Edinburgh
Lancaster Fencibles 1,110
Loyal Irish Fencibles 688
Fencibles 688
Man Fencibles 675
Scillv Fencibles 110
Total 47,927
Si Ton met à part les volontaires de valeur très difficile à apprécier, surtout à cette époque, on constate que la défense de la Grande-Bretagne est confiée à 25,000 réguliers et moins de 50,000 miliciens répartis sur tout le territoire. L'armée régulière est en effet à ce moment dispersée dans le monde entier.
L' <( Annuaire » (1) de Tannée 1801 donne des renseignements complets sur les détachements fournis par l'armée régulière hors de la métropole. Sur 93 régiments, 3 seulement sont au complet en Angleterre. Il est remarquable que devant les menaces de la France, le gouvernement anglais ait eu l'audace de se dégarnir de ses meilleures troupes en les envoyant en Egypte en aussi grand nombre.
Cavalerie :
3 régiments de la garde (2 de life-guards, 1 de horse-guards). 7 de dragons gardes, dont : en Ecosse, le 4" ; en Irlande, le G*.
(1) List of ell the offîcers of the Army and Marines. War Office, 1*' janvier 1801 {An. nuaire de Vannée 1801).
9 de dragons, dont : en Ecosse, le 3^ ; au cap de Bonne-Espérance puis en Egypte, le 8*.
21 de dragons légers, dont : en Egypte, les 12*, 26*; aux Indes orientales, les 19*, 23% 27% 29*; en Irlande, le 23*. 1 de hussards.
i de Hompesch, en Irlande (mounted riflemen).
Infanterie :
3 régiments de la garde, dont \ régiment (Goldstream) en Egypte,
et 8 compagnies du 3* également en Egypte.
93 régiments d'infanterie, dont :
1*' Iles sous le Vent, ! bataillon ; en Egypte, I bataillon.
2* \ bataillon en Egypte.
3* 1 bataillon en Egypte.
5* Gibraltar.
6* Canada.
7* Nouvelle-Ecosse.
8* Egypte.
9* Jersey.
10* Indes orientales puis Egypte.
11* Iles sous le Vent.
12* Indes orientales.
13* Egypte.
14* Iles sous le Vent.
15* Irlande.
16* Irlande.
17* M inorque. 18* Egypte.
19* Indes orientales.
20* Egypte.
21* Irlande.
22* Cap de Bonne-Espérance.
23* Egypte.
24* Egypte.
25* Egypte (embarqué le 28 mai 1 80 1 ).
26* Egypte (embarqué le 28 mai 1801).
27* Egypte.
28* Egypte.
30* Egypte.
31* Minorque.
32* Irlande (3 avrU 1801), 33* Indes orientales.
34* Cap de Bonne-Espérance.
35* Malte.
36* Minorque.
Iles sous le Vent.
Irlande (16 avril 1801).
Iles sous le Vent.
Malte.
Canada.
Egypte.
Guernesey.
Egypte.
Iles sous le Vent.
Irlande.
Bahama.
Malte.
A l'attaque de Copenhague.
Egypte.
Indes orientales.
Iles sous le Vent.
Egypte.
Guernesey.
Irlande.
Iles sous le Vent.
Egypte.
Iles sous le Vent.
Cap de Bonne -Espérance» puis
Egypte.
Irlande.
Malte.
Iles sous le Vent.
Cap de Bonne-Espérance.
Nouvelle-Ecosse.
Jamaïque.
Iles sous le Vent.
Jamaïque.
Jersey.
Irlande.
Irlande.
Indes orientales.
Indes orientales.
Indes orientales.
Indes orientales.
Indes orientales.
Indes orientales.
Egypte.
Indes orientales et détachement
en Egypte.
Gap de Bonne-Espérance. Minorque.
Jamaïque.
Indes orientales.
Madère.
Egypte (embarqué le 21 juin).
Iles sous le Vent.
Indes orientales.
Egypte.
Egypte.
