‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 28 sur 61 · ARMÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ARMÉE FRANÇAISE

— Res, non verba.

Le général Hoche au Directoire exécutif.

A Brest le 13 vendémiaire (4 octobre 1796) v* année de la Répabliqae.

Citoyens Directeurs,

Quelque grands qu'aient été les efforts du ministère de la marine, les travaux relatifs à Texpédition avançaient peu et, je dois le dire, il n'était guère secondé par les hommes qui devaient le faire par honneur et par devoir ; la marche lente qu'on avait suivie jusqu'alors ne me laissait pas même l'espoir

(1) Citée par Escande, p. 339, et par Goillon, p. tll.

(t) X^ t8 septembre l'amiral Braix écrivait à Hoche :

« J'ai reçu avec joie votre lettre da 3 de ce mois, puisque vous m'annonces votre prom chain retour à Brest et que je vois dans cette résolution le seul moyen de succès sur a lequel il soit permis de compter »

Parlant des cartes il ajoute : « Notre carte générale offre peu de détails sur la baie de

de partir au mois de germinal prochain ; tout avait été sacrifié à V expédition de rinde et j'entendais sans cesse répéter qu'on manquait de matières, que les ouvriers, sans paye depuis longtemps, ne voulaient plus travailler.

J'avais reçu vos instructions, je connaissais votre volonté, je me crus donc obligé de hâter le moment de mon départ en faisant concourir avec les moyens de la marine ceux que vous avez mis à ma disposition ; hier, après avoir assisté à une conférence qu'eurent entre eux les amiraux Villaret, Morard de Galle, l'ordonnateur Sàné, les citoyens Bruix, Gagniache, Devaux, directeur d'artillerie, etc., j'ai pris la résolution de mettre à la disposition de ces administrateurs, cinquante mille livres numéraire, trois mille paires de souliers, trois mille chemises, deux mille vestes de Quiberon teintes en bleu, et enfin une compagnie d'ouvriers.

J'ai lieu d'espérer maintenant que notre départ aura lieu dans trois semaines si je puis parvenir à trouver sept mille matelots d'ici à cette époque.

L'arrêté que vous avez pris à cet égard est certainement bien rigoureux ; je ne pense pas cependant que son effet soit tel que vous avez droit de l'attendre ; j'ai déjà proposé au ministre de la marine d'envoyer à Brest tous les marins des ports de Saint-Malo, Gran ville, Cherbourg, le Havre, Dieppe, Nantes, les Sables et même partie de ceux qui sont à la Rochelle, Rochefort et Bordeaux qui, dit-on, est regorgé depuis qu'il a été permis aux jeunes faquins des villes de se faire porter sur les rôles de la marine, moyen qu'ils ont employé pour ne pas servir la République à ses frontières, ainsi que le leur prescrivait la loi sur la réquisition. Je sais bien l'inconvénient de cette mesure; je dirai cependant à l'appui de ma proposition que, puisque Brest peut en ce moment servir l'Etat, tous les efforts du gouvernement, toutes ses réponses doivent être dirigées siu* ce point si intéressant, tandis que le reste est de la plus absolue inutilité ! Je dirai plus, l'expédition des Indes doit être suspendue plutôt que celle h laquelle je suis employé, car, que veut-on, la paix, résultat de la destruction de l'Angleterre; or, quel espoir de succès vous reste-t-il dans l'Inde ? Est-il certain que \os vaisseaux y soient reçus ? Pourquoi, après tout, vous priver gratuitement de si gi^andes forces, je dis gratuitement, car, en supposant que vous obteniez les plus grands succès, ils ne seront pas connus avant un an, et comment les fericz-vous concourir à la paix?

Le Directoire pensera sans doute que mes fonds commencent à diminuer, s'il réfléchit qu'outre la somme que je viens de donner à la marine, j'ai été contraint de mettre les arsenaux en activité, de faire aller les chaiTois, de solder beaucoup de corps ; je ferai en sorte d'effectuer le remplacement avec partie du produit de la vente qui doit être faite à Brest. Si cependant je ne pouvais y parvenir, je préférerais de partir, un pareil obstacle ne m'arrêtera jamais.

Signé : L. Hoche.

Gai (Oalloway). — Celle de Coun est suffisamment détaillée, mais elle ne doit

fixer DoUre attention que comme un pis aller

« J'ai le nombre de bAtiments néeessaircs pour embarquer 15,t00 hommes

« J'ai décidé avec ra4judant général Simon qu'il serait destiné pour chaque (navire portant de Tartillerie) un assortiment complet afin qu'en cas de naufrage ou de réparation

on ne se trouvât pas privé do toutes les choses do même espèce »

{Archives de la marine.)

Quelle fut à ce moment l'attitude de Villaret ?

Il paraît certain qu'il parut céder aux instances du général en chef. Mais, quant à abandonner le projet d'expédition aux Indes, rien dans la correspondance du Ministre de la marine ne lui en donnant le droit, il continua à la préparer simulta* nément avec la descente en Irlande. La lettre suivante de l'amiral Bruix au général Hoche montre bien qu'au sortir du conseil on persista à s'occuper à la fois de deux entreprises différentes et presque contradictoires :

Uamiral Bruix au général Hoche,

5 octobre 1796.

