DE L'EMPEREUR
II est temps de résumer la situation générale à laquelle correspond la rédaction des projets de septembre et de décembre 1804, enfin de janvier 1805, si singuliers si on les compare à ce qui les a précédés et à ce qui doit les suivre.
A la fin de Tété 1804, on peut considérer que la préparation d'une grande expédition par le moyen de la flottille est terminée ou plutôt qu'elle a donné à peu près tout ce qu'on pouvait en attendre.
Les constructions sont achevées, au moins en ce qui est conservé du programme initial, et on a vu de combien il s'en faut que celui-ci ait été réalisé.* Quant à la concentration, elle donne à l'automne, comme nombre de bâtiments réellement rassemblés dans les ports de réunion, des chiifres qui ne seront presque plus modifiés par la suite. Mais il a fallu six mois pour faire passer de Flessingue à Ostende les deux tiers de la flottille batave. Le mouvement sur Dunkcrque en demandera autant. Chose plus grave encore, on n'a pu trouver et on ne trouvera pas assez de matelots pour armer la moitié des bâtiments de Verhuell, de sorte que l'appoint réel fourni par la Hollande, malgré l'habileté et la bravoure de ses marins, est extrêmement restreint.
On a vu à quoi s'est réduit le concours fourni effectivement par le port du Havre, où tant d'argent a été dépensé et où tant de navires ont été construits. Enfin, en ce qui concerne la flot- IV. 22
tille de TOcéan, c'est un échec absolu que TEmpereur ne parviendra pas à dissimuler (1).
Quant à la valeur militaire de cette flottille de guerre, si coûteuse, si impropre à la navigation et à Téchouage, elle s'est révélée sans contestation possible, absolument nulle au point de vue offensif. Les plus beaux combats de Verhuell ont été livrés avec l'appui des batteries de côte et dans des parages où rennemi ne pouvait approcher. Quelle qu'ait été l'augmentation du nombre des navires entassés à Boulogne, l'attitude de la flottille est restée aussi passive devant les croiseurs anglais; et, si l'on a victorieusement repoussé leurs attaques, on est bien loin de l'époque où l'on ne parlait que d'enlever à l'abordage les vaisseaux ennemis mouillés devant le port.
Pour ce dernier, rien n'a été fait pour en améliorer la sortie et la nécessité d'une longue période de station en rade avant le départ est aussi impérieuse que jamais. Or Napoléon a été témoin oculaire du véritable désastre survenu le 20 juillet 1804 ; il sait, à n'en pas douter, quelles mauvaises chances présente la belle saison ; l'expérience si dure de l'hiver 1803 à 1804 a été formelle et a démontré avec évidence l'impossibilité d'agir à cette époque.
Pourtant on en est là maintenant, bientôt vont revenir les longue nuits, les brumes, sur lesquelles Bonaparte a édifié ses projets antérieurs. Va-t-il les maintenir devant une évidence si formelle, après une expérience si péniblement acquise ?
En vérité ce serait méconnaître son génie que de le croire. Il n'est pas homme à s'obstiner devant les impossibilités physiques, devant la mauvaise chance persistante. Tant qu'il a pu donner le change aux autres, tant que lui-même, peut-être, a conservé des illusions, il a persisté à exiger de tous l'activité dans les travaux, l'endurance au mouillage, l'audace dans les voyages de concentration ; lui-même a montré comment on bravait le feu des croiseurs anglais. Mais à cet automne de l'année 1804 une transformation radicale va s'accomplir.
Les travaux seront suspendus, les mises en rade exceptionnelles, les opérations le long des côtes supprimées pour
(1) Lettre à Decrès lui reprochant d'avoir prévenu Ganteaume du désarmement, citée ci-desBos*
rOcéan, presque nulles pour la Manche, excessivement rares dans la mer du Nord. *
A quel état d'esprit chez TEmpereur peut correspondre un tel ensemble de mesures ?
Le moins qu'on puisse en conclure c'est l'abandon de toute entreprise pendant l'hiver, et, ce qui achève de le prouver, c'est que, quel que puisse être le rôle attribué en secret aux escadres de Toulon et de Rochefort après leur retour au Ferrol, l'époque de leur départ probable ne leur permet pas d'agir en Europe avan^ le printemps 1805.
C'est donc au plus tôt vers cette époque qu'il pourra être question de passer la Manche, puisque, depuis un an déjà. Napoléon s'est formellement décidé à ne pas risquer sa flottille seule sans l'appui des vaisseaux de haut bord. Ce qui s'est passé depuis lors n'a pas été certes pour modifier cette intention primordiale.
Par conséquent, quoi qu'aient pu dire les historiens de la constance de la volonté impériale au sujet de l'invasion de l'Angleterre, cette volonté est tout au moins suspendue et pour de longs mois, dès l'automne 1804. On s'occupera alors des fêtes du couronnement auxquelles on invitera les principaux chefs de Parmée, de la flottille, de l'escadre de Brest éloignés pour longtemps de leur poste.
