POSITIONS DES
ES
€ette « pennission », donnée au lieu des « ordres », du chef le plus impérieux qu'il y ait eu, devait pourtant suffire. L'amiral Latouche-Tré ville en usa largement.
13 thermidor (l«r août).
J'ai rhonneur de tous rendre compte que j'ai fait sortir hier les bateaux ^ composant la ligne de défense, qui ont pris leur poste dans Tordre que je leur ai prescrit. Les 3 mortiers que j'ai fait demander à Saint-Omer m'arrivant ce soir, je les ferai placer sur les 3 bateaux bombardiers qui ont été disposés a^ec la plus grande célérité par les soins du citoyen Degay, et, de suite, je mettrai ces bâtiments en rade. Aux mesures extérieures de sûreté déjà prises, je désirerais en ajouter une très formidable : ce serait de placer quelques bâtiments marchands qui existent dans le fond du port sur la rade, sur lesquels je placerais 4 ou 6 canons de 24 pris sur les bateaux et batteries flottantes. U n'y aurait aucune dépense extraordinaire d'armement à faire
14 thermidor (2 août).
Le contre-amiral Nielly m'ayant fait connaître l'indispensable nécessité de laisser dans l'Escaut un certain nombre de bateaux pour empêcher l'exportation des grains par ce fleuTe, le besoin de police et les mesures de surveillance exigeant aussi qu'il y ait un bateau stationnaire dans chacun des ports d'Ostende, de Nieuport et de GraTclines, j'ai proposé à ce général d'affecter spécialement la i^^ division à ce genre de service. En conséquence, je lui ai marqué de vouloir bien faire relever les 3 bateaux de ces 3 derniers postes par des bateaux de la 4*^ division. Il lui en restera 3 en supplément des 15 que les
diverses stations établies actuellement emploient Si les circonstances et
les vues du Premier Consul le permettent, les divisions de Saint-Malo pourraient s'organiser pour venir nous joindre.
Ses eflforts persévérants allaient être récompensés par deux rç^ succès qui eurent à l'époque un retentissement énorme.
^enT' Le 24 juillet, lord Saint- Vincent, Premier lord de l'Ami-
rauté, écrivait (1) :
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« L'état de préparation de l'ennemi, sur différents points ^/■-îî « de la Manche, particulièrement dans notre voisinage, com-
« mençant à prendre une apparence très sérieuse, et tous nos « renseignements concordant à faire croire qu'une descente « est actuellement près de se faire, il a paru nécessaire de « prendre en considération les moyens de défense les plus
(l) Dispatches and letters of Nelson, Londres, 1845.
« efficaces. Le moyen le plus efficace de déjouer les projets « de rennemi a semblé devoir être la remise de rensemble
« de ce service à un officier général spécialement désigné
« L'officier désigné pour cette tâche importante est le vicomte « Nelson. »
Effectivement, le 27 juillet, Nelson prit, à Sheerness, le commandement d'une escadre formée de 30 navires grands ou petits, ainsi que de toutes les défenses de terre entre Oxfordness et Beachy Head (1).
Le 30, il était aux Dunes, et arborait son pavillon sur la frégate la Méduse.
Sa mission, telle du moins qu'il la comprit, fut bien plus offensive que défensive.
« Outre la Méduse, frégate de 32 canons, il avait sous ses « ordres une trentaine de frégates, bateaux canonniers, (( bateaux à mortiers. On eut un temps et une mer dignes de « la Manche. Nelson souffrit du froid, de maux de nerfs, « et fut constamment affecté du mal de mer. Mais son esprit « net discerna bien vite, en observant constamment Boulogne, « qu'il n'y avait rien à craindre de la flottille qui était dans <( le port. Cette histoire de bateaux, écrit-il, peut faire partie « d'un grand plan d'invasion, mais ne peut en constituer un (( à elle seule. Apprenant qu'Augereau était prêt à s'embar- « quer à Ostende : « J'espère bientôt, dit-il, lui faire toucher « Je fond des sables de Goodwin ».
« Cependant, la mer a parfois de curieux hasards. Une « brise, soufflant de la terre française, pouvait pousser la (( flottille vers l'Angleterre et chasser les vaisseaux anglais « de la Manche. En une nuit de calme, un de ces grands « courants de marée pouvait écarter la croisière et favoriser « les bateaux. En tous cas, il était bon de montrer aux « Français que l'Angleterre n'était pas disposée à attendre (( inerte l'invasion. Il fallait attaquer les envahisseurs sur « leur propre territoire (2) ».
(1) James» Naval Hislory (Voir ci-après).
(2) How England saved Europa, Fitchett. Londres, IS99.
Arrivé le 2 devant Boulogne, le 3 août, à midi, Nelson fit une première tentative infructueuse.