Cap de Bonne-Espérance.
Egypte.
Guernesey.
(8 compagnies en Irlande).
En outre :
Corps divers :
Queen's Rangers, Canada.
Scotch brigade, Canada.
Queen*8 German régiment,
Egypte.
Royal Garrison bataillon ,
Jersey.
12 Régiments des Indes occidenimUt,
Train (Royal Wâggoa Train).
Recruiting corps.
Indépendant Companies of Invalids
5 à Alderney.
3 à Berwick.
1 à Chatham.
2 à Chester.
9 à Guernesey.
2 à Bull, il à Jersey.
1 à Languard Fort.
4 à North Britain.
1 à Pendennis.
6 à Plvmouth.
4 à Portsmouth.
i à Iles de ScUly.
3 à Sheerness.
1 à Fort Tilburv.
Corps dit de garnison (officiers seulement).
Royal régiment d'artillerie.
Corps des royal engineers.
Marines.
Au sujet de la valeur des miliciens, on peut citer le jugement porté par le contemporain Birch.
La seule expérience que nous ayons eue des ser? ices de la milice contre une troupe étrangère, nous est fournie par l'expédition du général Humbert en Irlande ; nous soyons par là ce que nous pouvons en attendre, lis se sont enfuis comme des moutons (they ran away like sheep). Ce ne fut pas par manque de courage, mais par manque de confiance dans les officiers que les miliciens furent plutôt disposés à se fier à leurs jambes qu'à leurs baïonnettes aux « courses » (races) de Castlebar
(1) Le capitaine J.-F, Birch (Memoir on the National Defence), Londres, 1808.
Les miliciens sont d'aussi bons soldats que possible. S'ils avaient des officiers, aucune troupe au monde ne leur serait supérieure Quant aux Tolon*
taires, c'est la plus mauvaise partie de la milice. La plus grande partie des
hommes n'a pas l'aptitude physique nécessaire à des soldats , la plupart ne
pourraient résister à quelques marches de nuit et aux intempéries. D'autres sont chargés de famille et ne veulent pas marcher.
Cette appréciation se trouve confirmée par les rapports qu'adressait lord Cornwallis, à cette époque lord lieutenant d'Irlande.
CornwalUa au duc de Parti and,
Dublm, le 1*' novembre 1800.
En ce qui concerne la qualité de nos troupes, je dois signaler à Votre
Grâce que les milices et les fencibles ayant depuis quelques mois fourni 12,000 •de leurs meilleurs hommes à l'armée régulière, une partie considérable de ce qui reste n'est plus formée que de recrues sans instruction et indisciplinées.
Depuis mai 1799, l'infanterie a diminué de 6,000 hommes et elle va
encore, dans quelques jours, perdre le régiment de Carmarthen,
Les Français ne sont limités dans le chiffre des soldats qu'ils peuvent
envoyer ici que par les ressources maritimes En 1796, ils ont embarqué
16,000 hommes, dont une bonne part a atteint l'Irlande en quarante-huit heures; seules, des circonstances atmosphériques exceptionnelles ont fait échouer leur entreprise. Avec l'aide des Espagnols, ils peuvent aujourd'hui transporter bien plus de soldats.
Le risque qu'ils courent de voir leur route barrée par notre flotte n'est pas plus grand qu'autrefois et ils ont si bien réussi à lui échapper qu'ils peuvent compter réussir encore.
Une fois la France débarrassée de ses autres ennemis n'est-il pas
hautement probable que l'esprit entreprenant de Bonaparte lui fera tenter de frapper un coup formidable sur le point vital de l'empire britannique, même au risque de sacrifier un reste de marine qui est aujourd'hui bien plus une charge qu'une protection pour la France.
Je crois que l'ennemi est plus en état que jamais de faire une puissante
attaque contre cette île et je crois de mon devoir de demander un renfort de 5,000 hommes pour l'Irlande.
