IV
des détails sur les deux eipéditions, qui pourraient être tentées im temps convenable contre les possessions anglaises aux Indes orientales, et contre les Antilles. Je ne parle pas non plus de la route et des autres circonstances pour l'exécution des plans parce que celles-ci étant des matières connues de Votre Excellence, il suffît de les indiquer, et seulement en cas qu'elles seraient nécessaires on pourrait les traiter avec plus d'extension. ,Je serai charmé que Votre Excellence, avant mon départ pour Madrid, puisse me communiquer par écrit ou verbalement les idées de Sa Majesté Impériale, afin d'en informer les Ministres du Hoi mon mattre pour la connaissance de Sa Majesté.
Paris, le 29 décembre 1804.
Ainsi qu'on le voit, il ne s'est agi encore en Espagne, comme en France, que de tentatives contre les colonies anglaises. C'est plus tard que le texte de la convention conclue le 4 janvier, et surtout les notes préliminaires, font entrevoir que, plus tard encore, et si les choses s'arrangent sur le continent, il pourra être question d'une entreprise beaucoup plus vaste.
Convention entre Sa Majesté l'Empereur des Français et Sa Majesté Catholique (i).
4 janvier 1805.
Article premier.
Sa Majesté l'Empereur ayant réuni au Texel, dans les divers ports de la Manche, à Brest, à Rochefort et à Toulon, les armements dont le détail suit, savoir :
Au Texel, une armée de 30,000 hommes a%ec les bâtiments de guerre et de transport nécessaires pour armer ces troupes;
A Ostende, Dunkerque, Calais, Boulogne et au Havre, des flottilles de guerre et de tmnsport propres à embarquer 120,000 hommes et 25,000 chevaux;
A Brest, une armée navale forte de 21 vaisseaux de ligne, plusieurs frégates et transports disposés pour embarquer 23,000 hommes de troupes réunis au camp sous Brest ;
A Rochefort, une escadre de 6 vaisseaux et À frégates armés et mouillés à rile d'Aix, et ayant à bord 4,000 hommes de troupes expéditionnaires;
Et enfin au port de Toulon, une escadre de 11 vaisseaux de ligne, 8 frégates et des transports, à bord 9,000 hommes de troupes expéditionnaires;
Ces armements seront maintenus; ils seront destinés à des opérations sur lesquelles Sa Majesté V Empereur se réserve de s'expliquer elle-niéine^ dans le délai d'un mois avec Sa Majesté Catholique ou au général chargé de pouvoirs par elle.
(l) Archives de la Marine, campagne 1806. BB»^, 233.
l'entrée de l'espagnb dans la lutte. 259
Art. 2.
Sa Majesté Catholique fera armer immédiatement au port du Ferrol et approvisionner de six mois de vivres et quatre mois d'eau, 8 de ses vaisseaux de ligne, ou 7 au moins, et -4 frégates, destinés à combiner leurs opérations avec les 5 vaisseaux et les 2 frégates de Sa Majesté TEmpereur, qui sont maintenant au port.
2,000 hommes d'infanterie espagnole, 2,000 hommes d*artillerie, avec 10 pièces de campagne approvisionnées h 300 coups par pièce, et 200 cartouches par homme seront réunis sous les ordres d'un maréchal de camp, pour être embarqués sur ceux des bâtiments de Sa Majesté Catholique, qui composeront cette escadre.
Cet armement devra être en état de prendre la mer avant le 30 Tent6se (20 mars) prochain, ou, au plus tard, au iO germinal (30 mars).
Art. 3.
Sa Majesté Catholique fera armer au port de Cadix, équiper, et approvisionner de six mois de viyres, et quatre mois d'eau, de manière qu'ils soient prêts k partir à la même époque du iO germinal (10 mars) prochain, 15 Taisseaux de ligne, ou 12 au moins, sur lesquels devront être embarqués 2,500 hommes, dont :
2,000 d'infanterie espagnole; 100 d'artillerie; 400 de cavalerie sans leurs chevaux ;
iO pièces de campagne approvisionnées i 300 coups par pièce; 200 cartouches par homme.
Art. 4. ,
Sa Majesté Catholique fera armer, équiper et approvisionner, comme il a été dit ci-dessus, et pour la même époque, six vaisseaux de ligne au port de Carthagène.
Art. 3.
Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté Catholique s'engagent et s'obligent à augmenter successivement les armements de tous les vaisseaux et frégates qui pourront être ultérieurement construits, réparés et armés dans leurs ports respectifs*
Art. 6.
Moyennant que les armements de Sa Majesté Catholique désignés aux articles 2, 3 et 4, seront terminés et prêts à prendre la mer à l'époque fixée du 30 ventôse (20 mars) ou, au plus tard au iO germinal (30 mars prochain). Sa Majesté l'Empereur garantit à Sa Majesté Catholique l'intégrité de son territoire d'Europe, et la restitution des colonies qui pourraient lui être enleyées dans le cours de la guerre actuelle, et, si le sort des armes, d'accord avec la justice de la cause que défendent les deux hautes puissances contractantes, donne des succès notables à leurs forces de terre et de mer. Sa Majesté TEm*
pereur promet d'employer son influence pour faire restituer à Sa Majesté Catholique Ttle de la Trinité, et aussi les trésors enlevés par Tennemi sur les frégates espagnoles dont il s'est emparé, avant toute déclaration de guerre.
Art. 7.
Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté Catholique s'engagent à ne point faire de paix séparée avec TAngleterre.
