II
Art. 5. — Le Ministre de la guerre affectera un bataillon complet d'un des régiments d'artillerie pour le serrice de la flottille.
Art. 6. — Le Ministre de la guerre nommera un adjudant- commandant et un chef de bataillon d'artillerie, pour être chargés du détail du serrice de Tinfanterie et de l'artillerie de terre, et faire exécuter les ordres du contre-amiral Latouche.
Art. 7. — Tous les officiers de terre et de mer seront sous les ordres immédiats du contre-amiral Latouche.
Art. 8. — Les Ministres de la guerre et de la marine sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de Texécution du présent arrêté qui ne sera pas imprimé.
En résumé, il s'agissait de pourvoir neuf divisions de la flottille (ce n'était plus 12 et encore moins 16 comme il était écrit (1) à Augereau) de garnisons empruntées à l'armée de terre et formant un total de 3,870 hommes, sans compter les officiers.
Une pareille mesure était essentielle pour assurer l'existence même de la flottille, où les marins étaient en nombre insuffisant et de qualité plus que médiocre, mais cela ne constitue pas encore la preuve d'une volonté nettement offensive contre l'Angleterre.
A Boulogne même, les choses commençaient à devenir tout à fait sérieuses.
De Boulogne, le 29 messidor (18 juillet).
Les vents ayant passé dans la partie nord, écrit Latouche-Tréville
j'ai fait sortir cette nuit la 5* division, composée de 17 bateaux canonniers, les 5 bateaux bombardes, les chaloupes canonnières VEtna et la Brûlante avec 3 péniches. Ces bâtiments ont pris poste depuis le musoir jusqu'à la redoute du Moulin-Hubert, leur droite défendue par cette batterie et celle de la Crèche et leur gauche par le fort Chatillon. La division ennemie composée de 10 bâtiments, qui était restée mouillée à une heure et demie de la c^te, a mis sous voiles au jour, aussitôt qu'elle a eu connaissance de la sortie de ces b&timents.
Une de leurs corvettes s'est portée sur mon canot sur lequel elle a tiré
plusieurs coups de canon La corvette a rallié sa division dont voici la
force : 2 bâtiments à trois mâts, vaisseaux armés portant 26 canons de fort calibre, 2 chaloupes canonnières, i brick de 20 canons (c'est le commandant), 2 autres de 16 à 18, 1 très grand lougre de 16 canons, 2 cutters de 16; en tout 10 voiles. Entre le cap Gris-Nez et Calais, il y a 3 bâtiments, dont une
(1) Voir ci-dessos.
grande frégate. La c^te Tient de me signaler le départ (de Calais) des chaloupes canonnières Je pense que la yue de forces aussi supérieures les
auront déterminées à se retirer à Touest de Wissant (1).
Le génér&l Pille au Ministre de la guerre.
30 messidor (18 Juillet).
Une flottille de 22 bateaux plats et 2 canonnières est sortie hier 29, à 3 heures du matin aTec Fintention de soutenir un combat aTec la division anglaise qui croise devant la rade : cette dernière n'a pas attaqué de la journée et la flottille est toujours dehors.
Le même jour, 29, au lever du soleil, la vigie du Blanc-Nez a vu appareiller la flotte marchande des Dunes, faisant route à l'ouest, sous l'escorte de 4 corvettes, 2 bricks et 2 lougres ; à 5 heures du matin, vu 2 corvettes et 5 bricks armés, i cutter et 1 lougre en croisière. A la même heure, vu sortir de Calais 6 canonnières et 3 péniches, route à l'ouest. A 6 h. i/2, elles ont relâché et mouillé à l'anse de Wissant, ayant rencontré des forces supérieures. A iO heures, les bâtiments anglais ont mouillé au nord du cap Blanc-Nez et ont tiré quelques coups de canon. A midi, les bâtiments français ont levé l'ancre et sont rentrés à 4 heures du soir à Calais, à la rame.
Le « Moniteur universel », n« 304.
Calais, le 29 messidor (18 j aille t).