Mais ce n'est peut-être pas assez dire, et il est infiniment probable qu'à cette époque Napoléon a pensé non pas seulement à remettre l'expédition, mais à y renoncer complètement.
La plupart des historiens qui ont célébré le plan de diversion aux Antilles, dans le but d'y attirer une partie des escadres anglaises et d'assurer la possession de la Manche, ont fait remonter l'origine de ce projet au mois de septembre 1804. C'est cette pensée géniale que Napoléon aurait depuis lors constamment poursuivie, et que seule Timpéritie ou la lâcheté d'un Villeneuve aurait fait échouer. Or, si l'on a vu que, dès l'automne 1803, existait en germe l'idée essentielle d'amener dans la Manche une escadre capable d'en faire le passage libre pour un certain temps, on sait aussi que tous les projets antérieurs à septembre 1804 ne supposaient en rien cette navigation lointaine, mais prescrivaient au contraire une marche le long des côtes d'Espagne et de France. Tel était encore l'esprit des ins^
tructions que Villeneuve a reçues de Decrès, lorsqu'il est venu recueillir la succession de Latouche-Tréville.
A peine est-il atrivé à Toulon que tout change. On commence par organiser un gros corps d'infanterie dont on n'aurait que faire dans la Manche, on prépare effectivement une opération aux Antilles. Enfin, on envoie à Missiessy d'une part, à Villeneuve de Tautre, des instructions précises au sujet de grandes opérations contre les colonies anglaises. La seule prescription qui concerne les opérations en Europe consiste à ordonner aux deux amiraux de revenir au Ferrol et de là dans un port de France,
Pas un mot ne vise une coopération quelconque à l'exécution de la descente en Angleterre. Pourquoi donc tous les historiens ont-ils voulu voir dans ces instructions autre chose que ce^qui y était écrit, alors surtout que Napoléon écrira luimême un peu plus tard que sojiplan est changé et que texpédition confiée à Villeneuve a pris une i?nportance qu elle n avait pas quand elle a été ordonnée (1).
Peut-on invoquer la nécessité du secret, alors qu'on a confié à Villeneuve le projet que devait exécuter Latouche-Tréville et que bientôt on lui dira à lui-même tout ce qu'il doit faire jusqu'à l'arrivée à Boulogne? Évidemment nt)n. Il faut donc prendre les instructions du 29 septembre et du 23 décembre pour ce qu'elles sont et comme elles sont. Il s'agit purement et simplement de secourir les Antilles françaises et de se venger de l'impuissance où l'on est vis-à-vis de TAngleterre en dévastant, rançonnant et ruinant ses colonies. Quant au retour, on a choisi tout naturellement le point où l'on trouvera un renfort sérieux et devant lequel on est sûr que les Anglais ne tiendront jamais une très grande force, capable de battre les 15 ou 16 vaisseaux de Villeneuve et Missiessy avant leur jonction, ainsi qu*il leur arriverait sans doute devant Brest. On sait, en effet, avec quelle clairvoyance les Anglais ont proportionné leurs diverses croisières à la force des escadres bloquées par elles.
Une fois que Villeneuve, Missiessy, Gourdon auront réuni 20 vaisseaux (puisqu'on ne compte pas encore sur les Espa-
(1) Voir ci-dessous.
LA SITUATION GÉNlîRALE. 341
gnols), ils iront dans un port de France et Napoléon se
réserve, d'ici leur retour au Ferrol, de désigner lequel. En tout cas un résultat considérable sera atteint parla dévastation des colonies anglaises, par les prises qu'on aura faites, par les ruines qui en résulteront dans la cité de Londres. Peut-être un tel échec combiné avec la menace platonique d'une expédition en Irlande bruyamment préparée, avec la menace encore plus platonique d'une descente en Angleterre, décidera-t-elle cette puissance à une paix que les affaires du continent rendent alors très désirable.
C'est le moment, en effet, de montrer qu'à cette époque des derniers mois de 1804, la situation politique de l'Europe était devenue beaucoup trop grave pour que Napoléon pût sérieusement vouloir engager dans une entreprise périlleuse audelà de la Manche, la presque totalité de son armée et lui-même.
Depuis fort longtemps déjà, la situation politique de TEurope continentale était de nature à faire considérer comme probable la perspective d'une grande guerre.
L'occupation du Hanovre dès le début du conflit entre la France et l'Angleterre, aurait dès cette époque amené une ' rupture avec la Prusse si l'avis du ministre Haugwitz avait été suivi par sa cour et si celle-ci avait, comme il le proposait, pris les devants en faisant entrer des troupes dans l'électorat. La volonté personnelle du roi Frédéric-Guillaume III avait seule à ce moment empêché les hostilités. Malgré une apparence de réelle cordialité entre la France et la Prusse, l'ambassadeur Lucchesini, dans sa correspondance (1), ne cessait de dénoncer à son Gouvernement les menaces que faisait courir à la paix du Continent, l'attitude du Premier Consul. Avec une clairvoyance digne d'être signalée il revenait souvent à la charge, montrant le \dde des préparatifs entrepris pour une descente en Angleterre et le besoin où quelque jour Napoléon se trouverait de se tirer de cette impasse par une guerre sur terre. « Une guerre continentale, écrit-il, le 12 décembre 1803, offrirait au général et à l'homme d'État des chances bien moins douteuses que les entreprises maritimes contre l'Angleterre ». Lorsque, en mai 1804, il apprend qu'on connaît à Paris les
(1) Aus den Preussischeo Staals Archiven.