A votre premier voyage ici, tous avez reconnu en peu de jours les causes

de notre inertie Mais il est nécessaire que vous emportiez à Paris des

notions certaines sur ce qui intéresse l'expédition

Vous avez pu vous convaincre, par les observations mêmes des gens à difficultés et par les puérilités qu'ils ont mises en avant comme des obstacles insurmontables, que l'entière confection de Tarmement ne tient pour ainsi

dire à rien Tous les grands travaux sont achevés L'ouvrage qui reste

à faire , on l'eût fait autrefois en trois jours : il se réduit au calfatage des

parties non submergées des bâtiments à deux cloisons, un four et une cuisine

à bord de chacun d'eux Sans les pièces à eau demandées depuis un mois,

je ne puis achever le chargement des transports L'autorité, je dirai même

la volonté, est trop divisée, trop morcelée ; c'est que l'ordonnateur ne voit que sa caisse, l'ingénieur ses constructions, l'administrateur ses registres, ses prérogatives, et le général de l'armée sa rade

On nous a presque dit que l'on n'avait pas de vivres et je vous garantis que

nous en avons au moins assez Le tableau (des effectifs) qui vous a été

fourni n'est pas exact, parce que le déficit qu'il constate ne porte pas entièrement sur les matelots y mais aussi sur les canonniers qui seront fournis par les demi-brigades de la marine et des garnisons que votre armée pourra fournir... 4,000 matelots suffiront. (Je demande) « 300 hommes de la rade», où il y en a

8,000 à ne rien faire Que l'escadre de l'Inde, qui ne doit être composée

que de 8 vaisseaux et qui en compte déjà 9 armés pour ce voyage, n'absorbe pas mes moyens et mon temps.

Et l'amiral démontre, avec une force de logique remarquable, l'erreur qu'il y a à poursuivre à la fois deux entreprises et l'avantage qu'on aurait à consacrer à la seule expédition de rirlande toutes ses ressources « en gagnant 4,000 hommes de troupes de débarquement et en étant en mesure de transporter l'artillerie sur les vaisseaux de guerre ». Enfin I. iO

il demande des instructions détaillées sur le rôle de chacun pendant les opérations.

Deux autres lettres (1) adressées par Hoche au général Clarcke les 7 et 9 octobre montrent bien aussi que la réunion du 4 n'avait pas suffi non seulement à lever toutes les difficultés, mais même à rendre évident pour tous le but unique vers lequel il aurait fallu tendre.

Sentant le besoin d'obtenir du gouvernement Tordre formel de concentrer sur la seule expédition d'Irlande toutes les ressources disponibles, Hoche quitta Brest dans l'intention de se rendre à Paris. A peine était-il parti qu'il recevait de l'adjudant général Simon, resté à Brest, la lettre suivante datée du 10 octobre :

L'adjudant général Simon au général Hoche,

Il (Bruix) regrette beaucoup de ne pas tous ayoir tu ETant Totre départ, n TOUS aurait engagé à aller à Paris malgré tout. Vous ne ferez rien sans cela.

V (Villaret-Joyeuse) tous a joué et trompé dans sa dernière entrcTue. 11

a paru renoncer à ses projets sur Flnde. Il y tient plus que jamais. La preuTC, c'est qu'il continue ses armements en conséquence et qu'au lieu de huit Taisseaux qu'il deTait aToir, il en prend neuf et qu'il échange deux des Taisseaux destinés à cette expédition et qui ont besoin de réparations contre deux autres.

Tous ses efforts tendent à ce but et il ne fait rien pour l'autre expédition

Il Tient d'écrire au ministre de la marine que c'était un projet fou, impraticable, impossible, et que rien ne pourrait le déterminer à aller à la destination projetée.

J'organiserai dans quelques jours la 27* demi-brigade. J'ai reçu l'état

de celle de l'Allier.

Déjà profondément irrité de la mollesse qu'il avait rencontrée et des objections pas toutes sérieuses qu'on lui avait faites, Hoche accepta cette supposition malveillante pour l'amiral ViUaret et allait s'en plaindre à Paris, lorsqu'il reçut à Mayenne la lettre du Directoire qui lui donnait ses pleins pouvoirs (2).

(1) Citées par QuiUon. p. tl3 et 214.

(2) Voir ei-detsus.

Il y répondit de suite :

Hoche au général Clarcke,

15 octobre (1).

Je me rendais à Paris, lorsque j'ai reçu, par le courrier que j'avais expédié au Ministre de la marine, la lettre de ce dernier et la TÔtre. Mon intention était de faire connaître au Directoire la manière perfide dont Villaret Tient tout récemment de me jouer. Le contenu des lettres que j'ai reçu (sic) et Fenvie d'éviter une scène qui eût été vive, m'ont fait rétrograder. Je pars

pour Brest, croyez que je n'en sortirai plus que par la bonne porte N'en

doutez pas, nous aurons des succès

Simultanément, le Ministre de la marine Truguet se décida enfin à envoyer à Villaret des instructions définitives pour une expédition en Irlande. Dans la longue lettre qu'il y joignit et qu'il sentait nécessaire pour faire accepter à l'amiral ce complet changement dans la ligne de conduite suivie, « Vous sentez, disait-il, qu'il n'y a pas un instant à perdre ; tout le monde a des préventions contre la marine et

peut-être même contre le ministre qui la dirige »

Lettre du Ministre à Villaret

13 octobre.

J'espérais, mon cher Villaret, que toutes les mesures que j'avais prises pour effectuer V expédition combinée de C Irlande et de tinde seraient couronnées de succès (2)

Le Directoire a décidé que l'expédition de l'Inde sera ajournée pour l'instant et que l'on s'occupera exclusivement de celle d'Irlande et que tous les bâtiments, tous les moyens du port, toutes les troupes seront destinés à cette opération.