Ce matin, à 8 heures, une escadrille composée de six canonnières a mis à la voile de ce port, portant un nombre proportionné de troupes.
Les vigies avaient signalé quelques bâtiments ennemis en vue; mais, comme ils paraissaient trop éloignés pour s'occuper du mouvement des côtes, l'escadrille crut pouvoir hasarder de mettre à la voile et de gagner Boulogne, en longeant la côte avec un vent favorable.
Déjà elle avait parcouru la moitié de la distance, lorsque doublant le cap Gris-Nez, elle aperçut embossées quatre frégates anglaises qui l'attendaient hors de la vue des vigies. Il y a apparence qu'elles avaient choisi la nuit pour s'y rendre.
L'escadrille pensa d'abord à rétrograder à la vue de forces aussi supérieures» lorsqu'elle découvrit six autres frégates qui, ayant observé au loin sa sortie, étaient venues se rapprocher par les derrières, et la tenaient ainsi bloquée ; en même temps un brigantin ennemi donnant au large un signal de quinze coups de canon, on vit arriver de suite environ 20 bâtiments de guerre de toutes grandeurs, depuis la frégate jusqu'à la corvette, qui vinrent prendre l'escadrille en travers.
(1) En réalité, elles rentrèrent à Calais.
' Ainsi bloquée de toutes parts, et essuyant le feu de Tcnnemi en tête, en queue et en flanc, elle trouTa heureusement un bas fond; et, plaçant par une manœuvre adroite et la sonde à la main, un banc à fleur d'eau entre elle et l'Anglais, elle y jeta l'ancre à la \ue de Tennemi, qui, s'opiniàtrant à s'en emparer, suivit la même manœuvre.
L'escadrille se trouvait alors dans une situation vraiment périUeuse; aucun fort ne la protégeait; sa contenance ferme en imposa cependant aux Anglais, qui semblaient hésiter sur les moyens d'attaquer.
Pendant ce temps le général Ferrand, commandant la division militaire, le général Boubers, commandant la place, et leurs états-majors, à cheval, suivis d*une partie de la garnison, des canonniers qui en font partie, et de plusieurs pièces d^artillerie, partirent en hâte de {a ville et se rendirent vers la plage dans l'intention d'y porter secours à l'escadrille, en établissant des batteries qui empêchassent les Anglais d'en efiectuer l'enlèvement, de les forcer à s'échouer, ou de les brûler sur la côte.
Mais, pendant que ces dispositions se faisaient et que tous les spectateurs étaient la proie de l'inquiétude et de l'indignation, le vent vint à tomber à plat, un calme absolu lui succéda, et l'escadrille, saisissant ce moment favorable, et à l'aide de ses rames et des bras nombreux de ses matelots et de la troupe embarquée, traversa avec intrépidité la flotte anglaise, qui n'osa In faire suivre ni attaquer par ses péniches et ses chaloupes, et rentra en ce port, aux acclamations de tous les spectateurs j vers les 4 heures après-midi.
Malgré la présence de la croisière anglaise, Famiral Latouche-Tréville persista à demander une grande concentration à Boulogne.
30 messidor (19 juillet).
Engagez, je vous prie, le Premier Consul, à trouver bon que je réunisse ici le reste de la 3" division, dont j'ai 10 bateaux (les 8 qui sont à Dunkerque ne peuvent être d'aucune utilité à Nieuport)[ et la 7* division de Dieppe en entier, par le peu de facilité qu'offre la rade pour exercer les militaires. S'il accède à cette proposition, j'aurai quatre divisions complètes, dont je pourrai en placer une à Ambleteuse pour tenir l'ennemi divisé et en échec sur plusieurs points. Si les chaloupes à l'espagnole étaient construites, la division anglaise serait harcelée de jour et de nuit, quelque temps qu'il fît. Je regrette bien que ces constructions si utiles ne soient pas commencées.