Sur ses instances, Cornwallis obtint la promesse qu'on lui enverrait 4,000 Hanovriens, mais il ne reçut personne. Il n'en avait pas moins pris ses dispositions pour défendre
rlande.
Au major général G« Ross.
De Pbœnix Park, le 12 mai 1801.
Les généraux ont leurs instructions, tous les corps ont des ordres pour
le cas d'une descente de Tennemi au nord, au sud ou à Touest. En cinq ou au plus six jours après le premier a^is, 20,000 hommes^ des meilleurf, seront réunis à Fermoy, Tullamore ou Belturbet. 3,000 hommes d'infanterîe légère sont placés à Athlone ou autour de cette Tille, en corps de valeur supérieure et, sous tous les rapports, excepté l'expérience, égaux au corps commandé par Abercrombie, en Amérique. Les brigades d'artillerie, les pionniers, chaque branche est dans un état de préparation parfaite.
Mais, il était dit que lord Cornwallis n'aurait toute sa vie que des missions désagréables à remplir. A peine était-il à peu près rassuré pour Tlrlande qu'on lui confiait, avec des ressources absolument dérisoires, la défense des « districts de l'Est », c'est-à-dire les rivages de la mer du Nord, considérés à toute époque comme la partie la plus vulnérable de TAngleterre.
La correspondance de Cornwallis donne de précieux renseignements sur les obstacles qu'auraient trouvés les Français et sur l'état moral de leurs adversaires.
Au major général Ross,
De Colchester, le 31 juillet 1801.
Vous devez penser que la TÏe ici n'est guère agréable pour moi. L^ennui (en français) pourrait bien être supporté par un homme qui, comme moi, n'a pas toujours été gâté par la fortune, mais les difficultés de ma position et la défaite que je suis sûr d^ éprouver si l^ ennemi débarque, même avec peu de monde, sont durs à supporter. Que puis-je espérer avec 8 faibles régiments de milice, 2,800 fusils en tout, et 2 régiments de dragons.
Au mémo.
De Colchester, le 2 août 1801.
Je suis allé hier à la plage de Clackton et à la tour Nal ton, d*où j'ai tu deux vaisseaux et un 74 rasé, très bien placés pour défendre la côte. Sir Edward Berry, qui commande en ce point, a dit î\ Tofficier que je lui ai envoyé qu'il en attendait trois ou quatre fois plus dans deux ou trois jours. Avec nos moyens maritimes et les vigoureux efforts qu'on fait pour s'en servir, chaque jour de délai rend une attaque moins probable
Au mémo.
De Colchester, le 10 août 1801.
Les idées d'invasion commencent à s'éloigner et je pense, non sans raison, que notre préparation navale de la défense et l'accroissement de notre force
LES MESURES DÉFENSIVES DE l' ANGLETERRE. 40S
rendent chaque jour une tentative de Tennemi moins probable. J'ai le regret de dire que notre force de terre est bien loin de s'accroître dans la même proportion, car les 8 régiments de milice ici (Colchester) n'ont pas à attendre plu» de 500 hommes de renfort, par suite de Tappcl du « supplementary aid »« Dieu fasse que Caffaire ne. doive pas se décider sur terre, où fai trop lieu de craindre qu*elle se terminerait par la défaite du général et la perte du pays.
Quand, avec des moyens d'action aussi faibles, un général manque à ce point de confiance, que ne peuvent espérer ses adversaires ?
Une fois de plus, T Angleterre allait montrer que sa véritable sauvegarde était sa marine.
Ainsi qu'on Ta vu, Nelson avait reçu un commandement d'ensemble sur les côtes comprises entre Beachy Head et Oxfordness, c'est-à-dire sur un front de 150 milles marins environ. Les idées de l'amiral, au sujet de la défense de l'Angleterre dans cette vaste zone, résultent d'un « mémorandum pour la défense de Londres et de l'embouchure de la Tamise », cité in extenso dans sa correspondance et longuement analysé par Mahan dans sa belle biographie de Nelson.
