‹ 1793-1805 (volume 4)Chapitre 33 sur 65 · IV · texte numérisé non relu

IV

114 PRSMIERB PARTIE. — CHAPITRE Y.

<( Ce fut une leçon pour Napoléon que ce désastre ; il put ainsi Toir que les boulets et les obus des navires anglais n*étaient pas tout ce qu'il aTait à ledouter le jour où il ferait franchir le canal à son immense « Armada ». (1)

Le 25 juillet, TEmpereur passe Irnspection de 5 divisions de péniches, des paquebots et des transports ; le lendemain, c'est le tour des canonnières et bateaux canonniers. Il parait satisfait et ordonne simplement d'achever de munir les péniches d'obusiers prussiens, et les bateaux canonniers de pièces de petit calibre tirant en retraite (2).

(1) Annual RegisUr, 1804.

Vlmmùrtaiitét 8 Iknes est de Boulogne, tl juillet 1804.

Hier, le yent fort da nord-nord'ett an nord-ett par le nord fatiguant beancoap les naTires ennemis en rade de Boulogne, à 8 heures du soir eeox qui étaient tout le Tont leyèrent l'ancre et manœuvrèrent pour s'éleyer au vent tandii que d'autres laittaient porter sur Étaplet. Il y avait 45 briekt et 43 lougret. Je signalai l'attaqae qai fut entreprise par le Harpy, le Bloodhound et V Archer, bientAt loutenot par VAulumn. Au Jour, il ne restait dans la baie que 19 bricki et 18 lougres, qui, à 8 heures commencèrent k filer tnr Étaplet et la baie de la Somme, tant que VAutumn et let briekt, trop loin tout le yent, puttent t'y oppoter. Dèt que la marée permit à ce navire et au Leader de lever l'ancre, nout nom ponAmet tur Boulogne, lorsque Je m*aperçus qu'un brick, un lougre et plusieurt grandt'bateaux étaient échouéa à Touett du port, où l'ennemi t'efforçait de sauver ce qu'il pouvait. Mais la marée qui montait dut compléter la dettruction. Trois autres bricks et un lougre étaient tur let rochers, près du Portel, complètement détruits. Un brick et un lougre à l'ancre, près des rochers, étaient presque complètement démâtés leur situation est désespérée

Signé : Contre-amiral Louis.

(2) Correspondance de Napoléon du 25 Juillet.

Ordre du jour de la flottille impériale, commandée par l'amiral Bruix,

conseiller d'État.

Boulogne, le 8 thermidor an xn de la République

(27 JuiUet 1804).

Le 6 (25. Juillet), Sa Migesté l'Bmperenr a fait l'inspection des divisions de péniches, des paquebots et des bâtiments de transport; le 7 (25 juillet), il a fait l'inspection des bateaux de l'* et 2* espèces; Sa Majesté a trouvé tous ces bâtiments installés conformément au règlement et prêts à prendre la mer au premier signal.

Les commandants des 2*, 5* et 6* divisions de péniches, achèveront promptoment d'in« staller ceux de leurs bâtiments qui ne le sont pas encore entièrement.

Les capitaines des bâtiments de 1'*, 2* et 3* espèces, feront placer, près la serrure de chaque caisson, une inscription apparente indiquant ce qui doit être contenu dans ledit caisson.

Les capitaines des bâtiments de l^* espèce auront dans leur apprêté (sic) 50 obus chargés, et ceux qui auront des earonades françaises ou anglaises les feront débarquer surle-champ ; ces pièces seront remplacées par des obusiers de 8 pouces.

Les chefs de division, le chef du parc d'artillerie de la marine et le chef du génie maritime sont chargés de l'oxécution du présent ordre.

Les commandants des 5*, 6% 7*, 8', 9* et 10* divisions de bateaux de 2* espèce, feront

Ces inspections se sont faites dans le port ; mais, dès la fin du coup du vent, la ligne d*embossage a été reformée.

L'ennemi reste toijgours en présence au mouiDage, mais cette fois une curieuse tentative, qui parait due à l'initiative d'un officier anglais, a lieu contre la flottille.

Rapport AU Maréo/va/ commandant en o/vef.

Aa quartier génôrtl, à Boologne, le It theriBidDr id sa

(31 juillet 1804).

La difision anglaise, stationnée aujourd'hui devant Boulogne, est composée de :

La frégate la LédCf portant 28 canons de 48, 2 canons de 9 et 20 caronades de S2 sur les gaillards ;

3 bombardes ;

5 bricks dont un de 18 canons de 12 et les quatre autres portant 2 canons de 18 et iâ caronades de .32.

Plus 2 cutters de 10 canons.

La frégate a 281 hommes d*équipage dont 40 soldats de marine. EDe est commandée par le commodore Robert Honeyman, chargé du commandenent de cette diTinsion en Tabsence de Tamiral Louis, actuellement à Dungeness.

Deux canots de cette frégate, Fun armé de 25 hommes et Tautre de 12, ont été expédiés hier au soir, à 10 heures, pour Tenir inspecter la flottille impériale en rade de Boulogne : tel est le texte de Tordre donné par le commodore Honeyman à son second lieutenant Neal M. Lean, chargé de cette roissîon.

Mais si Ton en croit le rapport unanime des matelots et soldats laits prôonniers à bord de Tune de ces embarcations, elles ont été expédiées dans Fisteation de surprendre et d'enleier un des bâtiments de la ligne frasfaîse ; Toîei ce qu'en rapportent tous et chacun de ces prisonniers, interrogés sëparémeat et sans aucune communication entre eux. :

L'un, nommé Benjamin Bell Ghambers, se disant secrétaire do commodere, et tous les autres, au nombre de 1 1 , matelots ou soldats de marine.

débarquer siir4e-champ les pièces de ealïbres 4, 6 et 8, montées sar des «flûti inMins; tontes ces pièces seront remises an chef dn parc d'artillerie de marine, et les cspi tei nfH en tireront des reçus.

