequel « ils étaient à demi couverts, et msirchent en bataille à la a barbe de Tennemi qui formait une triple haie sur les hau- « teurs où il était retranché et embusqué. Nos braves guer- « riers essuient, sans riposter, leurs vigoureuses décharges <( sans cesse renouvelées. L'opiniâtreté du feu et Tamour « de la victoire les rendent furieux. Conduits par leur général « et leurs officiers, ils se précipitent dans les retranchements a de Tennemi, tuant tous ceux qui osent leur résister, « s'emparent d'abord des hauteurs et bientôt après de « la ville et de lotile rarlillerie ennemie à texception de « 2 pièces. Les Anglais en déroute sont poursuivis, la « baïonnette aux reins, pendant près d'une lieue et demie.
« Dès que l'armée est toute arrivée, écrit d'autre part « Humbert (3), j'ordonne l'attaque générale. Le général « Sarrazin, à la tête des grenadiers, culbute la droite de « l'ennemi et s'empare de trois pièces de canon. Le chef de « bataillon Ardouin force la gauche de l'ennemi à se replier w sur Castlebar. L'ennemi, concentré dans la ville, fait un
(I) Legras, Terre d: Irlande,
(t) Jobit.
(3) Rapport de Humbert an Directoire.
feu terrible. Le 3® régiment de chasseurs charge dans la grande rue et force Tennemi à passer de l'autre côté du pont. Après plusieurs charges très meurtrières de cavalerie et d'infanterie dirigées par le général Sarrazin et « Tadjudant général Lemoine, Tennemi a été chassé de toutes « ses positions et poursuivi encore pendant deux lieues.
« L'ennemi a perdu 1800 hommes, dont 600 tués ou blessés « et 1200 prisonniers, 10 pièces de canon, 5 drapeaux, « 1200 fusils et presque tous ses équipages. Le drapeau de « la cavalerie ennemie a été pris dans une charge par le « général Sarrazin que j'ai nommé général de division sur
« le champ de bataille
« L'armée ennemie, forte de S, 000 à 6,000 hommes, dont « 1600 de cavalerie, a été totalement déroutée. »
« L'artillerie anglaise, admirablement servie par le capi- « taine Shortall, dit de son côté le narrateur anglais (1), avait « fait beaucoup d'effet sur l'ennemi qui commençait à se dis- « perser. A ce moment, nos troupes, saisies d'une terreur « panique et sans raison apparente, se débandèrent et, « malgré les efforts des généraux et de leurs officiers, « s'enfuirent à travers le village de Castlebar vers Holy- « mount. Les dragons fencibles de lord Roden montrèrent un « grand courage et reprirent même aux Français une pièce « de canon que ceux-ci poussaient vers le village.
D'après M. Gribayédoff, la cause de cette terreur panique des Anglais serait la suivante :
« Il est bon d'ajouter que, d'après les traditions locales, les Anglais se croyaient pris à revers. M. James Daly, de Castlebar, fils d'un des insurgés de 4798, m*a montré un petit chemin, dit Gallows Road, qu'un petit corps de sans-culottes aurait suivi, après avoir contourné le lac Rathbaron (2) pendant le combat, pour ouvrir le feu sur le flanc gauche de l'ennemi au moment précis de la dernière attaque. »
Un témoignage anglais contemporain signale aussi le fait ; malgré l'inexactitude du chiffre donné des forces anglaises, cette version mérite d'être signalée.
(1) Impartial relation.
(2) Ne figure pas sur la carte sous ce nom.
Edward Cooke esq. à William Wickham esq. (I).
« Le général Hutchinson avait iSOO hommes à Castlebar et avait choisi une position défensive. Le 26, à minuit, il fut rejoint par le général Lake. Le 27, à 5 heures dU' matin, on reçut la nouvelle de l'approche des Français par la montagne. La position fut immédiatement occupée. Entre 6 heures et 7 heures, les Français parurent. Ils marchaient en trois colonnes de près de 800 hommes chacune, car ils avaient avec eux beaucoup d'Irlandais armés, et 2 canons. Ils s'avancèrent vivement, canonnant notre ligne d'écharpe. Leur feu fut retourné avec grand effet par notre artillerie. Les Français continuèrent d'avancer et chargèrent vivement, à la baïonnette, en ordre très dispersé. A ce moment, les volontaires de Galway, les miliciens de Kilkenny et de Longford lâchèrent pied
Ufie des colonnes françaises, dirigée contre notre flanc, fut, je pense, la cause de cette panique des milices.
« Une personne qui a été au pouvoir des Français prétend que si nos troupes avaient tenu quelques minutes de plus, l'ennemi aurait été mis en déroute. »
Peut-être le bataillon Ardouin put-il légèrement déborder la gauche anglaise, mais aucune source officielle n'en fait mention. Comme on connaît la disposition de toutes les troupes françaises, un mouvement de revers ne pourrait avoir été exécuté que par quelques insurgés irlandais.
Ce qui paraît bien plus probable, c'est une simple attaque de front.
Devant le déploiement, en une longue ligne mince, de tout le corps de Humbert engagé jusqu'au dernier homme, et marchant à l'attaque en profitant habilement des couverts, qui empêchaient de reconnaître l'absence de toute réserve, l'infanterie anglaise tirailla en désordre, ondula et se rompit en grande partie sans attendre le choc.
Les artilleurs seuls firent une belle résistance ; quant à la cavalerie, sans doute gênée par les fuyards, elle fit demi-tour sans jouer aucun rôle
« Au pont, sur le ruisseau de Castlebar, il y eut une scène d'affreuse confusion. Le gros des troupes en retraite avait convergé vers ce point, et l'étroit passage était obstrué par des canons, des caissons et des voitures à vivres contre lesquels le flot de la déroute s'écrasait en proie à une terreur folle.
(1) Correspondance de lord Cornwallis, p. 394.
Pour accroître rhorreur de cette scène, quelques balles tombaient parmi les fuyards qui en vinrent à se serrir de leurs armes les uns contre les autres. Combien périrent en ce point, c'est ce qu^on ne saura jamais, mais pendant de longues semaines la rivière et le lac furent couverts de corps en uniforme rouge (I). »
Quelques détachements essayèrent de tenir dans la ville.
En travers de la grande rue, on tenta de mettre quelques pièces en batterie. Tout fut emporté par Télan des soldats de Humbert qui surent preûter habilement et énergiquement de leur avantage par une poursuite au pas de course (2).
