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L'INSUCCÈS ET LA RETRAITE DE L'EXPÉDITION

L'occasion perdue le 24 ne se retrouva plus.

Dès la tombée de la nuit, en efifet, le vent reprit de la force.

II se mit, dit BouTet, à souffler en rafales de TE.-S.-E. (1). Les montagnes du fond de la baie étaient très chargées de nuages. Quelques Taisseaux et la frégate la Bellone ont chassé sur leurs ancres.

Le matin, grand vent. Les vaisseaux qui m'avaient rallié étaient très éloignés, ayant beaucoup chassé. J'avais dessein de les faire appareiller, mais la force du vtnt m'en a empêché ainsi que de commencer le débarquement.

Grand frais de l'E.-S.-E. à TE. 1/4 S.-E. Mer très grosse, la partie du S. très chargée. A 2 1/2, les DroitS'de-C Homme casse un cÀble. Le vent augmentant, certains vaisseaux mouillent une deuxième et même ime troisième ancre. Les pilotes annoncent une saute de vent dans le sud. A 5 h. 30, en mouillant l'ancre de bâbord, l'autre se casse. Le vent nous jetant sur Tîle de Bear Head, d'où nous ne sommes éloignés que d'un quart de lieue, on a coupé le câble et hissé le petit foc pour sortir de la baie . Le coup de vent étant bien manifesté et les apparences de saute dans le S. ou le S.-O., j'ai hélé les bâtiments auprès desquels j'ai passé pour les faire appareilUer. Dès que j'ai été hors de danger, j'ai fait répéter le signal à coups de canon et j'ai fait faire aussi celui de mettre à la cape bâbord amures.

Toute la nuit, il a tourmenté de l'E.-S.-E avec mer très grosse.

Le 5, dit le chef de division Bedout, le vent augmente beaucoup. A 6 h. 1/2 du soir, un bâtiment qui me paraissait aller en dérive passa auprès de moi. Je le hélai. Plusieurs officiers me dirent qu'il ordonnait d'appareiller et de couper mes câbles

(Plus tard, le signal est répété à coups de canon.)

(1) Pourtant le journal de Wolf Tone porte : « A 8 heures du soir, mon ennemi, le vent d'est, parait tomber un peu ; nous pourrons atteindre Bantry demain »

Cet ordre, ces signaux m'inquiétèrent beaucoup. Ce bâtiment n'avait pas de feux de distinction. Le général Bouvet n'avait fait aucuns signaux. J'avais peine à croire que ce fût lui. Tous les bâtiments avaient 2 ou 3 ancres à fond. Pouvait-on, sans les compromettre, appareiller ? Auraient-ils coupé leurs câbles pour suivre un bâtiment que le gros temps leur aurait fait perdre- En appareillant, un vaisseau pouvait en aborder d'autres et se perdre avec eux. Je me décidai à rester.

Dans la nuit, plusieurs vaisseaux chassèrent, le mien entre autres, quoique j'eus (sic) 300 brasses de câble dehors.

Ces détails sont confirmés par le journal de Chérin qui était à bord de VIndomptable avec le commandant Bedout (1). Quant à Grouchy, il affirme que le signal d'appareiller fut donné par Famiral Bouvet sans qu'il fût prévenu. Toutefois, il reconnaît que la frégate Immortalité^ ayant cassé ses câbles, dériva vers les rochers contre lesquels elle faillit se briser (2). Pour le chef de brigade Loches (3) (à bord du Trajan)^ c'est par simple lâcheté [sic) que Bouvet aurait déradé le 25, à 6 h. 30 du soir. Enfin, d'après Harty, monté sur ÏEole^ c'est à ses instances seulement que le capitaine de vaisseau aurait cédé en ne suivant pas Y Immortalité « qui venait de passer à « sa poupe, en désordre, et faisant de façon peu intelligible « le signal d'appareiller ».

L'état de la mer est d'ailleurs attesté par un témoin peu suspect, Wolf Tone :

Je propose à Chérin de sortir avec toutes nos forces, de remonter jusqu^au Shannon, d'y débarquer et de gagner à marches forcées Limerick, que nous trouverons sûrement dégarni, car la garnison doit être en marche pour venir ici. Nous passerons la rivière à Limerick et, à marches forcées, nous gagnerons vers le nord Malheureusement, il est impossible de communiquer

avec le général, qui est sur Y Immortalité , à 2 lieues au vent d'ici, et le vent et la mer sont si forts qu'aucune embarcation ne pourrait tenir (4).