. Les commandants des 1'*, 2*, 3* et 4* aimions de bateaox de f espèce, qoi n'ont pas de canons de petit calibre, battant en retraite, feront snr-le-champ les demandes néees* saires poor en obtenir du directeur dn parc d'artillerie de la marine.

Les bateaux de 3* espèce on péniches, qui ont des caronades de 12, Auront de snite changer ces bonches à fen contre d'autres projectiles, qnilear seront délivrés par le colonel Thiiion, chef du parc d'artillerie de la marine.

Le chef du génie maritime fera travailler sans délai aux installations desdites pénî^ea pour les mettre à même de recoToir ces bouches à feu.

Le Chef de tétat'tnajor général de la flottille imgériakt

M. LA#o:tD.

Il y a trois semaines que le lieutenant Neal M. Lean engagea le commodore à lui confier deux embarcations pour Tenir enlever un des bâtiments de la flottille impériale. Il choisit à c«t effet, parmi les matelots et les soldats de marine, les gens les plus déterminés et les plus propres à cette expédition ; mais le jour les ayant surpris du côté d^Amblcteuse, ils sont retournés à leur bord avec l'intention de revenir au premier moment favorable.

Rendus à bord de la frégate, on a tourné leur retour en ridicule ; on le^ a même traités de Iftches, dans la persuasion qu'il avait dépendu d'eux d'approcher plus tôt de la flottille impériale.

Depuis ce temps, on n'a cessé de leur faire des plaisanteries sur leur expédition ; enfin hier, le même lieutenant Neal Mac Lean les a fait embarquer à 10 heures du soir, sans leur faire connaître le but de leur mission.

Tous l'ont soupçonné et se regardaient tellement sûrs d'être pris, qu'ils se sont couverts de ce qu'ils avaient de meilleures bardes et ont donné le reste à leurs camarades restant à bord.

Dès qu'ils eurent perdu la frégate de vue, le lieutenant Mac Lean fit lever les rames et donner une chopine d*eau-de-vie à chaque homme.

Pendant c«tte distribution, il leur dit : « Je me flatte que cette fois nous ne manquerons pas notre coup ; Je vous engage à bien faire votre devoir et vous préviens que je brûlerai la cervelle à celui que je verrai s'en écarter ».

Après cette courte harangue, ils ont prolongé la côte jusqu'au fort de l'Heurt, dont ils ont passé, disent-ils, à une petite portée de pistolet.

Ils ont bientôt reconnu la tête de la ligne de la flottille impériale et ont mis le cap sur le premier bâtiment qu'ils ont aperçu : c'était le bateau bombarde n^ 1, mouillé le plus à l'ouest.

On les a hélés deux fois ; ils n'ont point répondu, et, comme ils abordaient la bombarde, on leur a fait à bout touchant une décharge de mousqueterie qui a tué le lieutenant et blessé deux hommes de son équipage. Le lieutenant, avant d'expirer, n'a eu que le temps de dire au nommé Thomas Alen : « Je suis blessé, voilà mon épée; tu la remettras au commodore ».

Le midshipman, prenant le commandement de cette péniche, a voulu revenir à l'abordage ; il y est effectivement revenu en faisant feu de sa mousqueterie et est parvenu à faire couper des câbles de la bombarde ; mais il a été tué l'instant d'après, et plusieurs de ses gens ayant aussi été tués ou blessés, la péniche a encore une fois poussé au large, mais elle est tombée sous le feu de la mousqueterie de la canonnière voisine et n'a plus pensé qu'à trouver son salut dans la fuit^. Les deux canonnières les plus à portée, l'ont fait chasser par leurs embarcations, qui l'ont bientôt amarinée.

Aucun de ces prisonniers ne parle de ce qu'a fait l'autre péniche pendant le combat ; mais ils disent et il est certain qu'elle a reçu, en se sauvant, une fusillade dont elle a assez souffert pour avoir été forcée de cesser de nager.

Des vingt-cinq hommes qu'ils disent composer l'équipage de cette péniche, il ne s'en trouve que huit sans blessure quelconque, six blessés dont un mortellement et deux tués ; ils ignorent, disent-ils, ce que sont devenus les neuf autres ; il est probable que s'ils ne sont pas tombés à la mer à la suite de leurs blessures et conséquemment noyés, ils se seront sauvés à bord de l'autre péniche ou h terre même, car ils conviennent qu'ils avaient tous le projet de

se jeter à la mer et de venir à terre plutôt que de se faire tuer si leur abordage ne réussissait pas.

Je n*ai pu savoir de ces hommes aucune nouvelle de terre, car on ne leur a pas permis d'y descendre depuis seize à dix-huit mois ; il y a deux ans et plus qu'ils sont à bord de cette frégate ; on ne leur laisse pas même parvenir aucuns papiers nouvelles, et c'est avec la plus grande difficulté qu'ils obtiennent d'avoir des lettres de leurs familles ou d'y donner de leurs nouvelles. A leur dernière relâche à Dungeness, il y a six jours, l'amiral Thomas Louis a envoyé à bord de la Léda trois pécheurs français qui y sont encore, en attendant l'occasion de les débarquer furtivement, mais je n'ai pu savoir par quels motifs; ces trois hommes, tous avancés en âge, proviennent d'un bateau pêcheur pris aux environs d'ÉtapIes par un brick ; mais l'amiral a ordonné de les renvoyer en France, le gou?ernement anglais ne voulant plus qu'on prenne les pêcheurs français.

J'ai demandé à tous ces prisonniers ce qu'étaient devenus deux déserteurs français qui avaient enle?é, il y a vingt-huit Jours, une embarcation à la côte.

Tous sont convenus que cette embarcation et ces deux hommes, dont un sergent et l'autre caporal, ont été conduits à bord de la frégate la Seine (cidevant VEmbuscade), se trouvant alors commandant la station, et de là expédiés à Londres par un cutter, d'après les ordres de l'amirauté.