Vous voudrez donc bien modifier les dispositions de tout genre que vous aviez faites, de manière qu'elles s'adaptent à ce nouveau plan. Il est bien à désirer que le même nombre de vaisseaux puissent prendre la mer pour escorter plus sûrement les troupes. Cependant, comme il faut que l'expédition parte dans très peu de temps, vous vous concerterez avec le général Hoche et le citoyen Sané pour l'armement de tous ceux auxquels il sera possible de fournir des équipages. Je pense que les soldats d'artillerie de marine vous

(1) Archives de la guerre,

(t) Archives de la marine, BBw, lOî.

offriront une grande ressource et qu'en ]es affectant au serrice des manœuvres et des batteries basses tous pourrez diminuer le nombre des marins sur chaque vaisseau. J'invite aussi le général Hoche à doubler ou tripler vos garnisons L*ordre que j*ai donné à Port-Malo, Nantes, Cherbourg et Gran-

ville, de désarmer tous les bMiments qui ne seraient pas d'une nécessité indispensable et d'activer les levées pourra vous procurer aussi des matelots; peut-être aussi jugerez-vous que Yexpédition, réduite à un seul objet, n'exige

plus autant de frégates et qu'il serait avantageux, pour diminuer le

nombre des transports, d'armer en flûtes un ou deux vaisseaux

Je désire que les huit vaisseaux originairement destinés pour l'Inde ne se démunissent pas de leurs approvisionnements et qu'ils partent pour l'Irlande dans Tétat où ils se trouvent.

Je m'occupe de rédiger vos instructions et vous les ferai passer sous trois ou

quatre jours Songez qu'il n'y a pas un jour, pas un seul instant h perdre.

Les négociations astucieuses qu'on nous prépare sont un motif de plus d'accélérer notre vengeance (I)

Je crois être assuré que vous pourrez appareiller dans les premiers jours du mois prochain. Les vents de Téquinoxe seront probablement remplacés à cette époque par une belle saison qui favorisera votre marche et, comme vous ne resterez qu'im moment à la côte d'Irlande, je suppose que vous ne tarderez pas à rentrer à Brest. Je vais faire dès aujourd'hui de nouvelles dispositions pour compléter Varmement de la division de CInde, J'espère aussi que, dans cet intervalle, je recevrai des nouvelles de V Ile-de-France et qu'il sera possible d'en tirer parti pour l'expédition projetée.

Quels que soient les événements, r expédition de Vlnde aura lieu dans le mois de frimaire et, si les circonstances ont forcé de la suspendre, elle n'en est pas moins irrévocablement décidée,

18 octobre.

Je vous adresse ci-joint, mon cher Général, mes instructions sur la conduite

que vous devez tenir et qui ont été approuvées par le Directoire Rien

n'aura été fait de plus utile ni de plus glorieux ..... Je n'ai pas besoin de vous inviter à seconder les vues du brave général Hoche, de vous unir à lui d'estime et d'amitié et par les mêmes succès.

Vous sentez qu'il n'y a pas un seul instant i\ perdre

Il était trop tard pour confier à Villaret Texécution du nouveau programme, car dès le lendemain 19, le Directoire ayant admis, d'après la lettre de Hoche datée du 15 et communiquée par Clarcke, que Tamiral avait agi avec mauvaise foi, avait pris contre ce marin cette première et grave mesure de défiance :

(1) Allusioa à la mission de Malmesbury.

Le Directoire au général Hoche.

27 vendémiaire (19 octobre).

Pour le cas où le yice-amiral Villaret ne pourrait prendre le commaïf) dément (1) de l'expédition et que sa santé ou d'autres motifs le détermineraient à renoncer à ce glorieux commandement, le Directoire exécutif autorise le général Hoche à choisir pour le remplacer le contre-amiral qu'il croira le plus digne d'exécuter les ordres du gouyernement et à choisir également les autres généraux et capitaines de vaisseau qui seraient chargés de seconder cet amiral.

Signé : Truguet.

Villaret avait eu beau, le 18 octobre puis le 28 à la réception de la lettre du 13 et des instructions du 18, écrire à Truguet qu'il pouvait absolument compter sur son dévouement à seconder Fentr^prise ; le ministre pouvait prendre acte de ces promesses par une lettre très affectueuse datée du 28 (2), dans laquelle il assurait Tamiral « qu'il avait déclaré « au Directoire qu'il répondait de Villaret comme de lui- « même » ; la mauvaise impression contre Villaret subsista et devait s'affermir de plus en plus.

C'est ainsi que Hoche écrivait le 28 octobre (3) au Directoire :

Je ne puis vous dissimuler que bientôt je vous proposerai (4) de conduire où il vous plaira les 16,000 hommes destinés à l'expédition. Je doute que les hommes qui sont chargés de nous conduire en aient la volonté. Ils ont ti'ompé l'espoir du gouvernement, la vigilance du ministre et moi-même. J'ai dix fois été leur dupe. Je ne crois donc plus à leurs promesses et je déclare que sans un changement dans les chefs il est inutile, dangereux même, d'attendre plus longtemps pour faire sortir de Bretagne les troupes qui la surchargent.

De son côté, le Ministre de la marine, en rengageant à hâter son arrivée à Brest, lui conseilla des mesures de rigueur que les hésitations et les ordres peu clairs du Directoire avaient rendues nécessaires :

(1) Archives de la manne, BB»^, 103.

(2) Archives de la marine. Citée par Gaillon, p. 220.

(3) Archives de la guerre.

(4) Archives de la Marine,

30 octobre.

N'oubliez pas (i) que tous avez dans les mains rautorité et que tout doit plier sous celle du Directoire dont yous êtes Torgane.

Suspendez tos coups ; la prudence et la politique Fexigent peut-être

Mais si yous entreyoyez des lenteurs passiyes et des sentiments pusillanimes, ne Toyez que la patrie, ne consultez que tos deToirs et frappez indistinctement sur les coupables

Je TOUS embrasse, ctc

Le même jour, dans une lettre encore très affectueuse, il laisse entendre à Villaret que c'est au ministre seul qu'il doit de n'avoir pas été déjà relevé de son commandement et lui donne Favis très clair d'avoir à se soumettre aux volontés du général Hoche (2).

