‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 49 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le 26 octobre 1797, en recevant Monge et Berthier qui lui apportaient le texte du traité de Campo-Formio, conclu le 17, le Directoire avait pris un arrêté créant une armée dite d'Angleterre et la confiant au général Desaix (1) en attendant l'arrivée de Bonaparte. « Une partie de Tarmée d'Italie, à « fixer par son chef, devait former sur les côtes de l'Océan, « le fond de l'armement que votre nom et votre activité doi- « vent rendre formidable aux Anglais (2) ».

Cette armée devait primitivement se rassembler sur les territoires suivants :

l'« division : départements du Nord et de l'Aisne ;

12® division : Loire-Inférieure, Vendée, Deux-Sèvres, Charente-Inférieure ;

14® division : Calvados, Manche, Orne;

15® division : Somme, Seine-Inférieure;

16® division : Pas-de-Calais;

22® division : Mayenne, Sarthe, Loir-et-Cher, Mayenne-et- Loire, Indre-et-Loire ;

24* division : Dyle, Escaut, Lys, Jemmapes, Deux-Nèthes;

13® division : Morbihan, Finistère, Côtes-du-Nord, lUe-et- Vilaine.

(1) Capitaine de la Jonquière, Expédition d'Egypte, p. 41.

(2) Lettre du Directoire à Bonaparte (26 octobre). (Capitaine de la Jonqoière, p. 42.)

Ces divisions étaient déjà occupées par des troupes en nombre considérable.

Un tableau (1) joint à un rapport adressé, le 30 octobre, par le ministre Schérer au Directoire, donne les chiffres suivants :

12« division, effectif 11,072 présents 10,003

Soit, au total : 45,918 hommes, dont 41,695 présents. Il fallait y ajouter :

1'® et 2® divisions : infanterie, 4,128 ;

cavalerie, 626; artilllerie, 817; total 5,571 15® division, environ 1000 fantassins

de la47« 1,000

24® division, environ 1200 fantassins

de la 46® et 800 cavaliers 2,000

Total (3) 10,000 environ.

Malgré leur nombre, ces forces suffisaient à peine à assurer la sécurité intérieure et à faire face aux menaces constantes des Anglais sur les côtes. Pendant les derniers mois de Tannée 1797, on signale constamment, en effet, des attaques de diligences, des assassinats et des enlèvements de fonctionnaires, même de gendarmes. A l'approche des élections, on demande de tous côtés des renforts ; des colonnes mobiles sont partout en mouvement, et les premières troupes qui arriveront dans rOuest seront employées à la police (4).

Cependant Schérer évaluait à 15,000 le nombre d'hommes

(1) Cité par le capitaine de la Jonquière, p. 44.

(%) Elle n'en a en réalité que 3,597. (Lettre du général commandant la S2* division, da 3 janvier.)

(3) Situation du 11 octobre.

(4) Lettre du Ministre do la guerre au département de la Manche (20 décembre). Lettres du Ministre de la guerre au Ministre de la police (23 février). Lettre des généraux commandant la 12* division et la subdivision de Rochefort (du 23 février). Lettre des administrateurs de rOme, du 28 février, (Archives de la Guerre, Année d'Angleterre.)

que les divisions de TOuest (12% 13% 14« et 22«) pourraient fournir à Tarmée expéditionnaire.

A ce premier noyau devaient s'ajouter 36,000 hommes (1), que Bonaparte oifrait de faire venir de l'armée dltdie. C'étaient les 2«, 4% 5% 18«, 21% 22« légères, 4% 18% 25% 30% 32% 40% 43% 51% 57% 58% 61% 69% 75% 85« et 88« de bataille (2).

Andréossy partant le 13 novembre pour Paris, devait y faire fondre des canons du calibre de campagne de Tartillerie anglaise, afin que Ton pût, après le débarquement, utiliser les boulets de l'ennemi.

Trois mois devaient se passer avant l'arrivée sur les côtes des soldats de l'armée dltalie. Aussi bien pour porter l'armée expéditionnaire, quand elle serait constituée à un eifectif supérieur, que pour parer aux dangers immédiats de la situation, le ministre envoya dans l'Ouest d'autres troupes.

C'est d'abord un bataillon de la 24® légère qui passe de Malines à Dinan (3) où il arrive le 9 nivôse (29 décembre), puis la 73® de bataille et le 12® chasseurs envoyés dans la 14® division (4). La 84®, forte de 2,200 hommes, reçoit également l'ordre de quitter Tarmée d'Allemagne pour aller servir dans la 13® division, dont le chef est prévenu (5) « qu'une expédition secrète se prépare en ce moment en Angleterre, dont le but est de détruire, dans les ports et sur les côtes, les vaisseaux et autres bâtiments de la République », et invité à faire bonne garde.