Ayant appris que cette frégate n'a pas quitté ces parages depuis la guerre, j'ai voulu savoir si le feu des batteries ou de la flottille n'avait pas fortement endommagé quelques-uns des bâtiments qui en avaient le plus approché.

ils m'ont dit que ces bâtiments n'avaient éprouvé que de très légères avaries, mais que dans le courant de novembre dernier, cette même frégate la Léday d'où ils proviennent tous, a reçu h bord, par le travers du cap Gris- Nez, une bombe qui, en tombant en avant du grand panneau sur une barre du cabestan qu'elle a coupée en deux, a efQeuré le précintre de cette même péniche sur laquelle ils ont été pris et, après avoir ensuite traversé le pont et le faux-pont, a crevé une pièce à eau dans laquelle elle a éclaté.

Les éclats de cette bombe s'étant répandus dans la- cale, ont abattu la cloison de la soute h poudre, dont ils ont brisé le fanal et éteint la lumière ; tous s'accordent à dire que personne n'a été blessé.

Tels sont les renseignements les plus intéressants que j'ai pu me procurer des douze prisonniers que je viens d'interroger. Tous m'ont aussi déclaré qu'à bord de la Léda et des autres bâtiments de la station, il y avait beaucoup de matelots danois, suédois et espagnols.

Je me suis aussi assuré que la bouée et l'ancre que j'avais fait enlever le lendemain du coup de vent, appartenaient à la frégate la Léda, qui avait été forcée de couper son câble pour appareiller et qui, depuis son retour, avait inutilement cherché cette bouée et dragué son ancre.

Boulogne, le 12 thermidor an xii.

Saint-Haouen (IJ.

(I) W. James ne parle pas de coi incident.

118 PREIOÈRB PARTIE. — CHAPITRB Y.

n y a en ce moment en rade :

2 prames.

1 bombarde à grande portée.

45 canonnières.

47 bateaux canonniers.

52 péniches.

Soit : 147 bâtiments (1).

On va voir combien la rentrée au port est difficile dès que le temps se gâte et en combien de fois il faut s*y prendre pour Texécuter. Encore fera-t-on revenir, en premier lieu, les bateaux les moins capables de tenir la mer.

£. Bruix, oonaeîller d'État, Amiral de la Hottille nationale, à Son Exoellenoô le Ministre de la marine et dea ooloniea (2).

Boulogne, le 14 thermidor an xn (2 ao&t 1804). Monseigneur,

Pai rhonneur de tous rendre compte qu'hier, d'après la liberté de manœuvre que J*aTais laissée au contre-amiral commandant la rade, pour la sûreté de la flottille, toutes les péniches mouillées en troisième ligne reçurent Tordre de rentrer et rentrèrent, en effet, sans la moindre ayarie.

Que ce matin, les vents continuant de souffler avec force du nord-est et le temps menaçant de devenir très mauvais, J*ai ordonné aux prames, à la grosse bombarde et aux bateaux de 2* espèce de rentrer, et que tous ces bâtiments, à Texception de 5 bateaux qui se trouvaient le plus sous le vent, ont exécuté cet ordre et sans avaries.

Et enfin ce temps-ci ne pouvant laisser croire que les ennemis s'éloignent, puisqu'il ne leur offï^e d'autre danger que celui d'être poussés au large, je ne me déciderai qu'à la dernière extrémité à faire rentrer la ligne de chaloupes C4uionnière8, actuellement mouillées en rade, à moins que Votre Excellence

(1) Bapportde Lafond, 31 Jaillet.

L'ennemi est au nombre de 23, savoir :

t vaisseaox;

1 frégate;

7 corvettes on bombardes ; 6 bricks; 5 cutters;

2 lODgres.

Total : 23

(2) Archives de la Marine, BB»\ 188.

A BOtLOGNB, DU !•' MAI AU !•' NOVEMBRE. H9

n*eii ordonne autrement ; quant aux 5 bateaux canonnîen qui ne peuvent pas rentrer avec les autres, ils viendront au port à la marée du soir.

Une canonnière s'étant abordée au mouillage avec une autre, a eu quelques avaries; elle est rentrée ce matin pour se réparer, cela est très peu de chose.

J*ai rhonneur de vous saluer respectueusement.

E. Bruix.

MàthiAs LAfond, membre de la, Légion d'honneur, chef de /'itat-ma/or général de la HoWlIe nationale, à Son Exoellenoe le ministre de la marine et des colonies (i).

A Boulogne, le 17 thermidor an xu de U Répabliqae

(5 août 1804).

Monseigneur,

Les vents sont ouest bon frais, Thorizon chargé avec apparence de mauvais temps; les bateaux de 1** espèce, qui étaient restés mouillés en rade, rentrent à cette marée.

Tai rhonneur de vous adresser ci-joint un exemplaire de Tordre du jour d'aujourd'hui.

J'ai rhonneur d'être.

De Voire Excellence,

Le très humble et très obéissant serviteur,

Lafond (i).

Le lendemain de la rentrée des derniers bâtiments laissés en rade, Napoléon quitta Boulogne. Ses impressions réelles sur les faits dont il avait été témoin sont restées mystérieuses. A coup sûr, Fexpérience était formelle. Le désastre du 20 juillet, la rentrée des navires mis en rade à partir du 26, commençant six jours après leur sortie, durent lui faire percevoir à quel danger on s'exposerait le jour où plusieurs centaines de bâtiments devraient stationner hors du port.

Un incident caractéristique allait montrer que ces pénibles et inutiles stations (3) au mouillage commençaient à fatiguer même des officiers généraux :

(1) Archives de la Marine^ campagne 1804. BB^^, 190. — Flottille nationale.

(2) Pendant ion séjour, TEmpereur a ordonné l'organisation d'one « flottille d*évo* lation », composée de 18 chaloupes canonnières et destinée à des missions particulières, en outre, à répéter les signaux : elle ne parait avoir Joué aucun rèle.