Lettre de Latouche~Tréville,
15 thermidor (3 août).
J*ai l'honneur de tous rendre compte que ce matin, à 5 heures, plusieurs bâtiments à trois mâts, Tenant des Dunes, se sont ralliés à la frégate portant le paTillon du commandement au mât de misaine, que je présume être celui du lord Nelson. Je n'ai pas tardé à les reconnaître pour des bombardes. En effet, à midi, l'amiral ayant fait signal d'appareiller, elles ont porté sur la ligne de nos chaloupes canonnières et bateaux canonniers et ont commencé le bombardement. Quoique leurs bombes soient tombées en dedans de leur ligne, elles n'ont produit aucun effet fâcheux. Deux seuls de nos bateaux canonniers de la gauche ont riposté. Leurs coups ont été bien dirigés. La frégate que monte le commandant ennemi ayant repris la bordée du large, les bombardes en ont fait autant. Elles Tiennent de mouiller â deux portées de canon. Il y
aura Traisemblablement une attaque de leur part à l'entrée de la nuit
La station ennemie est composée dans ce moment de 25 bâtiments, dont 6 bombardes. Le Taisseau de 74 a appareillé hier après-midi et a fait route au nord. Il est probable qu'il a été se réunir à l'escadre de Dickson, aux côtes de Hollande.
« Comme le vent tombait et, ce qui est pis, tournait au n nord, écrit de son côté Nelson, j'ai rappelé les bombardes « après leur avoir fait tirer dix ou douzie obus dont quelques- « uns ont dépassé la tour, sans effet appréciable. Nous avons « pourtant reconnu qu'en choisissant un bon moment de la i< marée, nous pourrions canonner la ligne d'embossage, « surtout par vent de S.-O »
L'attaque renouvelée le lendemain était beaucoup plus sérieuse.
En voici la version française :
Le a Moniteur » du 7 août 1801.
Paris, le 18 thermidor.
ATant-hier, 16 thermidor, & la pointe du jour, l'amiral Nelson, aTCC 30 bâtiments de guerre de toutes grandeurs, a paru devant Boulogne.
Une division de notre flottille légère était mouillée à 500 toises en avant de l'entrée du port.
Les trois sections de la division étaient placées à côté Tune de Tautre, sans intervalle.
Les bombardes anglaises commencèrent le feu ; les nôtres y répondirent, mais Tennemi se tint à une distance évaluée à 1900 toises de la ligne de notre division. Plusieurs fois la flotte anglaise a voulu s'avancer. Nos soldats demandaient Tabordage. Trois bataillons étaient embarqués sur les trois sections de la division. Les autres divisions de la flottille légère étaient dans le port, prêtes à se porter au secours de Tavant-garde.
Notre flottille fit un feu vif et soutenu et, à midi, Tennemi fut contraint à prendre sa première position hors de la portée du canon; il continua cependant à jeter des bombes. Le nombre de celles qui ont été jetées dans le cours de la journée s'élève à plus de 900; elles n'ont tué ni blessé personne. Deux chaloupes canonnières, qu'elles avaient endommagées, ont été remises sur-lechamp en service. Hier i7, au matin, la flotte anglaise a disparu. Le contreamiral Latouche aurait pu faire plus de mal à l'ennemi, si le temps avait été calme. L'intention de l'amiral anglais était de forcer notre avant-garde à rentrer dans le port. Il n'a point atteint ce but.
Ce combat a eu lieu à la vue de la côte des deux pays. C'est le premier de cette nature, peut-être l'historien aura-t-il sujet de le remarquer.
Les récits anglais présentent cette affaire sous un jour tout à fait différent.
L'automne de cette année étant la saison pendant laquelle devait s'exécuter le fameux plan de Bonaparte d'envahir l'Angleterre, il fut résolu d'attaquer la flottille rassemblée dans les ports français pour porter une immense armée (sic) dans notre île. En conséquence, le 30 juillet, le vice-amiral lord Nelson arbora son pavillon sur la frégate de 32, la Méduse^ mouillée aux Dunes (Downs) en qualité de commandant en chef non seulement de la petite escadre destinée k cette opération particulière, mais de toutes les défenses, troupes et ouvrages rassemblés ou construits sur la côte, depuis Oxfordness à Beachy Head.
Le 3 août, lord Nelson, avec 30 navires grands et petits se mit en route yers Boulogne, port d'où, à ce qu'on pensait, la principale attaque devait partir, et que les Français, craignant eux-mêmes une attaque, avaient fortifié avec le plus grand soin. Le lendemain matin, les bombardes anglaises lancèrent leurs bombes au milieu de lu flottille française, consistant en 24 bricks ou bateaux plats et i shooner, ancrés sur une ligne devant la ville. L'effet de cette canonnade fut de couler 3 bateaux plats et 1 brick et d'en forcer plusieurs autres à se jeter à la côte. Mais les Français déclarèrent que deux canonnières seulement avaient été endommagées et que pas un homme n'avait été blessé à bord de la flottille. Les Anglais n'eurent d'autre perte que celle d'un capitaine d'artillerie et deux matelots blessés par les éclats d'un obus (1).
