‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 32 sur 65 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On a vu à quelle impuissance avait été réduite la flottille rassemblée pendant Fhiver et les dures leçons que les éléments avaient données au sujet du manque de sécurité du mouillage et du danger de tenir en rade un chiflfre de navires supérieur à ce qui pouvait effectuer sa rentrée au port en cas de danger.

Malgré les conditions plus favorables qu'ils présentèrent, les mois d'été eurent aussi leurs mauvaises chances, et certaines des expériences acquises pendant Thiver ne purent être impunément méconnues.

Le 3 mai, la marée du matin et le vent du nord-est permirent de faire sortir de Boulogne 65 bâtiments (1) ou un peu plus.

État-major général. — Rapport du général en chef.

• Au quartier général, à Boulogne, le 13 floréal an xii

(3 mai 1804).

H est sorti, à 4 heures du matin, du port de Boulogne, les bâtiments ciaprès :

il chaloupes canonnières des 2* et 3® dÎTisions.

(1) Les chi/nres donnés par le commandant de la flottille et les officiers de terre ne concordent jamais. On ne sera pas long à s'apercevoir du sens constant de ces difi'érences.

92 PRBMIÈRB PARTIE. — CHAPITRE V.

45 bateaux canonniers des 3* et 5* divisions.

Les garnisons ont été complétées par les i '^ et 2* divisions de Farmée.

L'adjudant commandant, sous-chef de t état-major général,

Lemarois.

L'amirsLl Bruix au Ministre de la marine (1).

13 norétl an xn (3 mai 1804).

J'ai Thonneur de tous rendre compte qu'hier après-midi, les vents ayant passé au nord-ouest, je donnai Tordre au contre-amiral Lacrosse de faire sortir du port les bâtiments destinés à former une ligne d*embossage devant Boulogne. Ce mouvement s'est exécuté ce matin, à 3 heures, avec ordre et célérité.

Notre ligne est composée de 21 bateaux dei^ espèce, 39 de 2°, 5 bombardes, en tout 65 bâtiments avec un nombre proportionné de péniches et de canots ; ils seront renforcés, en cas de besoin, par de nouvelles divisions de bateaux de 1'* et de 2" espèces, qui se tiennent prêts à appareiller. Les vents varient et le temps est mal assuré ; suivant qu'il se prononcera, je me déciderai à faire sortir ce renfort ou à faire rentrer les bâtiments qui sont déjà embossés.

Les forces ennemies consistent, en ce moment, en 15 b&timents, dont 2 vaisseaux, 3 frégates, 2 bombardes, 3 corvettes et quelques bricks ; leurs bâtiments légers sont sous voiles ; les autres sont mouillés à deux lieues dans le nord du port.

1 calque et 27 bâtiments de Terre-Neuve, partis des ports de l'ouest, viennent d'arriver en rade et entreront ce soir, à la marée. Hier, un convoi de 500 ou 600 voiles, qui paraissait sortir de la Tamise, a été aperçu faisant route vers l'ouest, le long des côtes d'Angleterre.

Deux jours après, le renforcement de la ligne d'embossage Tavait amenée à compter 105 bâtiments, soit 22 canonnières, 3 bombardes, 74 bateaux, 6 pénicbes. Les garnisons avaient été augmentées de 10 hommes, ce qui les portait à 40 hommes sur les canonnières et 31 sur les bateaux (2). Quant aux Anglais, ils étaient en force et faisaient bonne garde ♦

(1) Archives de la Marine, BBit, 168. De Broix. {t) Lettre de Soult, 5 maû (Archives de la Gueire.)

Soult, général cfe /a garde du gouvernement, commandant en chef le camp de Saint^Omer, au Premier Consul (1).

A a quartier génértl, à Boulogne, le 17 floréal an m de la Répabliqae (7 mai 1804).

L'escadre anglaise consenre toujours son mouillage à deux lieues nord-ouest du port de Boulogne. Hier au soir, elle fut renforcée d'un yaisseau ; aiyourd*hui, on lui a reconnu 4 yaisseaux de ligne, 3 frégates, 5 corvettes, 3 bricks, 2 cutters et 2 lougres. La brume, qui a duré toute la journée, a empêché qu'on en découvrit davantage ; cependant on s'est assuré que, dans l'aprèsmidi, elle avait encore rallié un bâtiment à trois mâts.

Hier au soir, on distingua pendant un instant seulement 1i galiottes anglaises, sous la protection de 2 frégates, se tenant à quatre lieues au large. Aujourd'hui, le brouillard a empêché de les reconnaître ; beaucoup de marins pensent que ces galiottes peuvent être des brûlots. L'amiral et le général Lacrosse ont aussi remarqué, hier, que sur le banc de Baas, dans la partie sudouest du port, l'ennemi avait établi une ligne très étendue de bouées qui paraissait être destinée à soutenir une chaîne et devoir, après, se laisser entraîner par le courant. Pendant la nuit, l'amiral a envoyé plusieurs canots pour tâcher de l'enlever ou de la couper ; mais ils sont rentrés sans l'avoir pu rencontrer. Dans le jour, on n'a pu la découvrir, et, cette nuit, on recommence les recherches.

3 frégates et 1 corvette sont toujours mouillées devant Calais.

J'ai rhonneur de vous présenter la suite des ordres du jour qui ont été donnés à Tarmée.

Respect et dévouement sans bornes.

SOULT

D'après W. James, les forces anglaises commandées par le contre-amiral Louis, qui avait son pavillon sur le vaisseau de SO le Léopard , consistaient en 15 à 20 bâtiments. « Le gros était d'ordinaire mouillé par 15 brasses, à 10 milles au nordouest du port, une division légère de 5 ou 6 navires commandés par le capitaine Owen, à bord de V Immortalité , croisait hors de portée de canon des batteries, et mouillait quand la marée l'y obligeait. »

Le 10 mai, par renforcements successifs, la ligne d'embossage était arrivée à comprendre un chiffre tout à fait au-dessus de ce qu'on avait encore essayé. Il n'y avait pas moins, en effet, de trois divisions de chaloupes, trois de bateaux et

(1) Archives nationales, carton APiv, 1599. — Guerre* Armées contre l'Angleterre, expédition de Tan vi. An vm et an xu«

toutes les péniches, soit près de 200 bâtiments. Dès le signal de rentrer donné pour une partie seulement de la flottille, tout le monde, se rendant compte du danger et de la lenteur de l'opération nécessaire pour se mettre à Fabri, veut le faire au plus vite, d'où désordre, dispersion d'une partie des bâtiments, naufrage d'un autre et perte des ancres pour la presque totalité (1).

20 floréal an xn -(10 mai 1804).