342 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vin.
efforts faits par la Russie pour former une coalition, « empêcher cette union fatale à l'ambition française, écrit-il, c'est, soyez-en convaincu. Sire, la pensée actuelle du général Bonaparte. La guerre du continent est, je ne saurais trop le répéter dans les circonstances actuelles, le vœu secret du Premier Consul. Elle dégage son honneur compromis dans la descente annoncée avec trop de solennité ; elle offre aux généraux employés sur les côtes qui presque tous ont été ses lieutenants en Italie ou en Egypte, un,e nouvelle perspective de gloire et surtout de fortune (1). .. . » Quand il apprend en juillet 1804 que les Anglais ont bombardé le Havre et Cherbourg, et quels échecs la flottille a subis à cette époque, il écrit :
« La crainte, plus d'une fois manifestée dans mes très humbles rapports, que la guerre du Continent, loin de contrarier les vues de Bonaparte, ne devienne pour lui une ressource et un besoin, acquiert de nouvelles forces; et je sais, par des indices assez forts, que la chose est envisagée de cette sorte par ses entours et par les événements fâcheux des jours passés. Dans les camps où se trouve aujourd'hui TEmpereur, la gueri'e du Continent est le vœu des officiers et des soldats (2). »> D'après lui, en août, Marmont, Murât, auraient déclaré que la guerre était imminente sur les frontières. On a peu d'argent, c'est vrai, « mais, ajoute Lucchcsini, une guerre continentale qui ruine les autres puissances, soulage la France du fardeau de Tentretien de ses armées et cette considération, combinée avec les embarras qu'éprouve dans ce moment le trésor public
pour leur assurer leur solde doit faire de plus en plus
appréhender que Ton ne saisisse le plus léger prétexte pour employer à des conquêtes faciles des armées qui se morfondent sur les côtes de TOcéan, dans l'attente prolongée d'une expédition maritime toujours proclamée imminente et toujours
remise à d'autres temps (3) » « Je ne me cache nullement,
lui répond le Ministre Hardenberg, la vérité de vos réflexions sur les motifs qui malheureusement ne sont que trop propres à
(1) A comparer avec les rapports de 1* « Ami », ce sont les mêmes idées, presque les mômes termes.
(2) Lettre du Î5 août.
(3) Lettre du 4 septembre.
ramener TEmpereur, et principalement ses entours, à Fidée d'une guerre continentale ».
Enfin Joseph, dans une conversation avec Lucchesini, va lui donner sur les intentions de l'Empereur un renseignement caractéristique (1). « Il (Joseph) trouve aussi inutile de continuer la guerre avec une puissance, qui est à peu près inattaquable, sans une marine militaire que la France n'a pas, qu'il croit difficile de rétablir la paix. Il connaît la fermeté de l'Empereur et sa répugnance invincible à se dédire de ce qu'il a peut-être imprudemment déclaré à la face de l'Europe. Sans admettre l'impossibilité de la descente, il n'a pas même cherché à m'en dissimuler les difficultés. La défaveur dune tentative manquée produirait sur t armée un trop grand effet pour que le nouvel Empereur doive la risquer, >» La Prusse est donc sur ses gardes, prête à tout événement, et si elle n'agit pas lors des empiétements de Napoléon, c'est à la fois par crainte et par égoïsme, tant que son propre territoire njest pas menacé : « Il y avait bien encore un empire germanique, « mais depuis longtemps il n'y avait plus de politique aile- (t mande »(2).
Ce n'est pas, certes, que les rapports entre la France et l'Empereur allemand soient cordiaux, ni que les conflits entre les deux politiques ne soient constants et de plus en plus graves.
En février 1804, quelques troupes autrichiennes étant venues en Souabe et en Tyrol, Talleyrand écrit au comte Cobentzel : « Ce n'a pas été sans la plus vive douleur que le Premier Consul a cru trouver dans ces communications (refus par l'Autriche de retirer ses soldats) le premier indice du renouvellement possible des troubles du Continent ensanglanté pendant un si grand nombre d'années et que la haine et la politique désastreuse du Cabinet de Londres paraissent agiter encore. »
« S'il fallait que cette crainte fût malheureusement confirmée et que le parti de la guerre eût prévalu dans le Cabinet de Vienne, l'Europe entière aura du moins remarqué que c'est
(1) Lettre du 20 octobre.
(2) D' Fournier, député antriohien.
