‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 39 sur 61 · L^EXPÉDITION AU POINT DE VUE ANGLAIS · texte numérisé non relu

L^EXPÉDITION AU POINT DE VUE ANGLAIS

« La destination des armements de Brest était restée un « profond mystère pour les Anglais. Parmi les hypothèses « d'une action en Irlande, en Portugal ou à Gibraltar, la « troisième paraissait la plus vraisemblable. Afin d'être pré- « parée à toute éventualité, la flotte de la Manche (Channel « Fleet), avait été divisée en trois escadres :

« La l'*, sous les ordres du contre-amiral sir Roger Curtis, « montant le Formidable^ avait ordre de croiser dans Fouest ;

« La 2®, sous les ordres du contre-amiral Thompson, mon- « tant le London^ devait stationner au large de Brest ;

« La 3® enfin, sous les ordres de Tamiral lord Bridport, « restait à Spithead pour se porter où les renseignements reçus « par le gouvernement ferait désirer sa présence (1). »

Ce dispositif a été critiqué par un historien anglais, le capitaine Mahan (2), en des termes qu'il est intéressant de reproduire.

Il expose d'abord quelle difficulté il y avait à bloquer en permanence, avec de grosses forces, le port de Brest.

« Dans riroise, dit-il, près de deux fois plus large que le « détroit de Gibraltar, on ne pouvait maintenir les vaisseaux

(1) W. James, Naval History.

{l) Capitaine Mahan, The influence of sea power over the French Révolution Londres, 1892.

« à trois ponts, nombreux dans Fescadre de la Manche, et qui « ne valaient rien par gros temps. Dérivant très facilement, « par suite de la prise donnée par leurs énormes superstruc- « tures quand on était à la cape, il leur fallait beaucoup d'es- « pace sous le vent et la possibilité de fuir devant le temps « quand il devenait trop dur. Essayer de maintenir dans « riroise ces vaisseaux formidables, mais peu manœuvriers, « par les tempêtes de Touest qui dominent dans ces régions, « n'ayant comme refuge sous le vent que le port ennemi, eut « été les vouer à la destruction. »

Effectivement, en général, le gros de l'escadre était à Spithead et des divisions de 8 à 9 vaisseaux croisaient en permanence autour d'Ouessant pendant des périodes de 3 mois, à la suite desquelles elles étaient remplacées. Mais, il est aisé de voir sur la carte, qu'en cas de sortie des Français, à la faveur d'une tempête de l'ouest, le gros de l'escadre anglaise se trouvant sous le vent devait avoir grand'peine à regagner la distance considérable (200 milles), qui sépare Brest de Spithead de Test à l'ouest.

(( Lord Howe (1) considérait que le maintien en bon état « de son escadre était plus important que la position qu'elle « prendrait au point de \iie stratégique. Il était absolument « opposé au système de maintenir une croisière permanente, « disant que les avaries auxquelles ses navires seraient <( exposés pendant l'hiver les mettraient constamment en état « d'infériorité contre ceux de l'ennemi, à l'abri au mouil- « lage. Cependant, cette considération si juste ne légitimait « pas le choix de Spithead comme port d'attache, car ce « point, situé très en arrière de la ligne d'opérations de « l'ennemi, ne prenait pas celle-ci en flanc et laissait les « Français libres de sortir de Brest à l'improviste. Il aurait (c fallu entretenir en réserve assez de navires pour maintenir « une croisière permanente. On eût ainsi bien plus gagné « dans l'instruction des hommes que perdu par les avaries « des vaisseaux. L'histoire prouve que de bons matelots sur

(1) Capitaine Mahan, p. 101.

l'expédition au point de vue anglais. 217

« de pauvres navires sont supérieurs à de pauvres matelots « sur les meilleurs vaisseaux... »

Quoi qu'il en soit, le système habituel avait été maintenu, et la relève s'était faite le 29 octobre.

« Le 29 octobre (1), le vice-amiral Colpoys, à bord de la « frégate Niger ^ rallia Fescadre au large de Brest et releva le « contre-amiral Thompson qui rentra en Angleterre. Colpoys « se trouva disposer de 13 vaisseaux de ligne dont 3 à trois « ponts, mais de deux frégates seulement.