J*ai l'honneur de tous rendre compte qu'hier les deux divisions de péniches à obusiers prussiens étaient sorties à la marée du matin et avaient pris poste aux deux extrémités de. notre ligne ; le temps fut assez beau jusqu'au soir, mais une brise de sud-ouest, qui s'était élevée à niidi, fraîchit vers les 4 ou 5 heures. Ce vent est devenu violent pendant la nuit et n'a été amorti que par une pluie à verse ; ce matin, une brume épaisse empochait de distinguer notre ligne. Les vents étaient toujours de la même partie ; le baromètre était bas, et il y avait apparence de mauvais temps. J'étais instruit d'ailleurs que plusieurs de nos b&timents avaient perdu des ancres et cassé des amarres. J'ai donné Tordre de faire rentrer dans le port les 2» et 3« divisions de bateaux de i'« espèce, les 3* et 6* divisions de bateaux de È* espèce et toutes les péniches; ce mouvement s'est exécuté ; le reste de la ligne, consistant en la 1 ^* division de bateaux de 1 '' espèce, ia 5« de 2" espèce et 5 bombardes, en tout 52 bâtiments, devait rester en rade ; les signaux ont été faits en conséquence; mais, soit qu'ils aient été mal interprétés, soit cpie plusieurs de ces derniers bâtiments aient eu en ancres ou en amarres des besoins qui ont rendu leur rentrée indispensable, presque tous ont appareillé et sont également rentrés dans le port. Au surplus, je ne vois à cela d'autre inconvénient que d^étre assuré que je dois peu compter pour inintelligence des signaux sur la plupart des officiers commandant les bateaux, car d'ailleurs le temps a peu changé, les ^ents sont toujours de la même partie ; et quoiqu'ils aient molli, il serait possible qu'ils vinssent à fraîchir beaucoup.de la partie de nord-ouest ; dans tous les cas, tous les bâtiments qui composaient notre ligne ont ordre de se disposer à reprendre leur poste en rade au premier embelli.

Six canonniers de la l*"* ditiision et quelques bateaux de 2* espèce ont relâché à Wimereux; il ne reste en ce moment sur la rade que 4 bateaux de 2« espèce de la 5« division ; un bateau baleinier monté par quatre hommes a été jeté sur la côte; il s'est rempli, un homme a été noyé, les trois autres ont été sauvés et le bateau a été ramené dans le port ; il n'y a pas eu d'autres avaries. C'est peut-être ici le cas. Citoyen Ministre, de vous préyenir que toutes les ancres de nos bateaux sont trop petites et hors de toutes proportions ; dans les temps les plus calmes, la force du courant suffit pour les faire chasser, et les équipages sont continuellement occupés à les leyer pour les remouiller à leur poste.

Pour remédier à cet inconvénient autant qu'il est en mon pouvoir, je fais faire un recensement de toutes les ancres dont les bâtiments de transport

(1) Archives de la Marine, BBiv, 168. J)e Bniiz aa Ministre de la marine.

A BOULOGNE, DU !«' MAI AU l®' NOVEMBRE. 95

sont pourvus, toutes celles qui sont jugées se rapprocher davantage des proportions des bateaux de la flottille de guerre leur seront données en échange des leurs, sauf à les rendre aux transports, lorsque cette mesure deviendrait nécessaire.

Les ennemis sont au nombre de il, toujours au mouillage; il parait que ceux de leurs bâtiments que nous jugions être des bombardes ont appareillé cette nuit pour les côtes d'Angleterre, ainsi qu'un vaisseau et une frégate.

Il ne paraît pas que le coup de vent ait été bien fort, puisque Tennemi avait conservé le mouillage et que quatre bateaux avaient pu tenir en rade. On voit cependant quelle avait été Timpression subie, le danger réellement couru. On avait eu sept jours consécutifs de beau temps, et bien qu'on eût été loin de profiter de ce délai pour augmenter proportionnellement les forces en rade, il avait suffi que leur effectif dépassât 150 pour que la rentrée eût été impossible Si Boulogne et eût dispersé une partie des navires dans d'autres ports qui alors pouvaient les recevoir.

Dès que le coup de vent fut passé, l'expérience de mise en rade fut reprise. Bien que la force de la ligne d'embossage paraisse avoir été d'environ 85 bâtiments, la présence de quelques bâtiments venant de Wimereux cause, entre les témoignages, des divergences qui ne permettent pas de savoir exactement combien de bâtiments étaient sortis de Boulogne. Ce chiffre, en tous cas, est inférieur à 100.

n floréal (12 mai 1804).

J*ai Thonneur de vous rendre compte que les ennemis, au nombre de i9, dont 3 vaisseaux, 3 frégates, 7 corvettes, 4 bricks, 1 cutter, sont revenus au mouillage et se sont placés un peu plus dans Touest que de coutume.

La flottille a mis en rade : elle est composée de 26 bateaux de i'*' espôce, dont 8 venaient de Wimereux, où ils avaient relâché avant-hier, et 58 bateaux de 2* espèce avec un nombre proportionné de péniches et de canots.

Une canonnière, le. n« 106, a échoué sur la jetée de Test; elle n'a point d'avarie ; elle sera relevée à la prochaine marée.

Soult, général de /a ^arcfo du gouvernement, commandant en chef le camp de Saint^Omer, au Ministre de la guerre (i).

An quartier général, à Boulogne, le 23 floréal an xu

(13 mai 1804).

J'ai Thonneur de vous rendre compte, Citoyen Ministre, que 106 bâtiments

(1) Archives de la Marine, BB>^ 168. De Bruis.

de la flottille, dont 27 chaloupes canonnières, 59 bateaux canonniers et 20 péniches, sont, hier soir, sortis du port de Boulogne pour aller en rade.

Dans la même marée, 2 chaloupes canonnières, i bateau canonnier et i6 péniches sont rentrés dans le port, de sorte qu'il ne reste en rade que 87 bâtiments.

L'escadre anglaise était hier dcTant Boulogne au nombre de 20 toiles, dont 3 Taisseaux, 4 frégates, 6 corvettes ou bombardes, 3 bricks et 4 cutters ou lougres; ce matin, elle a?ait disparu, mais au moment du courrier neuf bâtiments reparaissent.

J'ai l'honneur de tous saluer.

SOULT

Cette fois la tenue au mouillage, qui amène un insignifiant engagement avec un brick anglais, dure une centaine d'heures. Si la rentrée se fait sans accidents, c'est que, malgré la faiblesse des forces en rade, elle se fait en deux marées.

26 floréal (16 mai 1804) (1)»

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'hier, h 8 heures du matin, un brick anglais s'approcha de la gauche de notre ligne et tira quelques coups de canon sur la seconde division de nos péniches à obusiers prussiens. Ces péniches manœuvrèrent pour l'attaquer, mais la brise, qui jusqu*alors avait été très faible, s'éleva, et le brick proOta de l'avantage de sa marche pour s'éloigner de nos péniches, qui le poursuivirent pendant quelque temps. Je leur fis le signal de rallier ; ce brick et deux frégates ennemies étaient les seuls bâtiments qui fussent à vue dans ce moment.

Hier, à 4 heures du soir, la côte signala un convoi de i I péniches entrées à Ëtaples ; ce convoi a mouillé ce matin sur notre rade, avec une canonnière ; ce matin, le baromètre a baissé ; les vents sont de la partie du sud et le temps n*est plus sûr ; j'ai fait porter la droite de notre ligne dans Touest du port, afin que tous nos bâtiments fussent au vent de la passe, si Je suis forcé de les faire rentrer ; j'attends l'heure de la marée pour me décider.

i vaisseau, i frégate et 1 brick ennemis ont pris position dans le nord-ouest, à deux lieues ; le vaisseau et la frégate sont mouillés.

27 floréal (17 mai 1804) (2).

J'ai l'honneur de vous rendre compte que le vent a soufflé très fort, pendant toute la nuit, de la partie du sud-ouest. Ce matin, il y avait beaucoup de brume et très mauvais temps ; le signal a été fait à la flottille de se disposer â rentrer; deux sections sont effectivement rentrées à la marée du matin ; le reste est encore sur la rade.

(1) Archives de la Marine, BBi', 168. De Bruix.

(2) Archives de la Marine, BBiv, les. De Bruix.