344 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vm.
au moment môme où la France fait évacuer la Suisse, que Sa Majesté TEmpereur envoie de nouvelles troupes dans le Tyrol, et, quand tous les efforts de la France étaient employés à la guerre maritime, les frontières de TAdige et du Rhin se trouvent dégarnies, que Sa Majesté TEmpereur, sous de vains prétextes, forme et fait marcher de nouveaux corps vers la Bavière, vers la Suisse et au cœur de la Souabe Le Premier Consul n*a pu voir dans la levée extraordinaire et dans la marche des armées autrichiennes qu'un commencement de liaison avec l'Angleterre et quelque intention de préparer le renouvellement de la guerre. Si donc ces premiers indices se trouvaient confirmés par la non révocation des mesures militaires ordonnées en Autriche, le Premier Consul se verrait dans la nécessité de prendre lui-même avec la Bavière des arrangements, en conséquence desquels il pourrait faire entrer des troupes dans ce pays pour le protéger efficacement contre llinvasion dont il serait menacé *>(!)•
De fait, un adjudant général est envoyé en mission au Tyrol, à Schatfouse et en Souabe (2), et quelques jours plus tard, l'expédition qui a pour but d'enlever le duc d'Enghien viole le territoire (3) germanique à Ettenheim. Contre toute attente la Cour de Vienne ne proteste pas et paraît se désintéresser de la mort du Prince, mais, quant au retrait des troupes, le comte Cobentzel se contente de répondre que la France ne peut se troubler pour le mouvement de quelques régiments (4). Il faut donc que Bonaparte se contente de la promesse qu'on lui fait de ne pas augmenter les troupes envoyées en Souabe (5). Il ne protestera pas quand il apprendra en avril une levée supplémentaire de 14,000 hommes en Galicie(6).
C'est à propos de la reconnaissance par l'Autriche de la dignité impériale, que Bonaparte vient de revêtir, que les rapports se tendent sérieusement. A la communication faite le 19 mai à ce sujet par l'ambassadeur Champagny, il est répondu
(1) Archives de la Guerre^ 3 mars 1804 (Correspondance d^ Autriche),
(2) Correspondance de Napoléon, 7593, 7 mars.
(3) Ordre à Berthier (Correspondance de Napoléon, 7608), 10 mars.
(4) Lettre de Champagny, ambassadeur à Vienne, 8 avril (Archives de la Guerre). (Correspondance d'Autriche.)
(5) Correspondance de Napoléon, 7735, à Talleyrand (t mai).
(6) Lettre de Champagny.
LA SITUATION GÉNÉRALE. à45
le 28 que Tempereur François ne peut y consentir « si le souverain de F Autriche n'a pas une dignité pour sa maison qui assure à celle-ci vis-à-vis du nouveau souverain de la France, la prééminence qu'elle avait par rapport aux anciens rois de France, dans une circonstance où la continuation du titre d* Empereur dans sa famille devient plus douteuse ». Sous cette forme alambiquée cela signifie, que, pour une simple question d'étiquette, François-Joseph veut se faire proclamer Empereur héréditaire d'Autriche, alors qu'il est déjà Empereur allemand électif. Sur l'ordre de Napoléon (1) Talleyrand prescrit à Champagny (2) d'accorder toutes les demandes de la Cour de Vienne. Dès que TEmpereur François se sera fait proclamer Empereur d'Autriche la France le reconnaîtra dans cette nouvelle dignité, « car, dit justement et spirituellement le Ministi*e, on ne reconnaît que les choses faites ». Encontre, l'Empereur des Français reconnaîtra la prééminence de l'Empereur d'Autriche. Cette fois c'est ce dernier qui hésite à se décerner à lui-même ce nouveau titre, en vertu duquel sa maison sera plus tard exclue du monde germanique. D'ailleurs la Russie fait des objections. Pourtant il finit par se décider à se faire proclamer et à reconnaître Napoléon, Empereur des Français ; mais presque immédiatement les mesures militaires inquiétantes redoublent. On signale 20,000 hommes rassemblés vers Udine (3). L'Empereur va de sa personne inspecter et exercer les troupes de Brùnn et d'Olmtitz. Enfin en octobre, sous prétexte d'un cordon sanitaire, on rassemble des troupes sur les frontières d'Italie. Les deux corps Hildburghausen et Chasteler vont occuper le Vorarlberg avec une division de hussards sous les ordres du général Volfskehl. Trois régiments occupent le Tyrol. Le commandement du cordon sanitaire est confié au feld-maréchal-lieutenant Chasteler. La milice tyrolienne est mise sous les armes et portée à 20,000 hommes... Bien que les troupes stationnées en Helvétie ne soient pas augmentées, des régiments se rapprochent de la frontière autrichienne (4).
(I) Correspondance de Napoléon, 7852, 9 juillet.
(t) Archives de ta GuetTc, 16 juillet. (Correspondance d'Autriche.)
(3) Lettre de Champagny, !•' septembre.
(4) Der Krieg 1805 in Deutschland, par C. de Sehonhalls. Vienne, 1873.
Tout cela est on ne peut plus menaçant et Napoléon marque clairement ses inquiétudes.