D'autres renforts considérables, dont le détail sera donné plus loin, seront fournis par les armées du Rhin et de Mayence, la Hollande, etc

Pendant ce temps, Bonaparte était allé à Rastadt comme repésentant de la France. Le 5 décembre au soir, il était à Paris.

Mais, bien que le quartier général de l'armée d'Angleterre, .

(1) Lettre da 5 novembre (Capitaine de la Jonqoière, p. 45).

(t) Lettre de Bonaparte, da 12 novembre (Capitaine de la Jonqaière, p. 49).

(3) Lettre du Ministre, du t9 novembre.

(4) Lettre du général commandant la 14* division, du 2 décembre. (5)- Lettres du Ministre, des 7 et 11 décembre.

qui n'était du reste pas constitué, dût résider dans la capitale, on ne voit pas Bonaparte prendre officiellement le commandement. Desaix conserve son titre de commandant en chef et ses lettres au ministre ne portent même pas la mention « par intérim ».

Quant à Bonaparte, reçu avec les plus grands honneurs à la cérémonie du 10 décembre, dont Barras a laissé un récit ironique, U fut investi, par arrêté du 9, d'un pouvoir d'ensemble sur toutes les armées qui avaient à exécuter des mouvements en vertu des clauses du traité de Campo-Formio (1), mesure qui, en lui subordonnant le général Augercau, devait exciter les susceptibilités de ce dernier (2). Bonaparte est à la fois une sorte de généralissime, de ministre plénipotentiaire et de conseiller du Directoire. Il le prend de très haut avec le gouvernement, fait commencer le mouvement de ses troupes sans en rendre compte au ministre, et rend, pour nourrir ses soldats en territoire français, des arrêtés levant des contributions, comme il le faisait en pays conquis (3). C'est à lui que Schérer demande où il veut envoyer ses troupes et quels régiments il se propose de prendre aux autres armées.

En ce qui concerne la partie maritime de l'opération, le Ministre de la marine soumet au Directoire, le 12 décembre, un rapport d'ensemble comprenant un projet arrêté pour l'armement à Brest d'une armée navale, et la réunion dans ce port des vaisseaux de l'amiral Brueys, alors dans l'Adriatique, et de ceux qui existaient à Rochefort et à Lorient, et un état de l'armée navale de la République, à l'époque du 22 frimaire an VI (4).

D'après cette dernière pièce, on possédait :

A Brest 34 vaisseaux à flot et 1 vaisseau

rasé, le tout désarmé par arrêté du S vendémiaire, et 10 en radoub.

(1) Arrêté du 9 décembre.

(t) Lettres d'Augereau et réponses du Directoire (Capitaine de la Jonquièrc, p. 61).

(3) Capitaine de la Jonquière, p. 5t.

(4) Lettre du Directoire, 11 décembre (Capitaine de la Jonquière, p. 66). Lettre de Plé- ▼ille Le Pley (Capitaine de la Jonquière, p. 66).

Lorient 2

Rochefort 1

Toulon 5

Corfou 6

Vaisseaux vénitiens 9

S7 vaisseaux dont 37 dans l'Océan.

Il y avait, en outre, 46 frégates, dont 26 confiées à des armateurs pour faire la course ; 19 corvettes, dont 16 pour la course; 6 bricks, dont 2 pour la course; 13 cutters, dont 4 pour la course; 16 avisos, 18 flûtes et gabares. 7 frégates étaient aux colonies. Enfin 14 vaisseaux, 17 frégates et 3 corvettes étaient en construction dans les ports de la Manche et de rOcéan. Il n'était pas question des canonnières déjà, cependant, en nombre considérable (1).

L'arrêté du 13 décembre (2), pris d'après ces renseignements, prescrit la formation à Brest, pour le l^*" floréal (20 avril), d'une armée navale formée des 34 vaisseaux désarmés ou en radoub dans ce port, et renforcée : l^ des 6 vaisseaux et 6 frégates de Brueys ; 2® de 4 vaisseaux en armement à Toulon, du vaisseau la Révolution^ à Rochefort, de 2 vaisseaux, l'un en armement, l'autre en construction à Lorient ; 3® de tout ce qu'on pourrait armer dans les différents ports en fait de frégates, de navires légers et de transports.