Ce qui doit frapper tout d'abord, c'est que l'avis de ce grand homme de guerre était tout en faveur d'une entreprise faite par temps de calme, c'est-à-dire de préférence en été, opinion précieuse à enregistrer à côté de celles exprimées sur le même sujet par Latouche-Tréville et Forfait, celles-ci opposées aux idées de Bonaparte.
25 juiUet 1801.
En outre des différents bâtiments stationnés entre Oxfordness et North Foreland, le plus grand nombre possible de bateaux canonniers doit être consacré à la protection spéciale des côtes de Kent et de Sussex, à l'ouest de Douvres, car c'est la partie du rivage qui exige le plus d'attention. En eff'et, en supposant que Tobjectif de Tennemi soit Londres, je pense que l'ennemi cherchera à prendre terre le plus tôt possible, car les dangers d'une navigation prolongée pendant quarante-huit heures, me paraissent être un obstacle insurmontable au passage à la rame de Boulogne à la côte d'Essex (i). Il est donc extrêmement probable, car on doit supposer que les Français veulent attaquer Londres et se préparent en conséquence, que de Boulogne, Calais et même du Havre, l'ennemi tentera de débarquer en Sussex ou dans la partie basse de Kent, et que ceux qui partiront de Dunkerque, d'Ostende et des autres ports de Flandre, -chercheront à atteindre les côtes d'Essex ou de Suflblk. Son but devant être
(I) Rive gauche de la Tamise.
de se trouver le plus tôt possible i\ 100 milles <iu phis de Londres, il ne suffit pas, & mon avis, de veiller sur les plages de l'embouchure de la Tamise. En outre, l'ennemi cherchera à faire une puissante diversion, soit en mettant en mer la flotte alliée, soit en donnant à Tescadre batave l'apparence de devoir mettre à la voile, ce qui forcera l'amiral Dickson (commandant Tescadre de la mer (Ju Nord) à concentrer ses moyens d'action devant les grands ports de Hollande, tandis que des petits, de Flessingue en particulier, pourra partir la flottille batave. Il est d'intérêt spécial de connaître le nombre de petits bâtiments contenus dans chaque port.
Je supposerai que 40,000 hommes sont destinés à l'attaque ou au coup de main contre Londres : 20,000 débarqueront h l'ouest de Douvres, à 60 ou 70 milles de Londres, et autant à l'est de ce point, car ils sont trop habiles pour ne nous donner qu'en un seul endroit de l'inquiétude pour Londres. SOO ou 250 bateaux rassemblés à Boulogne peuvent porter 20,000 hommes. En temps calme, le passage à la rame peut se faire en douze heures, et, au même moment, par le télégraphe, on fera partir de Dunkerque, d'Ostende, etc., un nombre égal de combattants. Voici donc les deux objectifs que nous devons avoir des Dunes d'une part, de Douvres et des petits ports à l'ouest, de l'autre. Boulogne, centre de l'attaque occidentale, doit être particulièrement surveillé. S'il fait calme au moment où l'ennemi sort à la rame, les vaisseaux et tous les bâtiments chargés de la surveillance de ce point entrent dans la Manche et les joignent le plus tôt possible. S'ils ne sont pas en force, ils les suivent et gardent le contact jusqu'à ce qu'une bonne occasion se présente. Si le vent s'élève, nos vaisseaux les détruisent ^ car il n'y a pas d'égards à garder en telle occurrence. Mais si le temps reste calme, et si notre flottille ne se sent pas de force à attaquer l'ennemi pendant la traversée, dès que celui-ci touche terre, notre flottille attaque, n'eût-elle que la moitié ou les deux tiers de la force adverse. La diversion sera efficace, car les proues de nos bâtiments seront en face des poupes désarmées de l'adversaire et le courage britannique ne permettra À aucun Français de quitter le rivage. U faut avoir à bord de nos bâtiments en observation devant Boulogne beaucoup de bateaux de Deal et Douvres, pour donner avis de la direction prise par l'ennemi. S'il fait calme, les bâtiments de la Manche signaleront â la côte, depuis North Foreland jusqu'à Oxfordness et même Solebay, endroit qui n'est pas improbable, à environ 70 ou 80 milles de Londres.