« Vous connaissez, écrit-il le 20 août à Talleyrand(l) au moment où TEmpereur d'Autriche hésite à accepter ce qu'il a demandé lui-même, le titre héréditaire, « vous connaissez la fausseté de la Cour de Vienne. Si elle a le courage de tenter quelque chose, elle attendra Thiver. Nous sommes en
septembre, il ne lui reste plus qu'un mois à gagner » Le
2 octobre il ordonne d'approvisionner Mayence (2) en outils de pionniers. « Le jour, dit-il, qu^ y aurait de la froideur entre l'Autriche et la France, assez marquée pour laisser entrevoir une rupture, 8,000 hommes se rendraient à Cassel, au fort sur le Mein, pour en rassembler les fortifications. . . . 8,000 à Kehl. » Le 30 décembre, l'adjudant commandant Bonieu est envoyé à Constance, Lindau, Insbruck, Botzen, Villaels..., Grâtz, Goritz, Trieste, « pour prendre une note exacte des troupes rassemblées ou attendues. Il devra envoyer un courrier extraordinaire s'il s'aperçoit d'un mouvement de troupes supérieur à 30,000 hommes (3) »• A la réception du !«' janvier, l'ambassadeur autrichien, comte Philippe, reçoit les plaintes de Napoléon au sujet des armements de l'Autriche et le même jour une lettre personnelle à l'Empereur héréditaire d'Autriche, roi des Romains, contient une menace formelle au milieu d'une suite de phrases cordiales. « Que Votre Majesté considère, est-il dit, que la formation d'armées en Carniole et dans le Tyrol m'obligerait à une réunion d'armées en Italie et sur le Rhin. » Cependant les rapports de janvier 1805 sont plus inquiétants que jamais. Le 9, on annonce de Venise de grandes dispositions militaires : il arrive des troupes dans le Frioul, on prépare des logements le long de Tagliamento pour 34,000 à 35,000 hommes. On assure qu'il vient par le Tyrol 30,000 à 35,000 hommes pour border TAdige. Toutes ces troupes ont, dit-on, des trains de grosse artillerie. On a arrêté toutes les barques de l'Adige pour passer des farines à Vérone autrichienne. Les entrepreneurs de boucherie militaire dépêchent des approvisionnements (4).
(1) Correspondance de Napoléon, 7946.
(2) Correspondance de Napoléon, 8075, à Berthier.
(3) Correspondance de Napoléon, 8t43, à Berthier.
(4) Correspondance d'Autriche, loc, cit.
A toutes les réclamations le comte Gobentzel répond par des assurances pacifiques, mais « sans opposer de dénégations positives aux faits qui lui étaient annoncés (il n'a pas même
mis trop de soins à les expliquer ), il cherche à insinuer
que la cour de Vienne aurait pu se porter à des augmentations de la force de ses troupes du côté de l'Italie, parce qu'elle aurait connaissance de l'augmentation des forces françaises dans cette contrée (1) ». La vérité c'est que le 14 janvier, ordre a été donné d^envoyer en Italie 900 cavaliers ou artilleurs de la Garde (2); 16 compagnies de la Garde française, 1 de la Garde italienne partent pour Lyon. Tout cela peut se justifier par les fêtes de Milan. Mais le 22 janvier, le général Pino, Ministre de la guerre à Milan, a l'ordre de faire préparer un million de rations de biscuit à Peschiera et Legnano (3). Ces places et celle de Mantoue sont armées; 4 régiments de cuirassiers vont à Lodi en passant par le Simplon. Le maréchal Jourdan réunit à Vérone 4 régiments d'infanterie, 2 de chasseurs avec 12 pièces de canon; on y joint de l'artillerie, du train et on fait tout préparer pour une armée de 60,000 hommes.
Tout cet état de préparation intensive dure jusqu'au i*' février, jour où, à la réception d'une lettre personnelle et nettement pacifique de l'empereur d'Allemagne datée du 23 jan- \iev (4), un contre-ordre formel est donné (5), l'armement des places supprimé et les rations commandées réduites de un million à 100,000.
Le contre-coup de ces mesures se manifestera d'une façon saisissante dans la reprise des projets offensifs contre l'Angleterre.
Si les dispositions de l'Autriche sont très inquiétantes, l'attitude de la Russie est encore pire.
Depuis 1799, les troupes du czar occupent Corfou. L'occupation par les Français de la place de Tarente les tient en
(1) Lettre de Talleyrand à La Rochefoucauld, ambassadeur à Vienne, en remplacement de Champagny, 31 janvier. {Correspondance d'Autriche.) (t) Ordre à Berthier. {Correspondance de Napoléon, 8t74.)
(3) Correspondance de Napoléon, 8282, à Pino ; 8283 et 8287 à Berthier.
(4) Citée par Œstevreich tmd Russland in den Jahren 1804 tmd 1805.
(5) Ordres à Pino et à Mehi, 1" féyrier {Correspondance de Napoléon, 8307 et 8308 et an maréchal Berthier, 8306.