Arrivé à Brest le 30 octobre, ce dernier n'avait pas perdu un instant pour se mettre à la besogne.

Deux ordres généraux du 1®' et de 2 novembre nommaient respectivement Chérin comme chef d'état-major général et Vaillant comme ordonnateur en chef. Mermet recevait à Caen l'ordre de rejoindre son poste à Brest, où Grouchy devait arriver le 10 novembre. De son côté, le Directoire, par arrêté du 1®', envoyait l'irlandais O'Shee comme général de brigade dans le corps expéditionnaire, tandis que Mac Sheehy était chargé d'une mission en Irlande (7 novembre) (3).

Quant à Villaret, il donna une preuve non équivoque de son bon vouloir en fournissant enfin la première liste précise des navires dont il pouvait disposer « dès aujourd'hui (4) ».

Les voici :

Vaisseaux. Vaisseaux rasés. Frégates.

Indomptable^ Scévola^ Bravoure^

Nestor j Brave (à Lorient). Cocarde j Tourville^ Sirène ,

Cassard, Coquille ^

(1) Archives de la marine.

(t) Lettre do 30 octobre (Archives de la Marine), Citée par Ooillon, p. 220.

(3) Carnet de la Sabretache, p. 640.

(4) Lettre de Villaret en date du 4 novembre. Citée par Escande, p. 176.

Vaisseaux. Frégates.

Droits-de-P Homme ^ Immortalité^

Trajan^ Romaine^

Wattigniesy Bellonej

Eo/e, Fraternité,

Fougueux , Surveillante ,

Zélé, Charente.

Mucius,

En outre, le Plu ton et le Pa/rio/^ n'avaient d'incomplet que leurs équipages et la Constitution avait besoin de quelques jours pour être réparée.

Tout cela constituait une force des plus sérieuses, et Ton ne comprendrait pas qu'on n'ait pas embarqué et mis à la voile de suite, si ce qui précède n'avait pas montré comment et pourquoi les aménagements intérieurs n'étaient pas prêts.

Lorsqu'il apprit sur place que rien n'avait été fait pour recevoir ses soldats, tandis que la révolution d'Irlande paraissait près d'éclater. Hoche eut un instant l'idée de partir avec une seule frégate.

Lettre de Hoche au Directoire.

3 novembre.

Je TOUS dépêche un courrier extraordinaire pour yous annoncer que la révolution d'Irlande doit être opérée. Le capitaine d'une prise sortie de Liverpool depuis peu vient de déclarer que les insurgés avaient chassé 10,000 hommes, envoyés dans leur île pour nous combattre et s'opposer à .rétablissement du gouvernement provisoire arrêté

J'ai donné ma parole que j'irais seconder ce brave peuple. Je dois la tenir. Permettez-moi de partir avec une frégate. Vous m'enverrez cet hiver les secours que vous jugerez convenables. Je demande une frégate, parce que l'escadre n'est pas prête à sortir et que tandis qu'un peuple généreux et confiant dans nos promesses brise ses fers, on nous fait ici les scènes les plus désagréables. Quelques rixes de soldats et d'officiers ont déjà eu lieu

J'ai cru devoir vous annoncer cette nouvelle par la voie la plus courte afin que vous soyei en garde contre Malmesbury et que par la même voie je reçoive vos ordres.

Le 6, il adressa au Directoire les plaintes les plus amères (1).

(1) GaiUon, p. 223.

Ce devait être le dernier coup pour Tamiral Villaret ; mais, dès le 5 novembre, sans attendre'la plainte portée contre lui, le Directoire avait déjà pris Tinitiative de le relever de son commandement. Hoche en fut aussitôt averti par une lettre du ministre de la marine datée du même jour [î).

Le Directoire exécutif, Toulant enfin, mon cher Général, mettre un terme aux délais et aux lenteurs que le découragement et la pusillanimité ne cessent

d'opposer à la glorieuse expédition , vient d'arrêter que le -vice-amiral

Morard de Galles, si connu pour son courage, son expérience et son dévouement à la République, prendra le commandement des forces navales actuellelement réunies à Brest ^

Le Directoire a nommé le commandant Bruix, chef de division, major général de Tarmée

(Ci-joint des ordres de service en blanc pour les capitaines de vaisseau, le commandant d'armes Delmotte et le directeur des mouvements du port.)

Je connais votre énergie et je compte sur elle. Vous avez Fautorité et vous

saurez en imposer à tous Vous pourrez faire débarquer les contre-amiraux

inutiles ou dangereux.

Quant à Tinfortuné Villaret, le Ministre, qui avait ime grosse part de responsabilité dans son sort, l'avertit de sa disgrâce (2) en termes encore très cordiaux qui contrastent avec le préambule de la lettre suivante par laquelle Morard de Galles était investi du commandement (3).

Je n'ai pas voulu commettre le sort de cette importante expédition à des hommes perfides ou pusillanimes. Je vous envoie, en conséquence, des ordres de commandement en blanc que vous remplirez du nom des capitaines qui

mériteront votre confiance N'écoutez aucime considération particulière, ne

voyez que la gloire de la République

Vous sentez, citoyen Général, qu'il n'y * pas un moment h perdre pour opérer ce mouvement. D'un côté, il faut détruire d'un même coup toutes les prétentions (?), de l'autre la saison nous presse pour agir. Chaque moment qui s'écoule est perdu pour votre gloire, pour l'honneur du pavillon, pour l'avantage de la République, et la malveillance va d'autant plus s'exaspérer que le Directoire n'a usé d'aucun ménagement.

Deux jours plus tard, Truguet adressait à Hoche et à Morard de Galles deux lettres pressantes pour les inviter à partir sans attendre les transports.