(3) Pour avoir des vivres frais, dont on manquait au mouillage, il fut prescrit à partir du 6 août, par l'ordre du jour, d'affecter six transports à ce service.

Le contre-am/ra/ Lacrosse, à M. Bruix, AmiNil de /a HoWlIe impéritUe (i).

20 thermidor, an xu (8 août 1804).

Mon Généra],

Je reçois par le chef de votre état-major Tordre qu'il me transmet de \otre part de prendre le commandement de la première ligne d'embossage qui doit sortiv.

Vous ne trouverez pas mauvais qu'indépendamment de ma santé, qui ne me permet pas de ressortir avant qu'une fièvre nerveuse soit entièrement dissipée, je vous observe que de pareilles corvées doivent être faites à tour de rôle par les officiers généraux de même grade. 'Le Ministre de la marine a trouvé si peu juste que je fusse sorti deux fois de suite, qu'il me dit que le général Magon devait me relever. Quel est le privilège qui dispense ce général de courir les chances des événements fâcheux que j'ai déjà éprouvés une fois, ou d'aller au poste honorable devant l'ennemi? Ce n'est sûrement pas sa volonté que vous avez consultée, puisqu'il me dit qu'il n'étiit pas fait pour commander la ligne d'embossage.

Je ne pense pas comme lui sur ce point. Je suis fait pour la commander, mais à mon tour.

Dans cette occasion, je réclame mes droits et votre justice ; ma santé, du reste, me met en ce moment dans l'impossibilité d'exécuter vos ordres.

J'ai l'honneur de vous saluer avec respect.

Signé : La crosse.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, au contreamiral Lacrosae, commandant le centre de la flottille impériale (t).

I Boalogne, le 21 thermidor an xn (9 août 1804).

Vous deviez, ce qui me semble, vous borner. Général, à m'informer que votre santé ne vous permettrait pas d'exécuter l'ordre que vous avez reçu de prendre le commandement de la ligne d'embossage lorsqu'elle pourrait se former, sur la rade.

Tout le reste de la lettre que vous m'écrivez à ce sujet est au moins superflu. Je vous invite donc à vous abstenir, désormais, de me tracer les règles de ma conduite dans l'exercice de mon commandement. Vous êtes fort le maître d'en blâmer les actes, hors de ma présence et de la manière qu'il vous plaira, mais les lois de la discipline ne me permettraient pas de le souffrir, soit en ma présence, soit lorsque vous m'écrivez officiellement.

J'ignore ce qu'a pu vous dire le Ministre de la marine, sur l'autorité duquel

•. (1) Archives de la Marine, BBi\ 188.

(2) Archives de la Marine^ BB»^, 188. De Bruix.

A BOULOGNE, DU !•' MAI AU i«' NOVEMBRE. 121

vous vous appuyez pour me faire le reproche de manquer de justice, et pour me désigner Tofficier qui, cette fois, devait commander la ligne; mais ce que je sais parfaitement c'est que ni les réprimandes ni les ordres du Ministre ne peuvent parvenir par votre organe, et que, dans sa propre opinion, comme dans la mienne, votre devoir est d'obéir aux ordres de Tamiral qui est votre chef direct et non pas de lui tracer ce qu'il doit faire, encore moins de lui demander compte de ses motifs.

Vous ne vous attendez sûrement pas, Général, que je réponde à l'étrange interpellation que vous me faites au sujet du contre-amiral Magon ; je me borne à vous déclarer que sa volonté, pas plus que la vôtre, ne saurait influer sur mes déterminations en matière de service.

Quant à vos droits, lesquels vous invoquez pour prouver que je n'avais celui de vous désigner pour commander la ligne éventuelle d'cmbossage, je dois vous avouer que je pensais, Général, que vous eussiez réclamé si j'avais nommé un autre officier que vous, et qu'au lieu de m'attendre aux reproches que vous me faites, j'étais au contraire dans l'opinion qu'en vous nommant, j'acquerrais quelques droits à votre reconnaissance. Au surplus, je vous préviens que le contre-amiral Magon ou tout autre officier que je jugerai convenable de nommer, commandera la ligne d'embossage jusqu'à ce que vous m'ayez rendu compte que votre santé vous permet de faire ce service.

E. Bruix.

Il n'est pas formé de nouvelle ligne d'embossage et le temps reste si menaçant que la sortie de quelques bâtiments cause de nouveaux sinistres, dont le récit donne une nouvelle preuve du dangereux état du chenal et du port.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la flottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (1).

Boulogne, le 21 tbcrmido? an xii (1? août 1804). Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte que, le 21 au soir, les vents passèrent au sud-est presque calme; la mer devint extrêmement belle, car le temps était si beau que je me disposai à faire sortir la flottille le lendemain ; en attendant et pour mettre à profit la marée de nuit, plusieurs bateaux de Terre-Neuve furent envoyés en rade pour lever les ancres que les bâtiments de la dernière ligne d'embossage y avaient laissées. A cette même marée, un bateau de ?• espèce et trois calques, venant d'Étaples où ils étaient en relâche depuis le coup de vent du 1" thermidor, entrèrent à Boulogne.

Le 22 (10 août), à 5 heures du matin, les vents passèrent tout à coup au sud-ouest, et, en peu d'heures, il se déclara le coup de vent le plus violent qu'on ait \u à Boulogne depuis l'hiver; les lames cou^Taient le Fort-en-Bois^

(1) Archives de la Marine, BB»', 188.

m PREMIÂRB PARTIE. — CHAPITRE Y.

la mer ne deTait être pleine qu*à 4 heures du soir; les péniches de Tedette et les hateaux de Terre-NeuTe attendaient aTec incpiiétude qu'il y ait assez d'eau pour rentrer; un de ces derniers sombra^ son équipage fut sauvé par un bateau de pêche. A midi, le temps deyenant toujours plus mauvais, et les péniches ne pouTant plus résister à la lame, elles firent route vent arriére pour les ports de VEst, Les bateaux de Terre-NeuTe se décidèrent à manoeuTrer pour entrer à Boulogne ; il y avait encore fort peu deau^ tous ceux qui furent assez heureux pour rencontrer les passes arriTèrent sans accident, mais deux dentre eux KHkST TOt'CHé SUR LE BANC, y remplirent à Vinstant et tous les hommes qui les montaient ont péri, sans qu*il ait été possible de leur donner aucun secours.