« L'infanterie, exténuée de fatigue, ne peut suivre la
cavalerie, dont une trentaine, ayant à leur tête le général et le vaillant Sarrazin, continuent la charge. Ils rencontrent deux escadrons de cavalerie en bataille sur un des côtés de la grande route. Peu effrayés de leur nombre, ils leur crient de se rendre prisonniers. Plusieurs officiers s'avancent et disent en mauvais français : nous nous rendons ; ils remettent en même temps un drapeau au général et, pour signe de bonne foi, lui donnent la main. Alors, un Irlandais, nommé Teeling Biron [sic)^ venu de France avec nous, se mêle dans les rangs des cavaliers, les harangue et cherche à leur faire mettre bas les armes. Tout à coup, ces lâches et perfides Anglais, honteux de s'être rendus à une poignée d'hommes, \âolant la parole de leurs chefs, se précipitent sur nos chasseurs qui, surpris et accablés par le nombre, n'ont que le temps de battre en retraite. L'avantage ne resta pas longtemps aux lâches qui les poursuivaient. Quelques grenadiers suffirent pour les arrêter et les obliger à leur tour à retourner sur leurs pas.
« La victoire enfin nous resta après quatre
heures, je ne dirai pas de combat opiniâtre, mais bien de carnage effroyable, et la prise de 14 pièces de canon et de leurs caissons, de tous les bagages, d'une grande quantité
< de fusils abandonnés d'un drapeau et de plusieurs
( guidons, de 574 prisonniers, dont 131 officiers. Le nombre
(1) Oribayédoff.
(t) Pontaino.
« des tués et blessés, du côté de rennemi, s'élève à 430. « Notre perte fut de 186, tant tués que blessés, parmi les- « quels 7 officiers, et 63 grenadiers sur 139, officiers compris. « Dans le nombre des tués, on compte le chef de bataillon « Guignon, chef d'état-major (1) »
L'état, par corps, des pertes subies par les Anglais, donne les chiffres suivants (2) :
Tués 53
Blessés 34
Disparus 279
9 pièces perdues.
« Les troupes arrivèrent à la nuit à Tuam, à 38 milles (3) (61 kilomètres) du champ de bataille. Après s*ètre rafraîchies un moment, elles poursuivirent leur route sur Athlone. Un officier de carabiniers y arriva le 28 avec 60 hommes. Il avait fait 80 milles (128 kilomètres) en 27 heures. On ne sait où leur fuite se serait terminée si l'arrivée de Cornwallis à Athlone ne les eût arrêtés.
« I^a victoire de Castlebar nous a coûté 40 morts et 180 blessés », dit Fontaine (4).
Les pertes auraient donc été supérieures, chez les vainqueurs, à celles des vaincus. Chez ces derniers, leur faiblesse, le grand nombre de pièces perdues, la longueur et la rapidité de la retraite sont des signes assez clairs du peu de Valeur des troupes engagées par le général anglais (3).
« Jamais on ne vit déroute plus abjecte ni plus complète, « écrit Lecky, et ceux qui en furent témoins durent se de- « mander ce qui serait advenu si, dans le cours des deux « années précédentes, 14,000 ou 15,000 soldats de la trempe « de ceux de Humbert avaient débarqué. »
On ne saurait trop signaler la haute valeur artistique de ce combat. Marche rapide et dissimulée qui force Fennemi
(1) Jobit.
(t) Impartial relation.
(3) Gordon cité par Guillon, p. 33 1.
(4) Morcau de Jones dit : « Nos soldats prirent plasienrs drapeaux ot un millier de prisonniers, que nous laissâmes évader la nuit suivante, ne pouvant ni les nourrir ni les garder » (Aventures de guerre, t. II, p. 13).
(5) Plus les î/5 de leur eCTeetif.
à changer ses dispositions au moment du combat, déploiement de Tavant-garde, combat d'usure sur tout le front avec ses péripéties : déroute des Irlandais et pertes énormes chez les grenadiers qui en portent le poids, enfin, « Tévénement » produit par Feutrée en ligne du bataillon de réserve déterminant Tattaque générale, tout, jusqu'à la poursuite à outrance, porte la marque de la tactique la plus simple et en même temps la plus forte et la plus élevée. C'est la bataille classique, pour ainsi dire. L'ancien marchand de peaux de lapin, puis maquignon, qui la gagna avec 1 soldat contre 7, en pays étranger, sans ligne de retraite, sans secours possibles, émerveille par son audace et son coup d'œil militaire(l).
Voici en quels termes le général en chef lord Cornwallis et le ministère eurent connaissance de la défaite :
Lieutenant général Lake à Cornwallis (2).
Tuam, t8 août, 5 h. du matin.
« J'étais si abattu (3) hier que je n'ai pas pu exprimer mes sentiments, plus aigus encore aujourd'hui. Mais je suis sûr que Votre Seigneurie m'excusera quand elle saura tout ; ce qui me donnera toute la satisfaction que je puis attendre dans la triste situation où ce malheureux événement a mis le pays.
« J'estime indispensable de vous affirmer qu'il est impossible de compter sur la milice. Leur conduite a été toute la journée honteuse. J'ai la douleur d'ajouter qu'il y a de grands symptômes de trahison (4), particulièrement dans celle de Kilkenny, ainsi que me l'affirme lord Ormonde dont la conduite a toujoiu^ été méritoire mais dont les hommes refusent d'obéir. Le régiment de Lauth est bien disposé et en bon ordre.
« J'ai cru nécessaire de venir jusqu'ici (Tuam) pour que les soldats se remettent de leur panique qui dépasse toute description, mais qui, je l'espère,
(1) L'audace de Humbert parut excessive môme à ses soldats et Ton crut qu'il ignorait la force réelle de l'ennemi. Quelques jours après la campagne, Jobit disait à l'adjoint à Tétat-m^or Toussaint : ■ Humbert sayait-il la force de l'ennemi qu'il allait attaquer à Castlebar? — Oui, dît Toussaint. — Comment, il le savait et il a eu l'imprudente témérité de faire attaquer 6,000 hommes retranchés sur des hauteurs, soutenus par 16 pièces de canon, par 800 Français qui n'avaient qu'une seule pièce de 4, barrasses de fatigue par une marche de trente heures et mourant de faim? — Oui, il l'a fait, et il était nécessaire de le faire ».
(t) Correspondance de Comwallis.
(3) Distressed.
(4) Disaffection.
sera oubliée dans un jour ou deux. D*où vient une telle conduite ? Je renonce à le deyiner.