Vous avez au Havre 6 petits bricks qui seraient bien propres à faire engager quelque action générale en faisant, à l'instar de ceux des ennemis, des pointes sur leurs lignes Vous pourriez donner ordre de me les faire passer isolément avec un peu d'équipage marin, que l'on compléterait avec des militaires
Cependant, il n'avait encore rien reçu en fait de troupes de terre.
Camp de /a Tour^d'Ordres, près Boulogne.
t thermidor (21 Jaillet).
J*ai attendu jusqu'à ce moment vos ordres relatifs à rembarquement des bataillons d'expédition, formés d'après V arrêté des Consuls du 23 messidor^ et je n'en ai point reçu. Je serais assez embarrassé pour faire répartir le bataillon de la 8* qui arrive ce soir sur la 6* division de la flottille, pour laquelle il est destiné, si je n'étais assuré que tos intentions sont que l'exécution de cet arrêté n'éprouve aucun retard.
La division anglaise s'est retirée sur les côtes d'Angleterre; elle garde le Gris-Nez pour s'opposer à la jonction des chaloupes canonnières qui sont tellement observées pîir 13 bâtiments ennemis mouillés le long de la côte, qu'elles n'ont pu sortir de Calais hier au soir, comme je l'espérais.
L'ennemi était de plus en plus menaçant, et Farrivée des chaloupes-canonnières, réfugiées à Calais après l'échec du 18, devenait urgente pour la défense de Boulogne. .Comme les stationnaires anglais, mouillés près du Gris-Nez, coupaient le chemin de ces bâtiments; Tamiral conçut et réalisa très heureusement le projet d'éloigner l'ennemi de la côte, afin que les canonnières pussent profiter des hauts fonds sur lesquels elles étaient inattaquables.
5 thermidor (24 Juillet).
La station ennemie s'est accrue hier d'un vaisseau de 74 et d'une frégate
de 36 C'est la frégate qui commande. Ces bâtiments sont actuellement
au nombre de i7, mouillés par le travers du Gris-Nez, à deux portéejide canon. Une autre division de 3 bricks ou chaloupes canonnières est aussi mouillée sur
le cap Blanc-Nez ayant constamment sous voiles 2 cutters et \ lougre ;
leur position est tellement prise que les chaloupes canonnières auront infiniment de difficultés à me rejoindre Nous avons reconnu, le général Fer-
rand et moi, la nécessité d'établir une batterie de 4 pièces de 24 sur un plateau
situé à égale distance de Creux-aux-OEufs et du cap Gris-Nez Nous
avons pris nos mesures pour qu'elle soit faite durant la nuit, 100 chevaux
sont disposés pour transporter d'ici les 4 pièces de 24 avec tous leurs accessoires* .... 5,000 sacs à terre seront remplis par 200 hommes Nous faisons porter un fourneau à rougir les boulets
J'ai passé hier à Ambleteuse. J'ai reconnu la possibilité d'y placer très facilement quatre divisions de bateaux Je destine les quatre division? du
Nord à occuper ce point. Les quatre bataillons que je ferai camper sur le plateau d'Ambleteuse qui borde le porf pourront travailler au creusement du chenal
Nous avons en vue sur le cap d'Alprek un autre vaisseau de ligne .et 3 corvettes, qui paraissent destinés à observer cette partie, mais les divisions que j'attends de Cherbourg, du Havre et de Dieppe, passeront malgré eux.
7 thermidor (26 JaUlet).
Les yents du large avec courants violents des grandes marées m'ont déterminé à faire rentrer dans le port la ligne des bateaux de la 6® division servant à la défense de la rade. Les ennemb, quoique au nombre de lî$ à 'IS voiles, ne paraissent pas avoir des intentions hostiles. Néanmoins, après la grande marée, je ferai ressortir la 6* division, pour exercer les militaires.
La batterie du cap Gris-Nez ayant été établie cette nuit, j'ai fait partir pour Calais, le capitaine Mivalez, pour aller prendre le commandement en chef de la division des 6 chaloupes canonnières. S'il existe un moyen de les faire passer, je suis assuré qu'il l'emploiera.
