CHAPITRE IV
L'attentat commis par les Anglais contre les frégates espagnoles, tout en paraissant devoir fatalement entraîner le gouvernement de Madrid à prendre part à la guerre, ne sembla pas au début devoir considérablement modifier les conditions de la lutte. La coopération des forces de terre et de mer de TEspagne parut probablement de peu de valeur ou tout au moins destinée à subir de longs retards, et la tournure que gardèrent assez longtemps les négociations dut fortifier TEmpereur dans cette opinion. Un temps assez long allait donc se passer avant que les projets en cours de préparation portent la trace de l'importante modification que le concours de l'Espagne allait causer aux données des problèmes à résoudre. A Toulon et à Rochefort on continua à préparer les expéditions ordonnées le 29 septembre : celles d'Amérique.
Le 27 octobre, Villeneuve en prenant possession de son commandement écrivait au Ministre : (c Je ne puis vous dire
combien j'ai été satisfait de ce que j'ai vu de l'escadre (1)
Le Bucentaure est dans l'état le plus brillant il ne laisse
rien à envier aux équipages de la marine anglaise. » Quelques jours plus tard l'imposante cérémonie qu'il présida en l'honneur de l'amiral Latouche-Tréville lui donna l'occasion d'affirmer sa confiance dans ses matelots et ses officiers. Peu
(1) BBiT, toi.
26i DBUXIBliE PARTIE. — CHAPITRE lY.
«iprës, on s'occupa de rembar({uement du matériel destiné au corps expéditionnaire.
Le vioe-Amintl VillenBUfe, gmnd offhier de la Légion d'honneur, commandant en chef l'escadre impériale de la Méditerranée, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (i).
A bord da BueentoMre, en nde da Tookm, le 10 branudre an xin (l*' noTembre 1804), et le premier da règne de Napoléon.
Monseigneur,
J'ai reçu la dépêche que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser par courrier extraordinaire le -4 de ce mois ; je me suis aussitôt occupé de la répartition des munitions et des troupes entre les vaisseaux de Fescadre. J'ai nommé une commission à la tête de laquelle j'ai mis M. Prigny, mon chef d'état-major, pour en suiTre les détails et l'exécution.
Je me propose d'embarquer immédiatement tout le matériel, de faire diviser les troupes et d'assigner à chacune les vaisseaux où elles doivent embarquer, et, dès que les munitions seront à bord, nous recevrons les troupes sur les vaisseaux; cette opération, ainsi préparée, sera l'affaire d'une matinée.
Vous savez. Monseigneur, que pour compléter les équipages de l'escadre, il a été fourni iOOO hommes du 2* régiment de ligne ou du 23*, en complément des équipages; ces corps avaient été mis à la disposition de la marine pour cet objet.
Aujourd'hui, le général Gervoni m'annonce que C6S iUOO hommes font partie du corps expéditionnaire qu'il a dû former, de sorte que lors du débarquement des troupes au lieu de leur destination, les équipages des vaisseaux se trouveront aflfkiblis de cette quantité d'hommes, que sûrement le général commandant l'expédition ne se prêterait pas à laisser à bord des vaisseaux. Je joins ici notre état de situation d'équipages, et vous verrez que ces IOOO hommes nous sont indispensables pour le service de nos batteries.
Le vaisseau le Berwick sera mis en petite rade le i 4 ou le 15, même embarras pour compléter son équipage, on épuisera les ressources que peuvent ofifrir les bâtiments attachés au service de la côte ; je doute qu'ils suffisent à son armement. Il nous faudrait absolument 1500 ou 1600 hommes pour remplacer notre déficit en matelots, et il ne reste pas de troupes disponibles.