« J'ai lieu de croire que les populations s'uniront bien vite aux Français, à moins de prompts succès de notre part. Ceux-ci seraient faciles avec toutes autres troupes que les miennes »
Cornwallis à duc de Portiand.
Kilbeygon, !8 août 1798, 5 h. du matin.
M J'ai l'honneur de transmettre à Votre Grâce copie de la lettre du général
Lake Je n'ai pas besoin de signaler à Votre Grâce l'impression que cet
événement produira dans le pays, mais f insiste de toutes mes forces sur la nécessité urgente d'envoyer immédiatement de la Grande-Bretagne autant de renforts que possible, spécialement à Dublin, Wnterfordt ou Belfast.
w Je pars ce matin pour Athlone où j'espère réunir assez de troupes pour agir offensivement. »
« Dans le cours de 24 années, écrit de soil côté lord Auskland, il m'est arrivé bien des fois d'apprendre de tristes nouvelles à propos d'événements militaires. Un des coups les plus durs que j'ai eu à supporter, fut l'annonce de la défaite de Rurgayne à Saratozii,-mais je n'ai jamais ressenti affliction et surprise comme en apprenant la catastrophe de Castlebar (1). »
Répétons-le, c'est avec un millier d'hommes que pareille impression fut produite.
« L'armée française séjourna à Castlebar du 27 août au « 4 septembre. Elle y fut rejointe par la garnison laissée (( à Killala (2) qui, après avoir repoussé une tentative de « débarquement faite par les équipages de 3 frégates « anglaises accompagnées de 3 cutters, laissa dans la « place (3) 20 officiers et 130 recrues irlandaises.
« A Castlebar, l'armée se ravitailla, mais elle ne put se « procurer du pain. Nous ne reçûmes que des pommes de
« terre, du bœuf et du mouton L'adjudant général
« Fontaine fut chargé de l'organisation des Irlandais. Mais « l'insouciance, l'irrésolution de ces messieurs contrastaient (( avec le zèle et Tintelligence de cet officier (4).
(1) Lecky, toc, cit,
(2) Fontaine.
(3) Charost (capitaine).
(4) Fontaine. — D'après Jobit, on arma environ 3,500 Irlandais.
<( Le général Humbert envoya le capitaine Truc, de la « 3® d'infanterie légère, commander à Ballina. Il y fut « attaqué par 100 hommes de cavalerie qu'il eut l'audace de « combattre, de repousser et de vaincre avec 4 chasseurs « français et quelques Irlandais-Unis.
« Nos avant-postes inquiétaient toujours Fennemi par des « reconnaissances qu'ils poussaient sur les routes de Tuam « et de Boyle, tandis que nos grenadiers bivouaquaient à « Tembranchement des routes dllollymount et Ballinamore.
« Informé, le 18, par ses espions, que lord Comwallis, « à la tête de 20,000 hommes d'élite, marchait sur Castlebar, « le général Humbert fit assembler le conseil de guerre. .
« Il y fut arrêté que nous abandonnerions Castlebar pour « nous porter dans le nord de Tlrlande et nous retirer dans « les montagnes de Terry et de Tirauley, après avoir passé « le Shannon à Balantra; en faisant une marche forcée de « 18 lieues, nous laissions les Anglais derrière nous. Afin « de masquer davantage nos projets, il fut convenu qu'on « se mettrait en mesure de retrancher Castlebar, pour donner « le change au lord Cornwallis et assurer notre diversion, « en nous portant sur Dublin, où nous espérions nous réunir a au corps des Irlandais-Unis ; on leva le camp et l'armée « se mit en marche. Elle était composée de 800 Français et « de 600 Irlandais. »
Les écrivains anglais, même les plus malveillants pour les Français et les Irlandais, comme Musgrave, Stock et Gordon, reconnaissent tous aux envahisseurs im mérite très réel dans les circonstances où Ton était : en aucun des points occupés par les soldats de Humbert, il n'y eut de désordres ni de violences exercées par une partie de la population envers l'autre. Cette conduite ne devait pas, malheureusement, sauver les Irlandais d'atroces représailles.
Voici comment Humbert appréciait la situation :
Au Ministre.
Quartier général de Castlebar, 1 1 fructidor.
u Nous sommes en possession de Killaln, Ballina, Foxford, Castlebar,
Newport, Ballinarobe et Westport. Dès que le corps des Irlandais unis, que je
Teux réunir i\ moi, sera armé et hjibillé, je marcherai à Tennemi. Je me dirigerai ver0 Roscommon où rinsurrection a de plus chauds partisans. Dès que Tarmée anglaise aura évacué la province de Gonnaught, je passerai le Shannon et tâcherai de faire joindre Tarmée par les insurgés du nord. Cette réunion étant effectuée, j*aurai assez de forces pour marcher sur Dublin et livrer une bataille décisive.
« Les Irlandais ont tâtonné jusqu'à ce jour. Le comté de Mayo n'a jamais été en insurrection, aussi nos progrès ne sont pas aussi rapides qu'ils l'eussent été partout ailleurs. . . Je vous demande un renfort de 2,000 hommes avec lequel je crois pouvoir affirmer qu'un mois après son arrivée l'Irlande sera libre. La flotte pourra mouiller dans la baie de Torbay par 53** 55' de latitude au sud de l'île MuUet, le débarquement s'effectuera sans obstacle (i). »
« Humbert, dit Gribayédofif, semble avoir été mal renseigné au moment où il adressait son appel au Directoire. Le comté de Roscommon n'était qu'une petite partie de la région en efTervescence, qui comprenait en réalité les comtés de Leitrim, Cavan et Monaghan au nord-est, Longford et Westmeath à Test. En fait, Fesprit révolutionnaire avait gagné jusqu'à Dublin. Depuis le jour du débarquement des Français, les forgerons avaient travaillé à faire des piques, arme favorite des « Croppies » (2), et l'on était prêt à un soulèvement général et à une jonction avec les Français dans leur marclie vers la capitale. Dans la pensée que les envahisseurs prendraient le plus court chemin pour s'y rendre, c'est-à-dire passeraient par le Longford, il avait été résolu de leur venir en aide en s'emparant de Granard, située dans une forte position, sur une éminence commandant la grande route. Les chefs du mpuvement étaient deux notables propriétaires du pays, Alexandre et Hans Dennyson, qui habitaient près de Granard et qui, bien que faisant partie de la yeomanry de Mastrim, avaient secrètement pris parti pour la cause
patriote Il fut résolu que Tattaque sur Granard,
pourvue d'une faible garnison, dès le retour de Hans Dennyson (alors en conférence avec les rebelles du nord de l'île. »
« En même temps, Tarmée de Longford recevait de toutes parts des renforts : Westmeath envoyait 3,000 hommes, et
(1) citée par V Impartial relation.