Une partie du bataillon de la 108" demi-brigade, destiné à être employé sur
la 3* division, dont 10 bateaux sont ici, arrive après-demain Le reste
des bateaux de la 3* division^ qui est à Dunkerque, va venir me rejoindre? ainsi que ceux composant la division légère ; celle-ci n'ayant point de troupes destinées pour son armement par l'arrêté des Consuls du 23 messidor ; ne trouvez-vous pas convenable de faire la demande au Premier Consul d'un nouveau bataillon d'expédition pour cette division, à laquelle on attacherait les péniches
Grâce à ces habiles dispositions, les canonnières de Calais purent, le 28 juillet, arriver à Boulogne.
Lettres de ramiral Latouche-Tréville (1).
Camp de la Tour-d'Ordres, 9 thermidor (28 Juillet).
Vous apprendrez avec plaisir que la division des chaloupes canonnières, retenue depuis si longtemps à Calais par un grand nombre de stationnaircs de l'ennemi, est parvenue ce matin par une manœuvre aussi savante qu'audacieuse à se réunir à la ligne de défense maritime que je tiens devant Boulogne. La batterie érigée entre la pointe de Creux-aux-OEufs et le cap Gris-Nez, par les soins du général Ferrand, a parfaitement rempli son objet, en protégeant efficacement le passage de cette division dans un point où elle n'avait auparavant aucune protection à espérer. Les chaloupes canonnières, sous le commandement du capitaine de frégate espagnol Mivalez, adjudant commandant de la flottille, que j'avais envoyé à Calais pour accélérer leur sortie, ont engagé une canonnade assez vive avec une partie des bâtiments ennemis qui étaient stationnés devant Boulogne. Mais, soutenues par les bateaux canonniers de la ligne, les Anglais ont cessé le combat et se sont ralliés à leur escadre mouillée à une lieue et demie de la côte, composée de 1 vaisseau de 74, 1 vaisseau rasé et 2 frégates.
C'est en présence de ces forces et malgré l'opposition de 12 bricks, canon-
(1) Archives de la Marine, BB". 152.
nières et bâtiments armés, que les 6 chaloupes canonnières le Volcan, V Inabordable, Y Éclatante, la Méchante, Y Incommode, la Sitrprise et le bateau n« 18
de la 5* division sont arrivés à leur destination. Ceci servira à prouver
aux incrédules que Ton peut franchir une distance aussi peu éloignée par un temps favorable et une volonté bien déterminée contre toute espèce de force que pourrait employer la côte opposée pour nous en empêcher.
9 thermidor (28 JuiUet).
Autant il y a d'éloges à donner aux militaires embarqués, pour leur dévouement et leur énergie, autant les marins donnent lieu d'improuver leur conduite. On ne saurait agir avec trop de sévérité envers eux. Leur pusillanimité est portée au point que i2 hommes du Volcan sont restés hier soir k Calais,
dans la crainte d'éprouver les chances d'un combat Je les ferai passer au
conseil de guerre Si ce moyen est efficace pour arrêter la désertion par
un grand exemple, le paiement de la solde le serait encore plus.
C'était, pour la défense de Boulogne, un appoint dont les événements allaient démontrer l'efficacité. Mais, pour une offensive, il manquait encore bien des choses.
Outre que la solde n'était pas payée et que le manque d'argent se faisait cruellement sentir, on n'avait rien fait au sujet des « canonnières espagnoles » dont Latouche-Tré ville avait, depuis si longtemps, proclamé la nécessité.
6 thermidor (t5 Juillet).
On a passé hier l'adjudication pour la construction de 100 péniches. Je vois
avec bien de la peine que l'on ne pense pas aux chaloupes espagnoles
C*est la clé de la route, et jamais on ne peut penser à traverser le canal si SO de ces bâtiments ne couvrent la marche. Avec ce moyen, sur lequel j'ai toujours insisté, nous franchirons le pas, quelle que force que l'ennemi nous oppose. Sans leur assistance, ne comptez pas sur la réussite des projets.