A BOULOGNE, DU !•' MAI AU l^ NOVEMBRE. 97

Le Tent parait un peu tombé, mais il reste encore tant d*apparences de mauvais temps que, si dans une heure il n'est pas décidé au beau, je ferai rentrer tous nos bâtiments. Pour faciliter la rentrée de notre flottille, deux sections qui se trouyaient sous le Tent aTnient reçu l'ordre de rentrer à la marée du matin.

Deux frégates ennemies, trompées par la brume, se sont trouvées très près de notre gauche ; elles ont été vivement canonnées par une partie de nos bâtiments et par les forts ; actuellement elles sont au mouillage à deux lieues au O.-N.-O. Ces deux frégates et un brick sont les seuls bâtiments en vue.

Le 19 mai, nouvelle sortie d'environ 80 bâtiments.

Soult, général de la Garde du gouvernement, commandant en chef le camp de Saint^Omer, au Ministre de la guerre.

An quartier général, à Boulogne, le tO floréal an xu de la RépnbUqae (10 mai 1804) (l).

J^ai rhonneur de vous rendre compte. Citoyen Ministre, que 77 bâtiments de la flottille, dont 27 chaloupes canonnières, 45 bateaux canonniers et 5 bombardes sont sortis ce matin du port de Boulogne, pour aller en rade. Les 6 péniches de garde ne sont pas comprises dans ce nombre.

Chacun de ces bâtiments a reçu dix hommes d'augmentation, ce qui porte les garnisons des chaloupes canonnières à 40 hommes, officier compris, et celui des bateaux canonniers et bombardes à 31 hommes, aussi officier compris.

Ces bâtiments étaient en rade, il y a deux jours, mais la crainte du mauvais temps porta Tamiral à les faire rentrer.

Pendant la journée, il n'y a eu devant Boulogne que deux bricks ennemis qui sont partis pour l'Angleterre. Ce soir, l'escadre anglaise parait ; on distingue déjà 2 vaisseaux, 4 frégates, 1 corvette, 2 lougres et 2 bricks ; on ne peut encore reconnaître l'espèce des autres bâtiments dont elle est composée.

J'ai l'honneur de vous saluer.

Soult.

La tenue en rade dure moins de cinq jours et les incidents sont plus graves que jamais.

Soult, général de la Garde impériale, commandant en chef le camp de Saint'Omer, à M. le maréchal Berthier, ministre de la guerre.

Au quartier génâral, à Boulogne, le 5 prairial an xii

(25 mai 1804) (2).

J'ai l'honneur de vous instruire, Monsieur le Maréchal et Ministre, que les

(1) Archives de la Guerre.

(t) Archives de la Guerre.

bâtiments de la flottille qui étaient en rade ont été contraints, par le mauvais temps, à rentrer dans le port ; 27 chaloupes canonnières et 11 bateaux canonniers ont été à Wimereux ; une d'elles a échoué, personne n'a péri ; une autre canonnière est entrée à Ambleteuse.

La division anglaise a été forcée, par la violence du vent, à appareiller ce matin.

Nous avons essuyé des avaries aux forts de THeurt et de la Crèche : au premier, 12 pierres on été enlevées et jetées au bas du fort; il y en a eu 24 au second ; beaucoup de moêllonnage a été emporté.

Le vent tient au sud-ouest ; ce soir, il parait calme.

J'ai rhonneur de vous saluer. Soult.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, au Ministre de la marine et des colonies (1).

JQoologne, le 4 prairial an xii de la République (24 mai 1801).

Monseigneur,

J'ai rhonneur de vous rendre compte que les vents ont passé au sud-ouest et soufflent avec violence de cette partie depuis hier au soir; tous les bâtiments de notre flottille qui étaient restés en rade sont rentrés à la marée de minuit. Deux chaloupes canonnières qui avaient échoué un peu au-dessus de Wimereux, ont été renflouées et sont entrées dans ce port. On y compte maintenant 39 bateaux, qui faisaient partie de notre ligne d'embossage, savoir : 28 de i^ espèce et 11 de 2«; un autre bateau de 1" espèce est de relâche k Ambleteuse.

Tous ces bâtiments restent en appareillage, et viendront à Boulogne aussitôt que le temps le permettra.

La rentrée de la flottille s'est opérée sans aucune avarie majeure, seulement quelques bateaux baleiniers et quelques bateaux de Terre-Neuve ont été jetés à la côte entre Boulogne et Andresselles. J'ai donné les ordres nécessaires pour les sauver; vous verrez, en outre, par mon ordre du jour de demain, que je prends des mesures rigoureuses contre les capitaines qui auraient laissé perdre ces bateaux par leur négligence. Une commission sera nommée pour juger tous ceux qui auront abandonné leurs embarcations ou leiu^ ancres ; ceux qui les auront perdues par leurs fautes et sans y avoir été contraints par la nécessité, seront condamnés à les payer.

J'ai l'honneur de vous prévenir que le bateau de !«• espèce n» 9, tire 9 pieds d'eau ety par conséquent^ ne peut convenir pour ce port. Je le fais remplacer dans sa division par le n® 444, qui était de la 4*.

Les ennemis ont appareillé dans la nuit, en laissant deux bricks au mouillage. Ces deux bricks ont eux-mêmes appareillé â 5 heures du matin. Il ne reste aucun bâtiment en vue.

J*ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

Ei BRUiX;

(1) Archives de la Marine, BBw, 188.

A BOULOGNE, DU l*' MAI AU !•' NOVKMBRB. 99

£. Bruix, conseiller d'Éiàt, amiral de la Hottille nationale, au Ministre de la marine et des colonies (1).

Boulogne, le 4 priiritl an xu de la République»

(24 mai 1804).

Monseigneur,

J'ai i*honneur de tous rendre compte qu'hier au soir, les yents étaient au sud-ouest, très faibles. Il a fait presque calme pendant toute la nuit. Ce matin le temps était le même et il n'y ayait aucune apparence qu'il dût deyenir mauyais; mais, à 8 heures, le ciel s'est couyert et il a commencé à pleuyoir, le yent a fraîchi en passant au sud-sud-ouest et au sud.

J'ai aussitôt ordonné à la flottille de rentrer dès que la marée le permettrait; ce devait être â il heures, c'est-à-dire deux heures après le signal; dans l'intenralle, le vent s'est éleyé et souffla par rafales yiolentes. A iO h. 1/2, le mouvement a commencé : 4 chaloupes canonnières, 21 bateaux de 2* espèce, et 9 péniches sont entrés à Boulogne, mais avec la plus grande difficulté. Ces bâtiments, en doublant le musoir, trouyaient les yents très près, et le courant rapide des yiyes eaux les jetait sur les fascines; 29 canonnières et i\ bateaiuc gui n'ont pas pu réussir à entrer, ont reçu l'ordre de relâcher dans les ports sous le vent. Il a été fait signal aux bâtiments qui étaient encore sur rade d'attendre, au mouillage, la prochaine marée.

Le temps continue à menacer beaucoup et à me donner des inquiétudes. Les gens du pays assurent, cependant, qu'il n'y a rien de dangereux.

Les ennemis étaient ce matin au nombre de 7, savoir : 3 frégates, 1 frégate et 3 bricks ; la brume, qui s'est élevée quelques instants à 2 heures, nous a laissé apercevoir qu'ils n'ont pas encore quitté le mouillage.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement,

E* Bruix.

Ainsi qu'on le voit, moins de 40 b&timents ont pu rentrer à Boulogne.