Il faut avoir entre Margate et Ramsgate une flottille de canonnières et bateaux plats, une autre escadre au centre entre Oxfordness etNorth Foreland, et une troisième à la baie d'Hosely.
Les batteries flottantes sont stationnées aux points propres à la défense des difi'érents chenaux et les petits bâtiments viendront à leur secours. On doit supposer que l'ennemi partini en même temps de Boulogne et de Dunkerque. Par calme, la flottille marche à la rame, remorquant les bâtiments lourds sauf les navires à poste fixe. Ceux qui sont près de Margate vont à trois ou quatre lieues au nord du cap North Foreland, ceux de la baie d'Hosely se rapprochant un peu de la division du centre mais continuant à observer la baie de Solebay. La division du centre avance à mi-chemin entre les deux
En quelque point qu'on découvre la flottille ennemie, nos divisions s'unissent, sans se mêler, prêtes à exécuter les ordres que les circonstances peuvent
P*«-»r"^PT"
rendre nécessaires Les batteries flottantes ne doivent pas se mouvoir, car
la marée peut empêcher de leur faire reprendre leurs emplacements très importants. En aucun cas, on ne doit les abandonner, même si Tennemi les
entourait
En tous cas, au moment où Tennemi touchera le rivage, Tuttaque doit être générale, de terre et de mer. Je ne sais combien nous avons de petits bateaux ni quelle est la force de leurs équipages, mais il en faut devant Boulogne et d'autres où je Fai dit. Telle est, en gros, mon idée au sujet de la défense de Londres, mais d'autres points peuvent être menacés, si les flottes de Brest, de Rochefort ou de Hollande mettent à la voile. Bien que je sois persuadé que les flottes ennemies éprouveront leur sort habituel, leur sortie facilitera Taction de la flottille, car naturellement, les Français penseront que notre attention est spécialement dirigée sur leurs flottes.
Ce qui caractérise aussi ce dispositif de défense, c'est Topinion que V attaque la plus dangereuse serait celle qui serait dirigée vers les côtes de la mer du Nord. C'était là, on Ta déjà vu, une idée commune en Angleterre. Dans ces conditions, la seule préparation de deux expéditions avait pour les assaillants l'inappréciable avantage d'obliger la défense à étendre ses moyens d'action deBeachy Head à Oxfordness, sur Un front considérable et sans possibilité pour les troupes de terre d'une concentration rapide, en raison des obstacles fournis par les cours d'eau et les estuaii'es. On ne s'explique donc pas qu'un stratégiste aussi remarquable que Mahan ait fait à Nelson le reproche d'une supposition tout à fait erronée sur les plans de Bonaparte. « Supposer, dit-il, que Bonaparte, maître de ses « mouvements et décidé à débarquer de sa personne à Douce vres, aurait envoyé la moitié de ses forces à Solebay, est <( aussi incroyable que de lui prêter l'intention d'en débar- « quer une moitié à Leghorn pour, avec l'autre, agir de la « rivière de Gênes {sic). Si cette critique est fondée, elle monte trerait que le génie de Nelson, tel qu'il était, manquait de « cette étude qui renforce ses propres conclusions par l'expé- « rience des autres, et que son expérience, basée sur ses ser- « vices rendus au moyen d'une marine de valeur très supé- « rieure à celle de l'ennemi, et d'après laquelle il n'y avait « pas à se troubler d'une grande infériorité de nombre ou de « position, ne lui donnait pas le correctif nécessité par une « conception inexacte de la faculté qu'on aurait eu à se « diviser. Cette erreur facilement reconnaissable dans les « dispositions prises à Copenhague, cette tendance générale à
-w jouer avec le danger et à beaucoup risquer sont basées sur une estimation si inférieure de l'adversaire qu'elle en frise le mépris.