Quant au port d'Ambleteuse, cette idée n'avait pas encore été accueillie par le Premier Consul. A défaut de Dunkerque, dont Latouche-Tré ville ne voulait pas, un autre point de concentration près de Boulogne était pourtant indispensable, si Ton voulait réellement une grosse expédition.
11 thermidor (30 JolUet).
L'indispensable nécessité de recourir au port d'Ambleteuse pour y placer une partie des divisions de la flottille m'a déterminé à nommer une commission à l'effet de constater la possibilité de faire usage de ce port Sans
rachèTement des traTaux commencés par les propriétaires riverains de la Selaque (Slack) et Texécution de la part du gouTemement de ceux nécessaires pour profiter de la belle et sûre baie que la nature a placée de la manière la plus ayantageuse pour menacer l'Angleterre, il ne faut pas espérer que Ton puisse se serrir de ce port, ce qui nous obligerait à tout concentrer à Boulogne en augmentant par là les difficultés déjà existantes de faire tout sortir en une seule marée.
Toutefois, Bonaparte n'avait pas, à priori, rejeté l'idée d'utiliser les anciens ports d'Etaples et d'Ambleteuse. Au moment où les premières négociations avec les Anglais subissaient un temps d'arrêt, il voulut se rendre compte de ce* qu'il y avait de réel dans les préparatifs dont les Anglais avaient été si inquiets, et envoya à Boulogne son homme de confiance, le chef de brigade Savary (1).
Au chef de brigade Savary, aide de camp du Premier Conèul
à Bculcgne (2).
Il thermidor (30 jaillet).
Je vous prie, Citoyen, de visiter avec attention les ports de Boulogne, d'Etaples et d'Ambleteuse, Vous me ferez connaître :
\^ Combien de chaloupes canonnières chacun de ces ports peut contenir et combien pourraient sortir en une marée ;
2* Vous m'enverrez un état des travaux qui ont été faits à Boulogne, et de ceux que l'on peut y faire encore ;
3** Un état des batteries qui défendent ces trois ports, de celles qu'il serait encore nécessaire de construire et d'armer pour mettre cette côte à l'abri d'un débarquement ;
4® Un état de situation de la flottille par section. Vous trouverez ci-joint la formation de cette flottille telle qu'elle doit être.
Il semble qu'à ce moment, Bonaparte ait eu la pensée d'utiliser ce qu'il croyait tout prêt.
La preuve s'en trouve d'abord dans son impatience d'avoir des résultats positifs.
(1) La note do ÎZ juillet destinée à lord Hawkesbury {Con^espondonce de Napoléon) n'avait pas eu de succès.
{%) Correspondance inédite de Napoléon.
Uàmiral Latouche-T réville au Ministre (1).
It thermidor (31 JaUlet).
Tai Thonneur de vous rendre compte de Tarrivée ici du citoyen Savary, aide de camp du Premier Consul, porteur de ses ordres, pour prendre connaissance de notre situation défensive et des moyens réunis pour accélérer et effectuer l'expédition. Je ne puis vous cacher qu'à Texception des batteries maritimes que j*ai fait établir, il a trouvé tout beaucoup plus arriéré que le Premier Consul ne le pense, et notre dénuement de toutes choses Ta frappé, ainsi que les limites de mon autorité pour une opération dont la responsabilité pèse entièrement sur ma tète J*ai cru voir même que le Premier Consul m'avait conféré l'autorité d'amiral,* et je l'ai assuré que j'étais si éloigné d'en jouir que je n'avais pas le pouvoir de faire mouvoir un bateau de pèche. Il parait que le gouvernement est persuadé d'une attaque prochaine de l'ennemi ; nous sommes disposés à le repousser et, pour que tous les genres de tentatives de sa part soient vains, le citoyen Savary, en vertu des pouvoirs illimités qu'il a, fait venir ici 2,400 hommes d'infanterie et un régiment de troupes h cheval ; un bataillon de la S4*, en garnison dans cette ville, passe en entier au service des batteries et est à mes ordres. Il y aura un camp de 3,000 hommes sur