Le 14 décembre, de concert entre Bonaparte et le Ministre de la marine, était élaboré un plan d'opérations (3).

Il comportait :

1® L'ordre à l'amiral Brueys de partir de Corfou avec 6 vaisseaux et 6 frégates pourvues de quatre mois de vivres, et de se rendre à Brest en longeant d'abord la côte barbaresque, puis, prenant le large après avoir franchi le détroit de Gibraltar pour éviter les 22 vaisseaux de l'amiral Jervis, qui bloque Cadix ;

2® L'ordre d'équiper ce qui reste disponible de la marine

(1) Voir ci-dessui.

(2) Capitaine de la Jonquière, p. 68.

(3) Capitaine de la Jonqaière, p. 69.

vénitienne et lui faire rejoindre Toulon après une croisière d'un mois ;

3^ L'ordre d*armer 4 ou 5 vaisseaux à Toulon et, ultérieurement, de les envoyer à Brest ;

4® La demande au Prince de la Paix de réunir à Cadix toute la marine espagnole pour la fin d'avril, avec 15,000 soldats et trois mois de vivres.

En ce qui concerne le concours de l'Espagne, Truguet nommé ambassadeur à Madrid, le 13 novembre, allait bientôt se rendre à son poste et chercher à entraîner le roi dans ime coopération active contre l'Angleterre et contre le Portugal (1).

La cour d'Espagne paraissait à cette époque très favorable à une action énergique. Humiliée par le blocus de Cadix, efifectué depuis près d'un an par l'escadre de l'amiral Jervis (lord Saint- Vincent), moins nombreuse que les vaisseaux de Tamiral Mazaredo, elle prodiguait au Directoire les démonstrations belliqueuses :

Le marquis del Campo, ambassadeur d'Espagne, au ministre Bruix{ï),

11 janvier.

D'après les derniers renseignements, le nombre de vaisseaux et de frégates tout prêts à mettre à la voile est le suivant : dans le port de Cadix, 22 vaisseaux de ligne, l'un d'eux destiné pour l'Amérique; 6 frégates, l'une d'elles avec la même destination; une corvette et 3 brigantins. Au Ferrol, 2 vaisseaux de ligne, une frégate et o brigantins. A Carthagène, 7 frégates. En Amérique, 4 vaisseaux de ligne, 5 frégates, une corvette et 3 brigantins.

Lettre au Ministre de la iparine espagnole (traduction).

8 février (reçue le 3 venttee).

Gomme nos ennemis se tiennent constamment à la vue de Cadix, à la

faveur des temps doux qui ont régné cet hiver et que leurs forces ne sont pas en ce moment très considérables, Sa Majesté a pensé qu'il fallait proûter de cette occasion pour les attaquer, les battre et les mettre dans l'impossibilité de faire ultérieurement aucune opération contraire aux projets arrêtés. En même

(1) Sciout, Le Directoire, t. III, p. tu à 234. (t) BBit, itl.

temps le port de Cadix sera rouvert à notre commerce Je ne doute pas

que le général Mazaredo, à qui j'ai donné des ordres précis pour sortir au moment favorable, ne remplisse en brave marin les intentions de Sa Majesté.

A la suite du combat, je pourvoirai au remplacement des vaisseaux désemparés par d^autres qui seront mis en état à Tépoque nécessaire.

Les deux vaisseaux du Ferrol vont prendre la mer pour convoyer les navires du commerce sur cette côte et ramener sous leur escorte ceux qui sont chargés de munitions pour nos ports. Je vous donnerai connaissance de leur retour adQn que vous voyiez s'il serait convenable qu'ils se rendent alors à Brest par la route que vous me proposez et qui, sans aucun doute, est la meilleure. Mais il sera convenable que vous fassiez passer au Ferrol deux bons pilotes pratiques

J'informe M. le Prince de la Paix de tout ce que vous voulez bien me communiquer, et il attend comme moi le plan d'opérations que vous nous avez promis, a6n de faire concourir nos moyens au succès de cette importante entreprise.

Bien qu'une action isolée et prématurée de l'escadre espagnole dût avoir plus d'inconvénients que d'avantages, puisque Tarmée navale de Brest n'était pas prête à profiter d'un succès, le Directoire encouragea le gouvernement de Madrid à faire combattre de suite l'escadre de Mazaredo (1).

Lord Saint- Vincent avait cependant, à ce moment, 21 vaisseaux de ligne généralement à Tancre dans la baie de Lagos ou au large de Cadix (2).