(1) Archives de la manne, BBnr, 103.

(t) Lettre du 5 novembre {Archives de la marine, BB»*, 103). (8) Lettre da ministre à l'amiral Morard de Galles, 5 novembre (Archives de la marine, BB^r, 103).

17 brumaire (7 novembre).

Le secrétaire m'a communiqué Totre lettre du 13 par laquelle vous

lui annoncez les éyénements qui se passent en Irlande et dont tous êtes instruits par les capitaines des deux navires partis de LiTerpool et pris par nos corsaires. Les rapports des marins sont toujours exagérés et très souTent faux ; il est plus que probable néanmoins qu'il y a là une explosion quelconque. La surveillance tyrannique des Anglais, leurs mesures yexatoires et Tespoir de voir arriver bientôt des Français généreux ont dû provoquer une insurrection qui met les defenders en mesure de s'emparer des armes qu'on cherche à leur ravir et d'être par conséquent à même de venir au-devant de leurs libérateurs.. En supposant tous ces rapports vrais, c'est toujours r annonce de votre arrivée en Irlande, que vos amis y ont divulguée, qui a dû être la source

de ce mouvement II est donc plus nécessaire que jamais de vous rendre en

Irlande avec ce qui est prêt et le Directoire me charge de vous autoriser à partir à l'instant avec le plus grand nombre de vaisseaux de ligne et de frégates, sans attendre les transports. Je calcule que vous pourriez embarquer sur les vaisseaux et frégates environ 9,000 ou 10,000 hommes. Ce nombre sera plus que suffisant pour seconder et diriger l'insurrection si elle a eu lieu, et dans le cas contraire vous serez assez en force pour vous maintenir en attendant l'arrivée des transports, que je ferai escorter pas quelques vaisseaux, les mêmes qui reviendront après avoir protégé votre débarquement. On attendrait le premier coup de vent qui forcerait les croiseurs à rentrer dans leurs

ports

Du 17 brumaire (7 novembre).

« J'ai prévu le cas où vous seriez déjà à la voile et où vous auriez

M ramené au sentiment de Thonneur et de la gloire des coopérateurs dont « vous avez tant à vous plaindre. » (Suivent des détails sur l'agitation en Irlande qu'il faut se hâter de soutenir par conséquent) : « Vous voyez, mon cher Général, en conséquence de ces nouvelles dispositions : 1^ un prompt départ avec 12 ou 15 vaisseaux qui ne seront point gênés par un long convoi de transport; 2* une avant-garde de 10,000 à 12,000 hommes qui peut aller seconder l'insurrection si elle a eu lieu, ou la provoquer dans le cas contraire ; 3* la certitude de recevoir bientôt des transports qui vous porteront des secours en Irlande ; i^ l'espérance de faire un plus grand coup si les vaisseaux qui vous porteront reviennent à bon port

Le Directoire vous autorise à adopter ces idées en tout ou partie (1).

Mais le nouveau commandant en chef de l'escadre était, au début du moins, peu enthousiaste (2).

(1) Lettre du 7 novembre (Archives de la mcpnne, BB»v, ici).

(2) Opiniou de Hoche sur Morard de Galles (Archives nationales, AF"», 186 B). :

Boche à Clarcke.

9 novembre.

n convient de nous envoyer (en chiffres dans le texte) La Toaehe, la vieillesse de

Le 9 novembre, en recevant la nouvelle de sa désignation, il écrit au ministre (1) :

Je dois TOUS dire que je ne possède aucune des qualités nécessaires à un bon général ; que le délabrement de ma santé, joint aux peines et aux chagrins que j'ai éprouvés ont sensiblement affecté mes facultés morales , et

que l'affaiblissement de ma Tue, qui me permet à peine de distinguer les objets à quatre pas, s'oppose invinciblement à ce que je puisse diriger les manœuvres d'une escadre

Je vais toujours avec Bruix m'occuper des moyens d'activer tous les préparatifs.

Et le même jour, au Directoire :

J'ose vous supplier au nom de la chose publique d'accepter ma démission du commandement en chef des forces navales

Deux jours après, il avait converti Hoche à l'idée de ne pas brusquer le départ.

a novembre. — J'ai reçu hier votre dépêche du M de ce mois (prescrivant de partir de suite avec les vaisseaux et frégates sans attendre les transports

embarquant 9,000 à 10,000 hommes). — Le bruit vague de l'insurrection

apporté ici par un individu se disant au premier moment Américain et reconnu ensuite pour Écossais , n'ayant pas été soutenu par cet homme et rien jusqu'à ce moment ne donnant des notions sur un événement si désirable, le général Hoche m'a dit qu'il ne changeait rien aux dispositions arrêtées pour qu'on partît ensemble J'attends le Duqvesne, le Censeur et la frégate Friponne,

Pourtant il devait bientôt, grâce à la présence auprès de lui du vaillant Bruix, reprendre courage, mais le début avait été dur.

13 novembre, — Si vous n'aviez, écrit-il le 15 novembre, pas nommé

Bruix major général, je me serais exposé à tout, même à la guillotine, plutôt que de me charger d'une expédition si au-dessus de mes moyens.

Pour Tencourager davantage, le gouvernement lui conféra,

Morard de Galles ne lai permettant pas de commander ; à l'arrivée do premier, nous poorons partir. Mae Shee est allé à Dublin avec un Américain

(En clair) P. -S. — Encore une victoire, M. de O. accepte, c'est absolument l'homme de la chose. Si ses yeux sont faibles, nous regarderons pour lui.