Dès le matin, Tamiral Nielly qui était mouillé à l'île Dorsey, c'est-à-dire assez à l'abri, avait jugé le temps si dangereux qull n'avait pas hésité, bien que son navire fût désemparé, à

(1) Guillon, p. Î70.

\t) Grouchy, p. 345.

(3) Grouchy. p. 374.

(4) Grouchy, p. 380.

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couper ses câbles et à gagner la haute mer (1). De Faveu de tous les témoins cités ci-dessus, la mer, dans la baie de Bantry, était très grosse et, bien que le signal de débarquer eût été hissé dès le matin, personne n'avait essayé de mettre une embarcation & la mer.

L'impossibilité de tenter quoique ce soit le 25 décembre est donc bien constatée (2).

Le 26 décembre au matin, il restait en rade :

Le Trajan (avec Lemoine),

VEole (avec Harty),

La Révolution,

L'Indomptable (avec Bedout),

Le Patriote,

Le Wattignies,

Le Cassardj

La Constitution,

Les Droits-de-r Homme,

Les frégates : Bellone, Atalante,

Les lougres : Vautour, Affronteur, Voltigeur,

La flûte : Nicodème,

Seul, par conséquent, le vaisseau le Pluton était parti dans la nuit du 25 au 26, en même temps que Tamiral Bouvet.

Dans la baie de Bantry, le chef de division Bedout se trouvait le plus élevé en grade des officiers de marine.

D'après son journal, Tamiral Bouvet trouva, à peine sorti de la baie, une mer furieuse. Il prenait la cape, perdait ses

(1) Journal de NieUy (Archivez de la Marine, BB»», 103). L'amiral ajonte qae, pendant la journée du 5, il vit sous le vent (dans l'O.-N.-O.) des navires dont l'un lui parut être le vaisseau le Patriote, C'étaient plusieurs des bâtiments sortis de la baie le tt et qui tentaient en vain d'y rentrer.

(2) Quant au départ précipité de l'amiral Bouvet, il paraît hors de doute également, d'après l'aveu môme de Grouchy, que sa frégate fut mise à la voile au moment d'un danger imminent d'être brisée contre la pointe est de Bear Haven. Cette manœuvre était absolument nécessaire au moment où elle fut faite, sous peine d'un désastre.

perroquets et dérivait dans l'ouest, pendant les journées du 26, du 27 et du 28, de plus de 60 lieues. A ce moment, il n'était pas à un degré de Hoche, retenu lui-même au plus fort de la tempête (1).

Le 29 seulement, le vent devient favorable.

Mais tandis que Hoche et Morard de Galles n'hésitaient pas à en profiter pour forcer de voiles vers Bantry, Bouvet abandonnait la partie (2).

Le yent se décidant de Fouest et ne présumant pas rencontrer désormais les Taisseaux séparés le 2, ni ceux qui étaient avec moi dans la baie de Bantry, étant d'ailleurs au quatrième jour de croisière et à près de 60 lieues dans le S.-O. du cap Mizen Head, ne me restant plus que pour environ 10 jours de

yiyres , je ne crois pas devoir, dans la circonstance critique où je me

trouTe, retournera la baie de Bantry où je n'eus (sic) nécessairement rencontré aucun de nos yaisseaux. Les mêmes raisons subsistaient pour le rendez-y ous à la riyière Shannon où les yents du S. au N.-O. par l'O. battent en côte comme dans la précédente baie. Toutes ces considérations me déterminent à faire mon retour à Brest.

Route au S.-E. par yent de TO.-N.-O. au S.-O. ; houle persistante du S.-E. ; mer dure.

^ Sans aucun incident à signaler, la frégate Immortalité mouilla le i^^ janvier 1798, à midi, en rade de Brest.