D'après l'aperçu des munitions de guerre, qui doivent être embarquées sur les deux sections de l'escadre, il n'est pas douteux que nous serons encombrés d'une manière extraordinaire; on me parle d'au moins 200 chariots ou voitures roulantes en comptant les affûts, et sans compter près de 200 caisses de fusils ; les cales des vaisseaux sont déjà bondées de vivres, et tout ce que nous aurons à prendre ne pourra se placer que dans les faux-ponts ou dans les batteries ; la quantité d'hommes à embarquer est aussi bien considérable pour le
(1) Archives de la Marine, campagne 1804. BB"^, 207.
nombre des bâtiments destinés à les recevoir; cinq des vaisseaux de i*escadre sont de construction anglaise ou espagnole et ont des dimensions bien inférieures à celles des vaisseaux du même rang de construction française; pour peu que la navigation doive être de quelque longueur, on ne devra mettre sur les vaisseaux de 80 calons plus de 500 hommes.
4 vaisseaux de 80 à 500 hommes, ci 2,000 hommes.
7 vaisseaux de 74 à 400 hommes 2,800 —
5 frégates de 48 à 250 hommes i,250 —
2 frégates de i2 à 225 hommes 450 —
Ce qui ne forme qu'un total de 6,500 hommes.
II y a dans le port la frégate le Muirouy qui est toute prête ; on pourrait débarquer son artillerie et l'attacher comme flûte k la suite de l'expédition ; elle emporterait une bonne quantité do munitions de guerre, et un nombre d'hommes qui nous ferait approcher de la totalité dont est composée Tannée expéditionnaire. Je le répète, ce bâtiment est tout prêt, et si vous l'autorisez, il peut venir me joindre en grande rade immédiatement : il ne faut pas l'espérer, si nous prenons cette quantité d'hommes et de munitions, sans le secours de ce bâtiment en flûte, et de quelque autre s'il est possible, nous serons hors d'état de combattre, nos vaisseaux auront perdu leur marche, leur hauteiur de batterie, et nous casserons des mâts.
Je soumets, Monseigneur, ces observations à votre jugement; nous allons travailler à l'embarquement; je vous eu ferai connaître journellement le progrès et la situation des choses.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
VUXENEUN-E.
P,-S, — On me parle encore d'une administration et d'une ambulance dont il n'est pas question dans votre dépêche, l'ambulance seule occuperait la capacité d'un bâtiment de 600 tonneaux.
Les officiers de la marine qui ont vu le parc d'artillerie en sont effrayés, ils m'assurent de l'impossibilité de prendre tous ces objets à bord des vaisseaux de l'escadre.
Je pense que le gouvernement demande le plus, pour avoir le moins; nous
embarquerons toujours, et je ne m'arrêterai que lorsqu'il sera impossible de
recevoir davantage.
La division de l'expédition en grande et petite pour l'armée de terre comme pour la flotte, est connue par la correspondance des bureaux de la guerre avec les généraux de terre, et la direction de l'artillerie.
Effectivement rembarquement de l'artillerie se Gt presque entièrement dans les journées des 4 et 9 novembre, les troupes pouvaient l'être en même temps, mais \illeneuve écrivait :
« Je VOUS avoue cpie c'est avec une vive répugnance que je verrai accumuler des troupes sur les vaisseaux avant cpie
l'heure du départ ait sonné Il est à craindre que Tennui
et le dégoût ne s'empare des passagers » (1). L'expérience
avait en effet montré, lors de l'expédition de Hoche, les mauvais effets des embarquements prématurés. Il n'y avait pas de raison pour mettre immédiatement à bord les soldats de terre, puiscpie le général Lauriston ne devait arriver à Toulon que le 18 novembre. Ce fut lui cpii apporta les ordres de l'Empereur pour la campagne qu'on allait entreprendre au delà des mers.
Le vice ^Amiral Villeneuve, grand officier de la Légion d'honneur, commandant en chef feecadre impériale dans la Méditerranée, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (2).
A bord da raissean de Sa Mi^^^^ Impériale, le Bucenlaure, en rade de Toulon, le 28 bmmaire an xm (19 novembre 1804), et le premier da règne de Napoléon.
Monseigneur,
Le général Lauriston, arrivé hier au soir, m'a remis la lettre que Votre Excellence m'a fait Thonneur de m'écrire le 18 de ce mois. Je me disposais à TOUS envoyer un courrier, conformément à vos ordres, pour vous annoncer rembarquement des troupes. Les nouvelles dispositions dont le général Lauriston m'a fait part, et son désir de faire quelques changements dans la distribution que j'avais arrêtée retarderont cet embarquement.