(S) Somom injurieux donné aux insurgés par les Anglais.
« Roscommon presque autant. Dans le Monaghan et le Gavan, « de forts partis étaient prêts à marcher dès que Granard « serait tombée. L'armée de Monaghan comptait à elle seule « 23,000 hommes armés de mousquets, de sabres et de piques, « mais manquant de canons et de munitions. C'était pour « combler cette lacune des préparatifs qu'on voulait attaquer « la ville de Cavan, qui contenait un fort dépôt de matériel. »
« Tout commandait à Humbert de marcher rapidement sur « Granard »
L'importance du soulèvement autour de Granard est également attestée par les témoignages anglais qu'on .va lire. Mais on verra aussi qu'une marche directe sur Granard, par Longford, aurait été impossible en raison des mouvements de l'ennemi.
Celui-ci avait, en efifet, pris d'efficaces mesures pour repousser les envahisseurs.
Dès le 38 au matin, lord Gomwallis (1) avait reçu à Kilbeggan la nouvelle de la défaite de Lake à Gastlebar; peu après, on lui annonçait que les Français avaient poursuivi Farmée battue jusqu'à Tuam, dont ils s'étaient emparés (ce qui était faux). On disait, en outre, que les Français avaient été joints par un grand nombre d'Irlandais, que tout le pays vers Sligo était en pleine rébellion.
La situation paraissant grave, lord Cornwallis résolut de s'arrêter à Athlone jusqu'à ce qu'il y fut joint par les fencibles de Sutherland et de Reay, appelés de Longford, par le régiment de la reine, le 29*, venant de Kilkenny, et la brigade des Gardes, qui était à Waterford. Les yeomen de toute l'Ile furent convoqués, et le régiment de milice de Limerick reçut l'ordre de se porter de Garrick-on-Shannon sur Enniskellen. En prévision d'une attaque contre Athlone, des piquets et des patrouilles furent lancés sur les routes de Ballinasloe et de Tuam (i).
Le S9, on apprit que le général Lake avait continué sa retraite sur Tuam, où il avait été rejoint par la milice de Louth, et qu'il se considérait comme obligé
(1) Impartial relation,
(t) L'ordre général ci-dessous, en montrant ce que valaient les troupes de lord Cornwallis, explique dans une certaine mesure, la prudence de ses mouvements.
Ordre général.
Ballinamora, 31 août 1798.
Le général invite expressément les généraux, colonels et tous officiers de l'armée à l'aider à mettre un terme à la licence des troupes, et à préserver les habitants du pillage et des plus indignes traitements subis de la part de ceux qui devraient être leur sauvegarde et leur protection.
Lord Cornwallis déclare que si les soldats d'un régiment se rendent coupables de pareils
114 PRBlflèaE PARTIE. — CHAPITRe V.
de continuer sa retraite snr Âthlene, bien que les Français n'eussent pas
dénasié Gastlebar.
Le général Comwallis se résolut à se porter en airant, le 30, et enyoya au général Lake Tordre de s'arrêter à Ballinamore avec le €* régiment, la milice de Loutfa, les féncibles de Fraser et les dragons fencibles de lord Roden, et, avec le reste de ses troupes, de se retirer sur Athlone.
Le général Taylor, qui, à la nouvelle de la déCaite de Gastlebar, s'était mis en retraite, fut arrêté à Boyle. En même temps, comme le poste de Kilbeggan avait été attaqué par un millier de rebelles, on y envoya un renfort de yeomen.
De son côté, le général Nugent avait appelé le 3* bataillon d'infanterie légère d'Enniskellen, sur Sligo, où se trouvaient les fencibles de Bk'eadalbane, tandis que ceux d'Aiigyll oeoupaient Belturbet. Tous les moyens de passage des lacs Eame et Leagh avaient été enlevés ou détruits.
Comwallis arriva le 30 à Ballinamore et y séjourna le 31, attendant le régiment de la Reine et le 29* : des patrouilles de dragons furent envoyées ven Gastlebar. Le général Taylor, à Boyle, en envoya aussi en avant de son front : la brigade des gardes fut arrêtée à Bhr.
D'autre part, le colonel Crawford avait rencontré le même jour, vers Kilmain, un fort parti de rebelles sous les ordres de Geoi^pes Blake et, n'osant les attaquer, s'était replié sur Holiymount.
Le 1"" septembre, lord Comwallis se porta sur Kuvek Hîll, où il campa. Un parti de cavalerie dispersa à Ballinrobe un rassemblement de 80 Irlandais. Le 2, Tarmée anglaise était près de Tuam^ et était rejointe par le régiment de la reine et le 29^. EUle était forte de 7,824 hommes, commandés par les généraux Campbell, Hutchinson, Hunter et Moore (1). L'extrême prudence du général en chef avait pour cause le peu de confiance qu'il avait dans ses troupes.
Le résultat du combat de Gastlebar était une preuve suffisante de ce qu*on pouvait attendre d*un second échec. Cet effet ne $e serait pas borné à augmenter les ressources et les forces de Vennemi, il aurait été le signal d'une révolte générale.
excès par la négligence de leon officiers, ceux-ci seront rendus responsables. Tout soldat pris pillant ou porteur d'objets volés sera jugé immédiatement et exécuté sur l'heure.
Le grand prév6( (Prévost Marschall) se tiendra avec sa garde sur les derrières de Tannée et fera patrouiller dans les villages et maisons aux alentours du camp.
{Correspondance de ComwalHs.)
Une lettre du capitaine Taylor au vicomte Castlereagfa, 31 août, contient aussi de vives plaintes sur Tindiscipline des troupes (même collection).
(1) IwqmrHal rtlaiion.
D^ de gruids rufiemblements dUnsorgét se formaient dajM les comtés de KJldare, Westmeath et Longibrd. RotconuBon n'était manteom dans la tosmission que par la proximité des troupes, et la capitale eUe-mAme était en péiil.