Quant aux deux autres amiraux, Nielly et Richery, par un curieux hasard, ils se retrouvèrent, mais après avoir erré à l'aventure et sans que le rapport de la Commission d'enquête ait le moins du monde fait le jour sur leurs opérations et leurs résolutions qui seraient bonnes à connaître, car eux aussi trouvèrent un beau temps à partir du 29 décembre.

Le 15 niyôse (4 janvier), dit simplement le rapport, la frégate Résolue rencontra le yaisseau le Pégase (contre-amiral Richery). Ce yaisseau, qui venait de faire la campagne de T«rre-Neuye, n*ayait, à ce qu'il parait, aucune yoile en bon état ; n'ayait pu gagner le mouillage le S nivôse et des avaries conti-

(1) Le journal de bord de la Fraternité signale, avec une frappante analogie, les phénomènes observés à bord de VImmortalité. Mêmes sautes de vent, môme état de la mer et enfin, dans la nuit du 28 au 20, même période de calme après laquelle le vent se décide franchement de l'ouest très maniable. (Voir annexe.)

(2) D'après Grouchj, une scène violente aurait eu lieu à ce moment entre Bouvet et ce général qui, ne pouvant obtenir qu'on ftt route vers l'Irlande, se serait retiré dans sa cabine en refusant d'accepter la responsabilité de la décision prise.

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nuelles ravalent empêché de rallier la terre et forcé de prendre à la fin le parti de relâcher.

Le vaisseau le Pluton rejoignit cette petite division. Il avait été forcé, eomme on Ta vu, d'appareiller le 5 nivôse.

Le Pégase donna la remorque à la Résolue et les trois bâtiments rentrèrent à Brest le 31 nivôse.

Pas plus que Bouvet, Nielly ni Richery ne tentèrent quoi que ce soit pour reprendre l'opération.

Les subordonnés de ces amiraux furent plus tenaces.

Le 6 au matin, dit Bedout, je me trouvais commandant en chef. Vous concevez, Général, que ma position était embarrassante. Le temps était terrible ; je n'avais pas les instructions du général

Wolf Tone, lui-même, était découragé:

J*avoue pour ma part que je regarde maintenant l'expédition comme impraticable. L'ennemi a eu sept jours pour se préparer, et il en aura trois ou quatre de plus avant que nous n'arrivions à Cork Depuis TArmada espagnole, l'Angleterre n'a pas échappé à un aussi grand danger Les éléments

combattent contre nous et le courage ne sert à rien.

Pourtant Bedout tint bon avec une rare énergie.

Dans la journée du 26, la Révolution casse successivement ses deux câbles et appareille. <( Le vent et la mer grossissant, le Patriote et le Nicodème déradent» aussi. Toute la nuit, la mer reste très grosse.

Le 27 au matin, la situation atmosphérique allait complètement changer. Cependant ce fut ce jour-là que la dernière chance de succès allait être écartée.

Le 7 au matin, dit Bedout, le vent ayant calmé, les vaisseaux communiquant avec moi, les généraux tinrent conseil. Le résultat fut que n'ayant que 4,000 hommes, sans bouches à feu, vivres, argent ou matériel, on ne peut faire la descente.

11 semble, d'après le rapport de Chérin (1), que, cette fois, les militaires n'insistèrent pas beaucoup pour essayer de débarquer.

Des trois généraux présents : Harty, Humbert et O'Shee, les

(1) Rapport de Chérin. Oaillon p. 276.

deux premiers vinrent seuls à la conférence. Il restait, d'après Chérin (1), 4,000 hommes et deux pièces de 4.

Le témoignage de Wolf Tone est d'ailleurs tout à fait conforme à ces données :

Ce matin, nous sommes réduits à 7 vaisseaux et une frégate. Toute

tentative serait un acte de désespoir, mais je persiste à croire que si nous avions débarqué au Shannon, nous pourrions encore tout réparer.

A 10 heures, conseil de guerre Il reste 4,168 hommes, 2 canons,

1 ,500,000 cartouches et 500 coups à tirer pour Fartillerie.

Procès-verbal du Conseil de guerrey diaprés Wolf Tone.