Les relations entre bloqueurs et bloqués étaient constantes et infiniment courtoises.

Pressé aussi par les commerçants que ruinait le blocus, Mazaredo se décida à prendre la mer (3) .

(1) Sciont, t. III, p. tt4 à 234.

(2) W. James, Naval Histoty, t. Il, p. 131.

Vamiral Bruix à M. de LangarQ, Ministre de la marine de Sa Majesté Catholique,

25 février,

Le Direcloire exécutif a appris avec une vive satisfaction qu'il avait été donné des

ordres au général Mazaredo de sortir avec l'escadre espagnole pour combattre les ennemis stationnés à l'ouvert de la baie de Cadix. Sans parler de la supériorité des forces de Sa Mojesté Catholique, on ne peut douter que le brave général à qui elles sont confiées ne saisisse cette occasion de développer les talents qui l'ont rendu justement célèbre, et d'illustrer la marine espagnole par une action glorieuse.

Le Directoire m*a donné ordre de me rendre à Brest et je vais partir aujourd'hui

même pour ce port. Cette mesure prouvera à Votre Excellence combien le Directoire met

d'importance aux opérations navales Je serai très empressé de communiquer à Votre

Excellence les détails du plan général lorsqu'il aura été définitivement arrêté. (BBiv, 121.)

(3) L'historien anglais W. James ne parle pas de la sortie de février.

Sept jours après, il était rentré au port.

La version espagnole de ce singulier incident mérite d'être citée.

Le marquis de Langara à Bruix. (Réponse à la lettre du 25 février,)

8 mars.

Bien que l'escadre commandée par le lieutenant général Mazaredo soit sortie effectivement de Cadix, comme je Tai déjà annoncé à V. E., avec le projet de battre la flotte ennemie qui croisait devant le port, celle-ci étant composée de meilleurs voiliers, nos navires, malgré la chasse qu'ils leur donnèrent, ne purent en prendre aucun. Ayant vu disparaître les vaisseaux anglais, Mazaredo rentra au port, comme il était antérieurement convenu qu'il devait le faire (1).

Cette escadre qui regagnait Tabri du port de Cadix, parce qu'elle n'avait pas trouvé d'ennemi devant elle, y était de nouveau bloquée et immobilisée. Le 12 avril seulement, à la faveur d'un coup de vent, le vaisseau de 74, Monarca, et les deux frégates Ninfa et Santa-Elena parvenaient à sortir avec un convoi marchand.

En même temps, le gouvernement batave était énergiquement sollicité d'agir de son côté avec toutes ses ressources.

Le Ministre de la marine au Comité des relations extérieures de la Convention nationale batave {i).

14 décembre 1797.

Le moment est venu, Citoyens, de s'occuper avec activité des mesures à prendre pour terminer la guerre par un coup décisif. Déjà le Directoire exécutif a donné des ordres dans tous les ports pour les préparatifs d'un armement considérable et il compte que les fidèles alliés de la République s'empresseront de concourir à l'exécution du plan qu'il a arrêté.

Le Directoire m'a chargé en conséquence. Citoyens, de vous inviter à disposer tous les vaisseaux de ligne, frégates et bâtiments légers de la marine

( l) Texte espagnol :

Aunqae la esquadra del mando al teniento gênerai D. José Mazaredo salid efectivamente de Cadiz, como annanciè a V. £. en mi car ta anterior, con el objecto de bâtir à la enemiga que cruzaba sobre aquel paerto, como esta se componia de navios macho mas veleros, à pesar de la diiigencia con que los nuestros les dieron casa, no pudieron alcansar a ninguno de elles en su huida ; por cuya razon luego que desaparoderon do sii vista, Mazaredo su regrôso à dicho puerto. conforme le estaba prevenido.

(2) Archives de la Marine (BB»', 1 U).

batave à prendre la mer au 15 avril prochain avec deux mois de vivres de campagne. Vous jugerez sans doute nécessaire, ainsi que Ta pensé le Directoire exécutif, de joindre à cette escadre deux galiotes à bombes, les navires de transport que vous aviez destinés Tannée dernière à porter 15,000 hommes de troupe et un nombre de grands bateaux de pèche ou de cabotage armés d'un canon de 4, par exemple, ou au moins de pierriers, sur lesquels on puisse embarquer 5,000 hommes de plus.