« Le 16 décembre, sir Edward Pellew, commandant la « frégate Indefatigable qui, avec le Révolutionnaire et « V Amazone^ observait de tout près les mouvements des « Français, remarqua un mouvement insolite sur Tescadre « mouillée à Bertheaume. Il dépêcha immédiatement le « Révolutionnaire à Colpoys, au rendez-vous convenu, à 8 « lieues d'Ouessant. A la tombée de la nuit seulement, la « flotte française ayant mis à la voile par vent d'est, V Amazone « s'éloigna pour en porter la nouvelle, laissant V Indefatigable « seule au contact. Au crépuscule, les Français se dirigèrent « vers l'entrée ouest des Saintes, accompagnés, à courte dis- « tance, souvent à une portée de canon, par V Indefatigable^ « dont la persévérance et Faudace durent les surprendre.

« A 8 heures, en pleine obscurité, la flotte ayant doublé <( les Saintes (passé le Raz), mit le cap au sud-ouest. S'étant « bien assuré qu'elle suivait cette route, sir Edward Pellew « mit toutes voiles dehors pour rallier le rendez-vous, allu- « mant des feux simulés et lançant des fusées comme « signaux (2). »

A minuit il était au rendez- vous, mais personne ne s'y trouvait.

En eflfet, les vaisseaux de Colpoys avaient dérivé de SO milles dans l'ouest du point de ralliement convenu, et ce ne fut que

(1) W. James.

(l) Les feux signalés par le groupe Bouvet pendant la nuit qui suivit la sortie de Brest étaient ceux de \ Indefatigable et furent une cause du désordre dos mouyements.

le 19 suivant les uns, le 22 suivant les autres, que Tamiral anglais fut prévenu de la sortie des Français (1).

« Ses ordres ne prévoyant pas le cas qui survenait, il résolut (( d'abord de garder sa position... (2), mais il changea d'avis « et alla chercher des informations au cap Lizzard. Mais là, à « l'entrée de la Manche, certains de ses navires se trouvèrent « à court de provisions (d'eau en particulier) (3). Le temps <( était trop mauvais pour qu'on pût penser à faire transbor- <( der d'un navire à l'autre les denrées nécessaires ; Colpoys « mit donc le cap sur Spithead où il arriva le 31 décembre, « plus de huit jours après que les Français eurent atteint « Bantry (4).

a Quant au contre-amiral sir Roger Curtis, il avait, le 20, « rencontré 5 vaisseaux français venant de Toulon, sous les Il ordres du contre-amiral Villeneuve, et leur avait donné la « chasse jusqu'à Lorient où ils s'étaient réfugiés (5). »

Restait le commandant en chef.

« A la nouvelle (6) reçue le 21 ou le 22 du départ des « Français, il répondit que dans quatre jours il serait prêt à « prendre la mer. Le 25, il mit à la voile et donna la preuve « de la valeur de Spithead comme point d'attache de la réserve. « Huit navires seulement purent atteindre Sainte-Hélène ce « jour-là, parce que le vent était passé au sud-ouest et Cl contrariait les navires restés en arrière et sortant de « Spithead pour rejoindre l'armée navale. »

Il faut ajouter aussi d'autres mésaventures :

« Au moment de l'appareillage, le Sans-Pareil s'aborda « avec le Prince^ d'autres navires en firent autant et d'autres « enfin s'échouèrent (7). »

(1) Lord d'Albermale, discours du 3 mars. La nouvelle no serait parvenue que le S2. (Histoire parlementaire, cité par Mahan, p. 364.)

(2) Dans l'espoir d'arrêter quelque retardataire. (W. James.)

(3) Discours de lord Spencer.

(1) Il avait subi do grosses avaries et une partie de ses navires avaient été dispersés. (W. James.)

(5) W. James.

(6) Capitaine Mahan, p. 364.