Les hommes qui ont été perdus sont 10 marins et 8 militaires, dont 4 étaient du 46* régiment et 4 du 57*.

Depuis ce temps, les vents ont toujours soufflé de la même partie et la mer est extrêmement grosse ; on n*aperçoit aucun ennemi.

J'ai rhonneur de vous saluer respectueusement.

E. Bkiuix.

En quittant Boulogne, Napoléon s'était rendu à Calais, puis à Dunkerque ; le 11 août, il passa quelques heures à Boulogne et en repartit pour Ostende. Le 15, il revint à Boulogne où, le lendemain, eut lieu Tinoubliable cérémonie de la remise des premières croix de la Légion d'honneur. 100,000 hommes étaient sous les armes. En raison du vent (1) assez fort, il ne semble pas qu'il y ait eu une ligne d'embossage formée ce jour-là. A la marée du matin, la veille, il était entré dans le port :

2 chaloupes canonnières n<^' 220, 269.

2« espèce. — 9 bateaux n<>» 366, 383, 192, 385, 18i, 177, 426,447,399.

3« espèce. — 15 péniches n^» 324, 540, 326, 225, 328, 327, 557, 322, 539, 559, 323, 556, 427, 529.

1 bombarde n^ 7.

2 calques venant de Saint- Valery-en-Caux (2).

Ces bâtiments avaient gagné la rade pendant la nuit précédente, de sorte que le récit de la célèbre journée du 16 août, tel que Ta donné Thiers d'après Mathieu Dumas, représentant l'Empereur s'arrêtant de distribuer des croix pour observer le combat de la division du Havre avec les navires anglais, ne se

(:) Lettre à Cambacérès, 7966.

(2) Rapport de Tadjudant commandant Lemarois, 15 août. {Archives de la Guerre.)

vérifie pas par les pièces retrouvées (1). D*ailleurs, les jours suivants au moins, le temps fut si gros que Tennemi abandonna son mouillage et disparut complètement (2). Ce qui parait plus sûr, ce sont les combats livrés les 25, 26 et 29 août, les deux premiers en présence de TEmpereur, et qui forment un saisissant contraste avec tout ce qui avait encore été fait avec la flottille.

£.6 général de brigade Margaron, l'un des oommancfants de /a Légion d'honneur, à M. le maréo/va/ Soult, colonel général de la Garde de Sa Majesté, commandant en ohef le camp de Saint^Omer (3).

Aq quartier général» à Calais, le 7 froctidor an lu

(t5 août 1804).

Monsieur le Maréchal,

Plusieurs bâtiments de guerre se sont approchés hier, à 8 heures du soir, de nos forts et batteries, qui ont fait sur eux un feu très Tif qui les a contraints à gagner le large.

Aujourd'hui, à 11 heures, on a aperçu dans la direction de Gra^elines trois bâtiments français qui, faisant route sur Calais, étaient menacés d'être attaqués par une corvette anglaise : je me suis porté sur-le-champ au-devant d'eux avec Tartillerie légère ; la eorrette s*est approchée et a fait plusieurs décharges, mes pièces ont répondu, et la péniche de Sa Majesté l'Empereur et ses deux chaloupes, car c'étaient elles, ont marché sous leur protection jusque dans le port, où elles sont entrées sans avoir éprouvé aucun accident. La corvette a persisté à les suivre dans leur route, mais bientôt elle s'est trouvée à portée de nos forts, qui l'ont promptement déterminée à comir au large.

Hier, dans l'après-midi, on a aperçu 9 bâtiments anglais, croisant, savoir :

Au nord : 1 corvette, 1 brick et 1 canonnière ;

A l'est : 1 frégate, i corvette, 2 bricks et 2 canonnières.

Margaron.

Ordre du jour de la flottille impériale, commandée par l'amiral Bruix,

conseiller d'État.

Boulogne, le 9 fructidor an xii de la République (27 août 1804).

Hier, 8 fructidor, à 2 heures après-midi, l'escadre anglaise, composée de

(1) Li'Empereur n*en parle pas. 11 écrit le 17 à Cambacérèa : « La fête s'est fort bien passée hier, avec un pen de vent. Le coup d'œil était nouveau et imposant. On a trouvé rarement autant de baïonnettes réunies ». Pas un mot ne vise la flottille.

(?) Lettre du général de brigade Marchand an général Dupont. (Archives de la GuetTC, Côtes.)

(3) Archives de la Guerre (Côtes).

2 Taisseaux de ligne, de 2 fi'égates de 44, de 7 corvettes de guerre à trois mâts, de 6 bricks, de 2 lougres et 1 cutter, détacha une de ses corvettes à trois mâts pour observer notre ligne, stationnée en avant du port. Cette corvette vint à très grande portée de canon, et néanmoins, tira plusieurs bordées dirigées sur nos bâtiments.

L'amiral fit le signal à la première division de canonnières, commandée par le capitaine de vaisseau Leray, de lever V ancre et de sortir de la ligne d'embossage pour aller repousser cette corvette; cet ordre fut exécuté avec célérité, et, à peine notre division fut-elle sous voile, se dirigeant sur la corvette, que celle-ci se replia sur son escadre.

Cependant, Tennemi avait formé une division composée de 1 frégate de 44, de i corvette de 24, de 3 bricks de 18, et de 1 cutter de 16 canons, pour venir attaquer notre division et s'efforcer, sans doute, de s^opposer à son ralliement, lorsque le signal lui en serait fait ou que la marée Ty obligerait.