En outre, lord Comwallis savait positÎTement que Texpédition en préparation i Brest était destinée au nord de Tlrlande et qu'elle n'attendait qu'une oecasioA poor échapper à la sunreiUanoe des escadres. Le séjour du général à Castlebar pouTait être attribué à Fespéranc^ de recevoir bientôt des reaferts et aussi longtemps qu'il resterait en ce peint, il a*j aratt point de raisons spéciales à son corps qui paissent Justifier de la part de lord Coniwallis toute mesure qui, sans que le succès fût certain, permettait de prévoir un échec, méoae partiel. Ces obsenrattons, si elles «ont admises, justifient le désir de Son ExceUenoe, d'être rejointe par deux Tieax et solides régiments, avant de frapper un coi^, dont rimportanœ d^[Mtsait de beaucoup celle de l'opératàMi même dont il était chargé et qui, en toute autre cireonstance, est simplement consisté à combattre l'ennemi qu'on avait devant soi (1).
Ces considérations de Thistorien anglais montrent bien quelle était la gravité de la situation pour la domination britannique en Irlande, et quelles chances de succès aurait eues la France si Humbert n^avait pas été abandonné à ses seules ressources.
Ne voulant pas risquer lui-même une action décisive, lord Comwallis (2) renforça Taylor pour lui permettre d'agir vers la gauche des Français et pour protéger Test et le nord-est de rfle si ceux-ci se dirigeaient de ce côté sans attendre Tannée principale.
En cosséqae«ce (3), le général Lake, se porta le 3 vers Ballinlongh et Frencli Park, oik il appela à faû le général Taylor. Gelni-ci envoya des postes vers Ballaghy, Svrineford et Kilkenny, tandis que ceux du colonel Crawford, à HoOymount, observaient Qare, Bail et Balnerra. Les patrouilles rapportèrent la nouvelle fiausse du rassemblement à Castlebar de 8,000 insurgés armés de piques, mats (ce qui e^ plus exact), que les Français comptaient se réfugier dans les montagnes du comté de Mayo et y attendre des renforts.
n semblerait donc que le projet arrêté par le conseil de guerre avait été livré aux Anglais dès qu'il avait été conçu. Cette supposition justifierait certaines accusations de trahison portées contre les Irlandais par Sarrazin dans ses Mémoires ^
(1) Impartial relation,
(S) « La condnite de la milice, écrit vn officier, et ses pUafes dépassent tonte descrip* tion » (Voir Lecky, loc, cit., p. 54 et 55).
(3) Impartial relatiom^
us PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.
d'ailleurs suspects. Ce fut pour Texpédition française un grand malheur, car la barrière du Shannon allait être rendue infranchissable.
De plus, le général Nugent, disposant de 856 hommes et 6 pièces de canon, avait, dès le 2, mis Sligo en état de défense.
« Le 4 au matin, Cornwallis, arrivant à Hollymount, y « apprit que les Français avaient fortifié Gastlebar. Il résolut, « en conséquence, de les attaquer en partant de bonne heure, « et prescrivit au général Lake de s'avancer sur Ballaghy, « poussant des patrouilles sur Foxford et Castlebar, et « restant en communication avec lui par les routes de « Swinifort à Molina et Bell (1). »
Le 4 au soir, le colonel Crawford entra dans Castlebar abandonné par les Français, y trouva quelques blessés et quelques Irlandais (2). « Quant à la direction de la marche « du général Humbert, elle restait inconnue et Ton pouvait « craindre qu'il fût tombé sur le corps Lake. Crawford se « résolut à le poursuivre le lendemain avec les dragons « de Hompesch et de lord Roden (3). »
Quant au général ComwaJlis, il prescrivit pour la journée suivante une marche qui devait, par Clare et Ballyhaunis, ramener à portée du général Lake auquel il envoya Tordre de tâter l'ennemi, mais de refuser le combat.
Dès le 4 au matin, ayant appris par Tespion Jourdan que les comtés de Sligo et de Leitrim étaient à peu près dégarnis de troupes, Humbert s'était mis en route vers le nord-est (4) avec l'intention de faire un circuit pour gagner la capitale. Il avait successivement enlevé les postes ennemis établis sur sa route à Swinifort, Ballaghy, Tobercurry (5), et, le 5 au matin, il atteignait Collooney (6). Là, il s'arrêta, faisant garder par Fontaine les routes de Boyle et de Tobercurry et envoyant
(1) Impartial relation.
(2) Dont John Moore, président de Connaught (Legras, p. 134). D'après Jobit, on avait laissé t officiers et 5 chasseurs à cbftval pour maintenir l'ordre dans la Tillo et renvoyer les prisonniers anglais qu'on ne pouvait garder.
(3) Impartial relation.
(4) La pluie tombait constamment (OribayédofTj.
(5) C'étaient des yeomen de la région.
(rt) Il avait en tout 1,000 hommes et 16 pièces de canon (Jobit).
LA CAUPAGNE DE HUUBERT EN IRLANDE. 117
Sarrazin vers Sligo. Il avait donc passé devant le corps de Lake, échappé à CornwaHis, tourné la barrière du Shannon, et gardait libre sa route vers le nord-est. Enfin, l'imprudence de la garnison de Sligo allait valoir aux Français un nouveau succès.
Quatre heures après notre niritée iï (Collooncv), dit cn effet Fontaine, un corps de 1600 hommes de la garoison de Sligo attaqua nos nTant-posCes.
I.e général Humbert fit porter sur-le^hamp une partie de sa troupe sur le point de l'aUaque, qui soutint longtemps le feu de l'artillerie et de la mousqueterie anglaises. La gauche de l'ennemi était appuyée k la riiiËre qui, tratrsTersant Collooney, dériTC vers l'ouest & ta sortie de la \ille, et se jette dans le lac d' Arrow (1), ik un mille de la mer. La droite étant à découvert et ayant négligé d'occuper une hauteur d'où il eût été diffirile de le débusquer, le général Sarrazin, jugeant l'importance de cette position, s'; précipita au pas de charge, ce qui jeta l'alarme dans les rangs ennemis. La perte de leur commandant acheva In déroute et nous assura une nouTelle rictoire, qui nous coAtft 40 hommes tués ou blessés. Nous restimcs maîtres de 2 pièces de canon,
(1) Enridité Are Bi;.
i)g PlRMïteF PARTIE. — CHAFITRB T.
àt 500 Ittiils. .... L'ennemi perdit 150 honnnes, et nous fimes 200 prisoiuiiers dont 14 officiers. Ce petit combat retarda Texécution de notre projet, et
Tordre de départ fat donné pour 10 heures du soir
Le lientenant Fricot fat chargé de conduire les prisonniers à Boy le
Les rapports reçus le 6 par Comwallis, à French Park, au sujet du combat de la veille, diffèrent sensiblement de la version française, au moins en ce qui concerne Teffectif engagé par les Anglais.