(1) W, James, Naval History,
Correspondance de Londres du 7 août insérée au « Moniteur »
du 12 août 1801 (i).
Le samedi, le lord Nelson fit Toile de Deal et prit le commandement de Tescadre des petits bâtiments de guerre, qui croisait deyant Boulogne sous les ordres du capitaine Sommerville, commandant V Eugénie, Il ordonna à tous les Taisseaux de guerre de le joindre, ce quUls firent le dimanche, et formèrent en tout 37 voiles, y compris les canonnières, les bricks, etc. Le lord Nelson conduisit sa flotte devant Boulogne et la partagea en deux escadres.
Le lundi, le lord Nelson s'approcha de Boulogne avec des bombardières, et jeta quelques bombes poiu* voir à quelle distance était Tennemi. Gomme elles touchèrent le rivage, il fit signal de ralliement et vint jeter Tancre à 4 milles de la terre.
La côte de Boulogne court est et ouest vers Test, une pointe de terre forme une baie; l'entrée de la rade est au milieu, faisant face au nord. Les bâtiments de Tennemi, consistant en 6 bricks, 2 shooners et 20 ou 30 canonnières, étaient rangés en ligne à un demi-mille du rivage, une moitié à Test, Tautre moitié des plus grands à Touest de l'entrée de la rade, et, devant cette entrée, sur la côte ouest de la rade, était une forte batterie qui faisait un feu très vif. La batterie de la jetée, à Touest de la rade, ne tirait pas beaucoup, mais jetait quelques bombes de temps à autre.
Dans la nuit du lundi, le lord Nelson vint dans un bateau léger, à la faveur de l'obscurité, pour reconnaître la position de l'ennemi, qu'il trouva telle que nous l'avons décrite. Il donna Tordre de commencer l'attaque à la pointe du jour. A 4 heures, il plaça lui-même les bombardières, au nombre de K, sur une ligne oblique, à l'extrémité ouest de la ligne ennemie. Elles jetèrent l'anere et commencèrent à lancer des bombes vers les 5 heiu*es.
Les autres vaisseaux formaient une deuxième ligne derrière les bombardières pour les soutenir. Le bâtiment de l'amiral était en face de la rade, ayant à sa droite deux lignes : l'une de bombardières, l'autre de petits bâtiments; derrière ces lignes étaient le Leyden^ de 64 canons.
L'intention de l'amiral était d'attaquer les bâtiments ennemis avec les bombardières seulement, parce qu'elles portaient plus loin que les boulets et faisaient plus de mal à l'ennemi, tandis que ses boulets ne pouvaient l'atteindre.
A 6 heures, cependant, la marée étant haute, le lord Nelson voulant faire voir à Tennemi tout le feu dont il pouvait l'accabler, et voulant l'obliger en même temps â démasquer ses plus fortes batteries, parce qu'il était difficile de les apercevoir, fit avancer des vaisseaux de guerre près de la côte, en face des batteries. Ils firent d'abord un feu de bâbord, ensuite de tribord, et se retirèrent pour charger de nouveau et faire une nouvelle attaque.
Il en résulta un feu efi^royable des deux côtés. A la descente de la marée, il fallut le cesser, mais il eut l'effet désiré : de prouver au lord Nelson qu'il avait
(1) D'après le journal The Sun.
deviné quelle était la force de Tennemi et qu*il avait bien placé ses canonnières. Tandis que les vaisseaux lançaient leurs bordées, comme nous venons de le dire, à 7 heures du matin, le lord Nelson était dans son léger bâtiment, allant et venant et faisant des observations pour une nouvelle attaque. Il visita chaque bombardière en particulier et courut le long de la ligne, au milieu d^une grêle de boulets et de bombes lancés par Tennemi. Il était suivi des cutters le King et le Queen. Les batteries françaises, de chaque côté de la rade, ne pou- Taient que tirer droit devant elles ou à peu près, tandis que nos borabardières étaient placées à leur gauche, et ne pouvaient en être atteintes. Ajoutez à cela que nos bombardières étant placées à Fouest et dans une position obUque à la ligne ennemie, chaque bombe lancée avait l'avantage de planer le long de cette ligne.