Considérant que ce pays est particulièrement sauvage, ne fournissant ni chevaux ni provisions, que Fennemi a eu sept jours pour se préparer et qu'il en faut trois pour gagner Cork; considérant surtout que cette province est la seule des quatre qui n'ait pas manifesté la moindre velléité de révolte et qu'elle est la plus éloignée de la région qui est prête à se soulever ; enfin le capitaine Bedout, ayant fait connaître ses instructions, qui sont de remonter jusqu'au Shannon et d'y croiser trois jours, il fut décidé de quitter la baie de Bantry, de se rendre à l'embouchure du Shannon, dans l'espoir d'y rejoindre quelques-uns de nos compagnons dispersés C'est ce que je demandais avanthier (2).

(1) Ce chiffre est exact, comparé au tableaa d'embarquement 4084.

(t) Ici se place on épisode sur lequel la lumière n'a pu être faite.

D'après Thistorlea Escande, reproduisant le témoignage de Moreau de Jones, capitaine d'armes sur la frégate la Coquille qui, d'ailleurs, ne semble pas avoir été à Bantry à ce moment : c on pouvait à ce moment débarquer, car quelques hommes furent, sans difficulté, jetés à terre m.

Dans son curieux ouvrage Aventures de Guerre (t. I, p. 371 à 406). Moreau de Jones parle bien d'un débarquement auquel il prit part avec quelques hommes de la frégate la Coquille. Seul, il aurait échappé à la captivité, et, après plusieurs jours passés avec des insurgés commandés par Fitz-Gerald, des aventures tragiques et romanesçiues, aurait été recueilli par une embarcation du lougre VAffronteur. Tout cela sans aucune date.

Le n* Il du Moniteur (an v) parle bien, en effet, d'un lieutenant de frégate firançais qui aurait été pris sur une embarcation, mais sans non plus préciser la date de cet incident.

D'après la déclaration du prisonnier, qui aurait été saisi pendant qu'il se rendait (Stanhope, William Pitt et son temps, traduction Quizot, t. III, p. llî) de son bâtiment au vaisseau amiral français, cette histoire se placerait au 24 décembre et non au 27. On sait, en effet, par le journal de l'amiral Nielly que, mouillé ce jour-là à l'île Dorsey, il envoya une embarcation demander du secours aux navires entrés dans la baie de Bantry. L'officier envoyé ne reparut pas. C'est, selon toute apparence, celui-ci qui, jeté à la côte par la force du vent, fut fait prisonnier par les paysans, lesquels (Stephens, The

wars thai arose t. Il, p. m) n'étaient rien moins que favorables aux Français.

D'après le GentUmarCs Magazine, l'oCficier prisonnier aurait été le lieutenant de frégate Prévost.

En tous cas, dans cet épisode, on ne saurait voir une tentavive de débarquement le 27.

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C'est avec Tintention de gagner l'embouchure du Shannon qu'on leva l'encre à 4 heures du soir, par vent du sud, avec tendance marquée à passer au sud-ouest (1).

Mais à peine sortis de la baie, les navires trouvèrent une mer très grosse avec un vent changeant qui la rendait plus furieuse encore. Il fallut immédiatement prendre la cape à sec de toiles pour V Indomptable qui dériva de 1 lieues dans la nuit (2). Au jour, la Constitution^ les Droits-de-F Homme et le Trajan avaient disparu. Peu après, Bedout, arrivé devant le Shannon, renonçait à toute nouvelle tentative et mettait le cap sur Brest où il arriva le 1®'' janvier ayant rejoint en route les trois autres vaisseaux, Wattignies^ Cassard et Eole.

Des autres navires qu'il avait avec lui à Bantry, la Constitution^ la Bellone^ le Vautour et M Affrontent^ entrèrent à Brest le lendemain ou le surlendemain de son arrivée.

Le vaisseau les Droits-de-V Homme fut attaqué dans la baie

Quant à y trouver une preuve que eette opération était possible ce jour-là, il n'est besoin que de se souvenir de la réunion des généraux à bord de Vindomptable pour en conclure à la facilité relative qu'il y avait à mettre des embarcations à la mer.

En ce qui touche aux chances de succès d'un débarquement ce jour-là, au point de vue exclusivement militaire, on ne peut qu'être surpris de voir Chérin, le plus ardent promoteur d'une descente le 24, y renoncer absolument le 27. Puisqu'on avait considéré comme possible un coup de main avec 6,400 hommes et 4 canons, la même opération n'était pas absolument au-dessus dos moyens de 4,000 soldats pourvus de 2 pièces.