La lettre de Votre Excellence ne répond pas à l'observation que j'avais eu l'honneur de lui faire, sur les cinq compagnies d'élite du 2" régiment et les cinq du 23*, qui avaient été embarquées sur les vaisseaux comme complément d'équipage, et qui font partie de la formation du corps expéditionnaire de 7,000 hommes ordonné par l'Empereur; le général Lauriston m'annonce qu'il va me demander ces troupes pour les comprendre dans la nouvelle organisation et qu'elles ne peuvent, en aucune manière, faire partie intégrante des équipages de l'escadre ; je prie Votre Excellence de jeter les yeux sur le tableau ci-joiat (côté A.) du déficit dans les quatre classes de matelots et les deux classes de novices, qui le porte au nombre effrayant de 1577 hommes, qui se trouvaient remplacés en partie par les 900 hommes que le général Lauriston me fait débarquer. Je ne me permettrai aucune réflexion sur cet état de choses, je me livre à celles qu'il pourra vous suggérer.
Je joins aussi un état (côté B.) des déserteurs que nous avons eus dans le
(1) BBiv, t07.
(8) Archives de là Marine, campagne 1804. BB»^, Î07.
mois ; Tinquiétude des équipages sur un prochain départ et pour une destination inconnue, le bateiage continuel, et les corvées que nous ont occasionné rembarquement de rartillerie sont les causes de cette désertion ; une grande partie s* est échappée des hôpitaux ; la désertion a été plus forte sur le vaisseau VAnnibal, parce que son équipage a été formé, dans le temps, presque en entier du rebut des autres vaisseaux.
Le général Lauriston m*a remis aussi les cartes et plans dont vous Paviez chargé, il m'a fait part du plan de Texpédition projetée, mais il n'a pu m'entretenir que de la partie qui le concerne; je suppose que ce plan aura également été calculé sous le rapport maritime, que, je dois trouver sur les parages que je dois parcourir le bois et Teau de mes vaisseaux, car, en supposant que ma traversée soit aussi heureuse qu'elle peut l'être, elle ne sera pas de moins de quarante-cinq jours, et, en comptant une double consommation d'eau à raison des troupes passagères, j'en aurai consommé pour quatre-vingt-dix jours, et il ne m'en restera plus que pour trente jours. J'éloigne l'idée que ma traversée puisse être de soixante comme de soixante-dix jours, ce qui ne serait pas extraordinaire, pour peu que je fusse contrarié dans la Méditerranée.
Je compte que toutes ces considérations seront prévues dans les instructions que vous m'annoncez.
J'ai vu^ avec plaisir les dispositions que vous avez prises pour assurer le payement de l'arriéré de Tan xii et des deux premiers mois de l'an xiii. Les valeurs qui ont été envoyées sont à des termes un peu éloignés; néanmoins, le préfet maritime m'a assuré qu'il pourrait ouvrir incessamment le payement de l'an xii. J'aurai l'honneur de vous écrire particulièrement sur cet objet.
Je t^rie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respectueux dévouement.
VlLLENEU\'B.
P. 'S, — J'avais réclamé le renvoi à leur vaisseau des maîtres chargés faisant partie des députations. Je prie encore Votre Excellence d'y avoir égard s'il en est temps.
Toulon, le 28 brumaire an xiii (19 novembre 1804).
Monseigneur (1),
J'ai l'honneur de prévenir Votre Excellence que je suis arrivé à Toulon hier 27 de ce mois.
J'ai remis au vice-amiral Villeneuve les paquets dont vous m'aviez chargé.
Je me suis concerté avec lui sur tout ce qui regarde l'expédition et j'ai déjà fait la répartition des corps sur les vaisseaux et frégates. Aussitôt que le matériel sera embarqué (ce qui ne tardera pas), les troupes le seront de suite. En attendant, elles mangent à terre de la viande fraîche, et elles s'en portent mieux.