Il faut croire' qu'après ces trois expériences si peu encourageantes du mois de mai, il y eut quelque peu de décourage-^ ment et de fatigue, car, bien que le temps fût devenu beau, ainsi que le prouvèrent les recherches qu'on fit faire en rade des ancres abandonnées (2), il n'y eut pas de nouvelle sortie avant le 4 juin.

Cette fois il sort de Boulogne près de 100 bâtiments.

MAartUa

(1) Archives de la Marine , BBiv, i88. De Bruix. {%) Lettre de Magon du 25 mai. BBiv^ 188.

Soult,. maréchal de l'Empire, colonel^général de la Garde de Sa Majesté l'Empereur, commandant en chef le camp de Saint^Omer, à M. le maréchal Berthier, ministre de la guerre.

An quartier général de Boulogne, le 15 prairial an xu

(4 juin 1804) (1).

J*ai rhonneur de vous rendre compte, Monsieur le Maréchal et Ministre, qu'à la marée de ce matin, 36 chaloupes canonnières, 3 bombardes, 45 bateaux canonniers et 10 péniches sortis du port de Boulogne, sont allés mouiller en rade; chacun de ces bâtiments a reçu 10 hommes d'augmentation pour garnison.

Je TOUS instruis également que 10 chaloupes canonnières dont 9 de la Garde impériale, 1 bateau canonnier, 1 caïque et J8 péniches dont 9 également de la Garde impériale partis hier de Calais, sont arrivés aussi ce matin en rade de Boulogne; les 18 bâtiments de la Garde sont seuls restés en rade, les autres sont rentrés dans le port.

L'escadre anglaise devant Boulogne, mouillée à 2 lieues depuis le nord jusqu'au nord-nord-ouest, est aujourd'hui composée de 4 vaisseaux de ligne, frégates, 6 corvettes, 5 bricks ou bombardes, 4 cutters et 1 lougre.

A 1 h. 1/4, l'ennemi a fait une grande salve de toute son artillerie; on estime qu'il a tiré 500 coups de canon.

J'ai l'honneur de vous saluer.

SouLT.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (2).

Boulogne, le 16 prairial an xii (3 Juin 1804). Monseigneur,

J'ai rhonneur de vous rendre compte que le 13 et le 14 de ce mois, l'absence de l'ennemi m'a permis de laisser la flottille dans le port et de profiter du beau temps pour nettoyer la rade.

Une soixantaine de canots ont été employés à draguer les ancres que nos bâtiments pouvaient avoir laissées et qui rendaient le mouillage incommode et peu sûr ; on en a retiré un grand nombre, parmi lesquelles 24 ou 30 paraissent avoir été perdues très anciennement.

Le 14 (3 juin) au soir, les ennemis reparurent et mouillèrent à l'entrée de la nuit à leur poste ordinaire. Au même moment, la division montée par la Garde impériale, et quelques autres bâtiments dont j'ai l'honneur de vous envoyer le contrôle, partaient de Calais. Tous ces bâtiments, à l'exception de deux canonnières et d'un bateau qui avaient échoué, arrivèrent à minuit sur

(1) Archives de la Guerre.

{!) Archives de la Mâtine, BBi^ 168.

notre rade hier au matin ; les Tents étant au sud, la dÎTision composée de 36 bateaux de 1'* espèce, 45 de 2*, 2 bombardes, en tout 85 bâtiments ayec 6 péniches de vedette, sous les ordres du capitaine de vaisseau Pévrieux, est effectiTement sortie.

Hier au soir, les vents se tournèrent au sud-ouest et, à Touest, il s'éleva une brume très épaisse.

Ce matin, tous ies bâtiments arrivant de Calais sont entrés dans le port.

Deux dif isions de péniches à obusiers prussiens sont sorties pour renforcer notre ligne.

Les vents sont toujours de la partie du sud-ouest et la brume n'est pas dissipée, elle ne nous permet pas de voir Tennemi, en sorte que je ne puis dire s'il est encore au mouillage.

La division de bateaux de 1'° espèce, destinée pour Étaples, est encore retenue ici par les vents contraires ; elle n'a pas pu proûter du court intervalle des vents de nord-est qui ont régné pendant les mortes eaux, parce qu'à cette époque, elle n'aurait pas trouvé assez d'eau pour entrer dans le port d'Étaples.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

La durée du mouillage ne doit pas, cette fois, dépasser trois fois vingt-quatre heures. Bien que le nombre des bâtiments à l'ancre soit resté inférieur à 100, il y a encore une fraction qui manque l'entrée de Boulogne.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (i),

Boulogne, le 19 prairial an xn (8 juin 1804). Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'avant-hier soir le vent s'est élevé de la partie du O.-S.-O. et a soufflé avec violence pendant toute la nuit ; hier, au matin, il continuait à fraîchir, et la mer était très grosse ; les ennemis avaient quitté leur mouillage et avaient disparu dans le nord-ouest. L'ordre fut donné à la flottille de rentrer dans le port à l'heure de la marée ; ce mouvement s'est exécuté à 1 heures, avec le plus grand ordre et même avec beaucoup de célérité.

Néanmoins et malgré la précaution que j'avais prise la veille do faire passer dans l'ouest du port toute la partie de notre ligne qui était mouillée dans l'est, cinq canonnières et quatre bateaux se sont encore trouvés sous le vent et n'ont pu gagner l'entrée du port ; ces bâtiments ont relâché K Wimereux.

Le temps a été très mauvais pendant toute la nuit; le coup de vent dure encore et la mer est extrêmement grosse.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

(l) Archives de la Marine, BB»^, 188. De Bruix.

102 PRBMTÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.

A la première embellie, la ligne d'embossage se reforme : 95 (1) bâtiments sortent le H juin par vent de nord-est et très beau temps. Le lendemain, 11 canonnières, parties pour Etaples, sont remplacées par 7 canonnières, 2 bombardes et 72 péniches à obusiers prussiens. C'est donc 165 bâtiments qui se trouveront en rade (2). Sous leur protection, ^8 péniches et 1 canonnière, venues de Calais, entrent à Boulogne le 13 juin, et le mouillage est conservé six jours. Mais la limite de ce qui peut rentrer à temps est dépassée ; bien que la proportion de bâtiments légers, comme les péniches, soit considérable, ils encombreront le chenal au point que 20 bâtiments seront forcés de rester en rade pendant le coup de vent (3) . Par une chance rare, ils ne sont pas perdus.

£. BruiXy conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (À).

Boulogne, le 28 prairial an xn (17 jain 1804). Monseigneur,

J*ai l'honneur de tous rendre compte que ce matin, à 4 heures, le Tent soufflait bon frais du O.-S.-O., Thorizon était chargé, le temps couvert et brumeux, il y avait apparence d*un coup de vent d'ouest. L*ennemi avait mis sous voile pendant la nuit et faisait route pour ses ports. J'ai ordonné à la flottille de rentrer ; tous les bâtiments qui se trouvaient au vent du port ont exécuté ce mouvement avec ordre et célérité^ mais ii canonnières et 9 bateaux de 2* espècCy qui se trouvaient sous le vent, ont été forcés de rester sur la rade.

A 10 heures, le temps a paru vouloir se remettre au beau ; quelques bâtiments ennemis sont revenus devant Boulogne ; mais, à 1 heure, le vent a repris de nouveau ; il souffle maintenant grand frais et la mer est gros.He. Les 20 bâtiments qui étaient restés en rade, manœuvrent pour s* élever au vent et rentreront ce soir^ à 6 heures. Les ennemis sont à toute vue dans l'ouest et font route pour la côte d'Angleterre.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

Le 23 juin, nouvel embossage d'une centaine de bâtiments.