(7) W. James.

l'expédition au point de vue anglais. 219

« Trouvant imprudent (1) de continuer sa route avec 8 vais- « seaux seulement, lord Bridport resta à Sainte-Hélène jusa qu'au 3 janvier, jour où le dernier des navires français « quittait Bantry. »

« Une force mai proportionnée ait point décisifs maladroite- « ment soutenue par une réserve d^ égale force ^ mais pa^ prête « et mal placée : telles étaient les fautes commises au point de « vue stratégique. »

Jusqu'au dernier jour, les Français pouvaient donc débarquer sans avoir rien à redouter des escadres anglaises.

Les adversaires qu'ils auraient trouvés à terre auraient-ils été redoutables ?

Yoici d'abord comment on connut en Irlande l'arrivée des vaisseaux de Bouvet :

« Avant que (2) les Français aient jeté l'ancre, le brick « Kanguroo, commandé par l'honorable Courtenay Bayle, les « avait rencontrés et s'était rendu de suite à Crooldiaven, « petit port près de l'entrée de la baie de Bantry, pour donner « la nouvelle de l'arrivée de l'ennemi. Le 22 septembre au « matin, le Kanguroo fît de nombreux signaux pour obtenir M de la côte un bateau, mais le vent et la mer étaient si ter- « ribles qu'aucun ne s'aventura. Cependant, un pilote monté « par M. Caghlan réussit à accoster le brick et à mettre à « terre le second lieutenant Wasson, porteur de dépêches « pour l'amiral Kingsmill, alors à Cork. Le Kanguroo se « rendit en Angleterre.

« M. Richard-Edward HuU, gentilhomme de Leamcon, « envoya la nouvelle à M. White de Seafield Park, lequel « fut le premier à la communiquer au gouvernement irlan- « dais. Les services de M. White à ce moment critique furent « récompensés par la pairie avec le titre de « Bantry »...

« M. White reçut un autre renseignement du surveillant « de Bere Haven. Il appela les yeomen de son commandement « et établit une chaîne d'avant-postes le long des montagnes.

(1) CapiUine Mahan.

(2) Percy Society. — Bantry, p. 17, t. XXI (British Muséum).

« près de Sheep Head, extrémité sud-ouest de la baie de « Bantry . . .

« Le temps était le plus mauvais dont on se souvînt • . . « une épaisse chute de neige avait rendu impraticables pour « les piétons les chemins entre Bantry et Cork.

« La nouvelle de l'arrivée des Français fut reçue par a le général Dalrymple à Cork, dans la nuit du 22 décembre, « d'un domestique de M. White. Le messager avait mis quatre « heures à couvrir 42 milles irlandais sur un seul cheval.

Voici en quels termes un éminent historien anglais contemporain apprécie la situation créée par la présence des Français à Bantry :

« Les lettres de Dalrymple (1) qui commandait à Cork, alors « la deuxième ville de l'Irlande, montrent que la situation « aurait été presque désespérée si 14,000 ou 15,000 bons « soldats français avaient débarqué. Nos forces, écrit-il, sont « si fort au-dessous de celles de l'ennemi, qu'une diversion « est tout ce qu'on peut espérer de nous. Il y a maintenant un « peu d'artillerie à Bandon, avec des tentes . . . nous aurons « en ce point ou dans les environs, quelque chose comme « 2,000 hommes d'ici à quelques jours, si ces affaires ne « s'éclaircissent pas. Malgré tous les efforts, on n'aurait pu « concentrer plus de 8,000 hommes à Cork avant l'arrivée « de l'ennemi. Ses troupes légères pourraient l'atteindre « quatre jours après le débarquement à Bantry du corps « principal. A force d'employer les pelles et les pioches sur « les trois routes qui mènent à Cork évacué et en se retirant « sur le Blackwater, où l'on appellera ce qu'on aura de dis- (( ponible, nous pourrons, avec 12,000 fantassins, occuper <( une forte position vers Kilworth et Fermoy, et nous aurons « en outre beaucoup de cavalerie et d'artillerie. » (Lettres « de White au général Coote, 24 décembre; de Dalrymphe à Pelham, 23, 24 décembre; du capitaine Cotter à Dalrymple, 25 décembre.) — Pelham M. S. S.

