PBSMIÂ&B PA&TIB. — CHAPITRE Y
en arrivant ttir rarrière-garde des Francs, les somma de se rendre, et, sur leur refus, il les attaqua et fit mettre bas les armes à 990 d'entre enx. Pensant que le reste de lear armée suivrait cet exemple, le capitaine Packenham et le mi^r général Gradock, chef d'état-major, s'aTancèrent à cheval Ters eux« Mais Tennemî commença immédiatement on TÎolent feu de canon et de mousqueterie qui blessa le général Gradock au bras. Le lieutenant général Lake ordonna au 3* bataillon d'infimterie légère, sous le commandement dn lieutenant-colonel Innis du 6i*, soutenu par une partie dn régiment de milice d*Armagh, d'attaquer la position ennemie. L'action dura environ une demi-heure ; à ce m^Hoent, le reste de la colonne étant apparue, les Français se rendirent à diserétioo. Les rebelles, dont la force malgré les désertions montait encore à 1500 hommes, se dispersèrent; mais une grande partie d'entr'eux fiirmt tués sur-le-champ ou pendant leur fuite. M. Blake, &it prisonnier, fiit plus tard exécuté en vertu d'une sentence de la cour martiale. Pertes au combat de Ballinamurk :
Tués : 3 hommes et il chevaux ;
Blessés : i officier, 12 hommes et t cheval ;
Disparus : 3 hommes et 8 chevaux.
« Les Français, dit de son côté Gardon, qui confirme ce rapport, auraient fait, au début de l'action, prisonnier lord Roden qui avait pénétré dans leurs lignes, avec un corps de dragons, pour les engager à se rendre. Quand les Français eurent mis bas les armes, cet officier ordonna à ses troupes de s'arrêter et empêcha ainsi reflfUsion du sang. »
Le récit de l'adjudant général Fontaine diffère absolument des textes ci-dessus.
Un caisson de cartouches que des Irlandais, faute de chevaux, traînaient à bras à travers des chemins impraticables, fut abandonné à la première charge que fit contre eux la cavalerie anglaise qui en sabra un grand nombre.
Le général Humbert, informé de ce nouvel accident, ne prend conseil que de son courage. Il fait faire halte à notre colonne, et lui-même, à la tète de 4 compagnies, marche à l'ennemi, ordonne une décharge qui le disperse, reprend le caisson dont les provisions furent distribuées à l'armée, et continue sa route.
Pendant cette diversion indispensable et que le succès avait couronné, les ennemis sur plusieurs points débouchèrent avec tant de promptitude que les 4 compagnies, qui avaient rétrogradé pour reprendre le caisson eurent beaucoup de peine à rejoindre la colonne. Cûvant-^wde ennemie nous pretumt en tête y nous arrêta à une lieue de Granard (???). Le découragement s'empara presque totalement des troupes. Accablées de fatigue, obligées de se dé&ire des pièces de canon qu'elles avaient payées de leur sang, se voyant forcées d'abandonner leurs camarades blessés à la merci des Irlandais, les demien rangs eurent avec les hussards d'Hompesch quelques pourparlers, ce qui donna à ces derniers le temps de recevoir du renfort.
Une heure après, l'ennemi qui nous harcelait toujours, attaqua ces deniières
LA CAMPAeifB DB HUMBEBT XN lELANDB. 1f7
oompagnîes et les enTeloppa. Malgré la plus opiniâtre résistance, elles ftirent (Sûtes prisonnières.
Dans ce danger pressant, les généraux Fontaine et Sarrazin se décidèrent à yainr.re ou à mourir. Ce dernier fit tète à la colonne ennemie qui masquait le pont de Granard (?), la força de fuir et s'en empara. Le général Fontaine, courant de rang en rang, et raniount do geste et de la \oix le peu de braves qui respiraient encore le feu du courage, dégagea notre artillerie du centre de la colonne, la fit porter à notre petite arrière-garde avec quelques bataillons (?) et &ire feu sur la caTalerie ennemie qui, pour assurer sa victoire, avait en croupe un fantassin. Son attaque fàt si impétueuse quMl culbuta les escadrons, leur toa plus de 80 chevaux, leur blessa un ph» grand nombre dliommes. Un obusier, qn'on amena à Tennemi, ranima son ardeur, et il revint à la charge : nos artilleurs, sans s'dfirayer, démontèrent Tobusier et firent sauter les deux caissons ennemis. Le lord Roden, qui commandait cette colonne, se rendit au généra] Humbert.