Si elle avait été tentée, elle aurait eu sur la première cet incomparable avantage d*étre plus vite soutenue puisque c'est à partir du 29 que les premiers renforts lui seraient arrivés . Le surlendemain, Hoche lui-même aurait débarqué et so serait trouvé à la tête de près de 10,000 hommes. Le succès était donc possible.

Quoi qu'il en soit, c'est d'un commun accord (La décision fut prise à l'unanimité. Rapport Harty [Grouehy, p. 383]) que tout projet de descente fut écarté le 27 décembre par les généraux Harty, Chérin, Humbert et le chef de division Bedout. Quant au général o'Sheo, ayant mal interprété le signal, il resta à son bord et ne prit pas part à la délibération.

Il n'est que juste, pourtant, de reconnaître que la décision prise (voir ci-dessus procèsverbal d'après Wolf Tone) nimpliquait pas un abandon absolu de l'entreprise. L'intention formellement exprimée du capitaine Bedout était de gouverner au nord pour prendre connaissance de l'embouchure du Shannon où l'on pouvait supposer qu'on trouverait des navires. Les Instructions de l'amiral Bruix faisaient ressortir l'idée de débarquer en ce point si les circonstances empêchaient de descendre à Bantry. 1^ journal de Chérin dit aussi qu'on partit de cette baie pour aller au Shannon.

(1) Cette saute du vent indiquait la fin de la tempête et le calme des jours suivants. Voir annexe : l'expédition au point de vue météorologique.

Le capitaine Bedout a, devant le Conseil, fait ressortir le danger qu'on courrait si le vent passait à l'ouest, comme il y passa en effet. C'était une erreur absolue. Le pis qui pût arriver en pareil cas aurait été d'être rejeté au fond de la baie où l'on aurait trouvé l'abri certain de la baie de Glengariff ou celui de llle Whiddy, tout près de la ville de Bantry C'était le succès grandement facilité du coup do main projeté contre cette ville.

(2) Rapport de Bedout.

d'Audierne par deux vaisseaux anglais et, après un combat honorable, forcé de s'échouer et perdu. Son équipage fut sauvé (1)-

Quant au Trajan^ bien que démâté de ses perroquets dans la nuit du 27 au 28, son capitaine profita du premier calme pour se diriger vers le Shannon où il arriva le 31 décembre par très beau tjemps. Il y mouilla deux jours et le général Loches qui était à bord recueillit quelques renseignements intéressants (2). Les milices avaient été mises sous les armes et mises en marche vers Bantry ; elles avaient traversé le Shannon les 23, 26 et 27 décembre. Evaluées à 25,000 hommes (3) la désertion avait été telle, qu'elles n'auraient pu amener plus de la moitié de leur effectif devant les Français. Ayant appris par la Charente que Hoche avait été signalé le 26 vers les côtes d'Irlande, le général Loches résolut de se porter vers Bantry. Le 7 janvier, au matin, en y arrivant, il trouva à l'entrée de la baie, une di\ision anglaise forte de deux vaisseaux et deux frégates qui lui donnèrent la chasse pendant 36 heures. Après ce dernier effort, il fallut se résoudre à la retraite et le vaillant navire rentra à Brest le 25 nivôse (14 janvier 1797).

Pendant ce temps, il s'était opéré à Bantry un autre rassemblement grâce auquel la face des choses aurait été changée si Bedout avait un peu patienté, mais qui, malgré son insuccès, montre bien que le désir de faire réussir l'expédition et la ténacité dans les efforts ne manquaient pas autant qu'il a été dit aux marins français de cette période.

Dès le 29 décembre, dans la baie de Bantry qui avait été complètement vidée Tavant- veille, on voit arriver le lougre le Renard^ dont le chef, envoyé le 18 décembre par l'amiral Nielly croiser vers le cap Clear, n'avait rien signalé de suspect et croyait rejoindre Tarmée navale. Quelques heures après arrivaient les deux frégates la Cocarde et la Romaine qui, avec le Nestor, avaient suivi Hoche jusqu'au coup de vent survenu dans la nuit du 22 au 23 décembre (4).