Art. 8.
La présente convention sera ratifiée, et les ratifications échangées dans l'espace d'un mois, et plus tôt, si faire se peut.
Fait à Paris, le 44 nivôse an xiii (4 janvier i805).
Au vice-amiral Decrès (i).
Paris, 14 nirftse tn xm (4 Janvier 1805).
Je vous envoie une note que vous passerez demain au général Gravina. Vous passerez également, dans la journée de demain, un traité avec lui.
Vous insérerez dans ce traité : !• que je me réserve de me concerter, dans un
mois, avec le roi d'Espagne, sur la destination de ses flottes; 2® qu'au 1*' mars
cesdites forces seront disponibles. Vous pourrez, d'ailleurs, avant de signer le
traité, me le présenter avant minuit, quoique mon intention soit cependant
qu'il soit signé demain avant minuit.
Napoléon.
Note à passer à M. de Gravina.
Monsieur,
J'ai mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur, votre dernière lettre. Sa Majesté ne peut qu'applaudir au choix que le roi d'Espagne a fait de vous faire commander une de ses escadres. Elle désire que vous partiez le plus tôt possible pour presser vos armements. Les temps se passent, et Sa Majesté est résolue à frapper de grands coups, auxquels elle s'est préparée depuis longtemps. Elle adhère cependant à votre idée de conclure un traité, et je suis autorisé à cet eff*et.
Sa Majesté l'Empereur a et maintiendra au Texel une armée de 30,000 hommes et une escadre de guerre prête à la transporter.
A Flessingue, Dunkerque, le Havre et Boulogne, des flottilles sont prêtes à transporter 1:20,000 hommes et 25,000 chevaux.
Une armée de 25,000 hommes est prête à partir de Brest sur 21 gros vaisseîiux, des frégates et des transports.
(1) Cofrespondance de Napoléon» 8261.
l'entrée de l*espagne dans la lutte. 261
Une armée de 9,000 hommes est à Toulon pi*ôte à s'embarquer sur une escadre de i I vaisseaux et 8 frégates.
Une armée de 4,000 hommes est à l*lle d'Aix avec 5 gros vaisseaux et 4 frégates.
Quelque confiance que Sa Majesté V Empereur veuille avoir en vous et en moif la véritable destination de ces escadres est encore son secret. Il se réserve de s'en expliquer ^ dans un mois y avec Sa Majesté le roi d'Espagne ou le gêné» ralissime de ses armées.
Voici ce que Sa Majesté l'Empereur désire de TEspagne :
11 y a au Ferrol 5 vaisseaux et 2 frégates. 11 désire que Sa Majesté puisse, avant le commencement de mars, y joindre 8 vaisseaux ou au moins 7, et 4 frégates, ce qui formerait une escadre de 12 ou 13 vaisseaux; elle devrait être prête à partir à cette époque, les équipages étant approvisionnés de six mois de vivres et les garnisons complétées.
Il suffirait qu'il y eût, prêts à s'embarquer sur les vaisseaux espagnols» 2,000 hommes d'infanterie et 200 d'artillerie, avec 10 pièces de campagne approvisionnées à 300 coups par pièce, et 200 cartouches par homme, sous les ordres d'un général-major.
Sa Majesté l'Empereur désire qu'il y ait à Cadix, à la même époque, 15 vaisseaux ou au moins 12, approvisionnés pour six mois, et portant indépendam* ment de leurs garnisons, 2,500 hommes, dont 2,000 d'infanterie, 100 d'artillerie et 400 de cavalerie, sans aucuns chevaux, avec 10 pièces de campagne et 200 cartouches à tirer par homme ;
Qu'il y ait à Carthagène une escadi*e de 6 vaisseaux sans troupes.
Ainsi, Monsieur, si l'Espagne fournit exactement ces différentes escadres, l'Angleterre payera chèrement et se repentira trop tard de l'agression faite à deux nations loyales, qui n'avaient épargné aucun soin pour se maintenir en paix.
Si Sa Majesté le roi d'Espagne peut faire davantage, nul doute que cela ne soit plus avantageux. Les demandes de Sa Majesté l'Empereur ne paraissent point disproportionnées avec les forces de l'Espagne, puisqu'il ne demande véritablement que 29 vaisseaux dans une hypothèse et 25 dans une autre.
Quant aux détachements de troupes, il ne demande que 4,700 hommes; et ce ne sera qu'à la condition que les Ministres d'Espagne exécuteront fidèlement ces dispositions, que Sa Majesté pourra garantir les possessions espagnoles dans les deux mondes.
Dans tous les cas. Sa Majesté TEmpereur est plein de confiance dans la droiture et l'énergie du peuple espagnol, dans les sentiments de Sa Majesté, et dans les talents de vous, Monsieur, qu'elle a choisi pour commander son escadre.
Ainsi l'entrée de TEspagne dans la lutte contre l'Angleterre ne modifia pas tout d'abord les intentions de TEmpereur au sujet des opérations à entreprendre. Ce fut peu à peu et très lentement qu'on se rendit compte en France de la valeur de
262 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE lU.
FappoiQt éventuel que pourrait fournir la marine espagnole, et c'est en janvier 1805 seulement que Napoléon laisse entrevoir qu*il pourra s'agir plus tard d'un plan de campagne offensive contre FAngleterre. On verra combien était justifié le délai d'un mois qu'il se réservait avant de faire connaître ses véritables intentions.