échec et nuit à leur action politique. En effet, le 21 février
1803, Decrès a reçu Tordre d'envoyer des armes et des munitions aux Souliotes révoltés contre la Turquie ; des négociations menées par Bruyère, consul à Raguse, et tendant à faire livrer à la France les bouches du Cattaro, ont été découvertes en juin 1803 (1) et ont profondément froissé Alexandre qui, lorsqu'il offre sa médiation entre la France et l'Angleterre, se prononce nettement contre la première de ces puissances (2) (août 1803). Là-dessus, l'ambassadeur Markof quitte Paris (3).
Immédiatement la Russie arme. Un ukase du 20 octobre dit que « l'état critique des affaires de l'Europe nous ayant fait juger nécessaire et convenable à la dignité de l'empire, non seulement de mettre nos forces militaires au complet, mais encore de les augmenter par la formation de nouveaux régiments, nous ordonnons, pour compléter les armées et les flottes, de lever dans tout Tempire 2 recrues sur 200 âmes ". La garnison de Corfou s'augmente progressivement : en avril
1804, 4 frégates débarquent 1070 hommes ; on y ajoute 3 bataillons de grenadiers, 2 compagnies d'artillerie, 12 canons de campagne, 30 pièces en fer (4). On annonce de 12,000 à 16,000 hommes en mai. Malgré des démarches pressantes (5), le Premier Consul ne peut obtenir du czar que d'Antraigues, alors au service russe, et en relations avec les agents anglais d'une part et les espions français de l'autre (6), soit éloigné de Dresde.
Quand est connue à Pétersbourg la mort du duc d'Enghien, la cour et les représentants russes à l'étranger reçoivent l'ordre de prendre le deuil, et Hédouville doit quitter Pétersbourg dans les quarante-huit heures (7). Bernadotte croit prudent de resserrer ses cantonnements en Hanovre, à Tannonce qu'uîie flotte russe comprenant 56 voiles, dont 8 vais-
(1) Fournier, hc. cit.
(i) Lettre de Talleyrand à Laforest, 29 août 1803. Campagne de 1805. Papiers Pelet. {Archives de la Guerre,)
(3) Lettre de rappel, 16 octobre. (Archives de la Guerre.)
(4) Rapports du 14 avril et du 19 mai. {Correspondance d'Auhnche.)
(5) Lettre de Talleyrand à l'ambassadeur général Hédouville, 14 avril 1804. {Correspondance d^ Autriche.) Réponse le tt. {CoiTcspondance d'Autriche.)
(6) Voir ci-dessus « l'Ami ».
(7) Lettre de Talleyrand, 17 mai. Papiers Pelet, loc. cit.
seaux et 6 frégates, est prête à débarquer à Tembouchure de rElbe(l).
Les rapports entre les deux gouvernements se tendent de plus en plus. Depuis longtemps, la Russie a rappelé l'ambassadeur en titre ; le 5 septembre , son- chargé d'affaires d'Oubril demande ses passeports. Le général Hédouville ayant quitté Pétersbourg, le chargé d'affaires français Rayneval a l'ordre de partir également si « M. d'Oubril ne reçoit pas contre-ordre » (2). Effectivement, le 19 septembre, Rayneval remet une note au prince Czartoriski, qui reçoit plus que froidement le diplomate et « l'invite à ne pas retarder son départ » (3).
Les relations diplomatiques entre la France et la Russie se trouvent donc rompues, car, bien que d'Oubril ne soit pas encore parti, Talleyrand reçoit l'ordre de cesser toutes relations avec lui. « Il n'est point, écrit l'Empereur le 29 septembre, de votre dignité de le voirj puisqu'il a ses passeports. S'il a quelque chose à dire, faites-le voir par des intermédiaires. Du reste, puisqu'il a tant fait que de rester si longtemps sur les frontières de France, mon intention est qu'il en parte lorsque M. Rayneval sera sur les frontières de Russie (4). »
Telle est la situation grave le jour même où l'Empereur envoie à Decrès le plan d'expédition en Amérique et en Irlande, dont on a vu plus haut les singulières vicissitudes. Jusqu'à la fin de l'année 1804, J'état de l'Europe devient de plus en plus inquiétant. Outre les armements autrichiens, ce sera une convention conclue le 6 novembre entre la Russie et l'Autriche, « consacrant l'alliance défensive des deux puissances, en cas de nouveaux empiétements commis par la France soit en Allemagne, soit en Italie, ou bien en Orient, et, en cas de succès, assurant à l'Autriche son extension jusqu'à l'Adda et le retour des archiducs à Florence et à Modène, ainsi que le rétablissement du royaume de Piémont (5) ».
(1) Lettre de Bernadotte, 20 août. Papiers Pelet, loc. cit. (t) Lettre de Talleyrand, 5 septembre. Papiers Pelet.
(3) (Sic) Lettre de Rayneval du 19 septembre. Papiers Pelet.
(4) Correspondance de Napoléon, 8056, t9 septembre.
(5) Foomier, loe, cit.