A3 heures, la division française s*étant portée au-devant de Tennemi, Faction s'engagea et bientôt le feu devint général.

Dans ce moment, Sa Majesté l'Empereur qui s'était embarqué dans un canot, accompagné des Ministres de la guerre et de la marine, des maréchaux Soult, Mortier et de l'amiral Bruix, se porta à force de rames sur notre division, qui combattait à une grande dislance, parce que l'ennemi avait repris le bord au large.

Mais bientôt, et sans doute d'après un signal du contre-amiral anglais, la frégate reprit la bordée de terre, suivie de toute la ligne, et vint engager de nouveau la droite de notre division à trois quarts de portée, et le combat recommença avec plus de vivacité ; ce fut alors que Sa Majesté l'Empereur, qui se trouvait au milieu des chaloupes canonnières qui combattaient, donna l'ordre h l'amiral de faire serrer l'ennemi au feu. L'amiral fit arriver tous les b&timents à la fois sur une ligne de front serrée et gouvernant sur l'ennemi. Ce mouvement nous en ayant beaucoup rapproché, les ennemis eurent à soutenir une canonnade très vive, à laquelle ils ripostèrent du mieux qu'ils purent; mais ne pouvant résister plus longtemps à une attaque aussi bien soutenue et au feu continuel de nos chaloupes canonnières, la frégate étant très maltraitée ainsi que plusieurs autres des siens, qui paraissaient en détresse, ils laissèrent arriver tous ensemble et dirigèrent leur route de manière à se i*allier au mouillage de leur escadre ; ils furent suivis dans ce mouvement par notre division et nos péniches portant des obusiers prussiens, qui les canonnèrent pendant leur retraite avec la même ardeur qu'ils avaient montrée lors de l'engagement. Le cutter, qui faisait partie de la ligne anglaise, n'eut pas le temps de rallier son escadre ; il avait été tellement maltraité par notre feu, qu'il coula à fond à trois quarts de lieue environ du mouillage des siens.

A 4 heures après-midi, la quatrième division des canonnières, commandée par le capitaine de vaisseau Pévrieu, avait reçu l'ordre de mettre sous voile et de se rallier h la première division. Pendant l'exécution de ce mouvement, elle eut l'occasion de canonner la tête des ennemis; lorsqu'ils eurent prolongé notre première division, elle manœuvra fort bien; son feu fut très vif et contribua beaucoup à la retraite de l'ennemi

Les deux sections de péniches portant des obusiers pinissiens : la première, commandée par le lieutenant de vaisseau Maisonblanche, et la seconde, par le

A BOULOONE, DU i*' MAI AU 1«' NOVEMBRE. 125

lieutenant de vaisseau Lasalle, ont, par Faudace et rintelHgence de leurs bonnes manœuvres, constamment fait du mal à Tennemi, pendant toute la durée de Faction.

En général, Tamiral n'a que des éloges à donner à la conduite de toutes les divisions qui ont pris part aux engagements de ce jour. Il se loue de Tattention qui a été apportée et de la précision avec laquelle ses ordres ont été exécutés. Il lui a été impossible de remarquer du canot de Sa Majesté dans lequel il était, les bâtiments qui auraient des droits plus particuliers aux témoignages de sa satisfaction, mais il a pu distinguer la manœuvre hardie et constamment soutenue de la section de péniches commandée par le lieutenant de vaisseau Maisonblanche, laquelle a combattu depuis le commencement jusqu'à la fin des deux actions. Ce commandant a rendu à l'amiral un compte extrêmement favorable des deux enseignes de vaisseau provisoires Massieu et Yatinel, commandant chacun une des péniches de sa division, ainsi que de Louis-Michel Bernard, matelot à 30 francs, patron de la péniche n^ 268.

Sa Majesté l'Empereur, ainsi que l'amiral, ont remarqué, surtout à la fin du combat, et lorsque les ennemis opéraient leur retraite, la belle conduite de l'enseigne de vaisseau Morin, montant la chaloupe n^ 108, de l'enseigne de vaisseau Bourdon, commandant une péniche, et de l'enseigne de vaisseau Delaunay, commandant aussi une péniche, lesquels ont tous les trois reconduit la frégate anglaise jusqu'au mouillage de son escadre, en la canonnant de très près.

Pendant la durée des engagements qui ont eu lieu dans cette journée, les batteries de côte ont fait un feu aussi vif que bien dirigé sur les ennemis, chaque fois qu'ils se sont trouvés à portée.

Cette journée, qui a coûté à l'ennemi la perte d'un de ses bâtiments et de l'équipage qui le composait, sans compter les autres hommes qu'il a dû perdre, tant à bord de la frégate qu'à bord des autres bâtiments, lesquels ont presque tous été mis hors de combat, ne nous laisse à regretter qu'un seul homme, tué à bord de la canonnière n^ !259 ; sept autres ont été blessés, dont un assez grièvement. Quant à nos bâtiments, ils ont un peu soufiert dans leurs voiles et leur gréement; mais aucun n'a reçu d'avai'ie majeure.

Le Chef de l^état-mojor général de la flotUlle impériale.

M. Lafond.

Telle est la vemon officielle de la marine. Celle des militaires confirme qu'une partie de la flottille se serait portée à la rencontre de Fennemi, attitude tout à fait remarquable et toute nouvelle.

Le général Mathieu Dumas, conseiller d'État, chef de Vétat-major général.

Au quartier général, à Ostende, le 15 fractidor an xu

(2 septembre 1804).

M. le Maréchal, commandant en chef, fait connaître h l'armée que le 8 fruc-

Ii6 PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE V.

tidor (26 aoàt}, dans Taprès-midi, FaTant-garde de Tescadre anglaise sta* tionnée deTant Boulogne, composée de 1 frégate de 44, de 1 conrette de 24, de 3 bricks de 18 et de i cutter de 16 canons, est Tenue attaquer une diTision de chaloupes canonnières qui était mouillée en rade.