Le colonel Verecker (i), croyant que la majeure partie des Français était restée à Castlebar, était parti de Sligo ayee 270 hommes de la milice de Limerick, 30 dragons du 24* et 2 canons, force égale à celle que ses reconnaissances attribuaient à Tennemi (2). L'engagement eut lieu k i/A de mille au nord de Collooney et fut chaudement disputé pendant une heure. Mais alors les Français, grâce à leur grande supériorité numérique, purent tourner la droite du colonel Verecker et l'obliger à la retraite
D'après le rapport du colonel Verecker, dit Gribayédoff, lorsque celui-ci, le 5 vers 2 heures du soir, arriva en Tue de Collooney, il troura les Français au nord de la ville et prêts à le recevoir. Sa gauche étant couverte par la rivière, il prescrivit pour couvrir sa droite, au major Ormsby, d'occuper avec 100 hommes une petite éminence. Le combat fut vivement disputé. Verecker, avec une audace hors de proportion avec les forces dont il disposait, fit une attaque d'ensemble sur tout son front et réussit quelque temps à se maintenir. Mais les réserves françaises débordèrent sa droite, et le major Ormsby fut rejeté de sa position dans la plaine. Verecker se vit bientôt près d'être enveloppé par des troupes fraîches et menacé d'être rejeté dans la rivière. Malgré une blessure, ce brave soldat put se retirer en bon ordre, couvert par la cavalerie du capitaine "Whistler, qui eut le bonheur de repousser une charge des chasseurs français. Malgré les efforts du capitaine Slenor, de l'artillerie royale
irlandaise, les deux pièces furent abandonnées Ses pertes furent de
1 of6cier tué, 5 officiers et 34 hommes de troupe blessés. Les Français perdirent 20 tués et 30 blessés, et les insurgés, qui combattirent cette fois bien mieux qu'à Gastlebar, souffrirent aussi.
Humbert donna un juste tribut d'admiration à l'audace et à l'énergie du colonel Verecker. .... le seul, déclara-t-il plus tard, de tous ceux qu'il rencontra en Irlande, qui fût digne de commander 50 soldats.
C'est encore la relation de Jobit qui va faire la lumière sur ce combat.
A midi, nous arrivions à C4ollooney, petite ville située à deux lieues au
(1) Impartial relation.
(t) M. Legras dit qu'il avait en outre 20 hommes de l'Essex Pencible lofantry, et 30 autres miliciens; 350 hommes en tout.
LA CAVPAeiŒ DE HUMBBRT EN IRLANDE. ii9
nid de SUgo, kHnqoe la garniaon de eette place s^a^aBça Ttn noiit. Sa force était de 6€0 koonnes de troupes de hgmt, 100 yeoaaen à eberal et î pièces de canon. Elle était sans doute mal informée de nos moyens, car il n'est pas à préfoner qu'elle fàt leuue à notre rencontre, dans Tespoir d'arrêter notre marche. D'abord 4 de leurs caraliers paraissent à la Tue d'un de nos postes avancés, placé sur la grande route. Ce fut le signal de la générale.
AnsshM, OB se porte en aTant en colonnes serrées. Mais, ne Toyant que 4 boomes qui prennent la fuite, en rentre bientAt dans la Tille. Peu de temps après, on crie : « Aui armes l ». La géuérale bat de nooreau et, celle fois, l'ennemi annonce son approche par sa mousqueterie et le feu de son artillerie. Nos troupes sont prêtes à marcher.
Les Anglais aTaient pris une position singulière par le désavantage qu'elle leur donnait. Ils s'étaient placés en bataille dans une petite plaine, leur gauche appuyée à un ruisseau (1) on canal dont le bord opposé était garni d'un mur de iOà 12 pieds de haut et leur droite touchant la base de rochers élevés (2), offrant la situation la plus favorable pour l'attaque et pour la défense. L'ennemi, au lieu de s'en emparer, comme il en avait la facilité et comme le gros bon sens militaire le lui indiquait, se tint dans une espèce de bassin, plaçant la cavalerie sur ses derrières et ses canons en avant, manœuvrant sur la route au pied des rochers.
L'affaire étant engagée entre un de nos bataillons qui famusait par une faible fusillade, nos trois compagnies de grenadiers s'emparent du revers opposé des rochers, se mettant ainsi à couvert du feu de l'ennemi. D'abord l'ennemi parah faire des progrès que la faiblesse de notre feu semMait devoir favoriser. Il s'avance sur la troupe qui lui est opposée, sans beaucoup d'ordre, mais avec une eoofbnce qui ne tarda pas à hn devenir funeste, €ar les grenadienf une fois qu*ils furent dépussés^ éescendireni sur leurs derrières et les mirent dans une déroute complète. Ce combat dura tout au plus une heure. Nous fîmes 100 et quelques prisonniers, dont 7 ofSciers; nous prîmes les deux canons et leurs caissons. Il y eut une soixantaine de tués et blessés. Notre perte fut i peu près égale. Ces prisonniers, comme les précédents, furent renvoyés sur parole et rentrèrent le même soir d'oà ils étaient partis. Si notre troupe n'eut pas été exténuée de fatigue par une marche forcée de trente heures, elle eût pris toute la garnison de Sligo. Mais à quoi bon faire des prisonniers pour les renvoyer après. H est vrai que c'était le seul parti à prendre, nos forces n'étant pas assez nombreuses pour qu'on pût ni les garder ni les faire suivre.
Quel contraste entre Taudace déployée à Castlebar et la prudence de cette embuscade si réussie ! Un tel chef, avec de pareils soldats, connaissait et pouvait employer les ressources les plus diverses.
Le colonel Yerecker (3) se retira à Sligo, qu^Û évacua en se retirant sur Ballv»
(1) Le BaUysadare.
t%) Qui bOTdent la roirte éà Slifro.
(3) ImpaHial relation.
Sliannon^ à la nouvelle que, pendant la nuit du 5 au 6, Tenncmi a\ait fait un détour par Drumahair et BaJlitagher, probablement en route vers Sligo.
L'intention du général Humbert était bien différente (1).
Le 5, à 10 heures du soir (2), en effet, il reprit sa marche vers le nord-est, enclouant et jetant à Feau les pièces prises à Fennemi (3), et, le 6 septembre, à midi, il arrivait à Manor Hamilton, à près de 35 kilomètres de CoUooney.
