‹ 1793-1805 (volume 2)Chapitre 60 sur 62 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Paris, le 26 Tendémiaire an x de la République française.

Le retour de la paix a fait sentir la nécessité de constater qu'elle pouvait être la durée des bâtiments existant aujourd'hui, et d'examiner s'il conTcnait de maintenir ou de modifier les dispositions déjà arrêtées pour les constructions.

Tel est l'objet du rapport qui va être fait au Ministre, et qui est le résultit des conférences tenues avec le citoyen Sané, inspecteur général du génie maritime.

Les forces navales consistent en 49 vaisseaux, dont :

43 français ou anglais, provenant de prise, 3 vénitiens et 3 espagnols, 42 frégates dont 3 napolitaines, 36 corvettes, 17 bricks,

17 lougres,

18 cutters,

(1) Archives de la Marine, BB«, Î3.

9 avisos, 16 goélettes, .

i 1 flûtes ou gabarreSy 26 chaloupes canonnières, .

Et 214 bateaux canonniers.

Vaisseaux.

Dans le nombre des vaisseaux, 38 sont en état et propres à toutes missions pour le moment.

10 cependant ne pourraient être destinés pour les' Indes occidentales, qu'avec la certitude de pouvoir les faire revenir en Europe avant la fin de l'automne prochain, ce sont :

L'Invincible, de i 10 canons .1 , .,w

LeBépublicain,de..: HO - \ c^^ev»»^ en

Le Terrible, de liO — ) ^^^'

V Indomptable, de •. 80 - \ ««^^"elleraent

LeBerwick,de 74 - i \r \

[chevillés en fer»

Le Duquesne, de . . . ". 74 — ■ •

Le Jean-Bart, de 74 —

Le Mucink, de 74 —

Le Patriote, de ; . . . 74 —

Le Tourville, de 74 —

5 autres sont à refondre ; un est commencé : VEole, et peut-être terminé en peu de temps.

Des 43 vaisseaux, i a 38 ans de construction ; 7 de 23 à i7 ans-; 14 de 16 à 12 ans ; 10 de 10 à 7 ans ; Il sont de construction nouvelle.

Des 3 vaisseaux vénitiens, 2 paraissent hors d'état de prendre la mer, puisque l'un est destiné à servir d'arsenal à Toulon et l'autre sert de dépôt à la rade ; le 3« est désarmé.

On ne connaît pas l'époque de la construction de ces bâtiments.

Sur les 5 vaisseaux espagnols, 3 seulement sont en armement à Cadix, leur construction date de 1754, 1765 et 1790, les 2 autres ne sont pas encore désignés.

Frégates,

39 frégates en armement ou à la mer et propres à toutes missions ; 3 sont à refondre.

Les 3 napolitaines sont en mauvais état : la Minerve, VArétuse, la Cérès.

Des 39 premières, une a 22 ans de constmction ; une autre 16 ans ; 8 de 13 à 10 ans ; les autres sont de construction nouvelle.

Corvettes,

23 sont armées et en état ;

13 ont besoin d'assez fortes répiurations.

le

La majeure partie de ces bâtiments est de etMftittction nouTelle ; les 4 plus anciemies ont été exécutées en 1780, 1785, 1788 et ITI^ plusieurs proviennent de prises.

Bricks,

14 sont armés et en état ;

3 désarmés ont besoin de réparations.

Quelques-uns de ces bâtiments proviennent de prises ; les 2 plus anciens, de construction française, ont été construits en 1789.

Lougreê.

15 sont armés et en état ;

2 désarmés ont besoin de réparations.

CuUers»

15 sont armés et en état ;

3 désarmés ont besoin de réparations.

Quelques-uns proviennent de prises.

Les 6 plus anciens de ceux en construction française sont de 1786, 1791 et

Avisoê et GoéUttei.

Sur les 9 avisos, 6 proviennent de prises.

Les 3 de construction française, sont de 1789, 1793 et de Tan il.

6 bâtiments sont désarmés et exigent des réparations.

Les 16 goélettes, presque toutes neuves sont en état.

Gabarres^

3 armées, mais vieilles et bientôt hors de service ; 8 désarmées et dans le même cas.

Chaloupes et Bateaux canonniers.

26 chaloupes canonnières et 214 bateaux canonniers armés.

Pendant la paix ces embarcations ne sont en général d'aucune utilité pour les expéditions ordinaires et ne peuvent guère être employées comme bâtiments de servitude dans les ports et rades.

^ LInspecteur du génie :

Sané.

A la même époque, l'Angleterre avait 202 vaisseaux, la seule escadre de Nelson qui avait la mission de surveiller la flottille avait une force considérable.