350 DBUXlàME PARTIE. — CHAPITRE VHI.
C'est le royaume de Naples où Tescadre de Nelson trouve un appui matériel et moral constant. Enfin, c'est la convention du 3 décembre, par laquelle moyennant un subside de 60,000 livres sterling, la Suède cède aux Anglais Tlle de ROgen et Stralsund, pour y réunir les troupes formées de Hanovriens, et s'engage à défendre cette place au cas où les Français l'attaqueraient (1).
On s'explique donc que dans ces conditions Napoléon puisse, avec ou non l'espoir de réussir, faire à l'Angleterre des avances formelles en faveur de la paix.
Napoléon au roi d'Angleterre (2).
Paris, 12 nivûsd an xiii (2 Janvier 1805).
Monsieur mon Frère,
Appelé au trône de France par la Providence et par les suffrages du Sénat, du peuple et de Tarmée, mon premier sentiment est un vœu de paix. La France et 1 Angleterre usent leur prospérité. Elles peuvent lutter des siècles. Mais leurs gouTernements remplissent-ils bien le plus sacré de leurs devoirs ? Et tant de sang versé inutilement, et sans la perspective d'aucun but, ne les accuse-t-il pas dans leur propre conscience? Je n'attache point de déshonneur à faire le premier pas. J'îii assez, je pense, prouvé au monde que je ne redoute aucune des chances de la guerre; elle ne m'offre, d'ailleurs, rien que je doi\e redouter. La paix est le vœu de mon cœur, mais la guerre n'a jamais été contraire à ma gloire. Je conjure Votre Majesté de ne pas se refuser au bonheur de donner elle-même la paix au monde. Qu'elle ne laisse pas cette douce satisfaction à ses enfants! Car, enfin, il n'y eut jamais de plus belle circonstance ni de moment plus favorable pour faire taire toutes les passions et écouter uniquement le sentiment de l'humanité et de la raison. Ce moment une fois perdu, quel terme assigner h une guerre que tous mes efforts n'auraient pu terminer? Votre Majesté a plus gagné depuis dix ans en territoires et en richesses que l'Europe n'a d'étendue. Sa nation est au plus haut point de prospérité. Que veut-elle espérer de la guerre? Coaliser quelques puissances du continent? Le continent restera tranquille; une coalition ne ferait qxC accroître la prépondérance et la grandeur continentale de la France, Renouveler des troubles intérieui*s? Les temps ne sont plus les mêmes. Détruire nos finances? Des finances fondées sur une bonne agriculture ne se détruisent jamais. Enlever à la France ses colonies? Les colonies sont pour la France un objet secondaire ; et Votre Majesté n'en possède-t-elle pas déjà plus qu'elle n'en peut garder? Si Votre Majesté veut elle-même y songer, elle verra que la guerre est sans but.
(1) Der Krieg 1805, Cari von Schonhals, loc. ciL (l) Correspondance de Napoléon, 8252.
sans aucun résultat présumable pour elle. Eh! quelle triste perspective de faire battre les peuples pour qu'ils se battent I Le monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y \i?re, et la raison a assez de puissance pour qu'on trouve les moyens de tout concilier, si de part et d'autre on en a la volonté. J'ai toutefois rempli un devoir saint et précieux à mon cœur.
Que Votre Majesté croie à la sincérité des sentiments que je viens de lui exprimer et à mon désir de lui en donner des preuves (i).
Napoléon.
Cette lettre est portée par un parlementaire parti de Boulogne.
Une fois de plus, la réponse du gouvernement anglais est un refus formel et brutal dans sa forme.
Londres, 12 janvier 1805.
Sa Majesté a reçu la lettre qui lui a été adressée par le chef du gouvernement français {sic)y à la date du !•' du courant (i).
Il n'y a pas d'objet qui tienne plus au cœur de Sa Majesté que de saisir la première opportunité de rendre à ses sujets les bienfaits de la paix, sur des bases compatibles avec la sûreté et les intérêts essentiels de son royaume. Un tel but ne peut être atteint que par des arrangements assurant pour l'avenir la sécurité et la tranquillité de l'Europe et des garanties contre le renouvellement des dangers et des misères actuels. En conséquence, Sa Majesté considère comme impossible de faire une réponse favorable aux ouvertures qui lui ont été faites avant de s'être concertée avec les puissances continentales, vis-à-vis desquelles elle est engagée dans des relations et des négociations confidentielles, spécialement avec l'empereur de Russie, qui a donné les plus fortes preuves de la sagesse et des sentiments élevés qui l'inspirent, ainsi que du cbaud intérêt qu'il porte h l'intégrité et à l'indépendance de l'Europe.
Signé : Mulgrave.
En résumé, une flottille impuissante, une marine faible et médiocre i une alliée : l'Espagne, sur l'appui de laquelle on ne compte pas encore, une armée qui ne croit plus à la descente (3), des généraux qui s'en soucient peu, un entourage qui la craint, l'Angleterre plus forte que jamais sur mer et ayant transformé son organisation militaire, la Russie hostile, l'Autriche n'attendant qu'une occasion pour venger ses
(1) Archives de V Empire,
(2) Affaires étrangères, Angletorrc, 602. (En anglais.)