D'après les ordres qui m'ont été donnés sur la composition de chaque corps, le vice-amiral Villeneuve m'a remis les 1000 hommes d'élite du complément d'équipage pour rentrer dans leurs corps : j'en ai prévenu Sa Majesté. Il me manquera encore 400 hommes du 2» régiment, mais, comme ils font partie de
(l) Archives de la Marine, campagnes 1804-1805. BB»^, t33.
la garnison des Taisseaux, je les ai laissés, en demandant à Sa Majesté de me les remplacer par 400 hommes d'un autre corps.
Les 1000 hommes étaient d'autant plus essentiels à débarquer, que c'étaient tous grenadiers, Fàme des corps. Je préviens cependant Votre Excellence que le ^ice-amiral Villeneuve désire qu'elle lui donne 1000 autres soldats pour complément d'équipages. Je n'en trouve pas à Toulon ; il n'en restera même pas pour le service de l'arsenal de la marine.
J'espère que l'embarquement sera tout à fait uni dans quelques jours.
Le Berwick vient d'entrer en grande rade.
J'ai fait débarquer la plus grande partie des caissons : cela occasionnait un encombrement considérable.
L'argent que Votre Excellence a annoncé à l'amiral fait grand plaisir.
N'ayant pas encore eu le temps de tout voir depuis ce matin, js donnerai à Votre Excellence, par le prochain courrier, des renseignements plus étendus sur tout ce qui regarde l'expédition.
Je la prie de me continuer ses bontés et de me croire, avec le plus profond
respect,
De Son Excellence,
Le très humble et très obéissant serviteur.
A Toulon, ce 28 brumaire an xni.
Alex. Lauriston.
Copie de /a lettre du général Lauriaton au y/ce-am/ra/ Villeneuve^ en date du 28 brumaire an XIII (19 novembre 1804) (i).
Général,
D'après les ordres que m'a donnés l'Empereur, les corps qui composent l'expédition doivent être poités à 800 hommes par bataillon. Le 2* régiment et le 23* sont loin de ce complet, il y a à bord un bataillon d'élite formé de ces deux corps, comme complément d'équipage. Je vous prie de donner l'ordre de faire débarquer les compagnies de ce bataillon pour les faire rentrer dans leurs corps respectifs. J'écris à Sa Majesté pour que ce déficit vous soit remplacé.
Il me manquera, en outre, 4<K) hommes du 2^ régiment pour le compléter; mais comme ces hommes font partie de la garnison des vaisseaux, ils doivent y rester. J'écris à Sa Majesté pour me les remplacer dans l'expédition par 400 hommes d'un autre corps.
J'ai l'honneur d'être, Général,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Signé : Alex. Lauriston.
Pour copie conforme :
Villeneuve.
(1) Archives de la Marine, campagne 1804. BB'v, 207.
Au général Lauriston, oomm&nd&nt les troupes expéditionnsLires
de la Méditerranée (1).
Paris, le 20 frimaire an xra (11 décembre 1804).
Monsieur le Général,
J'ai reçu vos différentes dépêches, et notamment celle que tous m'avez adressée par le courrier extraordinaire du 6 de ce mois, avec les états y annexés.
J'ai mis votre correspondance et celle du vice-amiral Villeneuve sous les veux de l'Empereur. Sa Majesté a bien voulu me faire connaître qu'Elle vous avait déjà fait savoir que son intention est que vous réduisiez les objets d'artillerie à embarquer au point de n'avoir pas besoin de la frégate la Muiron ni de bâtiments de transport, qui ne feraient qu'embarrasser la marche de l'armée.
L'Empereur veut que la Muiron reste à Toulon pour le service de la Méditerranée; j'ai informé de cette disposition le vicc-amiral Villeneuve, afin que vous vous concertiez avec lui en conséquence.
D'après les premiers ordres qu'avait donnés Sa Majesté, le nombre total des troupes embarquées dans l'expédition devait être de 6,840 hommes, savoir :
5,140 pour la grande expédition qui vous concernait plus particulièrement, et iTOO hommes pour la seconde, aux ordres du général Reille.