(1) Lettre de Braix» 11 juin. BBt^, 188.

(S) Lettres de Soult, 12 juin; de BruU, 13 juin.

(3) La force de l'ennemi atteint en ce moment 5 vaisseaux, 3 frégates et 12 corvettes. Lettres de Sonltdes 14 et 16 juin.

(4) Archives de la Marine^ BBi», 188. De Bruix.

£. fim/x, oonseiller cfétat, am/ra/ de /a flottille nationale» à Son Exoe/Zenoe /e Ministre de la marine et des colonies (1).

Boulogne, le 4 messidor an xn (23 join 1804). Monseigneur,

J*ai rhonneur de tous rendre compte qu'hier les vents ayant passé au nordest, j'ai ordonné K la partie de la flottille destinée k mettre en rade, de sortir à la marée de la nuit. Ce mouvement s'est exécuté. Il y a maintenant 45 canonnières, 45 bateaux de 2* espèce et 5 bombardes, en tout 95 bâtiments, embossés en ligne.

Ce matin, les ennemis ont reparu et sont venus reprendre leur position ordinaire, au nombre de 2 vaisseaux, 3 frégates, 6 corvettes, 5 bricks et 1 cutter.

J'apprends à l'instant que 9 bâtiments de transports, partis de Dunkerque hier au soir, sont arrivés à Calais.

Il nous est arrivé ce matin, à Boulogne : 1 canonnière venant de Saint- Valéry ; 2 canonnières et 4 bateaux de 2* espèce venant de Dunkerque ; 10 péniches et 8 bateaux baleiniers venant de Calais, et enfin 2 canonnières venant de Gravelines.

J'ai l'honneur de vous envoyer le contrôle de ces b&timents.

Une partie de ces bâtiments ennemis a fait route pour les Dunes : en ce moment, on n'en aperçoit plus que 9, parmi lesquels on compte 2 vaisseaux ; ces deux-ci sont encore au mouillage, les auti^es sont sous voiles.

J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

A Étaples, pour la première fois, on avait mis au mouillage hors du port 25 bateaux plats (2).

La rentrée des 100 bâtiments en rade se fait au bout de cinq jours sans incidents, grâce à la direction nord-nord-ouest du vent, qui est la seule vraiment favorable.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (3).

Boulogne, le 10 messidor an xn (20 Juin 1804). Monseigneur, J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'hier au matin les vents étaient au

(1) Archives de la Marine, BBI^ 188. De Bmix.

(2) Lettre de Sonlt, 23 Juin.

(3) Archives de la Marine, BB^^, 188. De Bmix.

lOi PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.

N.-N.-O. grand frais ; les ennemis avaient quitté le mouillage et pris le large pendant la nuit ; le temps menaçait de devenir très mauvais et la mer était grosse. J'ordonnai à la flottille de rentrer ; ce mouvement s'exécuta à la marée avec beaucoup d'ordre et de célérité. Pendant toute la soirée, le temps fut brumeux et pluvieux, les vents tournèrent à Touest ; ce matin, ils sont encore de la même partie, mais le temps est beau. Il n'y a qu'un seul bâtiment ennemi en vue.

J'ai l'bonneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

La sortie suivante, de 96 b&timents, est favorisée aussi par le vent, passé à l'est-sud-est, mais cette fois la durée du mouillage n'est plus que de deux jours.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excel lenoe le Ministre de la marine et des colonies (I).

A Boulogne, le 14 messidor an xii (3 juillet 1804).

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'avant-hier (i*' juillet^ les vents ayant passé à l'E.-S.-E., les ennemis revinrent au mouillage au nombre de 15 bâtiments. Aussitôt, 45 canonnières, 45 bateaux canonniers et 6 bombardes reçurent l'ordre de mettre en rade. Ce mouvement s'est exécuté avec beaucoup d'ordre hier, à 3 heures du matin.

Hier au soir, 4 bateaux de seconde espèce et 32 péniches sont partis pour Étaples.

Il n'y a rien de nouyeau aujourd'hui : le temps est couvert et pluvieux ; notre ligne et celle de l'ennemi sont toujours dans la même position. J'ai l'honneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (2).

Boulogne, le 16 messidor an xu (5 juillet 1804). Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'avant-hier au soir (3 juillet) les vents tournèrent au sud-ouest et que le temps devint fort orageux hier matin. Les vents avaient beaucoup fraîchi en passant à l'O.-N.-O. ; tous les b&timents

(1) Archives de la Marine, BBi^, 188. De Bruix. (î) Archives de la Marine, BBi^, 188. De Bruix.

A BOULOGNE, DU !•' MAI AU !«' NOVEMBRE. lOS

ennemis appareillèrent et manœuvrèrent pour s'éleyer au yent ; à 4 heures du soir, ils étaient hors de Tue.

Notre ligne d'embossage fatiguait beiiucoup à cause de la grosse mer. L'ordre fut donné à tous les bâtiments qui la composent de rentrer aussitôt que la marée le permettrait ; ce mouvement s'est exécuté à 8 heures du soir, avec beaucoup d'ordre et sans avaries.

J*ai rhonneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

La sortie suivante présente un intérêt particulier par suite des incidents qui la marquèrent et par la présence de TEmpereur.

Le 13 juillet, le vent ayant passé au nord-est petit frais, Tamiral fit sortir de Boulogne, à la marée du matin, 40 canonnières, 45 bateaux et 6 bombardes, soit 91 b&timents (1). Le temps était encore très incertain, de sorte que l'ennemi n'avait que peu de navires au mouillage (2).

Mais, dès le lendemain, les Anglais étaient renforcés, et la ligne d'embossage, augmentée de 72 péniches et 3 canonnières, arrivait à compter 170 bâtiments environ, dont 100 de combat proprement dit. Les 21 navires ennemis ne comptaient pas de vaisseau au début. C'étaient 3 frégates, 12 corvettes, 5 bricks, 1 lougre et 1 cutter (3). Malgré cela, aucune tentative ne fut faite pour essayer une attaque.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (4),

Boulogne, le 26 messidor an xn (15 Juillet 1804). Monseigneur,

J'ai rhonneur de tous rendre compte que notre ligne et c«lle de Tennemi sont toujours dans la même position. Les Tents sont au nord-est, bon frais ; 2 bricks ennemis sont sous Toiles entre les deux lignes.

(1) 08, dit Sonlt, lettre du 13 juillet; 96, dit Lafond, chef d'étai-major de la flottille. BBnr, 190.

(2) Les ennemis semblent craindre encore le mauvais temps ; ils n'ont à leur mouillage ordinaire qu'une frégate et deux bricks ; plusieurs autres bâtiments, parmi lesquels on distingue un vaisseau, se tiennent sous voiles à une très grande distance. Lettre de Bruix, 13Juillet. BBnr, 188.

(3) Lettre de Bruix, 13 Juillet BBnr, igs.

(4) Archives de la Marine, BBnr, iss. I>e Bruix.

106 PRBBflÊRB PARTIE. — CHAPITRE V.

2 chaloupes canonnières, parties de Dunkerque, Tiennent d'arriyer à Boulogne ; 11 bAtiments-écuries, également partis de Dunkerque, sont anÎTés ce matin à Calais.

J'ai rhonneur de tous saluer respectueusement.

E. Bruhc.

Telle est la situation au moment de Farrivée de l'Empereur, le 19 juillet. Cette journée et la première partie de celle du lendemain paraissent se passer fort bien.

Ordre du jour de la flottille impériale, oommandée par l'amiral Bruix, conseiller (fÉtat

1* thermidor an xn de la République (20 Juillet 1804).