Sa Majesté FEmpereur, qui s'était embarqué et qui se trouTait au milieu de ces chaloupes, donna Tordre de faire serrer Tennemi au feu ; ce mouTement, exécuté par nos marins avec beaucoup de précision, donna lieu à un feu extré^ mement ^if à demi-portée de canon. La frégate anglaise fut très maltraitée, ainsi que les autres bâtiments, qui parurent en détresse ; ils manœuvrèrent pour regagner le mouillage de leur escadre; le cutter anglais avait tellement souffert qu'il coula à fond avec son équipage avant que d'avoir pu rallier au mouillage.

Cet engagement, qui a été si funeste à l'ennemi, ne nous a coûté qu'un homme tué et 7 blessés; aucun de nos bâtiments n'a reçu d'avaries majeures*

Nos marins, fiers de combattre sous les yeux de l'Empereur, se sont conduits d'une manière brillante et ont mérité son approbation.

Le lendemain, l'ennemi a voulu faire une seconde attaque avec 2 nouvelles frégates de 44 et 4 forts bricks de guerre; une division de notre flottille a fait la même manœuvre de serrer au feu l'ennemi qui, après une canonnade assez vive, a laissé le champ de bataille aux nôtres et est allé se réfugier dans son escadre. L'ennemi, dans ces deux circonstances, a eu encore occasion d'apprécier le parti que saTent tirer les Français de leurs petits bateaux.

Le récit de W. James est le suivant :

Le 25 août, la ligne d*embossage française comprenait 1 16 bâtiments dont 62 bricks et le reste lougres. Des premiers, 45 composaient la division du Havre, arrivée le 16, sous les ordres du capitaine de vaisseau Daugier. Ce jour-là, on remarqua dans le port une agitation et une activité inaccoutumées dues à la présence de l'Empereur

Probablement pour l'amuser {sic), l'amiral Bruix, à 1 h. 45 du soir, fit lever l'ancre à une division de canonnières, commandée par le capitaine de Taisseau Julien Le Ray. Celle-ci, à la faveur du vent qui soufflait du nord-est, se dirigea vers Pointe-Bombe, où se trouvait le brick canonnier anglais Braiser (lieutenant Smithies), où, comme les auteurs français l'ont écrit, « une grande corvette anglaise à trois mâts » (i). En peu de temps, la canonnade fut engagée, ce qui attira la frégate Immortnlité, Celle-ci, à 2 h. 30, ouvrit le feu contre les canonnières et essuya celui des batteries de terre dont un obus l'atteignit au-dessous des haubans de grand mât sans causer de dommage. Il fut pourtant nécessaire de s'éloigner de la côte et V Immortalité s'arrêta à 3 milles du port.

Le lendemain matin, 26, Y Archer et le Bloodhound canonnèrent quelques lougres qui doublaient le Gris-Nez trop près de terre pour qu'on puisse les inquiéter.

Dans Taprès midi, une seconde division de canonnières, sous les ordres du

(1) Ea français dans le texte.

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capitaine de vaisseau PeTrieux, et deux sections de bombardes armées d'obu-* siers prussiens sortirent du port et, après s'être réunies à la diyision du capitaine Le Ray, qui manœuvrait entre Wimereux et Ambleteuse, formèrent un ensemble de 60 bricks et 30 lougres. Il parait que l'Empereur était présent, monté sur un canot avec les maréchaux Soult et Mortier et Ta mirai Bruix. A 4 heures du soir, Y Immortalité ^ suÎTie par la Harpy (capitaine Hejwood), le brick canonnier Adder (lieutenant G. Wood) et le cutter armé Constitution (lieutenant Denis), fit foile vers la flottille et, un quart d'heure après, ouvrit le feu avec Taide des bâtiments restés en arrière. Les canonnièi'es restèrent près de terre, manifestement pour attirer les Anglais à portée des batteries de terre. On sut résister à la tentation, et V Immortalité resta en panne à trois quarts de mille des batteries, qui entretenaient une canonnade nourrie.

Gomme si tout cela ne suffisait pas pour protéger les canonnières, la plus grande partie des bâtiments en rade levèrent Tancre et se portèrent à leur

secours A 5 heures du soir, la Constitution , avec sa caronade de 1i livres,

s'engagea bravement avec une grosse canonnière et deux yachts gréés en lougre, peints en blanc et vert et richement décorés. Un obus de 13 pouces creva le pont et la membrure et détermina une telle voie d'eau que le signal de détresse fut arboré. En quelques minutes, les embarcations de l'escadre étaient le long du bord et sauvaient l'équipage. Un autre obus tomba à bord de la Harpy y tua un marin et se logea dans le bau de l'embelle, sans causer d'autre dégât. D'après certains récits, il n'aurait pas éclaté à cause du sang du marin tué. V Immortalité reçut deux atteintes dans sa coque et eut 4 hommes légèrement blessés. La frégate et la division à laquelle s'était joint le Bruiser se mirent alors hors de portée de canon. Plusieurs bâtiments français durent se jeter à la côte, ayant reçu des boulets dans leur coque, les autres firent route pour Boulogne

C'est toujours, on le voit, la même contradiction entre les récits français et anglais. Les premiers ne parlent pas de Tappui donné par les batteries de terre ; les seconds attribuent à ces dernières seules leur échec. « Il aurait fallu, dit « W. James, voir une flottille, loin de ses protecteurs, se « trouvant tout d'un coup, par brise modérée, sous le vent '< d'une seule frégate anglaise, comme V Immortalité, par « exemple. Combien de canonnières auraient évité la capture

« ou la destruction ? Aucune Cela, personne ne le savait

« mieux que l'empereur Napoléon, et TafiFaire du 26 août, « dont il avait été sans intention [sic) le témoin oculaire, dut « le convaincre. Il n'en dit rien à la vérité, ce n'était pas sa « politique » Effectivement, la correspondance de Napoléon est muette sur ces combats. 11 reste bien difficile de croire qu'ils aient révélé enfin l'aptitude de la flottille à combattre, à elle seule et au large, les navires de grand échantillon.