« Avoir deux corps de défense, dit encore Mahan, parce qu'il devait y avoir deux attaques, ne pas prévoir le cas où celles-ci pourraient se rassembler, ne pas organiser une
position centrale, c'est la caractéristique du mode passif
Comment des bommes de la valeur de Nelson ou de Saint- Vincent ne virent-ils pas que la destruction d'une seule des
deux expéditions paralysait l'autre On sent là l'influence
des clameurs populaires exigeant protection sur tous les points à la fois, non seulement pour le risque d'avoir des os rompus y 7}iais même de simples égratignures, » Tous les historiens connaissent cet état d'esprit qui s'affirma en France par le système dit des « Cordons » et qui se retrouve chaque fois que l'opinion publique joue un trop grand rôle dans les mesures défensives d'un pays. Mais en 1801, le sentiment populaire anglais parait avoir été juste. On ne pouvait, en effet, empêcher les Français, maîtres des côtes de la Belgique et de la Hollande, de menacer une vaste étendue de côtes sur la Manche et la mér du Nord. L'armée britannique était numériquement et moralement si faible qu'il y avait un intérêt majeur à livrer la lutte décisive avant que l'ennemi eût pris pied sur le rivage. Dans ces conditions, Nelson paraît avoir très justement interprété les nécessités du moment en se préparant à combattre sur tout le périmètre menacé. Quant à l'historien Mahan, il semble commettre cette erreur si fréquente d'attribuer à la « masse centrale », dans une défense, cette vertu presque divine de remédier à tout et d'avoir réponse à tout ce qu'on lui prête d'ordinaire. Il a oublié que son emploi et son existence sont subordonnés à des considérations d'étendue de la ligne à défendre, de facilité des communications intérieures et de sûreté des renseignements qui, dans l'espèce, étaient toutes en faveur de la constitution de centres séparés de résistance.
Rien, d'ailleurs, n'est moins mérité que le reproche de passivité appliqué aux mesures défensives de Nelson. Il ne lui fallut pas longtemps pour discerner l'insuffisance des troupes de terre et se rendre compte de la faiblesse des défenses côtières, surtout par suite du petit nombre et du peu de zèle
des fencibles de mer (1). En homme d'énergie et de sens qu'il était, il adopta de suite la seule tactique qui permit de tenir l'adversaire à distance, et Ton sait avec quelle vigueur il procéda à l'attaque devant Boulogne.
Immédiatement après son dernier échec du 16 août, on le voit préparer une expédition contre Calais, une autre contre Flessingue, entreprise qu'il voudrait voir décider en conseil. Ce qu'il dit des divergences qui existent entre les avis autorisés sur la conduite à tenir mérite d'être retenu :
Lord Saint- Vincent Teut maintenir un blocus étroit Lord Hood veut
garder nos escadres sur nos côtes, sauf de petits cutters envoyés aux renseignements, car Tépoque approche où les coups de vent d'ouest disperseront nos escadres légères. Sous Dungeness, les Dunes, Margate et la baie d'Hosely^ il y a de bons points de stationnement. Lorsque des hommes d'un tel sens, d'aussi grands marins diffèrent d*avis si profondément, n'est-il pas naturel que je désire voir fixer le mode de défense par les réflexions mûries d'hommes de jugement.
Quel que fût le désarroi des idées chez les autres, l'activité et l'esprit d'entreprise étaient trop naturels à Nelson pour qu'il ne prît pas de lui-même une attitude offensive. Dès le 25 août, on le voit donc devant West Capel avec 30 voiles. L'avis seul des pilotes le fait renoncer à l'attaque de Flessingue.
Il lui faut se contenter d'un blocus aussi étroit que possible, et la difficulté de le maintenir est ainsi appréciée par ce grand homme de mer :
A r Amirauté.
4 septembre.