(1) Le capitaine Laerosse, cité devant un conseil d'enquête, fut acquitté avec éloges (l*' ventôse an v); voir son rapport, Archives de la Marine^ BB^v, 102, et la mention spéciale accordée au général Humbert et aux 580 soldats de la légion des Francs.

(2) Rapport du général Loches. Orouchy, p. 375.

(3) Ce chiffire est absolument contraire aux renseignements provenant des sources anglaises ; voir ci-dessous.

(4) Dans la Journée du 23, la Romaine avait rallié la Fratefmité, mais elle l'avait de

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Le 30, dans la journée, c'était le tour du Tourville.

Le vaisseau le Tourville, dit le rapport de la commission d*enquête, a été contraint, dans la nuit du 2 au 3 nivôse (22 au 23 décembre), de mettre à la cape. Son gréément neuf et qui avait beaucoup allongé, ne lui permettant pas de faire de la voile pendant les mauvais temps qui ont suivi, il n'a pu prendre le mouillage dans la baie de Bantry que dans la journée du 10 (30 décembre). Il y a trouvé les frégates la Cocarde et la Romaine et s'est rangé sous les ordres du chef de division d'Augier (montant la Cocarde),

Puis successivement arrivent le Redoutable, la Sirène, le Fougueux, la Fidèle et enfin le Nestor avec le chef de division Linois.

Rapport de la Gommiaaion d'enquête.

Dans la journée du 2 nivôse (22 décembre), le vaisseau le Redoutable était aussi avancé dans la baie de Bantry que deux autres vaisseaux qui y avaient mouillé, mais il a cru qu'il ventait trop pour se permettre la même manœuvre. Il était les amures à tribord lorsqu'il s*est abordé avec la frégate la Résolue, Il a eu 8 pieds de son màt de beaupré cassé, sans compter beaucoup d'autres avaries. Malgré cela, il est revenu chercher la baie de Bantry aussitôt que le temps le permit, et le 10 nivôse (30 décembre), il mouilla près de l'île Widdy. La frégate la Sirène fut séparée de l'armée le !•' nivôse (21 décembre) par une chasse que lui ordonna le général Bouvet. Depuis ce jour, elle a presque toujours été à la cape par les coups de vent du S.-E. qu'il a fait jusqu'au 9 (29 décembre), que le vent du S.-O. lui a permis de revenir sur la côte. Elle a pris im petit cutter anglais qui lui a donné la triste nouvelle de la perte de la frégate Impatiente sur le Mizen Head et enfin mouillé le 12 (1®' janvier) dans la baie de Bantry avec le vaisseau le Nestor qu'elle venait de rallier.

Nous avons laissé la frégate la Romaine, le 29 frimaire (10 décembre), avec le général en chef. Elle le perdit dans la nuit du 4 au 5 nivôse (24 au 25 décembre) par le mauvais temps et Tobscurité. Elle s'estimait, le midi du 4, par 49^37 de latitude et 11*^34 de longitude. Après avoir, le 9 (29 décembre), perdu et rallié quelques bâtiments de Tarmée, elle mouilla dans la baie de Bantry le H (31 décembre).

Le 29 décembre, le capitaine Linois, commandant le Nestor, se trouvait avec le général en chef et continua de naviguer avec lui pour gagner la côte d'Irlande.

nouveau perdue de voe dans U nuit du 24 au 25, vers 19«.37 de latitude et 11»,34 de longitude. (Journal de Morard de Oalles, Archives de la Marine.)

Le 2 (22 décembre), il en fut séparé parce qu'étant à la cape, pendant la nuit, il cassa son grand mât de hune. Après diverses rencontres de bâtiments dispersés de Tarmée, et après des efforts multipliés pour gagner la baie de Bantry, le citoyen Linois y est parvenu le 12 (i" janvier 1797), qu'il mouilla par 40 brasses d'eau à l'entrée de la baie.