Hier, à 3 heures. Sa Majesté l'Empereur est arriTée dans le port de Boulogne.

Aussitôt qu'elle a paru sur la plage, Elle a été saluée de 900 coups de canon par les bAtiments de la ligne d'embossage et par toutes les batteries de droite et de gauche du port de Boulogne.

Tous les bâtiments de la flottille étaient paToisés. Sa Majesté a été Tisiter les forts de THeurt, le fort Napoléon, celui de la Crèche et le fort Rouge ; Elle a fait faire des épreuves des diverses bouches à feu, dont ces forts sont armés ; ensuite. Sa Majesté Impériale est allée en rade, Elle a monté à bord du commandant de la ligne d'embossage et a fait appareiller quelques bateaux de 1** espèce et les péniches de vedette, qui ont évolué au large de la ligne ; Sa Majesté suivait dans son canot les mouvements de cette division.

La mer était grosse, les vents de la partie du sud-ouest. Lescadre ennemie, composée de 2 vaisseaux, 2 frégates, 3 bricks et 1 cutter, était sous voiles, dans VO.-N.'O,, à deux lieues de distance ; à 5 heures, cette escadre a mouillé. Sa Majesté est ensuite rentrée dans le port ; partout. Elle a reçu des témoignages de la plus TiTe allégresse ; un peuple immense, qui bordait les deux quais, depuis le musoir jusqu'au pont de communication, annonçait le retour de Sa Majesté par' les cris mille fois répétés de : YiTe l'Empereur, Tive Bonaparte. Il était 8 h. 1/2 du soir, lorsqu'EIle a monté en voiture (sic) pour aller à son quartier général, au Pont-de-Briques.

Le Maréchal commandant en chef le camp de Saint-Omer, TAmiral et les officiers de terre et de mer ont eu Thonneur d'accompagner Sa Majesté Impériale dans les diverses inspections qu'EIle a faites.

Le chef de Vétat-inajor général de la flottille impériale,

M. Lafond.

Vers le soir, le temps se gâte tout à fait, et il va survenir un véritable désastre.

A BOULOGNE, DU 1" MAI AU l*»" NOVEMBRE, 107

M&thiaa Lafondj membre de la Légion d'honneur, ohef de iétaUmajor général de la flottille nationale, à Son Excellenœ le Ministre de la marine et des colonies (f).

A BonlogDe, le 2 thermidor an xn de la République

(21 Juillet 1804).

Monseigneur,

J*ai Thonneur d^informer Votre Excellence que Sa Majesté TEmpereur est arrivée le 30 messidor (19 juillet) à Boulogne, où elle a été reçue aux acclamations réitérées de : Vive TEmpereur !

Sa Majesté a fait, le même jour, Tinspection de la ligne d'embossage, qui était formée devant le port, et a ensuite été visiter les camps et les forts nou- Tellement construits.

Hier (20 juillet), à 8 heures du soir, les Tents étant de la partie du nord-est, grand frais, le signal a été fait à la flottille de rentrer dans le port ; les Mtiments qui étaient au vent sont entrés à Boulogne, les autres ont fait voile pour Étaples. Je viens d'apprendre qu'il était arrivé dans ce port 2i bateaux de 1" espèce, 14 de 2* espèce et 2 caïques.

Les Tents sont N.-N.-E., grand frais, temps brumeux.

On aperçoit 4 frégates ou grosses corvettes dans Touest et O.-S.-O., h distance de quatre lieues.

Ci-joint Tordre du jour.

J'ai rhonneur d'être, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur,

Lafond.

Soalt, maréchal de l'Empire, colonel général de la Garde de Sa Majesté l'Empereur, commandant en ohef le camp de Saint^Omer, à M. le maréchal Berthier, ministre de la guerre.

Au quartier général, à Boulogne, le 3 thermidor an xn

(22JaUlet 1804).

J'ai l'honneur de vous rendre compte. Monsieur le Maréchal et Ministre, d'un événement extrêmement malheureux qui a occasionné la perte de quelques militaires et a donné lieu aux ayaries que des bâtiments de la flottille ont éprouvées.

Le 1" (20 juillet) de ce mois, dans l'après-midi, les vents étant passés avec Tiolence au nord-est, les bâtiments de la flotille qui étaient en rade, ont reçu l'ordre de rentrer. Une grande partie a exécuté ce mouvement ; mais ceux qui étaient sous le vent, ayant eu leurs câbles cassés, ont dû appareiller et se diriger sur Étaples, où 42 sont arrivés; 4 canonnières, ^ péniches, 2 calques ayant été entraînés par les courants, ont échoué sur la côte; l'équipage et les garnisons des quatre premiers bâtiments sont sauvés, mais, malheureusement,

(1) Archives de la Marine, campagne 1804. BB^^» 190. —Flottille nationale.

partie de ceux des quatre derniers a péri et nous croyons que ce désastre nous a occasionné la perte d'une cinquantaine d'hommes. Les rapports qui me seront faits à ce sujet me mettront à même de tous rendre un compte plus exact et de tous faire connaître une infinité de braTes qui se sont dévoués pour porter du secours à leurs camarades naufragés.

Sa Majesté Impériale elle-même a passé la nuit sur la c6te et dans les flots pour faire donner des secours aux malheureux dont les bâtiments étaient en détresse et sa présence auguste a été la plus douce consolation qu'ils pussent reccToir.

J'ai l'honneur de tous saluer. Soult.

Ney, maréchal de l'Empire, commandant en chef le camp de Montreuil'8ur~Mer, à M. le maréchal Berthier, ministre de la guerre.

Au quartier général , à Montreuil, le 3 thermidor an xii

(njuiUet 1804).

Hier, j'ai eu l'honneur de rendre compte à Votre Excellence de l'arriTée, dans la baie d'Étaples, de plusieurs bâtiments déradés de Boulogne et du naufrage de 2 calques ; les rapports qui me sont parrenus aujourd'hui contiennent les détails suiTants :

Le 1*% à 11 heures du soir, un calque, venant de Boulogne, a fait côte près la batterie de Dannes ; personne n'a péri ; les armes et tous les agrès ont été sauvés; à 3 heures du matin, le bâtiment était submergé; il paraît hors de senrice.

A la môme heure euTiron, deux bâtiments de la même espèce ont échoué Tis-à-Tis la batterie de Camiers ; l'un a été remis k flot à la marée montante ; l'autre est submergé ; les équipages et une partie des agrès ont été sauTés.

Le 2, à 6 heures du matin, le calque n^ 4, commandé par le capitaine Lebrun, a été jeté à la côte Tis-à-Tis de la batterie de l'Omet ; une partie de la garde et des canonniers a Tolé au secours de l'équipage ; la marée montante et la tourmente rendaient ces secours extrêmement difficiles et périlleux, mais encore cette fois, le dévouement et le courage des soldats ont été plus grands que les dangers : plusieurs d'entre eux se sont jetés à la nage et seize hommes ont été arrachés à une mort certaine.

Parmi les soldats qui se sont distingués par leur intrépidité à secourir les naufragés, on a surtout remarqué ceux dont les noms suiTent :

l^Tég. d'art. (ViLLARD, canonnier, 1" compagnie, à pied. (LoufiiER — —

A- ^ j»- * ( Bazire, chass', !•' bat., 7* comp. ( Ces deux militaires ont fait °. < Denis — o*^ — ( preuTe dune rare mtrépidité.

