ÉPILOGUE
sif de 2,000 bâiiments armés de canons^ inférieurs en tout aux transports existants^ servait à dissimuler le projet d'opérations combinées entre les bateaux plats et les escadres.
L'histoire des programmes de construction et des armements réellement effectués a montré, tout au contraire, la proportion constamment croissante de l'élément tiré du commerce dans la constitution de la flottille à partir du moment où Tinsuffisance des ressources financières, la lenteur du travail sur les chantiers, la difficulté où Timpossibilité de la concentration, rincapacité où la faiblesse militaire des bateaux et chaloupes bien constatées, forcèrent à renoncer aux seuls bâtiments de guerre.
A la vérité, dès Tautomne 1803 s'est révélée, au travers des allégations contraires prodiguées autour de lui, l'intention déjà bien arrêtée chez Bonaparte de ne pas se risquer avec sa flottille seule, et Ton sait ce qu'il faut penser « des brumes » ou « des longues nuits » propices au passage, ainsi qu*on le disait en 1798 au Directoire ou en 1801 aux consuls, ou môme encore en août 1805 à Talleyrand. Mais, si Napoléon s'est bien vite rendu compte de l'impossibilité de passer la Manche avant que ses vaisseaux lui aient frayé un passage, tout d'abord, il n'a cherché à être maître du canal qu'avec une faible escadre, c'est-à-dire pour im temps très court. Lorsqu'il proclame lui-même qu'il lui faut le passage libre non plus trois heures comfne il l'a toujours dit, mais quinze jours, il affirme par là même que l'invasion de l'Angleterre n'était possible, à son époque, qu'après une grande bataille navale, donnant la supériorité militaire définitive. Or, comment a-t-il recherché cette supériorité militaire qu'en dernière analyse il reconnaît nécessaire, et qu'il a, à la fin seulement, et tardivement, prescrit à ses amiraux de rechercher ?
Celui qui a suivi les lenteurs et les vicissitudes de la préparation, les incessantes variations de la conception, les échecs, les déboires multiples de l'exécution, la constante nécessité où l'on s'est trouvé, bien loin de suivre le développement d'un projet ferme, de sans cesse pourvoir à la gêne, aux inconvénients, aux dangers d'une situation mauvaise dès le début, celui qui a vu Missiessy parti pour son compte avec une mission indépendante et sans aucun rapport avec l'opération d'ensemble reprise plus tard, Villeneuve courant après
Missiessy, Allemand cherchant Villeneuve, et aucun ne se rencontrant ; celui qui a vu une combinaison reposant, tantôt sur le voyage de Tescadre de Brest, qui ne peut sortir, tantôt sur son déblocus, tantôt sur une jonction infiniment chanceuse, toujours en évitant le combat^ enfin, et enfin seulement, de vive force, pour aboutir à diriger sur Ouessant 29 vaisseaux plus que médiocres, au-devant de 39, supérieurs en canons, équipages et officiers, celui-là aura peine à reconnaître dans ce mélange d'ordres, de contre-ordres, de questions, de conseils, de suppositions, le plan grandiose qui tient en quelques lignes et que chacun juge à la fois simple et sublime.
Gomme pour la bataille de Marengo, mais après un résultat tout autre. Napoléon a légué à Thistoire, non pas ce qui avait été, mais ce qu'il voulait qu'on pensât et qu'on dît. Systématiquement, il a créé de toutes pièces une légende qui n'a pas peu contribué à obscurcir l'étude des moyens réels et des conditions nécessaires d'une descente aux Ues britanniques.