Le 28, le vent étant devenu plus fort, on fit rentrer 43 bateaux et 24 péniches, ne laissant en rade que les canonnières (1). Le lendemain, le vent étant presque tombé, une division de 18 canonnières, qui manœuvrait, se trouva menacée d'être coupée du port par plusieurs navires ennemis.

Ordre du Jour de /a /fott///e impérialô, commandée par ramiral Bruix,

conaeiller dËtat

Boulogne, le 12 fractidor an xii de la République (30 août 1804).

Hier, à 11 h. 1/2 du matin, l'amiral fit le signal à la 3* diTision des bateaux de première espèce, commandée par le capitaine de frégate Gaingant, d'appareiller et de s'éle\er au Tent, en faisant différentes évolutions. Aussitôt, cette division mit sous voile et louTova sur deux colonnes : les vents soufflaient de la partie du sud, petit frais ; la mer belle.

A 2 heures, les vents passèrent au nord et nord nord-est, petit frais ; la 3^ division effectua avec précision plusieurs manœuvres ; entre autres, elle forma une ligne de bataille, bâbord et tribord-amures, dans laquelle les distances furent parfaitement bien observées. L'amiral fit le signal de satisfaction.

L'armée ennemie était au mouillage, composée de 2 vaisseaux de ligne, de 2 frégates de 44, de 7 grosses corvettes et bombardes, de 6 bricks et de 2 lougres.

A 3 heures, notre division se trouvait .\ une lieue et demie dans le sud de la ligne, où elle avait été drossée par le jusant, et par la saute du vent de nordnord-est qui lui devint contraire ; elle se trouvait alors dans une position difficile pour se rallier à la ligne.

A la même heure, une division ennemie, composée de 2 frégates de 44, 2 bombardes, 2 corvettes et 4 bricks, se détacha de l'escadre pour couper nos bâtiments et les empêcher de rejoindre leur mouillage.

A 3 h. 1/2, l'ennemi était à portée de canon de notre division, sur laquelle il lâcha sa bordée ; mais elle ne put y riposter, parce qu'elle courait la bordée de terre et que l'ennemi lui restait par la hanche. Dans cette circonstance, elle lut fortement protégée par les batteries de terre qui firent un feu très vif et bien soutenu sur l'ennemi. Peu après, notre division prit tribord-amures et mit le cap sur les Anglais, qui, aussitôt, virèrent de bord en amurant leurs basses voiles, et prirent le large pour regagner leur escadre. Notre division leur envoya sa volée en continuant de coiu*ir dessus. Le flot portant nos bâtiments dans le nord, et rapprochant de l'escadre ennemie, l'amiral fit signal à notre division de reprendre son poste dans la ligne, ce qui fut exécuté de suite.

(I) Rapport du 18 août. {Archives de ia Guerre.)

Dans ce petit engagement, nous n'aTons eu personne de tué ni de blessé, et nous n^ETons éprouvé que de très légères avaries dans les gréements.

L'amiral prévient les capitaines de bâtiments de la flottille que, lorsque la ligne d*embossage sera formée devant le port de Boulogne, il y aura en rade des bateaux de pèche portant des poudres, des boulets, des ancres et des c&bles : ceux portant des poudres seront distingués par un pavillon rouge hissé à la tète du mât ; ceux portant des boulets et munitions de guerre auront un pavillon damier blanc et rouge ; et ceux chargés des ancres auront un pavillon blanc diagonal bleu.

Le chef militaire sera chargé de Texécution du présent ordre.

Le Chef de V état 'major général de la flottille impériale^

M. LilFOND.

£. Bruix, conseiller d'État, amiral de la Hottille nationale, à Son Excellence le Ministre de la Marine et des Colonies (i).

Boulogne, le 12 froctidor tn xii (30 août 1804). Monseigneur,

J*ai Thonneur de vous rendre compte qu'hier, à A heures du matin, les Tents étaient très faibles de la partie de Touest ; je fis appareiller une division de canonnières et une division de péniches à obusiers prussiens ; elles évoluèrent pendant trois heures, le reste du jusant les avait importées dans le sud-ouest ; alors les vents tournèrent au nord et fraîchirent, il était à craindre qu'elles n'eussent beaucoup de peine à revenir au mouillage. Je leur fis signal de s'élever au vent en forçant de voiles.

Les ennemis qui, jusqu'alors, n'avaient fait aucun mouvement, détachèrent 2 frégates, 3 bombardes et 4 bricks pour couper chemin à une division. Nos bâtiments couraient le bord de cerre et se trouvaient par le travers du fort de l'Heurt lorsque les frégates ennemies tirèrent à portée. Elles firent un feu très nourri par bordées ; leurs boulets portèrent jusque dans le camp de gauche ; nos canonnières, obligées de tenir le plus près, ne pouvaient présenter ni l'avant ni l'arrière ; il aurait fallu, pour qu'elles pussent riposter, qu'elles eussent fait vent arrière comme l'ennemi ; ce qui les eût mis dans l'impossibilité de rallier la ligne.

Lorsqu'elles virèrent le cap au large, les ennemis prirent les mêmes amures et s'éloignèrent toutes voiles dehors ; alors, quelques canonnières purent se servir de leurs canons pointés en chasse. Les bâtiments de notre gauche qui n'avaient pas appareillé, ainsi que le fort de l'Heurt et la côte, ont beaucoup tiré sur l'ennemi. Pendant l'action, une bombarde anglaise placée à près d'une lieue de nos bâtiments jeta plusieurs bombes qui arrivaient jusqu'à notre ligne, mais elles éclïitaient presque toutes en l'air.

(I) Archives de la Marine, BB«^, 188. — De Bruix.

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