(1) Archives de la marine, BBw, 102.

le 17, le titre, alors temporaire seulement, en vertu de la loi de brumaire an iv, d'amiral.

i9 novembre. — Le Directoire, citoyen Général, jugeant nécessaire au retour de Tordre, au maintien de la discipline et de la subordination et au succès de l'armée natale à yos ordres de tous investir d'une autorité imposante, tous a conféré, par son arrêté du 27 de ce mois, le titre temporaire d'Amiral^

Dès le H novembre, il envoyait au ministre de la marine une nouvelle liste de ses forces :

ii novembre. — Le contre-amiral Bouvet se portant avec zèle à me

seconder, il sera de la partie. Je n'ai encore pris aucun parti au sujet du contre-amiral Nielly dont je crains que la santé ne lui permette pas d'être de cette expédition.

Liste des bâtiments composant l'armée navale :

Indomptable Bedout. Ancien capitaine. Malin.

Droits-dC'V Homme Lacrosse. — Sébirre.

Constitution L'Héritier.

Nestor Linois.

Fougueux Maistral. — Daugier.

Wattignies Thevenard.

Ptuton Le Brun. — Derré.

Cassard Du Fay.

Tourville Henry.

Trajan Le Ray.

Zélé Couraud.

Mucitu Quéraugal.

Patriote La Fargue. — Le Tendre.

EoU Malin. — Cornu.

Séduisant Dufossey.

Redoutable Moncousu.

Vaisseaux rasés :

Scévola Obet.

Le Brave Rolland. Est encore à Lorient.

Frégates

La Fraternité Fustel. Ancien capitaine, Florinville.

La Cocarde Daugier. — Dihius.

La Bravoure Faure.

La Coquille Gourrège. Ancien capitaine, Gbesneau.

La Sirène Bellenger.

La Bellone Dupuis.

La Surveillante Bernard.

Frégates {mite) :

V Immortalité Siméon.

La Romaine Chambon.

L^ Charente Bruilhac.

Corvettes :

• Atalante Dordelin.

Le Voltigeur Perin.

Le Renard Denis-Julien.

VAffronteur(ï).

Mais en réalité on n'était pas prêt à partir, même en faisant abstraction des transports.

Lettre de l'amiral Morard de Galles (2).

19 noYembre. — Non seulement plusieurs vaisseaux n'étaient pas

disposés à partir, mais même les dispositions les plus simples pour une escadre qui doit simplement aller en croisière n'étaient pas faites...., les signaux n'étaient pas préparés ni aucune des instructions à donner aux capitaines. Cependant, 10 vaisseaux avaient ordre d'être prêts à partir sous trois jours lorsque vos ordres me sont parvenus.

L'embarquement des troupes s'opère journellement, mais (si nous devons attendre) la multitude réunie et l'intempérie de la saison nous donneront beaucoup de malades. (Hoche désire la corvette la Mutine, la frégate In^atiente et le navire américain le Faune.)

Bruix avait, de son côté, à fournir un travail énorme pour réparer la négligence qu'on avait apportée aux dispositions indispensables et rédiger les instructions nautiques.

Les troupes étaient, au contraire, depuis longtemps en état d'être embarquées.

(1) c'étaient, sauf les 4 corvettes, les mêmes bâtiments que Villaret avait mis dès le 4 à la disposition du général en chef.

(2) Archives de la marine, BBnr, lOt. — Lettre de Morard au Ministre, citée par OniUon, p. 228.

Lettre de Hoohe à l'amiral Morard de Galles (1).

Situation (12 novembre 1796).

Légion des Francs 2,000 hommes (général Humbert).

24» demi-brigade 3,800 — (général Watrin).

27« 4,100 — (général Gratien).

81» 4,310 — (général Geney).

94« 4,000 — (général Spital).

7 escadrons de cayalerie . . 1,100 — (général Mermet).

Brigade étrangère 900 — (général Harty).

Artillerie 1,200 — (général Debille).

Total 21 ,410 hommes.

Les corps sont donnés au grand complet. J'obserye qu'on peut diminuer d'un Tingtième.

Il serait désirable que les états-majors des corps d'infanterie, le 1*' bataillon de chacun et les trois compagnies de grenadiers fussent sur les vaisseaux et que Tofficier général qui commande la demi-brigade fût avec cet état-major ; que la cavalerie, très précieuse et qui ne peut rendre aucun service à la mer, fût sur les frégates ; que Tétat-major général de l'armée à la tête duquel se trouve le général Chérin, fût sur le Taisseau destiné à porter le pavillon amiral.

Les généraux divisionnaires Lemoine et Grouchy seront sur le premier des vaisseaux affectés à leur division.

Les corps an-ivent ; nous commencerons après demain l'embarquement.

Effectivement, il écrivait deux jours après au Directoire (2) :

Si les vents eussent resté à l'est, je pense que nous serions prêts à partir ; nos équipages sont complets ; il ne manque rien aux 15 vaisseaux et aux frégates qui doivent nous transporter. Les matelots nous arrivent. Je ne doute nullement que nous ne soyons obligés d'en renvoyer, au moins d'en laisser beaucoup à Brest. Il est à remarquer que tandis qu'on annonçait qu'il en manquait 6,000, on en nourrissait une quantité suffisante pour l'armée navale. Et comment n'eût-on pas induit le gouvernement en erreur ? Il n'existait sur plusieurs bâtiments aucun rôle d'équipage ; les appels ne se faisaient pas ; tout était dans un désordre extrême.

Déjà cependant la légion d'Humbert et le 1«' bataillon de la 24« sont en rade. L'embarquement a été interrompu par un violent coup de vent d'ouest. Personne au monde n'a mieux rempli ses intentions (du gouvernement) que l'amiral Morard de Galles et le chef de division Bruix.

(1) Archives de la marine, BBiv, 103.

(2) Archives nationales, A F"i, 186 B. (Lettre du 15 novembre.)