Les Français reconnurent bientôt que leurs batteries étaient sans effet, et que le lord Nelson avait pris un ordre de bataille auquel ils ne s'attendaient pas. Ils employèrent un grand nombre d'hommes à élever des ouvrages et des batteries sur la colline à Test de la baie, qui flanque toute la côte. Gela servit à couvrir assez bien Tentrée de la rade, mais ils ne pouvaient atteindre nos bombardières, placées à l'extrémité ouest, et l'ennemi se borna à jeter quelques bombes. Le feu de l'ennemi continua assez vivement jusqu'à 9 heures, mais il cessa entièrement sur les collines et les batteries, parce qu'il vit qu'il était sans effet.
Nos bombardières continuèrent le leur avec une nouvelle vigueur, i seul bâtiment jeta 200 bombes, 3 bâtiments ennemis furent coulés bas. Dans l'après-midi, 2 autres eurent le même sort, 5 autres, rendus inutiles, furent amarrés au rivage avec des câbles. Le feu des Anglais se ralentit dans l'après-midi. L'ennemi, de temps à autre, tirait un coup de canon, ou lançait une bombe. Vers la nuit, le feu recommença avec une nouvelle fureur. L'intention de lord Nelson était de profiter de l'obscurité pour attaquer T'ennemi, de* manière à l'anéantir. Mais le vent étant tombé, l'attaque ne pouvait plus se faire qu'avec le plus grand danger, et toute la flotte fut obligée de gagner au large sans l'entreprendre. Les divers bâtiments ont été aujourd'hui renvoyés, pour se pourvoir de munitions. Quelques bateaux plats ont fait voiles pour les Dunes. Une partie de notre flotte est maintenant devant Boulogne, et il est probable que l'attaque recommencera ce soir. L'escadre devant Boulogne est encore sous le commandement du capitaine Somracrville, commandant VEugénie.
Le lord Nelson fait tous les préparatifs nécessaires.
Notre perte à bord du Sulphur^ est, i ingénieur blessé et 1 matelot qui a perdu le bras.
Beaucoup de Français ont été noyés dans les 3 premiers bâtiments qui ont coulé.
Comme les canonnières rasaient le rivage, on a fait peu de mal à la ville de Boulogne ; on av^t proposé de la bombarder, mais le lord Nelson dit qu'il ne faisait point la guerre aux femmes ni aux enfants.
On dit qu'un clocher a été endommagé, mais non abattu. Le feu n'a pas été mis à la ville.
On voit environ 50 tentes sur les hauteurs à l'ouest de la ville, mais on dit qu'il y a un vaste camp à l'est derrière les collines.
Beaucoup de troupes sont arrivées à Boulogne depuis l'attaque.
^BaifiielaRèpubKque B**du Moulin Hul>M^
Nelson écrivait de son côté :
Au très honorable M. Addington.
4 août.
Je 'crois pouvoir tous assurer que Farmée française ne s'embarquera pas à Boulogne pour envahir TAngleterre. Ils payent ce matin le rassemblement qu'ils ont fait ici. Cinq de leurs navires sont coulés ; ils étaient fortement armés et pleins d'hommes. Ce qui s'est passé à l'intérieur du port, nous n'en savons rien, mais si l'on en juge par ce qui est arrivé à l'extérieur, le dommage doit être considérable.
D'après une autre lettre et Tordre du jour adressé par Nelson à son escadre, il aurait coulé ou forcé de se jeter à la côte dix des vingt-quatre bâtiments mis en rade par les Français.
Dès le lendemain, les bombardes étaient renvovées en Angleterre, et Nelson se dirigea vers Calais et Flessingue. Il était convaincu d'avoir remporté un grand succès, et préservé son pays d'un danger réel, car il écrivait le 6 :
11 n'y a pas de doute que les Français cherchent à envahir notre pays, mais si nos marins font leur devoir, ou bien l'ennemi renoncera à sa folle entreprise, ou, s'il y persiste, pas un Français ne mettra le pied sur le sol britannique. Il est pourtant nécessaire que tous les hommes de bien se montrent maintenant pour résister à l'ennemi, particulièrement les fencibles de mer qui se sont enrôlés pour défendre leur pays sur mer, ce qui est la vraie manière de défendre l'Angleterre.
Le vent d'est l'empêchant d'atteindre l'embouchure de l'Escaut, Nelson gagna Margate, d'où il écrivit.
6 août.
J'ai plus lieu que jamais de croire que les ports de Flessingue et des Flandres seront bien plus probablement les points d'embarquement que Calais, Boulogne ou Dieppe, parce que dans les Flandres nous ne pouvons voir par nos yeux quels moyens de transport ils ont rassemblés (I)
Je puis vous assurer qu'aucun embarquement de troupes ne peut avoir lieu à Boulogne. Si les Français sortent, ce ne peut être que de Flessingue ou des autres ports de Flandre.
Ce n'en était pas moins pour les Anglais un échec. La
(1) Â cause des canaux.