(3) Lettre de Forfait du 12 novembre 1804. (Voir ci-dessus.)
défaites, mais vulnérable et irritant imprudemment Napoléon par ses chicanes et ses provocations militaires, tel est, semblet-il, le résumé de la situation générale pendant la période où Sont rédigés les plans d'expédition en Amérique et en Irlande. S'il restait encore un doute au sujet de l'abandon complet à cette époque de tout projet véritable de descente en Angleterre, il suffirait de citer le curieux témoignage d'un contemporain, Miot de Mélito (1).
« V Empereur y comme fai déjà eu l'occasion de le faire remarquer, désirait vivement une rupture qui reportât la guerre sur le théâtre où de si grands succès avaient tant de fois illustré sous son commandement les armes françaises, et qui lui donnât un prétexte légitime d'abandonner cette expédition hasardeuse contre V Angleterre, dont les difficultés semblaient augmenter à mesure qu'on s'approchait de Fépoque où elle devait s'exécuter. Il s'en expliqua même assez clairement dans la séance du Conseil d'État, où l'on discutait la loi des finances, et qu'il vint présider le 28 nivôse {il janvier). En parlant des ressources de la France, il s'exprima en ces termes :
« Depuis deux ans, la France a fait les plus grands sacrifices qu'on puisse lui demander, et elle les a supportés. Une guerre générale- sur le continent n'en exigerait pas d'autres. J'ai l'armée la plus forte, l'organisation militaire la plus complète, et je suis déjà dans la même situation où j'aurais à me placer si la guerre sur le continent avait lieu. Mais, pour pouvoir en temps de paix rassembler tant de forces, pour avoir 20,00U chevaux d'artillerie, des équipages entiers, il fallait trouver un prétexte de les créer et de les réunir, sans que les puissances continentales pussent s'en alarmer; et ce prétexte nous a été fourni par le projet de descente en Angleterre. Je sais bien qu'entretenir en temps de paix tous ces chevaux d'artillerie, c'est jeter 30 millions dans l'eau; mais aujourd'hui, j'ai vingt journées d'avance sur tous mes ennemis, et je serai depuis un mois en campagne avant que l'Autriche ait acheté ses chevaux d'artillerie. Si je vois même que les événements de l'Italie (2) la mettent en mouvement, je lui déclare la guerre quand elle commencera à faire ses achats. »
« Je n'aui*ais pu vous dire cela il y a deux ans, et c'était là, cependant, mon unique but. Vous le connaissez maintenant et vous voyez l'explication de bien des choses. Mais nous n'aurons pas la guerre, et je viens d'entamer directement avec le roi d'Angleterre une négociation pour traiter de la paix. »
Soit que l'Empereur eût, en effet, préparé l'expédition contre l'Angleten-c uniquement dans le dessein de cacher aux puissances continentales ses préparatifs militaires, soit qu'il ne se fût rabattu sur ce plan que lorsque l'extrême difficulté de l'enti-eprise lui fût démontrée, le fait est qu'il avait pris de longue main ses mesures pour une gueire sur terre, et que les puissances qui l'attaquèrent peu après, loin de le trouver en défaut par l'entassement des armées
(1) Mémoires, tome II, page 244.
(2) Il fait allasion ici à la formation projetée da royaamo de Lomb&rdio.
sur les bords de la Manche, furent, au contraire, elles-mêmes prises au dépourru par la combinaison habile dont il nous dévoila en partie le secret dans la séance du Conseil d'État dont je viens de parler.
Mais, plus il smhaitait une guerre^ plus il était de son intérêt de persuader qu'il voulait la paiXy et le but de la démarche quMl avait faite auprès du roi d'Angleterre à qui il avait écrit directement, était de prouver que, s'il se trouvait entraîné dans une nouvelle guerre, il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour l'éviter.
Aiiisi, semble-t-il, doit se trouver justifiée pour le lecteur l'épithète de « période d'abandon », appliquée dans cette étude à l'espace compris entre septembre 1804 et février 1805. Si tant est qu'avant cette époque, Napoléon ait jamais^spéré sérieusement envahir F Angleterre, il y eut un moment où il y renonça complètement. Mais, pour ne pas tout perdre des immenses sacrifices accomplis, il décida d'employer sa marine à des expéditions lointaines, tandis que l'armée préparée sur les côtes était prête à prendre, sur l'Autriche, la revanche de ses peines et de ses déboires.
Mais lorsque, momentanément rassuré sur la paix du continent, l'Empereur songera à jouer la partie décisive, il la trouvera déjà engagée et dans des conditions défectueuses par suite du départ de Missiessy. Des ordres donnés à une époque d'impuissance sur mer, de danger sur terre, il résulta, pour les escadres, des mouvements qui, une fois entrepris, furent en désaccord absolu avec les projets ultérieurement formés, et, dans les opérations, un défaut initial qu'on ne put jamais réparer.