L'embarquement commencé ainsi prématurément eut les plus fâcheuses conséquences sur le moral et la santé des soldats.

Faute de vivres préparés pour eux, il fallut chaque jour envoyer des détachements à terre, ce qui causa de nombreux abus ; et le port de Brest étant mal approvisionné, par suite de la dévastation de la Bretagne, on^ut grand'peine à nourrir les troupes. Malgré les ordres les plus précis (1), les relations hiérarchiques entre les soldats et les marins étaient peu cordiales. Le 21 novembre, les grenadiers de la 27® (2) demibrigade se mutinent et « demandent leur prêt sur place d'une façon aussi indécente que ridicule ». Il faut les débarquer jusqu'à ce que l'exécution des meneurs ait fait rentrer les autres dans le devoir.

A partir du 19, les vivres sont touchés à bord et les généraux Watrin, Mermet, Humbert et Harty doivent y coucher. Hoche et Morard de Galles préviennent les troupes que le départ est imminent et en donnent avis au Directoire. Sans doute on pensait partir incessamment quand l'annonce d'un renfort important, très désirable en raison des nouvelles inquiétantes reçues de la force de la croisière anglaise, commandée par l'amiral Colpoys, vint augmenter les indécisions et fournir une nouvelle force aux temporisateurs.

Le 17 novembre, en eflfet, l'amiral Truguet prévenait Morard de Galles que :

les Taiseaux le Jupiter, les frégates Embuscade,

— la Victoire, — Félicité,

— le Pégase, — la Tortue,

— la Révolution, la corvette la Tapageuse,

— le Berwick,

(0 Cahier des ordres généraux :

17 novembre;

15 novembre, 19 novembre; îl novembre, 26 novembre (renvoi des femmes) ; 27 novembre;

29 novembre (punition au lieutenant Boreau, de la légion des Francs, descendu à terre sans permission).

(t) Le 27, — . ordre du jour : — Ces grenadiers se sont réhabilités et seront réembarqués. Les principaux instigateurs du soulèvement seront destitués et traduits devant une commission militaire.

ont ordre de se rendre de Rochefort à Brest sous les ordres de Richery. « On c< aura en plus, ajoute-t-il, le Duquesne, le Censeur et la frégate Friponne,

Je n^ai pas besoin de tous inviter à confier le commandement d'une division à Richery. Cet officier général, dont le zèle et les talents vous sont connus et qui vient de remplir une mission très pénible à la satisfaction du gouvernement, trouvera sans doute la récompense de ses services dans cette marque de confiance et secondera habilement vos opérations.

Je Tois avec plaisir que vous faites réarmer avec célérité le Séduisant

Je désirerais bien que le Zélé, si connu par sa marche avantageuse et qui est aujourd'hui bien commandé, pût faire partie de l'expédition.

Cette escadre, sous les ordres de Tamiral Richery, venait, en eflfet, après une longue et brillante campagne à Terre- Neuve, d'arriver à Rochefort; mais avec des équipages fatigués et des gréements en très mauvais état.

Telle qu'elle était, elle constituait pourtant un précieux renfort que Morard de Galles semblait disposé à accepter, ce qui impliquait Tidée de l'attendre.

Morarcf à Ministre.

3 frimaire (23 novembre).

Je Tiens de recevoir votre dépêche par laquelle vous m'annoncez que vous avez donné ordre au contre-amiral Richery de se rendre à Brest avec les einq vaisseaux J\q>iter, Pégase, Victoire, Révolution, Berwick; les frégates Embuscade, Félicité, Tortue, la corvette la Tapageuse; ce renfort m'est d'autant plus précieux que je ne puis me dissimuler, d'après les nouvelles de la mer, que Tennemi croise en forces supérieures à l'entrée de la Manche pour

s'opposer à notre passage Le capitaine d'un bâtiment prussien a rencontré

trente voiles. Le rapport fait à Morlaix par un capitaine de la même nation

confirme ce renseignement Hier 4 frégates et 2 corvettes étaient en

observation tout près de la Parquette

Mais cela ne faisait pas l'affaire de Hoche qui, dévoré d'impatience, voulait partir le plus tôt possible. Il faut croire qu'il arrivait à faire passer sa conviction dans l'esprit de l'amiral d'une façon complète, car celui-ci en venait à oublier sa lettre précédente.

Dans celle du 25 novembre, après avoir dit le désir du général en chef, il ajoutait :

La conférence que j'ai eue hier avec le général Hoche m'a confirmé dans cette idée Aussitôt que tout sera prêt, et je compte que ce sera sous peu

de jours, nous partirons Ce moment ne sera peut-être pas facile à saisir

s'il ne survient pas un coup de Tent assez fort pour obliger les ennemis à abandonner momentanément la croisière opiniâtre qu'ils tiennent par Oues-

sant et souTent par Tlroise Un bateau de pèche, sorti de Brest le matin

(du 3) et expédié sans doute avec intention par quelque scélérat, se trouvant contrarié par le vent pour se rendre à la voile à bord des ennemis, avait amené ses voiles et nagé vers eux. Deux canots de ces frégates (anglaises, en observation à la Parquette), l'avaient pris à la remorque et conduit à bord

d'un de ces bâtiments où il était resté environ une heure et demie D'après

cette communication, l'ennemi, bien instruit de notre situation, avait été signalé dans l'après-midi du 3 au nombre de 20 voiles. Jusqu'à présent, il

n'avait été signalé qu'au nombre de 16 au plus , ce qui me persuade qu'il

doit y avoir une division plus au large.