Mon opinion est la suivante : pour les navires croisant entre West
Capel et Dunkerque, si le vent se décide du nord-ouest, les marées portant à la côte, aucun de nos bâtiments à voilures carrées ne peut s'élever de la côte
et ils n'ont d^autre ressource que leurs ancres Je pense donc que, dès
l'apparence d'un coup de vent, il faudrait que la division iiu capitaine Owen fût autorisée à se réfugier à Margate, en laissant 1 ou 2 cutters en observation. La surveillance de Calais est pire encore en hiver que celle de Flessingue, car, par coups de vent du nord-ouest, pas un navire ne peut sortir de la baie. Boulogne et Dieppe sont aussi situés dans des enfoncements de la côte. Si on
(1) Voir ci-dessas.
les observe de près, pour interdire le passage des bateaux le long du rivage, on aura le même inconvénient.
Je pense qu'il y a intérêt à laisser nos escadres compactes La
principale station serait à Dungeness. Walmer et Margate seraient les ports d'attacbe des cutters employés h, surveiller la côte ennemie. Par beau temps, nos escadres sortiraient et se feraient voir, mais jamais elles ne se mettraient dans le cas (Tavoir des avaries ou d'être rejetées dans la mer du Nord. Ainsi nous serons toujours assurés d'avoir une force effective prête à agir partout où il en sera besoin. Avec les grandes forces que les lords de l'Amirauté ont consacrées à la défense de nos côtes, je ne vois pas de moyen pour Tennemi de franchir la Manche impunément
Telles étaient les idées de Nelson au sujet de la manière d'agir contre la flottille, et Ton verra plus loin avec quelle persévérance les marins anglais appliquèrent ces principes lorsqu'il s'agit de faire face à la grande expédition impériale.
Tant de moyens d'action, tant de persévérance étaient beaucoup plus que ce qui était nécessité par les préparatifs de la France en 1801.
Au moment où les préliminaires de paix furent signés, les troupes embarquées sur les 9 divisions de la flottille formaient 9 bataillons de 430 hommes chacun.
Comme troupes disponibles soit sur les côtes, soit à portée de les rejoindre pour prendre part à une expédition, nous trouvons :
Hommes
14® division, 2 demi-brigades, 1 régiment de
cavalerie, environ 4,000
15® division, 2 demi-brigades, 1 régiment de
cavalerie, environ 3,440 (1)
16® division, 4 demi-brigades, 3 régiments de
cavalerie, environ 8,000
24* division, 4 demi-brigades, 3 régiments de
cavalerie, enViron 8,703 (2)
Total sur les côtes, de Cherbourg à TEscaut, env. 24,140
En 2® ligne :
1'® division (Paris), environ 12,000
25® division (Namur), 4 demi-brigades, 2 régiments de cavalerie, environ 7,500
26® division (Coblentz), 4 demi-brigades, 2 régiments de cavalerie, environ 12,343 (3)
Total général, environ 55,000
En y ajoutant, de Tarmée de Batavie, environ 20,000
Ensemble 75,000
(1) Situation da 2t septembre.
(t) Id.
(3) Id.
On avait réussi à rassembler à Boulogne, Calais et Dunkerque, environ 7 divisions de la flottille, soit 150 bâtiments sur un total d'environ 250 construits.
On avait donc immédiatement les moyens de transporter 15,000 hommes, et 25,000 une fois que la concentration de la flottille de guerre serait opérée.
On peut admettre en outre que, si on les avait eus prêts et sous la main, les bateaux de pêche auraient pu porter 30,000 hommes.
On serait donc parvenu à un total maximum de 55,000 et c'est à ce très faible chiffre que se réduisent les moyens cTinvasiori dont une petite partie seulement est immédiatement apte à agir.
En somme, et bien que ce fût de beaucoup la situation la meilleure que la France ait eue depuis 1793, malgré la faiblesse de Tarmée anglaise, les ressources préparées pour une invasion sont, en 1801, absolument insuffisantes. En outre, Tétat de la marine de haut bord est tel à cette époque que les diversions nécessaires à l'action d'une flottille sont interdites à nos escadres.