Boulogne pour se porter sur la droite ou sur la gauche Pour la défense
maritime, elle consiste en une ligne composée' de 8 chaloupes canonnières, une section de 6 bateaux canon niers et les 5 bombardes auxquelles j'ajouterai les
3 autres Le citoyen Savary a été étonné de ne pas trouver une péniche
commencée ; il croyait les chaloupes à l'espagnole faites et en état d'agir, m'ayant dit que le Premier Consul entendait que j'attaque l'ennemi. Certes, il ne peut penser qu'avec les bateaux plats dont les mouvements sont si lents et si difficiles, je puisse les envoyer au large à près de 3 lieues. Il a sans doute pensé que les chaloupes dont je lui ai parlé avec tant d'éloges étaient à ma disposition. En effet, si j'en avais seulement 10, chaque jour m'a offert des
occasions de les employer Le citoyen Savary va se porter sur Douay et
sur Lille pour faire partir de ces places 15 pièces de canon de 24 et 12 mortiers pour fortifier le port d'Ambleteuse Il désire que je fasse travailler sur-lechamp à ce port, mais je n'ai ni autorité ni argent. Je n'ai même pas 25 louis
à ma disposition pour payer un espion On me refuse tout. J'en appelle à
votre justice On prend pour des difficultés mon impuissance. Le citoyen
Savary vient d'ordonner deux fourneaux pour les batteries de gauche et de droite. Il me demande d'ordonner des fonds pour cet objet. En ai-je le pouvoir? Si je retarde, je serai coupable de l'inexécution. Dans cette position, j'ai prescrit au génie de terre de les faire sur-le-champ. Le gouvernement fera sans
doute donner des ordres de payer par la terre ou la marine Je termine en
vous priant de venir à mon secours ou de me faire remplacer. Je ne veux pas perdre ma réputation et le fruit de 50 années de bons et honorables services.
(1) Mission Savary.
Que penser de ces exigences et de cette hâte si subites lorsqu'on voit, le lendemain, Bonaparte écrire (1) : « Mon « intention n'est pas qu'il y ait autour de Boulogne ni camp « ni rien de ce qui pourrait réveiller davantage l'attention
« des Anglais
Et, le même jour, au Ministre de la guerre (2) :
« Faites connaître par un courrier, au général Pille, que « mon intention n'est pas qu'il y ait im camp aux environs « de Boulogne, mais qu'il renforce la garnison de cette vUle « et place des troupes dans celles environnantes, de manière « à se trouver à portée de Boulogne. J'approuve que les « batteries qui défendent cette ville soient augmentées de « 12 pièces de 24 et de 12 mortiers à la Gomer de 22 pouces. « Il doit y avoir à chaque batterie un gril à boulets rouges : « il est nécessaire que vous donniez les ordres aux comman- « dants de l'artillerie et du génie pour qu'ils soient prompte- « ment construits. »
Comptait-il, à ce moment, sur les négociations entamées avec les Anglais ? Attendait-il une réponse favorable à sa note du 23 juillet (3) ? C'est possible. En tous cas, U calmait plutôt qu'il n'augmentait l'ardeur de ses subordonnés.
C'est ainsi que Savary, ayant été certainement entraîné par la conviction de Latouche-Tré ville, et ayant pris à son compte ses idées sur Ambleteuse et sur la concentration, Bonaparte y répond d'une façon assez évasive (4) :
« Quand vous aurez visité Ambleteuse, vous verrez que « le travail que vous proposez n'est pas si facile.
« Le contre-amiral Latouche commande toute la flottille ; « il PEUT ordonner aux divisions et sections qui sont à Flesi< singue, au Havre ou à Dunkerque, de le joindre.
« Quant aux bateaux de pêche, cet objet est du ressort « du Ministre ; avant de les réunir, U faut que la flottille « prenne un peu de couleur. »
(1) Correspondance de Napoléon, lettre à Savary, l* août, (t) Correspondance inédite (Archives de la Guerre).
(3) Correspondance de Napoléon.
(4) Correspondance de Napoléon ^ 1* août.