Pendant ce combat, presque tous les Irlandais qui avaient grossi nos rangs furent frappés d'épouvante. 300 des plus braves se battirent à outrance et furent taillés en pièces après avoir vendu chèrement leur vie, en réunissant leurs efforts aux nôtres pour repousser à la baïonnette la cavalerie anglaise, qui, trois fois, nous chargea et qui, trois fois, se retira avec perte.
Depuis longtemps, le major Crawford demandait k parler au général Sarrazin. Le général Humbert se décida à l'envoyer en parlementaire. Pendant que le major Cravdbrd et le général Sarrann s'entretenaient ensemble, l'ennemi fondit sur le centre de notre armée : le major Crawlord se porta à ses troupes pour arrêter le feu. Le général Fontaine, qui défendait l'aile gauche de Farmée, croyant qu'on avait entamé des négociations, se rendit à la colonne pour y attendre des ordres, mais, quelle fut sa surprise et celle du général Sarrasin, quand ils se virent enveloppés et faits prisonniers! De leur côté, le général Humbert, les cheis de brigade Acémar et Hardouin se défendaient contre ies colonnes ennemies qui les accablaient et ne se rendirent qu'après avoir épuisé toutes les ressources que donnent le courage et l'intrépidité. D fillot céder, les Anglais se précipitèrent sur nous, c'était à qui aurait l'honneur de feire un prisonnier français : il n'y en eut pas pour chaque officier anglais.
Le général Lake alla an-devant du général Humbert, en lui demandant où
était son armée La voilà I lui répondit-il, en lui montrant les 400 hommes
que le sort des combats venait de fidre tomber en son pouvoir. Le général Lake fit un mouvement de surprise et d'admiration. — Et où prétendiez-vous aller continua l'Anglais ? — A Dublin, briser les fers de ceux qui gémissent sous le poids de votre tyrannie, répliqua le général français. — Ce projet extraordinaire, continua le général Lake, ne pouvait naître que dans une tète française. . .. .
n y a dans cette version une invraisemblance absolue.
U semblerait, en effets que les Français enlevaient le pont de Granard en même temps que leur arrière-garde combattait à Ballinamuck, où Ton sait en effet, qu'eut lieu le combat.
Or, Granard est, par le chemin le plus direct, à plus de 12 milles (19 kilomètres) de Ballinamuck, et, en cette localité, située sur une hauteur, il n'existe ni cours d'eau, ni pont.
On peut donc affirmer que les Français n'atteignirent pas ce point, et qu'ils furent auparavant, à Ballinamuck, non pas entourés, mais attaqués en queue et forcés de se rendre par suite de leur fatigue et de la disproportion des forces (1).
Ils étaient si peu entourés que les Irlandais s'enfuirent, et que les seuls tués ou pris furent ceux que la cavalerie put rattraper à la course (2). L'histoire de la colonne Humbert est bien assez glorieuse sans que la légende y ajoute des détails inexacts, bien que racontés par des témoins oculaires.
Par la précision des détails, confirmés par l'examen de la carte et leur concordance avec les témoignages anglais, le récit de Jobit doit être préféré.
Nos soldats, découragés par la nouvelle des grandes forces de Tennemi, qui nous harcelait, avaient tellement négligé Tordre dans leur marche que notre armée, composée de 1900 hommes, tenait une queue de près d'une lieue.
L'ennemi, impatient de ne pouvoir nous joindre malgré la diligence de sa marche, se servit d'une ruse qui peut être considérée comme une violation des lois de la guerre. Quatre de nos chasseurs, commandés par un officier de l'état-major, fermaient la marche de la colonne, en forme d'arrière-garde. Quelques cavaliers de Hompesch les joignirent et demandèrent à parler au général en chef.