Suivant l'état de répartition que vous m'avez adressé, les troupes destinées pour les vaisseaux montent à 6,913 hommes, auxquels j'ajoute éventuellement environ 300 ofQciers portés en marge de votre état.
Cet état diffère un peu des comptes que vous avez rendus personnellement à Sa Majesté, mais je n'en fais ici l'observation que pour vous indiquer qu'Elle a déterminé plus particulièrement ses calculs par les comptes que vous lui avez rendus.
Quoi qu'il en soit. Sa Majesté prenant en considération le besoin de compléter numériquement les équipages de l'escadre, a décidé que le nombre des troupes expéditionnaires embarquées sur l'escadre serait diminué de 800 hommes, pris sur le !• régiment.
Cette mesure a d'autint moins d'inconvénient que Sa Majesté a renversé en faveur des opérations dont vous êtes chargé, un plan de division de l'escadre en deux parties ; en conséquence, elle ne fera qu'un tout, et le général Reille n'ayant point un commandement particulier, se trouve entièrement sous vos ordres.
Moyennant cette diminution de 800 hommes sur les 6,913 dont vous m'avez adressé le projet d'embarquement, il vous restera 6,113 hommes pour l'expédition à laquelle on n'en avait d'abord destiné que 6,140 dans les ordres que vous avez reçus. La diminution des 800 hommes dont il s'agit devra se faire sans délai. L'intention de l'Empereur, pour cela, est que vous remettiez, le plus tôt possible, au vice-amiral Villeneuve, l'état nominatif de 800 hommes du 2* régiment, lesquels cesseront d'être sous vos ordres, et seront exclusive-
(1) Archives de la Marine^ campagnes 1804-1805. BB«v, Î33.
ment afTectés au service de Fescadre, ne pouvant dans aucun cas être débarqués. Cette remise de ce corps au vice-amiral Villeneuve est d'autant plus urgente qu'il est important qu'il puisse sans délai les répartir sur les différents bâtiments de Tarmée, selon les besoins du service.
Il résultera de cette distraction de 800 bomraes du 2* régiment, qu'il se trouvera divisé en deux bataillons, dont un complet en officiers, sous-officiers et soldats directement sous vos ordres, et destiné au débarquement; Tautre partie, destinée exclusivement pour le service de Fescadre, formera Féquivalent d'un bataillon, sous les ordres d'un vice-amiral; mais Fintention de l'Empereur est que l'on n'embarque de cette partie du 2* régiment que le nombre d'officiers et sous officiers déterminé par les règlements de la marine pour le service à bord ; et Sa Majesté observe que, moins il y en aura d'embarqués, mieux ce sera, parce que son intention est qu'ils restent à terre pour former un dépôt sur lequel se composera, le plus tôt possible, un bataillon à la suite des deux autres.
Il y a à Marseille une compagnie de cavalerie helvétique et de fantassins ; Sa Majesté la met à votre disposition pour augmenter d'autant votre cavalerie.
Sa Majesté ayant remarqué que les 800 hommes du 2* régiment, mis à la disposition du vice-amiral, ne suffisent pas pour compléter ses équipages, a ordonné que 300 hommes du bataillon d'Orient seront embarqués avec leurs sabres seulement, à raison de 22 hommes par vaisseau et de il par frégate. Ces hommes ne seront pas débarqués et appartiendront aussi exclusivement à l'escadre.
Dans cette disposition, l'Empereur a deux buts : le premier, de faire croire que Fescadre va en Egypte ; le second, d'utiliser ces hommes, qui doivent être meilleurs matelots que soldats ; h leur retour en France, ils seront mis au dépôt de la guerre, pour former un bataillon qui servira ultérieurement d'après les circonstances. Sa Majesté veut encore que, s'il y a à Toulon des conscrits pour le 23^ d'infanterie légère ou pour le 20*, ou pour tout autre corps qui est à File d'Elbe, ou en Corse, ils soient remis au vice-amiral Villeneuve, qui les fera répartir comme novices sur des rôles d'équipage.