^ ' ( Bertellot — 8" —

De 9 heures à 10 heures du matin, une corvelte et un brick anglais se sont présentés entre les batteries des Dannes et de l'Omet pour empêcher l'entrée dans la Canche des bâtiments déradés de Boulogne ; ces batteries leur ont tiré enTiron 60 boulets, bombes ou obus ; ce feu a été bien dirigé : il parait certain

A BOULOGNE, DU i '' MAI AU !•' NOVEMBRE. 109

que le brick a été atteint de deux boulets. Ces bâtiments ont bientôt repris le large après aToir lâché quelques bordées sur notre flottille, qui n^en a éprouyé aucun dommage.

J'ai Thonneur d'adresser ci-joint, à Votre Excellence, Tétat des bâtiments entrés dans la baie d'Étaples.

J'ai Thonneur de tous saluer. Net.

Mathiaa Lâfondy membre de la Légion d'honneur, chef de l'état-major général de la flottille nationale, à Son Exoellenoe le Ministre de la marine et des ooloniee (i).

A Boulogne, le 3 thermidor an xii de la République

(n juillet 1804).

Monseigneur,

• J'ai l'honneur de tous annoncer que les Tents qui étaient hier au nord grand frais, ont passé cette nuit k l'ouest a^ec la même force ; la mer très houleuse.

Lors de la rentrée des bâtiments de la flottille dans la nuit du 1*' au 2 de ce mois, les bateaux de i'« espèce n^* 2, S, 142 et 247, le bateau de 2* espèce n^ 10, et les péniches n®' 120, 4G5, 433 et 56 ayant manqué le musoir, ont fait côte entre ce fort et celui de l'Heurt. On a travaillé toute la nuit à porter des secours à ces bâtiments et j'espère que nous parTiendrons â relever le bateau de l'* espèce n<^ 142; j'ai aussi quelque espérance pour le n^' 24 de même espèce, ainsi que pour les péniches n^' 433 et 56.

Les bateaux de 1'* espèce n<^ 2 et 5 sont entièrement crevés, de même que les péniches n^* 120 et 465. Plusieurs hommes faisant partie de l'équipage de ces deux péniches ont été noyés ; ceux des canonnières ont été sauvés.

Je suis encore inquiet de 1 1 bateaux de 2* espèce, 1 péniche et 6 calques. On vient d'expédier des officiers tout le long de la côte pour s'informer si ces bâtiments n'auraient pas relâché sur la côte dans le sud d'Étaples.

Hier au soir est venu mouiller sur rade un bâtiment â trois mâts, espagnol, parti de Cadix le 7 de juin, chargé de vins et de fruits, allant à Saint-Pétersbourg; il était sorti le matin des Dunes.

J'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence,

le très humble et très obéissant serviteur.

Lafond.

Mathiaa Lafond, membre de la Légion d'honneur, chef de l'état-major général de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (2).

A Boulogne, le 4 thermidor an xn de la République

(t3 juillet 1804).

Monseigneur, Les vents sont au sud-ouest et au sud-sud-ouest, joli frais.

(1) Archives de la Marine^ campagne 1804. BB«^, 190. — Flottille nationale, (l) Archives de la Marine, campagne 1804. BBi^, 190. — Flottille nationale.

no PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V.

Un bâtiment à trois mâts est en Tue dans l'ouest-nord-ouest, à six lieues de distance.

Il est déûnitiTement jugé impossible de releyer de la c^te le bateau de i'* espèce n« 247 et la péniche n« 56.

On m'a rendu compte que les il bateaux de S* espèce qui manquaient hier, sont en relâche à Étaples et à Saint- Valery-sur-Somme.

Les qiiatre calques portant les n<^* 2, 4, 6, et la lettre E, sont entièrement perdus : tout le monde en a été sauTé. Les autres calques sont à Dieppe et à Ëtaples.

IL résulte que, dans le dernier coup de vent, nous avons perdu trois bateaux de \^ espèce portant les n®» 2, 5, et 247; un bateau de 2« espèce portant le n« 40, quatre péniches portant /e^ n" 120, 405, 56 e/ 23; et les quatre catques portant les n*> 2, 4, 6, et la lettre K. Total : 12 bâtiments,

La perte en hommes a été (fe 19 sur la péniche n^ 120 et de 10 sur le caîque n» 4. Total : 29 hommes.

Au premier vent favorable, tous les bâtiments qui ont relâché dans Touést feront leur retour à Boulogne.

J'ai Thonneur d'être, etc.

Lafond.

P.-S. — Le bâtiment espagnol qui était hier mouillé en rade, a fait route

pour Dunkerque.

Si l'on compare les situations de la flottille avant et après l'accident, on constate que, dans la nuit du 20 au 21 juillet, on aurait perdu à Boulogne même :

3 canonnières.

2 bateaux canonniers.

4 péniches.

4 calques.

13 bâtiments.

En outre, des 40 bâtiments réfugiés à Etaples avec l'amiral Lacrosse, 9 se seraient échoués dans cette baie, 9 autres auraient été rejetés jusqu'à Saint-Valery (1). Enfin, plusieurs barques de Terre-Neuve avaient été perdues.

Le nombre des noyés donné par Lafond paraît tout à fait inférieur au nombre réel des morts. Tout au moins faut-il y ajouter 10 hommes qui périrent devant Ëtaples (2).

(1) Lettre de Ney, tl juillet. (Archives de la Guerre.) (t) Lettre de Ney, tl juUlet! (Archives de la Guerre.)

Un témoin, Constant, valet de chambre de FEmpereur, donne, dans ses Mémoires, une version curieuse de ce sinistre :

A Boulogne, comme partout ailleurs, FEmpereur savait se faire chérir par sa modération, sa justice, et la gr&ce généreuse avec laquelle il reconnaissait les moindres services. Tous les habitants de Boulogne, tous les paysans des environs se seraient fait tuer pour lui. On se racontait les plus petites particu* larités qui lui étaient relatives. Un jour pourtant, sa conduite excita les plaintes, il fut injuste. Il fut généralement blâmé : son injustice avait causé tant de malheurs 1 Je vais rapporter ce triste événement, dont je n'ai encore vu nulle part un récit fidèle.

Un matin, en montant à cheval, l'Empereur annonça qu'il passerait en revue l'armée navale, et donna l'ordre de faire quitter aux bâtiments qui formaient la ligne d'embossage, leur position, ayant l'intention, disait-il, de passer la revUe en pleine mer. Il partit avec Roustan pour sa promenade habituelle, et témoigna son désir que tout fût prêt pour son retour, dont il désigna l'heure. Tout le monde savait que le désir de l'Empereur était sa volonté ; on alla, pendant son absence, le transmettre à l'amiral Bruix, qui répondit avec un imperturbable sang-froid qu'il était bien fÀché, mais que la revue n'aurait pas lieu ce jour-là. En conséquence, aucun bâtiment ne bougea.

De retour de sa promenade, l'Empereur demanda si tout était prêt ; on lui dit ce que l'amiral avait répondu. II se fit répéter deux fois cette réponse, au ton de laquelle il n'était point habitué, et, frappant du pied avec violence, il envoya chercher l'amiral, qui sur-le-champ se rendit auprès de lui.

