AVANTAGES DE CE PLAN
Art. 5. — Les avantages de ce plan sont immenses. D'abord, j'aurai toujours le PRÉTEXTE d'avoir 80 ou 100,000 hommes campés dans une position saine, facile à approvisionner et d'où ils peuvent se porter promptement en Ailemagne ; et une aussi grande quantité de troupes qui sera en vue de la côte d'Angleterre, avec un nombre de bâtiments qui permettra d'opérer la descente, si je suis quelques jours maiire de la mer, aura une double influence en Angleterre : i» Elle l'obligera de tenir des troupes pour se garder et se précautionner contre la descente qui est devenue possible ; 2® Elle Pobligera à tenir en réserve, dans les Dunes ou dans la Tamise, une portion de ses escadres pour ce cas inattendu.
Art. 6. — Si ma flotte de l'Escaut, de Toulon ou de Brest débarquait 30,000 hommes en Irlande, quelle crainte n'aurait pas l'Angleterre que, après les avoir débarqués, elle ne continuât son mouvement, se réunit sur un point donné avec mes autres escadres et revînt sur Boulogne pour jeter une expédition sur les côtes d'Angleterre ! Si mes escadres portaient la guerre aux Grandes-Indes ou aux Indes occidentales, les Anglais auraient également la crainte que, s'ils se dégarnissaient de leurs flottes, elles ne revinssent sur Boulogne et que, se trouvant à leur arrivée maîtresses de la mer, comme nous l'avons été (1) après le combat d'Ouessant, elles ne couvrissent le passage d'une expédition dont tous les préparatifs étaient aperçus d'Angleterre.
Que coûteront ces avantages ?
Art. 7. — Les principaux frais de cette grande diversion consistent dans l'entretien de l'armée de guerre dans ses camps ; mais on a déjà dit les avantages attachés à cette présence des troupes sur ce point, sous le - point de vue continental; et dans l'obligation de garder une grande quantité de troupes pour le maintien de ma considération, il est indifi'érent de les entretenir k
(1) Probablement aurions été
Boulogne ou ailleurs. Les 500 Utiments, nous les afont; U tuffira d'aToir de« équipages pour un quart de ces bâtiments, et Tentretien de ces équipages sera donc tout ce qu'il en coûtera à la France pour avoir ce moyen d'inquiéter et d'attaquer son ennemi.
Art. 8. — Supposons une armée de 40 vaisseaux de ligne arrivant devant Boulogne et y trouvant une armée de 100,000 hommes avec 40,000 chevaux : que pourra-t-elle faire? Combien de temps ne lui faudra-t*il pu pour transporter en Angleterre les hommes, les chevaui et le matériel : il lui faudra plus de dix voyages. Supposons à présent 40 vaisseaux de ligne arrivant devant Boulogne et y trouvant 500 bâtiments : prames, péniches, chaloupes canonnières, etc., armés ou sans canons, tous les objets d'artillerie, les hommes et les chevaux embarqués, prenant à son bord une partie des hommes que la flottille ne peut porter, voilà, en peu de jours, toute Texpédition débarquée en Angleterre. Cela obligera donc l'Angleterre à avoir une armée de terre et à tenir en réserve une armée de mer.
De tous les moyens qu'on peut proposer pour nuire à l'ennemi dans cette lutte, on n'en peut imaginer un moins dispendieux pour la France et plus désastreux pour TAngleterre.
Art. 9. — Ayant ainsi fait connaître au Ministre de la marine le rôle que je veux faire jouer à la flottille de Boulogne, je désire qu'il me propose les modifications nécessaires pour qu'elle atteigne mon but en me coûtant le moins possible.
Napolèok.
En ce qui concerne le rôle et la valeur militaire de la flottille, son incapacité à agir seule, à tenir le mouillage, à sortir en une seule marée, à exécuter un passage de vive force ou par surprise, tout ce qu'a prouvé une longue et pénible expérience est reconnu sans contestation possible. Le contraste est frappant entre cet aveu d'impuissance, ce délai de 15 jours pour la première fois reconnu nécessaire, et la masse des ordres, des mesures, des efforts réellement faits pour donner à la flottille une valeur militaire, pour la maintenir en rade malgré les dangers, pour la loger dans plusieurs ports, pour faciliter sa sortie.
Ainsi est-il permis de douter du but réel de ces préparatifs, quelque longs et dispendieux qu'ils aient pu être. Epouvantail pour TAngleterre, avantage de politique intérieure et continentale à avoir une grosse armée prête. Peut-être est-ce tout ce que Napoléon voulut réellement.
Mais ce qui surprend, c'est l'assertion que la constitution d'une flottille de guerre avec ses multiples défauts, poids, tirant d'eau, difficulté de manœuvre, mauvaise tenue à la mer, au mouillage et à Téchouage, que la création à un prix exce^^