Le 13 (2 janvier), dit encore le rapport de la Commission d'enquête :

Le citoyen Linois fit rassembler, à son bord, le général divisionnaire Lemoine, les généraux de brigade Watrin, Mermé, les adjudants généraux Evrard, Gàtines ; les chefs de division Maistral, d'Augiers ; le chef de bataillon Rover, etc., et a proposé d'effectuer la descente avec à peu près 4,000 hommes qu'on pouvait rassembler. Observant néanmoins : 1® l'improbabilité d'une plus grande réunion de forces ; 2® le risque du blocus par les vents et l'ennemi ; H** le défaut de vivres qui nécessitait aux vaisseaux d'appareiller aussitôt le débarquement, le génénil Hoche possédant tous les plans ; 5" la nouvelle du camp de 5,000 hommes, formé pour s'opposer au débarquement et la certitude de la station d'une escadre de 6 vaisseaux à Cork ; d'après ces considérations, le conseil a déterminé qu'on appareillerait au plus tôt de la baie, que l'on croiserait pendant deux jours à hauteur de la baie et qu'après ce temps, si l'on ne découvrait rien, on ferait route pour la France. Le 14 (3 janvier), un coup de vent du S.-S.-O. a empêché d'appareiller.

C'est le 6 janvier seulement que la division Linois quitte la baie de Bantry (1).

Le 15 (4 janvier), le calme retardant l'appareillage a permis de compléter l'approvisionnement de la flûte la ViUe-de-Lorient. Cette flûte ayant représenté la faiblesse de son équipage pour appareiller, le commandant l'a autorisée à couper ses câbles et lui a indiqué la route qu'il ferait.

Le 13 janvier, Linois arriva en rade de Brest.

(1) si l'on songe qn'à ce moment, il y avait à bord de la division plus de 4,000 hommes, que Hoche toat près de là avait rallié la Révolution (sortie de Bantry le 26 après ruptnre de ses câbles), le Scévola (en perdition), et bientôt la Tortue, on est surpris de l'excessive mauvaise chance qui s'attache à tous les événements de cette triste entreprise. Si Hoche, ayant dans l'après-midi du 31 décembre reconnu la terre d'Irlande, n'entra pas à Bantry où le vent le portait, c'est qu'il avait appris la veille, par le commandant Hamelin, commandant la Tortue, le départ précipité de Tamiral Bouvet le 25 au soir, d'où l'on pouvait conclure à l'échec total de l'expédition, alors que 4,000 hommes auraient pu être débarqués le 27. Leur absence fit avorter aussi le projet que l'on eut sérieusement, le 2 Janvier, de faire une descente avec les 4,000 combattants réunis dans la baie de Bantry, sur le Redoutable, le Tourville, le Fougueux, le Nestor, la Romaine, la Cocarde, la Sirène et la Fidèle, Tous ces malheurs successifs s^enchaînent avec une lamentable continuité.

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Par conséquent, depuis le 20 décembre 9&jtisqu'au & janvier 97, des navires français avaient été à f ancre dans la baie de Bantry pendant il jours consécutifs y sauf la seule exception de la journée du 28, sans que les croisières anglaises y aient mis le moindre obstacle. Aucun rassemblement important de troupes n'avait été fait du côté de la défense, alors que les Français auraient pu mettre à terre 6,400 hommes le 24 décembre, 4,000 encore le 27 et 4,000 autres du 3 au 6 janvier. C'est dire que la presque totalité des forces pouvait et devait débarquer.

Quant à la Fraternité^ qui avait rallié le 29 décembre la Révolution y sauvé l'équipage du Scévola près de couler, les généraux montés sur cette frégate avaient appris par le capitaine Hamelin, de la Tortue, la retraite de Bouvet, ce qui impliquait dans leur esprit la retraite totale.

Aucune nouvelle n'ayant été prise à Bantry où arrivaient les navires que devait y rassembler le capitaine Linois, et le vaisseau la Révolution n'ayant plus de vivres pour les 2,200 hommes qu'il avait à bord (1), la petite division mit le cap sur Brest.

Le 12 janvier, elle fut dispersée par la rencontre d'une escadre anglaise. Le 14 seulement, Hoche débarqua à la Rochelle d'où il se rendit à Paris.

L'expédition d'Irlande avait échoué.

(I) Par suite da sauvetage de l'équipage du Scévola. (Journal de Morard de Galles.)

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