Telles sont, Monsieur le Général, les dispositions que Sa Majesté a arrêtées, et qu'Elle m'a ordonné de vous faire connaître, afin qu'en ce qui vous concerne vous assuriez leur exécution. J'en informe le Ministre de la guerre, et le TÎceamiral Villeneuve.
Recevez l'assurance de mon sincère attachement.
Decrès.
On le voit, le nombre élevé des soldats de terre et Tencombrement qui allait résulter de leur embarquement ne s'expliquent que si le but réel de l'expédition doit être la conquête de colonies anglaises. Une opération purement maritime, comme celle qu'aurait faite La touche-Tré ville si le plan de mai 1804 avait été mis à exécution, l'arrivée dans le Pas-de- Calais d'une escadre destinée à couvrir le passage de la flottille, ne comportaient pas tant de soldats à bord. Leur pré^
sence aurait été une gêne excessive pour une escadre dont le rôle aurait comporté surtout une marche et des manœuvres rapides.
A défaut de la frégate la Muiron on allait adjoindre à Fescadre un onzième vaisseau, ce qui devait donner à Villeneuve des forces égales à celles que Nelson réunissait à la même époque sous son commandement. Les mouvements de Tescadre anglaise étaient d'ailleurs constamment observés et les renseignements relatifs à sa croisière arrivaient avec précision.
Le Wce-am/ra/ Villeneuve, grand ofHoler de la Légion d'honneur, commandant en chef /'escadre impériale de la Méditerranée, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (1).
A bord da Bucentaw^, en rade de Toalon, le 7 frimaire an xiii (28 novembre 1804), et le premier du règne de Napoléon.
Monseigneur,
J'ai rhonneur d'informer Votre Excellence que, d'après divers rapports qui me sont parvenus, Tescadre ennemie est en croisière sur la côte de Catalogne. Nos vigies signalent presque tous les jours quelques frégates qui se tiennent à toute vue ; nos frégates d'observation qui vont à trois et quatre lieues au large n'en ont pas eu connaissance.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respect.
Villeneuve.
Malgré cette activité qui contribuait si grandement au développement de la valeur militaire, le petit nombre de matelots exercés était une cause de faiblesse réelle. 1200 à 1500 hommes, disait Villeneuve, devraient être remplacés.
Le vice ' amiral Villeneuve, grand officier de la Lésion d'honneur, commandant en chef l'escadre impériale dans la Méditerranée, à Son Excellence le Ministre de la marine et des colonies (2).
A bord da vaisseau le Bucenlaure, en rade de Toulon, le 23 frimaire an xiii (14 déeembre 1804), et le premier da règne de Napoléon.
Monseigneur^
J'ai reçu la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 8
(1) Archives de la Marine, campagne 1804. BB"^, 207.
(2) Archives de la Marine i campagne 1804. BBi^, 207.
de ce mois ; le retard qu*a éprouvé le courrier de ce jour, et une indisposition que j'ai éprouvée ces jours derniers, m'ont empêché d'y répondre plus tôt.
Votre Excellence aura pu juger par Télat de situation que j'ai eu Thonneur de lui adresser le 3 de ce mois, jwtqu'à quel point l'escadre se trouve affaiblie par le déficit de ses équipages; il n'est pas douteux que le remplacement de 1200 à 1500 hommes est indispensable pour nous mettre en état de faire une campagne de guerre et servir notre artillerie; néanmoins, chaque fois qu'un bâtiment ennemi se présente en vue de ce port, je le fais chasser. Avant-hier, un vaisseau ennemi a été signalé; je l'ai fait chasser par le Neptune et VHoriense. Ce matin, une frégate a paru, la Tkémis est à sa poursuite, et le MorU" Blanc y YAnnibal et ï Incorruptible sont prêts à filer leurs câbles, s'il est nécessaire de les faire soutenir; l'escadre n'est donc pas paralysée au point de ne pouvoir continuer à remplir le service auquel elle a été employée jusqu'à présent, mais elle est affaiblie de manière qu'il ne serait pas prudent de lui faire prendre la mer en cet état, ce qui a été l'objet de mes représentations. Ceci répond au reproche que vous m'adressez de n'avoir pas attendu tos ordres pour opérer un mouTement, qui désorganiserait en quelque sorte une partie importante des forces navales de l'Empereur; et, sans me décharger de la responsabilité du commandement naval, je m'en tiendrai à l'approbation que vous donnez, aux égards que j'ai eus à la demande ou plutôt à la réquisition d'un aide de camp de Sa Majesté Impériale.