« On ne peut lire le récit de ces événements sans être

(1) R.-H. Lecky, Hisiory of England in the XVIII^ cenlury (p. 258, t. VU),

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« frappé du peu de solidité qu'avait la puissance britan- « nique en Irlande. Avec un temps un peu meilleur, plus (( d'habileté nautique de la part des Français, toutes les « chances étaient pour eux.' Si 14,000 soldats tels que ceux « de la France à cette époque, avec un chef comme Hoche, « avaient pu prendre terre, si Finsurrection avait éclaté sur « un point quelconque de llrlande, Tîle aurait été sans (( doute, au moins pour un certain temps, arrachée à la « domination anglaise.

« Une fois le danger disparu, Beresford décrivait la situa- « tion à Auckland en toute candeur : « Deux jours après le « mouillage des Français à Bantry nous n'avions, de Cork « à Bantry, que 3,000 hommes au plus, deux pièces de « canon, ni magasins, ni munitions, ni hôpitaux, ni vivres. « Le débarquement ne fut pas tenté. C'est à la Providence (( que nous le devons. S'il l'avait été, pouvions-nous tenir. . . « Cork était perdue sans ressources. Qui pourrait affirmer « que le pays, tenu par les Français, serait demeuré fidèle. « Le nord-ouest serait-il demeuré paisible? Pas une heure. »

On sait pourtant que la région choisie pour le débarquement était de beaucoup la moins favorable au point de vue politique, et les preuves abondent des dispositions hostiles aux Français montrées par les habitants du Sud-Ouest.

Dès l'approche des navires ennemis, les milices locales s'étaient réunies et, bien qu'en nombre très inférieur, elles s'étaient préparées à résister vigoureusement. Peu s'en était fallu, d'ailleurs, qu'on n'en vînt aux mains, si l'on ajoute créance à l'épisode suivant dont les relations françaises ne font pas mention :

« Dans l'après-midi du 31 décembre (1), 2 bateaux chargés « d'hommes armés se détachèrent des navires qui restaient à « Bantry faisant mine de débarquer. L'infanterie stationnée « à Bantry prit les armes et, sous le commandement du « colonel French, marcha vers la côte pour en disputer l'ap- « proche à l'ennemi. La cavalerie galopa vers Beach, de-

(1) Percy Society, — Bantry, p. 27.

« meure de M. Simon White, les généraux se retirèrent de « Bantry à Dumanway. Toutes les forces n'atteignaient pas « 400 hommes . . . Les bateaux firent demi-tour avant d'at- « teindre le rivage. »

Une fois les navires français disparus, on eut quelque peine à se remettre d'une alarme aussi chaude.

« Le danger (1) qui avait été si menaçant avait disparu, mais plusieurs jours se passèrent avant que le général anglais se sentît en sécurité. Le 25, le capitaine Cotter, envoyé en reconnaissance à Bantry, décrivit la tempête et aiyionça avec une évidente inquiétude qu'on ne voyait plus que 16 voiles. Comme on en avait signalé tout d'abord 50 ou 60, il en concluait qu'il n'y avait dans la baie qu'une partie de l'expédition, attendant un puissant renfort ou destinée à jouer xm rôle secondaire dans une entreprise dont la nature et l'objet étaient encore inconnus. « Quel que soit, dît-il, le chiffre des soldats embarqués sur ces 16 navires, je crois qu'ils ne feront rien dans ce pays s'ils n'ont pas l'appui de la population, et je suis heureux de pouvoir dire, pour Thonneur de cette partie de Flrlande, qu'ils n'ont pas la moindre chance de l'obtenir ». Dalrymple écrivait le lendemain à Pelham que si la* flotte anglaise n'arrivait pas promptement pour remporter la victoire, il ne doutait pas qu'au premier beau jour les Français se réuniraient et effectueraient leur débarquement. Bien qu'ils dussent trouver sur leur chemin des difficultés, elles n'étaient point telles que de bonnes troupes ne fussent en état de les surmonter, n

Enfin, la conclusion de l'historien anglais montre bien, malgré les fautes commises et Terreur grave de la direction, quelles immenses chances de succès auraient eues les Français.

« . . .Sauf (2) peut-être au début de la rébellion de 1641,

(1) p. Î63 (Lecky, t. VII).

(1) Ibid., p. 165.