Après une heure de repos, Humbert changea brusquement de direction et prit la route de Dublin, vers le sud-est. A 7 heures, il prenait position « sur les hauteurs en arrière « de Dumker, \'illage situé au nord-ouest du lac Allen, où c< le Shannon prend sa source, et là, nous trouvâmes des « rafraîchissements (4) ».
Que s'était-il passé, et pourquoi cet abandon du projet de gagner les montagnes du comté de Mayo ?
Le général Cornwallis avait prescrit au général Lake de suivre et de retarder les Français, mais sans risquer une action décisive. A la nouvelle de rengagement de Tobercurry avec les yeomen, il avait, le 6 au matin, envoyé le major général Moore avec le 100® régiment et deux bataillons de flanqueurs vers ce point, tandis que lui-même, avec son gros, « se proposait de marcher sur Carrick, d'y passer le Shannon «< et de remonter la rive est de cette rivâère en réglant ses « mouvements sur ceux de Tennemi (5) ».
Dès son arrivée à Ballyhaunis, il apprenait que de sérieux désordres s'étaient produits dans les comtés de Westmeath et de Longford, que des soulèvements avaient éclaté près de Ballinamore, de Granard, Rathocon, Kilbeggan, etc. Le major général Trench avait dû envoyer d'Athlone sur Ballinamore quelques troupes, tandis que le général Nugent envoyait de Belturbet sur Granard un détachement des fencibles
(1) « Hambert crat avoir eu affaire à l'avant-garde d*aiie armée et changea son plan. Ce « fat une grande erreur, car il aurait sans doute enlevé Sligo, échappé à l'armée et il « aurait pu prolonger la résistance dans les montagnes du Nord. » (Lecky, loc, cit.). Nous ne partageons pas cette opinion (Voir ci-dessous).
(S) Après trois ou quatre heures de repos seulement, dit Jobit.
(3) 18 avec celles qu'il venait d'enlever. Il garda les 3 pièces françaises.
(4) Fontaine.
(5) As it was impassible to form a correct jndgment of gênerai Humbert's object (ImpaHial relation).
d'Argyll. Celui-ci s'était retiré à la nouvelle que les rebelles avaient été dispersés par les yeomen de lord Longford et du capitaine Cottingham.
« En raison de la probabilité d'une insurrection formi- « dable dans les comtés de Longford et de Westmeath, le i< général Cornwallis changea ses dispositions. Il envoya la « brigade des gardes de Birr sur Kilbeggan, à portée de « secourir Dublin où se manifestait aussi une certaine efifer- « vescence. Ce mouvement s'exécuta au moyen de bateaux i< que l'on fit rassembler à Philippstown. Le général en chef « en personne arriva le 6 à French Park, où il apprit la « défaite de Verecker à CoUooney. »
Le changement de direction de la colonne française se trouve donc justifié par Tinsurrection des comtés de Longford et de Westmeath, dont la nouvelle paraît être à ce moment seulement parvenue. Humbert savait, de plus, que la direction du nord-est lui était barrée, car le colonel Verecker, battu à CoUooney, s'était replié sur Sligo et, de là, sur Rally Shannon où il avait trouvé le brigadier général Champagne, envoyé par Nugent, qui avait aussi envoyé un régiment, celui d'Argyll, de Belturbet sur Enniskellen.
Il était donc très indiqué de marcher au secours des insurgés. De plus, cette direction menait à Dublin, où les Français avaient des intelligences, et où un coup de main heureux aurait eu des conséquences incalculables.
Arrivé à 7 heures du soir à Drumkeern le 6 septembre, le général Humbert reçut le lieutenant-colonel Crawford en parlementaire, lui proposant une capitulation qui fut refusée. Le lendemain matin, la petite armée française reprit sa marche (1). A 9 heures, elle attaqua le pont de BaUintra, l'enleva et, après l'avoir passé, le coupa derrière elle (2).
A la nouvelle de l'insurrection de Granard et du succès « remporté le jour même par les Irlandais contre les « yeomen (3) (nouvelle inexacte, car ils avaient été battus, « voir ci-dessus), le général Humbert décida que, dans la « journée du 7, il se porterait sur Granard d'où il ne serait
(1) Jobit.
(t) Bile ne put qae rcndommager et l'ennemi le répara très vite.
(3) Fontaine.
« plus qu^à deux marches de Dublin m. Il se mit effectivement en marche, constamment harcelé, et arriva à Cloone à 6 heures du soir.
Mais sa position était devenue critique.
Voici, en effet, ce qui s'était passé du côté des Anglais :
Dès le 6 au soir, le général Moore était arrivé à Tobercurry, tandis que Lake avait atteint CoUooney. Ce dernier, précédé de la cavalerie de Grawford, avait suivi la marche des Français vers Manor Hamilton.
Lorsqu^on connut le détour vers le sud de la colonne Humbert, le colonel Yerecker fut rappelé sur Sligo, Moore appelé de Tobercurry sur Boyle, tandis que le corps de Gomwallis arrivait le 7 à Garrick-on-Shannon, après une marche très rapide.
Lake parvint le soir même près de Drumshambo, ayant rétabli le pont de Ballina. Sa cavalerie avait harcelé Tarrièregarde française. Avant d'arriver à Ballinamore, celle-ci avait été chargée et forcée de se déployer, mais, « s'étant postée « dans les fossés, le lieutenant-colonel Grawford n^avait pu « l'attaquer (1) ».
D'après Fontaine :
u An premier coup de feu, notre colonne fit halte. Le général Fontaine, qui commandait les quatre compagnies qui fermaient notre marclie, fit Yolte-face aTec ces braTes ; ils chargèrent la cavalerie anglaise qui tourna bride au galop en nous abandonnant trois de nos prisonniers. L*armée, qui ne derait que suivre sa route, la reprit, se défendant partiellement contre quelques voltigeurs ennemis ; mais à quelque distance de Cloone, les Anglais fondirent en masse sur nos derrières et quelques hussards d'Hompesch Toulurent sabrer les premiers rangs de notre infanterie qui les reçut à la baïonnette. A 6 heures du soir nous étions à Cloone, où nous eûmes beaucoup de peine à faire arriver nos canons qui furent toujours portés (sic) dans des chemins marécageux et difficiles (2) »
Gette version est confirmée par Gribayédoff qui ajoute, à propos de rengagement de Ballinamore et de Téchec de Grawford : « Gelui-ci ne fut sauvé d'un enveloppement « imminent que par Terreur de Humbert qui crut avoir « toute Tarmée de Lake devant lui ».
(1) Impartial relation. C*est reseamoiicha signalée par Jobit.