D'après la connaissance parfaite que l'ennemi doit avoir de notre situation» du nombre des bâtiments et des troupes embarquées, il n'est pas probable qu'il abandonne la croisière, à moins qu'il n'y soit forcé par un coup de

vent Un combat devant être évité autant que possible, il sera préférable de

sortir par le Rai plutôt que par riroise et de faire quelque temps route O.-S.-O. du monde dans l'espoir que, décrivant une portion de cercle, nous les éviterons plus sûrement.

En changeant les voiles et les gréements du Duquesne, j'aurais pu

l'emmener ; mais nous sommes gênés pour les matelots qui, jusqu'à présent, n'arrivent qu'en petit nombre (1).

Le â9, une décision des généraux en chef fixe la place à bord de frégates des contre-amiraux, disposition d'aiUeurs mauvaise et à laquelle le Ministre de la marine fait des objections très justifiées :

Les généraux en chef des armées de terre et de mer.

Considérant

Qu'un des moyens les plus propres pour atteindre ce but essentiel (prompte

(1) Truguet avait écrit, 1^ 21, à l'Amiral :

Je vois que vous avez arrêté définitivement avec le général Hoche que vous mettriez à la voile le plus tôt possible avec les vaisseaux et les frégates sans attendre les b&timents de transport et qu'il serait embarqué sur Tarmoe navale 10,600 hommes de débarquement. Cette disposition à laquelle je vous avais autorisé par ma lettre du 17 brumaire, me parait d'autant plus convenable qu'elle réunit le double avantage de la célérité du départ et de la sûreté des vaisseaux à laisser.

Je regrette que la situation des vaisseaux la Convention, le Duquesne et le Censeur n'ait pas permis de les réunir à l'armée navale.

Archives de la marine, BB«v, 102.

Et, le 23 :

J'apprends avec plaisir la nouvelle de l'arrivée à Brest de la frégate VImpatiente et de la corveite Ja Mutine J'espère que l'avarie que la Surveillante a éprouvée ne l'empêchera pas de faire par lie de l'expédition.

Le bon esprit qui règne parmi les officiers et les marins me donne l'espoir que

vous serez bien secondé. {Archives de la manne (hc. cit.).

transmission des ordres) est de mettre les généraux des divers corps de Tarmée à portée de Toir tous les mouvements de leurs escadres respectives et de pouvoir les faire manœuvrer convenablement à Texécution des ordres de Tamiral,

Arrêtent :

Que les généraux commandant la 2* et la 3* escadre monteront des frégates pendant la campagne.

Signé : Hoche, Morard de Galles.

Truguet à Morard de Galles.

17 novembre.

..... Je vois que les généraux de Tarmée navale se disposent à passer sur des frégates au moment du combat, quoique cet usage ait été abrogé par la loi du 18 prairial an m. Suivant Tesprit de cette loi, les contre-amiraux commandant les divisions doivent rester constamment à leur bord, le général en chef seul peut porter son pavillon sur le bâtiment qu'il juge convenable de choisir Vous sentez qu'après les revers que l'ignorance et la pusillanimité nous ont fait éprouver, que les généraux doivent donner l'exemple du courage et qu'il n'est pas moins essentiel que les frégates de l'armée ne soient pas affectées à un service qui paralyse entièrement le service qu^^elles doivent plus particulièrement remplir. Je vous prie de donner connaissance de cette loi aux contre-amiraux sous vos ordres.

La saison avance et Ton ne part toujours pas. C'est qu'en effet chaque jour une nouvelle difficulté se présente et que, pour réparer le temps perdu jusqu'au 15 octobre, toute l'activité de Hoche et de Bruix ne suffit pas. Malgré les assurances trop optimistes de ce dernier, les matelots sont en nombre absolument insuffisant. Il manque au moins 80 marins des 1"^^ et 2® classes par vaisseau (1). Les hommes de rinscription maritime que Hoche a fait arrêter et amener de force (2) servent mal et sont trop peu nombreux. La construction des caisses à eau, des cloisonnements pour recevoir les armes et les effets est très longue et ne sera pas achevée. Le rassemblement des vivres est très difficile et l'insuffisance de ces approvisionnements sera une des causes de l'échec de l'expédition.

On n'a pas pu ou pas osé partir avec les seuls vaisseaux et

(1) Lettre de Morard de Galles an ministre, en date du 29 novembre, citée ci-dessous,

(2) Cahier des ordres généraux {Archives de la guerre), Irlande, 9 novembre.

les seules frégates. Pour porter toute Fartillerie, on a eu recours à quelques transports installés en flûte, qu'il a fallu armer au prix d'un nouveau retard. La répartition des soldats et de Fartillerie à bord des navires subit donc (1 ) d'incessantes modifications, et c'est ainsi que Tefifectif des troupes embarquées varie constamment (2).

(1) Répartition de ^artiUene :

Allègre (transport), 1 canon de 12» 1 do 4, 1 obasier de 6 ;

Nîcodème (transport), 1 canon de 16 (siège), 2 obusiers de 8 (siège), 1 canon de 12,

2 de 8, 2 obnsiers de 6 ; Ville 'de 'Lorient (transport), 2 mortiers de 10 ponces (siège) ; Pluton (yaissean), 1 canon de 8 ; Constitution (vaissean), 2 canons de 4 ; Tourville (vaisseau), 2 canons de 4 ; Séduisant (yaisseaa), 2 canons de 4 ; Suffren (transport), 1 mortier de 8 (siège) ; Justine (transport), 1 mortier de 10 (siège), 2 de 8 (siège), 1 canon de 8, l canon de 4 ;

Total : 8 pièces de siège, 17 de campagne dont 7 seulement sur les raisseaux. *

{Archives de la guerre, 2 décembre.)

(2) ▲ la date du 8 décembre, la situation des troupes embarquées est la suirante :

27« (2 bataillons) { ^3

Grenadiers de la 81* 317

— de la 94» 136

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