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jamais l'Union de TWande avec l'Angleterre n'avait été aussi dangereusement menacée que pendant ces dernières semaines de 1796. Si l'expédition était partie quelques jours plus tôt, alors que le temps était encore favorable, s'il n'y avait pas eu une tempête d'une force et d'une durée extraordinaires au moment où le succès était presque atteint, si le yent avait soufflé de n'importe quel autre point du compas, ou si l'expédition avait été menée avec une habileté ordinaire, il est certain qu'une armée de 15,000 Français aurait débarqué sans difficulté à moins de 45 miUes de Cork (1), avant qu'on ait pu rassembler assez de forces pour s'opposer à leur marche, et il est presque sûr que la seconde ville de l'Irlande serait tombée en leur pouvoir. Il n'est que trop probable qu'un pareil succès aurait eu pour conséquence immédiate Finsurrection de l'Ulster, sinon une révolte générale .... »

Jamais on n'avait été plus près du succès.

(1) 72 kilomètres.

ANNEXE l*£xp£dition au point de vue météorologique (!)

Les relevés des journaux de bord et tables de loch nous permettent, en utilisant les connaissances météorologiques d'aujourd'hui, d'exprimer une opinion sur les difficultés de navigation que rencontra l'expédition d'Irlande et sur les procédés employés.

Les cartes météorologiques de chaque jour, qui sont simplement approximatives, permettent cependant de se faire de la question une idée assez nette.

L'expédition était partie de Brest à la suite d'une série de temps frais ou froids, avec brise de nord-est ou d'est, ce qui correspond, dans cette saison, à un anticyclone s'étendant sur le nord de la France et la partie méridionale des îles Britanniques, avec belle gelée et ciel clair.

Dès le 17, le vent avait tendance à passer un peu au sud, avec température douce, ce qui devait amener et amena de la pluie et de la brume, grâce auxquelles la frégate la Fraternité, bien que se trouvant le 18 à moins de 15 milles de l'armée, n'en eut pas connaissance.

(1) Pour rintelligcncc de ces lignes, il safflt de rappeler en deux mots quelques notions élémentaires de météorologie.

On appelle cyclone un système de vents tourbillonnant, dans l'hémisphère nord, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. La pression barométrique diminue à mesure qu'on se rapproche du centre.

Par analogie et par une locution vicieuse, un anticyclone est un tourbillon en sens inverse autour d'un maximum de pressions.

Un cyclone se déplace, en général, suivant une parabole ayant, dans l'Atlantique nord et Touest de l'Europe, la direction générale S.-O. au N.-E.

Le demi-cercle dangereux, celui où la force du vent s'ajoute au mouvement de transla> tion, est à gauche de la trajectoire pour l'observateur qui fuit face au cyclone venant sur lui.

Tous ces caractères sont purement théoriques dans les mers d'Europe. On n'est arrivé à la notion du cyclone que par l'observation des tornades des mers de Chine à faible rayon, tn^ectoire régulière, tourbillon en forme d'hélice, courbes isobares circulaires. Nos cyclones ne présentent pas on centre déterminé mais une vaste région centrale à vents variables, souvent faibles, et mer furieuse. Les courbes isobares ne sont pas circulaires, la trajectoire s'éloigne souvent beaucoup d'une parabole, enfin, la surface affectée par un cyclone est souvent énorme.

Quelque théorique qu'elle sotit et malgré le peu de cas que professent pour elle beaucoup de gens de mer, la notion des cyclones n'en est pas moins la base de la météorologie.

Cependant, dès le 17, la Fraternité ayait trouTé dans Touest une forte brise du sud. C'était, comme l'indique la carte du 17, les p]::^miers souffles d'un cyclone dont le centre se trouyait alors aux euTirons du 48* parallèle et yers le 15® de longitude, très loin par suite. Mais ces souffles, tangentiels et de même sens à ceux de Tanticyclone, prenaient de la force et produisaient une mer assez creuse.

Le lendemain 18, il est manifeste que le centre du cyclone a^ait un peu gagné dans le nord tandis que les yaisseaux ayaient gagné dans le sud, ce qui explique la direction S.-S.-O. du vent toujours assez fort et la brume qui empêchait toujours les navires si rapprochés de se découvrir.

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