J'ai signifié au capitaine de vaisseau Villegris, commandant l'A nm6a/, votre décision relative à la désertion de 38 hommes de son vaisseau pendant le mois de brumaire. J'aurai l'honneur de vous écrire particulièrement sur la désertion en général par un des prochains courriers.
Je ne puis vous faire de rapport plus étendu sur la situation matérielle du vaisseau YAnnibal, que celui que contenait ma dépêche du 28 brumaire. 11 faudrait, pour approfondir la connaissance de son état, et juger jusqu'à quel point il peut encore être employé, faire déliTrer du bordage à l'extérieur et à l'intérieur par le génie maritime, qui seul est compétent pour répondre à votre demande; VA lias et le Mont-Blanc me sont représentés aussi comme deTant être en mauvais état. L'Intrépide même n'est pas sûr, mais ces vaisseaux ne font point d'eau. La correspondance des ports doit avoir informé Votre Excellence de la nature des radoubs qu'ont éprouvé ces Taisseaux et je ne crois pas qu'il puisse m'appartenir d'en faire sonder la situation, au moment où une expédition est prête à être entreprise; le résultat de cette yisite, si elle n'était pas satisfaisante, serait trop désagréable pour moi.
Je vous prie. Monseigneur, de juger favorablement de mes motifs et d'être persuadé que je suis prêt à entreprendre tout ce que Sa Majesté Impériale jugera à propos de m'ordonner.
D'ailleurs, dans la mission qui se prépare, je n'en connais encore que le but sans rien savoir de la destination ultérieure de l'escadre quand elle y sera parvenue; je n'en sais, en un mot, que ce que le général Lauriston a bien voidu m'en dire.
Je prie Votre Excellence d'agréer l'hommage de mon respectueux dévouement.
VlLLENEirVE.
L'escadre de Rochefort, dont Missiessy avait pris le commandement en même temps que Villeneuve montait à bord du Bucentaure^ était meilleure comme personnel et comme matériel. De ses cinq vaisseaux, un seul, et de ses frégates, une seule également étaient de construction ancienne (1), les vivres étaient complets pour 6 mois ou 5 mois et demi. Les 6 vaisseaux et les 2 frégates anglaises qui bloquaient lé port, étaient observés d'une manière permanente et la disposition de la côte et des îles permettaient des exercices fréquents (2).
Telles c[uelles, les deux escadres de Toulon et de Rochefort, fortes l'une de H , l'autre de 5 vaisseaux étaient, au début de décembre, à peu près aptes à entrer en campagne.
Vers le H décembre, les 6 vaisseaux, les frégates et le brick de Gourdon au Ferrol (3) sont également prêts. Us sont bloqués par les 17 bâtiments, dont 9 vaisseaux, de l'amiral Cochrane. La déclaration de guerre de FEspagne le 19 décembre, ne les a pas chassés de la baie d'Ares, où ils persistent à mouiller. Enfin à Cadix le vaisseau V Aigle et les 2 corvettes Argus et Torche sont prêts depuis longtemps. Deux vaisseaux anglais les observent d'ordinaire.
Telle est la situation au moment où le 12 décembre, l'Empereur rédige un nouveau plan qui va consacrer l'abandon de toute entreprise contre les possessions européennes de l'Angleterre.
Au vioe^àmiral Villeneuve (4).
Saint-Cloud, le 20 frimaire an xiu (12 décembre 1801).
Monsieur le Vice-Amiral, Nous TOUS faisons savoir qu'ayant jugé à propos de soumettre à notre domi-
(l) Archives de la Marine, BB^^ 206.
Aa 30 ▼endémiaire an xui (22 octobre 1804), on a en rade d'Âix :
En coDslmction :
Ans X. Majestueux; X. Magnanime; n. Jemmapes;