Aussitôt que le général Humbert fut prévenu au sujet de leur mission, il envoya un de ses aides de camp, escorté par deux chasseurs à cheval, pour dire au général anglais que, s'il voulait faire arrêter sa colonne, il arrêterait aussi la sienne et qu'ils choisiraient un lieu intermédiaire pour la conférence. L'aide de camp va joindre aussitôt la tète de colonne ennemie et rend compte de sa mission au colonel des chasseurs de Hompesch, pendant que les troupes des deux partis continuent leur marche. Le colonel dit à l'aide de camp : u Monsieur, je ne m'arrêterai que lorsque j'aurai envoyé deux de mes officiers à la tête de votre colonne, et alors on entrera en conférence. Dites à votre général qu'il ne peut nous échapper et qu'il est environné de toutes parts (3). Ce
(1) D'après Gribayédoff et Moreaa de Jones, il y aurait eu certaines défaillances, notamment de la part de Sarrazin, qui entra en pourparlers avec Crawford.
(2) 500 sur 1500, dit Gordon, p. 397, chiffre confirmé pai- O'Brien, Conlemporary Review, voir ci-dessus.
(3) Inexact, comme on le sait.
n'est que pour éWier de répandre du sang que nous voulons tous ofiVir une capitulation ».
L*aide de camp part, mais à peine a-t-il fait SO pas, que la selle de son cheyal tourne et l'oblige à descendre. Retardé par cet accident, il enyoie un des chasseurs de son escorte Ters le général, pour lui rendre compte du résultat de l'entretien qu'il a eu avec le colonel. A la suite du rapport que le chasseur Tient de faire, Tadjudant général Sarrazin est envoyé en parlementaire, suivi de quatre officiers de Tétat-major.
Arrivé à Tavant-garde du régiment de Hompesch, le colonel lui proposa de raccompagner jusqu'à son général (1), qui était sur les derrières. Ils se mettent en marche, mais à peine ont-ils fait quelques pas, qu'ils entendent une vive fusillade que l'ennemi faisait sur notre arrière-garde, qui riposta vivement et qui fut bientôt soutenue par une partie de notre second bataillon, qui formait la gauche de la colonne. Dans cet instant, le colonel dit au général Sarrazin : « Monsieur, l'affaire est engagée, je ne puis aller plus loin ». Là-dessus il le quitte et rejoint la tète de son corps, qui précipite sa marche en avant. Le brave Sarrazin veut continuer sa route, mais il en est bientôt empêché par l'ennemi, qui, violant le caractère sacré dont il est revêtu, le fait prisonnier avec les officiers de sa suite. L'aide de camp, que le dérangement de sa selle avait retardé, éprouve le même sort.
Tous les instants qu'on employa à recevoir et envoyer des parlementaires donnèrent aux colonnes ennemies, qui ne cessaient de marcher, des avantages qu'il est aisé d'apercevoir. Avec le peu d'ordre qui régnait dans notre colonne, on ne s'étonnera pas que l'ennemi, aidé par ses supercheries, ait eu le temps d'atteindre la queue de notre colonne. Le second bataillon qui s'y trouvait fut en quelque sorte surpris, attaqué de toutes parts et accablé par le nombre. Aussi succomba-t-il et fut-il obligé de se rendre à discrétion après une très courte, mais énergique résistance.
Cet événement se passait à Cinm du reste de tarmée, au moment où il arrU vait à la plaine de Èallinamuck et y faisait halte. Nous nous disposions à laisser arriver la queue, dont on se croyait encore suivi, lorsque nous fûmes fort étonnés de voir arriver à nous plusieurs cavaliers anglais parlant fort bien le français et nous criant à haute et intelligible voix : « Ne tirez pas, mes amis, tout est arrangé ». Ignorant ce qui venait de se passer à notre gauche, nous crûmes d'abord que ces cavaliers avaient déserté pour se ranger sous nos drapeaux (2), mais bientôt notre général en chef, qui s'était porté quelques pas en avant avec une petite escorte, se tourne vers nous en criant : « Grenadiers ! chargez à la baïonnette ! » Au cri de combat, les cavaliers ennemis qui s'étaient engagés dans nos rangs sont sur-le-champ démontés et faits prisonniers. Nos grenadiers et soldats se mettent en bataille sur un côté de la route, présentant la gauche à l'ennemi. Nos pièces (3) sont mises en batterie et
(1) Lak«.
(t) En effet, le régiment d'Hompesch, formé d'étrangers, comptait beaucoup de Français. Jobit avait déjà remarqué aux dialogues échangés aux avant-postes que plusieurs auraient passé an corps Hnmbert, slls l'avaient cm sûr de la victoire.
(3) S pièces.