Le « Moniteur universel >>, n^ 363.

' Deal, le 10 septembre (t3 fructidor).

Lord Nelson reçut avis hier, par un brick, que la flottille de Boulogne avait quitté le port, pour mouiller dans la rade ; en conséquence, Sa Seigneurie a ordonné aux vaisseaux qui étaient rentrés dans les dunes, d'aller reprendre leur station sur les côtes de France ; ces vaisseaux sont : V York, VIsis, V Eugénie, la Gannety le G ter et la Diligence; la Discovery, galiote à bombes; la Victoire, brûlot; les bricks le Plumber, VÊcUpte^ le Ferreter, le Suipe, le MaUard, le Bruiser et le Minx. Il reste aux Dunes : VOveryssel, VAmiral- Ludwidge, V Amazone, le Lord'Neison, le Leyden, VAlkmaer, le Shawion, la Magicienne, le Round et V Automne; les galiotes à bombes le Volcano, le Vesuviut, la Terror, la Zébra; les brûlots la Mancy, VA libers; les bricks le Locust, le Jackally le Boldy le Constant, et Taviso VExpress.

On conçoit facilement que, disposant d'une telle masse de bâtiments, Nelson pût affecter la plus grande confiance.

Celle-ci, on Ta vu, était loin d'être générale en Angleterre, mais même parmi ceux qui la professaient, il est peu probable qu'on ait sérieusement douté que le Premier Consul eût réellement des intentions offensives. Deviner où serait l'attaque principale était la préoccupation de tous.

Le journal ministériel The Oracle, du 24, fait les observations suivantes sur les préparatifs de descente qui occupent tous les esprits (1) :

Les préparatifs qu'on fait sur les côtes de France sont trop vastes et trop dispendieux pour croire qu'ils ne soient qu'une simple menace et une vaine démonstration. Voyons donc les conjectures qu'on peut faire sur leur exécution.

Ces préparatifs s'étendent depuis Temboucbure de la Seine jusqu'au Zuiderzée, et semblent avoir leur point de réunion au détroit de Douvres, qui offre un passage plus court et plus facile. Mais l'ennemi n'aurait-il pas le dessein de fixer notre attention sur cette partie de nos eûtes ouvertement menacées, pour la distraire des points éloignés où il suppose que nous avons moins de moyens de défense? Dans cette supposition, l'Irlande nous paraît le seul point où il a réellement le projet de faire quelque tentative. Le rapport du comité secret du Parlement prouve qu'il entretient une correspondance dans ce royaume, qu'il compte y trouver pour auxiliaires une partie des habitants qui sont mécontents, et que l'Irlande leur offre des moyens d'effectuer un débarquement et une invasion. Or, il y a trois points d'où ils pourraient principalement réaliser ce projet : 1<^ des côtes de Picardie, de Flandre et de Hol* lande; 2^ de Brest; 3^ de Cadix. Les grands préparatifs qui se poussent sur le

(1) Le Moniteur universel, n* 312.

premier point, pourraient être protégés par la flotte hollandaise ; les Taisseaux rassemblés à Brest ont beaucoup de troupes à bord, et nous savons que les vaisseaux espagnols qui s*y trouvent, sont entrés au service de la République ; c'est Tamiral Dumanoir qui les commande. Nous savons également que depuis plusieurs mois des troupes et des matelots français se rendaient à Cadix par le Languedoc et la Catalogne, et il n'y a guère de doute que le contre-amiral Linois, quand il a été attaqué à Algésiras par Sir J. Saumai*ez, ne se rendit h Cadix qae pour joindre les forces qui s'y étaient rassemblées.

11 est possible que la première de ces expéditions ait ordre de doubler rÉcosse, pour aller attaquer le nord de l'Irlande, tandis que les deux autres, par un mouvement combiné, l'attaqueront à Test et à l'ouest, et comme pendant ce temps-là c'est sur des bateaux plats que l'on va embarquer les troupes rassemblées au nord de la France, et que de tels vaisseaux ne sont pas propres à une longue traversée, il est raisonnable de penser que l'ennemi a fait entrer dans le pian d'une attaque générale une descente sur nos côtes méridionales, afin que nos forces et notre attention, fixées sur ce point, laissent sans défense les endroits qui seront l'objet des armements de Brest et de Cadix.

Or, rien n'est moins prouvé que Tintention réelle de la part de Bonaparte de tenter une grande entreprise à cette époque.