(2) Il n'existait pas, en effet, de route directe entre Ballintra et Oranard.
LA CAMPAONB DE HUMBKBT BN IRLANDE. 123
Tout, d'après Jobit, se serait borné à une simple escarmouche sans autre intérêt que la perte de deux heures.
L'extrême fatigue des troupes était une raison suffisante pour s'arrêter à Cloone pendant une journée. Mais d'autres considérations paraissent aussi avoir influé sur la décision du général Humbert.
tt II reçut en effet, à Cloone (i), une députation des paysans des contrées Toisines qui lui apportaient la promesse de le joindre, an nombre de i 0,000, s'il pouYait rester Jusqu^au lendemain afin de favoriser leur réunion. Le chef lui-même des insurgés battus à Granard vint nous offkir ses services et nous conjurer de retarder notre départ Jusqu'à ce qu'il eut rassemblé ses nombreux partisans.
« Toutes ces eonsidérations, leur importance et quelques murmures qui s'élevaient parmi les rangs de nos troupes harcelées, désespérées, décidèrent le général Humbert à ne quitter son camp que le 32 (8 septembre) et à bivouaquer. Mais quelle fut sa surprise, quand il eut la nouvelle certaine que les insurgés, informés de l'état de nos forces et les jugeant trop faibles pour résister à lord Gornwallis qui s'avançait avec 20,000 hommes, ne voulaient plus grossir nos bataillons et faire cause commune avec nous.
« Le temps que nous restâmes à Cloone à attendre l'effet des promesses des Irlandais nous fut très préjudiciable. »
D'après Tom Jones (2) :
« Le général français et ses officiers décidèrent de se reposer à Cloone, ordonnant qu'on ne les laissât dormir que deux heures. Les sentinelles les laissèrent dormir quatre heures. S'ils avaient pu pénétrer 4 milles de plus dans le comté de Longford, ils auraient été, parait-il, rejoints par des milliers d*hommes qui n'attendaient qu'eux pour entrer en ligne. »
Ce fut donc seulement le 8 (3), à 5 heures du matin, qu'Humbert reprit sa marche sur Granard. Les insurgés avaient été battus à Brunsbrina, par lord Longford, et dispersés. On annonçait que Granard était occupé par les Anglais. Enfin, la cavalerie de Crawford harcelait constamment Tarrière-garde.
De son côté, le général Gornwallis s'était porté sur Mohill
(!) Fontaine.
(î) Cité par Oiibayédoff.
(3) Jobit.
dans la nuit du 7 au 8, et Lake, au nord, était prêt à soutenir sa cavalerie.
La situation était grave.
Les mouvements des Anglais résultent du rapport ci-dessous, adressé le 9, par Cornwallis, au gouvernement anglais.
Rapport du lord-lieutenant Cornwallis, duc de Portiand.
Monseigneur,
Saint-John' Town, 9 septembre 179S,
Lorsque j'ai écrit à Votre Grâce, le o, j'avais toute raison de croire, d'après le mouvement de l'ennemi sur Dromahair, que son intention était de marcher vers le Nord, et il était naturel de supposer que son espoir était de Toir débarquer des forces françaises dans Tune des baies de cette région, car, sans un pareil secours, sa marche, en quelque direction que ce fut, eut été également désespérée. Mais j'ai reçu le 7, de très bonne heure, du général Lake, la nouvelle qu'il avait toufné à droite à Drumkeirn et qu'il paraissait se diriger vers Boyle ou Carrick-on-Shannon. En conséquence, j'ai accéléré le mouvement de mes troupes pour arriver avant l'ennemi à Garrick et j'ai ordonné au
major général Moore, qui était à Tobercurry, de se tenir prêt au cas où rennemi marcherait vers Boyle. A mon arriyée à Carrick, j*ai appris que les Français ayaient passé le Shannon à Ballintra, où ils avaient essayé de détruire le ponty mais le général Lake les avait suivis de si près qu*ils n'avaient pu y réussir. Dans ces conditions, j'étais donc à peu près certain que cette désagréable campagne allait prendre fin en une ou deux marches, et ayant reçu l'annonce assez précise que l'ennemi s'était arrêté pour la nuit à Cloone, je partis dans la nuit du 7 pour Mohill avec les troupes qui se trouvaient à Carrick et je prescrivis au général Lake, de marcher simultanément sur Gloone qui est situé à environ 3 milles (4,800 mètres) de Mohill. Par ce mouvement, je serais en mesure de joindre le général Lake, d'attaquer l'ennemi s'il restait à Gloone, ou de lui couper la retraite si, comme il était probable, il se retirait k l'approche de notre armée. A mon arrivée à Mohill (un moment après le lever du jour), je vis que les Français avaient commencé leur mouvement vers Granard et je prescrivis, en conséquence, au général Lake, d'attaquer leur arrière-garde et de retarder leur marche autant que possible, mais sans s'engager en entier. Le lieutenant général Lake accomplit cette mission avec sa prudence et son habileté ordinaires, et la lettre ci-incluse, que je viens de recevoir de sa part, expliquera les circonstances qui ont amené la reddition immédiate de l'armée ennemie. La copie de mes ordres, que je joins à ma lettre, montrera quelles raisons j'ai d'être satisfait des efforts des troupes, et je prie Votre Grâce de vouloir informer Sa Majesté du très grand secours que j'ai reçu des généraux et de l'état-major qui ont servi avec l'armée.
En somme, il résulte de cette pièce officielle que Humbert ne fut pas cerné comme il en était menacé par les armées ennemies.
En effet, en arrivant le 8, à 7 heures du matin, à Mohill, Comwallis apprit que Humbert s'était déjà mis en marche de Cloone sur Granard et, par conséquent, lui échappait. Il prit en toute hâte la route de Saint-Johnstown, mais il ne put regagner son retard.
Ce fut le corps de Lake qui poursuivit les Français déjà épuisés, et qui, seul, les obligea à une capitulation.
Voici la version anglaise de ce dernier épisode :
Extrait du rapport du lieutenant général Lake,
La colonne est arrivée à Cloone le 8, vers 7 heures du matin, après quatre jours et quatre nuits de marches fort dures. Ayant à ce moment reçu de lord Gornvtrallis l'ordre de suivre la ligne de marche de l'ennemi, tandis que Son Excellence s'avançait par la route du bas pour lui barrer le chemin, il se mit en marche en détachant la compagnie des dragons légers de Monaghan avec ordre de harceler son arrière-garde. Le lieutenant-colonel Craufurd (Crawford),