L'Empereur, au gré duquel l'amiral ne venait point assez vite, le rencontra à moitié chemin de sa baraque. L'état-major suivait Sa Majesté, et se rangea silencieusement autour d'elle. Ses yeux lançaient des éclairs. — Monsieur l'Ainiral, dit l'Empereur d'une voix altérée, pourquoi n'avez-vous point fait exécuter mes ordres? — Sire, répondit avec une fermeté respectueuse l'amiral Bruix, une horrible tempête se prépare. Votre Majesté peut le voir comme moi, veut-elle donc exposer inutilement la vie de tant de braves gens? En efiet^ la pesanteur de l'atmosphère et le grondement sourd qui se faisait entendre au loin ne justifiaient que trop les craintes de l'amiral. -» Monsieur, répond l'Empereur de plus en plus irrité, j'ai donné des ordres ; encore une fois, pourquoi ne les avez-vous point exécutés ? Les conséquences me regardent seul. Obéissez I — Sire, je n'obéirai pas. — Monsieur, vous êtes un insolent î Et l'Empereur, qui tenait encore sa cravache à la main, s'avança sur l'amiral en faisant un geste menaçant. L'amiral Bruix recula d'un pas, et mettant la main sur la garde de son épée : — Sire I dit-il en pâlissant, prenez garde I Tous les assistants étaient glacés d'efiEk*oi. L'Empereur, quelque temps immobile, la main levée, attachait ses yeux sur l'amiral, qui, de son cêté, conservait sa terrible attitude. Enfin, l'Empereur jeta sa cravache à terre, M. Bruix lâcha le pommeau de son épée, et, la tête découverte, il attendit en silence le résultat de cette horrible scène

M. le contre-amiral Magon fit faire à la flotte le mouvement fatal exigé par l'Empereur.

112 PREMrÈRB PARTIE. — CHAPITRE V.

A peine les premières dispositions furent-elles prises, que la mer devint effhiyante à voir. Le ciel, chargé de nuages noirs, était sillonné d'éclairs, le tonnerre grondait à chaque instant, et le vent rompait toutes les lignes. Enfin, ce qu'avait prévu Tamiral arriva, et la tempête la plus affreuse dispersa les bâtiments, de manière à faire désespérer de leur salut. L'Empereur, soucieux, la tête baissée, les bras croisés, se promenait sur la plage, quand tout à coup des cris terribles se firent entendre. Plus de 20 chaloupes canonnières chargées de soldats et de matelots venaient d'être jetées à la côte, et les malheureux qui les montaient, luttant contre les vagues furieuses, réclamaient des secours que personne n'osait leur porter. Profondément touché de ce spectacle, le cœur déchiré par les lamentations d'une foule immense que la tempête avait rassemblée sur les falaises et sur la plage, l'Empereur, qui voyait ses généraux et officiers frisonner d'horreur autour de lui, voulut donner l'exemple du dévouement, et malgré tous les efforts que l'on pût faire pour le retenir, il se jeta dans une barque de sauvetage, en disant : « Laissez-moi 1 laissez-moi ! il faut qu'on les tire de là ». En un instant, sa barque fut remplie d'eau. Les vagues passaient et repassaient par-dessus, et l'Empereur était inondé. Une lame encore plus forte que les autres faillit jeter Sa Majesté par-dessus le bord, et son chapeau fut emporté dans le choc ; électrisés par tant de courage, officiers, soldats, marins et bourgeois se mirent les uns à la nage, d'autres dans des chaloupes pour essayer de porter du secoui>. Mais, hélas I on ne put sauver qu'un petit nombre des infortunés qui composaient l'équipage des canonnières, et, le lendemain, la mer rejeta sur le rivage plus de deux cents cadavres, avec le chapeau du vainqueur de Marengo.

Ce triste lendemain fut un jour de désolation pour Boulogne et pour le camp. Il n'était personne qui ne courût au rivage, cherchant avec anxiété parmi les corps que les vagues amoncelaient. L'Empereur gémissait de tant de malheurs, qu'intérieurement il ne pouvait sans doute manquer d'attribuer à son obstination.

Des agents chargés d'or parcoururent par son ordre la viUe et le camp, et arrêtèrent des murmures tout près d'éclater. Ce jour-là je vis un tambour, qui faisait partie de l'équipage des chaloupes naufragées, revenir sur sa caisse comme sur un radeau. Le pauvre diable avait la cuisse cassée. U était resté plus de douze heures dans cette horrible situation.

Quelle qu'ait pu être la responsabilité personnelle de Napoléon dans ce pénible événement, la relation faite par l'Empereur doit être citée telle quelle (< ) :

A Joséphine (1).

tl juillet.

Le vent ayant beaucoup fraîchi cette nuit, une de nos canonnières qui étaient en rade a chassé et s'est engagée sur les roches à une lieue de Boulogne; j'ai

(1) Correspondance de Napoléon, 7861.

tout cru perdu, corps et biens, maù nous sommes parvenus à tout sauver. Ce spectacle était grand : des coups de canon d'alarme; le rivage couvert de feux, la mer en fureur et mugissante, toute la nuit dans l'anxiété de sauver ou de voir périr ces malheureux. L'ftme était entre l'éternité, l'Océan et la nuit. A

5 heures du matin, tout s'est éclairci, tout a été sauvé, et je me suis couché avec la sensation d'un rêve romanesque et épique, situation qui eût pu me faire penser que j'étais tout seul, si la fatigue et le corps trempé m'avaient laissé d'autre besoin que de dormir.

A Cambaoéréa (I).

21 Juillet.

Le vent du nord a été ti*ès violent. Heureusement que nous n'avons pas eu d'avarie considérable. Deux petites péniches seulement se sont perdues,

La version anglaise est la -suivante (2) :

« Dans l'après-midi du 19 juillet, le vent, devenu fort du N.-N.-E. , rendit très pénible la station de la flottille en rade. Vers 8 heures du soir, les bricks (3) qui étaient sous le vent cherchèrent à s'élever, tandis qu'une partie des lougres (4) laissèrent arriver, filant sur Étaples. Il resta à l'ancre 45 bricks et 43 lougres. La frégate anglaise Immortalité, montée par le capitaine Owen, la frégate Léda, de 38, et plusieurs autres navires étaient alors h l'ancre à huit lieues à l'ouest de Boulogne. Le commodore dépécha immédiatement le brick de 1K canons Harpy, ainsi que les bricks canonniers Bloodhound et Archer, pour attaquer les navbres ennemis qui chercheraient à se maintenir loin de terre. Le sloop de 16 Autumn était à ce moment sous voiles ; il vint appuyer VHarpy et les deux autres navires, et la canonnade dura, par intervalles, pendant la durée du reflux.

« Le 20 au jour, il ne restait plus que 19 bricks et 8 lougres en rade, et, à

6 heures du matin, ils appareillèrent isolément, laissant arriver au sud, vers Étaples ou Saint- Valery-sur-Somme, sans que V Autumn et les trois autres bricks, trop loin sous le vent, pussent s'y opposer. Dès que la marée le permit, V Immortalité et la Léda levèrent l'ancre et vinrent près de Boulogne. L'on vit alors qu'un brick, un lougre et plusieurs autres grands bateaux avaient fait côte à l'ouest du port. Les équipages s'efforçaient de se sauver, mais la marée montante dut achever la destruction. Trois autres bricks et un lougre avaient été jetés sur les rochers, près du Porte], et complètement détruits. Un brick et deux lougres tenaient encore à Tancre près des rochers, faisant des signaux de détresse ; le brick était presque démâté et à moitié démoli ; un des lougres avait perdu son grand mât. La mer les recou\Tait constamment... 400 soldats ou marins avaient été engloutis.

(l) Correspondance de Napoléon, I86i.

(t) W. James.

(3) Désignaiion anglaise des chaloupés canonnières.

(4) Désignation des bateaux canonoicrs.

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