Dès le mois de mars, avant la mort de Tempère ur Paul, il n'avait pas repoussé les ouvertures que le nouveau ministère anglais lui avait faites en sous main, et, en réponse à une communication offlcielle de lord Hawkesbury, il avait donné au commissaire français Otto l'autorisation de recevoii* les propositions de T Angleterre, mais en gardant un secret absolu sur la négociation (1). D'ailleurs, il refusait formellement d'évacuer l'Egypte, préparait l'envoi de renforts pour ce pays, et organisait très ostensiblement sa flottille.

Mais le mois de mai n'était pas arrivé qu'il avait appris successivement le bombardement de Copenhague et la mort de Tempereur Paul, ce qui détruisait la ligue des neutres. Puis, le 23 juin, la capitulation de Belliard ruinait en Egypte nos dernières espérances, bien qu'Alexandrie tînt encore, tandis que la politique de Bonaparte en Portugal avait complètement échoué.

La situation de la France vis-à-vis de l'Angleterre allait se trouver renversée et une nouvelle coalition était à crsôndre. Aussi, dès que Bonaparte eut reçu la note du 20 juillet dans laquelle lord Hawkesbury offrait de renoncer à Malte, y

(1) Sybel, Histoire de l'Europe, t. VI, p. 396.

répoûdît-il le 23, et malgré la hauteur de ses menaces contre le Hanovre et de ses réclamations pour la Trinité et la Martinique, ses propositions étaient acceptables, puisqu'en fin de compte elles furent acceptées.

On a fort discuté et on discutera sans doute encore la question de savoir si l'Angleterre fut forcée à la paix, et le Times (1) soutenait récemment le contraire, faisant remarquer que la situation militaire et économique de TEmpire britannique s'était améliorée pendant la lutté soutenue de 1793 à 1801. Aux chiffres fournis il suffit d'opposer l'augmentation de la dette, accrue de 334 millions de livres sterling (2), et la proportion des indigents soutenus par les paroisses, qui atteint 14 p. 100 de la population. La joie manifestée à Londres à Tannonce de préliminaires par lesquels TAngleterre acceptait de négocier sur la base de l'abandon de la totalité de ses conquêtes sauf Ceylan et la Trinidad, le peu d'approbation au traité manifesté par le roi Georges III, plus tard le ton des discours par lesquels Pitt et Gren\dlle accueillirent les conditions d'un traité peu avantageux et jugé tel dès l'époque, tout tend à prouver que la majorité de la nation anglaise avait assez de la guerre, et le moins qu'on puisse dire, c'est que le désir de la paix était égal des deux côtés. Cette lutte entamée sans motif vraiment sérieux n'avait plus d'objet pour l'Anglcr terre, surtout après ses succès en Egypte. En outre, ce n'est pas médire de la force de résistance de la nation anglaise que d'affirmer l'énervement où l'avait mise l'attente prolongée d'une invasion française. Le peu de valeur de cette menace en cette dernière occurrence résulte de l'étude des moyens préparés par Bonaparte. Quant à leur mise en œuvre, il semble que le jugement porté par Thiers donne la note juste de ce qu'il faut retenir des préparatifs de 4800 à 1801.

« Le Premier Consul n'était pas fixé comme il le fut plus « tard sur le plan d'une descente en Angleterre ; mais il vou- « lait intimider cette puissance par l'éclat de ses préparatifs, « et enfin, il était résolu à compléter ses dispositions, et à

(1) V. Times, tl décembre 1900, dans une analyse remarquable et de plus très courtoise du tome I** de cet ouvrage, (t) Philippson, Revue Historique, mars 1901.

« passer des menaces aux effets si la rupture devenait déflni- « tive. Il s'expliqua longuement à cet égard dans une délibé- « ration du Conseil, à laquelle n'assistaient que les consuls « mêmes. Plein de confiance dans le dévouement de ses « collègues Lebrun et Gambacérès , il leur dévoila toute sa « pensée. Il leur déclara qu'avec les armements actuellement « existants à Boulogne, il n'avait pas encore le moyen de « tenter une descente, opération de guerre des plus difficiles ; « qu'il voulait uniquement, par ces armements, faire, com- « prendre à l'Angleterre de quoi il s'agissait, c'est-à-dire « d'une attaque directe, pour le succès de laquelle lui, « général Bonaparte, n'hésiterait pas à risquer sa vie, sa « gloire et sa fortune ; que s'il ne réussissait pas à obtenir du « cabinet britannique des sacrifices raisonnables, il prendrait « son parti, compléterait la flottille de Boulogne au point de « porter 100,000 hommes et s'embarquerait lui-même pour « tenter les chances d'une opération terrible, mais décisive. »

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