Vous partagez, Citoyens, le juste désir qu'a la République française de punir le gouvernement anglais de son orgueil et de sa perfidie, et vous ne négligerez aucun moyen d'arriver au but que la gloire et les intérêts respectifs des nations alliées leur ont marqué. Je vous prie de vouloir bien me mettre à portée de rendre compte au Directoire du progrès de vos opérations.

Mais le gouvernement hollandais se trouvait à ce moment dans une situation difficile. La ruine du commerce et la défaite de Camperdown avaient causé dans le pays un extrême malaise. La réfection de la flotte, pour satisfaire aux exigences du Directoire français, avait nécessité rétablissement d^impôts écrasants que toutes les provinces, sauf une seule, refusaient de payer (1).

Cependant, du côté des radicaux, le gouvernement français avait de très chauds partisans.

Le général Daendels, leur chef, qui avait embrassé depuis longtemps avec ardeur la cause française, sans se rebuter par Téchec de Camperdown, demandait à prendre part à une expédition contre l'Angleterre.

Wolf Tone, envoyé par lui à Paris, était porteur d'un rapport au Directoire proposant la coopération effective des escadres françaises et bataves.

Au sujet de cette mission, le journal de Wolf Tone s'exprime en ces termes :

1*' octobre (à son arrivée à Paris). — « Lewins est ici en grande

faveur, il est presque nommé officiellement ministre d'Irlande à Paris il

a ses entrées libres chez Barras, Pléville le Pley et Talleyrand J'ai remis

à Barras le rapport que le général Daendels m'avait confié pour Hoche (i). »

5 octobre. — « Il (le général Debelle) m'a dit que ce sera probablement le général Simon qui prendra le commandement de l'expédition. »

12 décembre. — « H (le général Desaix, qu'il avait déj^i vu le 20 novembre]

(1) Sdoat, lac. cit., p. 235.

(t) C'est le projet contre l'Ecosse dont il a été parlé plus

haut.

29i CINQUIÈME PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.

m'assure que le gouverDement frauçais possède maintenant de grands moyens d'action, en particulier Targent (i).

Voici les lettres qui accréditaient Wolf Tone :

Le lieutenant général DaendelSy commandant l'armée batave, au général Desa/x, commandant provisoirement l'armée d'Angleterre.

La Haye, le 12 dôeembre 1797 (l'an 3* de la Liberté batave).

Général,

Les citoyens Giauque (sic) et Smith, tous deux irlandais, qui tous remettront cette lettre, m'ayant appris que tous désiriez entrer en correspondance aTec moi, je me hâte de répondre à ce désir aTec d'autant plus d'empressement que c'est un Toeu que j'aTais formé moi-même, dès que j'ai su que tous Teniez prendre, en attendant le général Bonaparte, le commandement provisoire de l'armée d'Angleterre. Le GouTernement français méditant des opérations dirigées contre la Grande-Bretagne, et devant dans leur exécution être secondé par ses alliés, il est bien important qu'on mette dans les préparatifs et dans les opérations elles-mêmes un ensemble qui peut en faciliter le succès, et c'est pour obtenir cet ensemble, que notre correspondance. Général, pourrait devenir peut-être très utile.

Vous n'ignorez sûrement pas quelle est la situation actuelle de notre République, qui n'a pas encore eu le bonheur de se donner une constitution, de sorte que nous n'avons qu'un gouvernement provisoire qui a nécessairement toute la lenteur de l'indécision attachée à sa nature. Cependant, s'il faut agir au printemps prochain, il faut des mesures d'autant plus promptes, d'autant plus efficaces, que nous avons à réparer les pertes que notre marine vient malheureusement d'essuyer.

Déjà beaucoup de temps s'est écoulé, il ne nous en reste peut-être pas assez si nous Toulons être prêts pour le mois de mai prochain. 11 serait donc bien intéressant que le Directoire fît à notre gouvernement des ouvertures sur les opérations qu'il médite, sur les efforts qu'il espère que ses alliés feront pour le seconder et sur la nécessité de hâter les préparatifis. Cette seule démarche peut nous donner assez d'impulsion pour faire adopter et exécuter des mesures qui ne sont encore qu'en proposition et qui en resteraient peut-être longtemps là, si une invitation du Directoire ne venait pas un peu les hâter. Mieux que personne. Général, vous êtes à même de faire sentir l'utilité de cette mesure.

Je sais. Général, que le GouTernement n'est pas trop bien fourni en cartes des pays contre lesquels il se dispose d'agir. Le général Hoche, au moment où je m'embarquais, dans l'intention de faire une descente en Irlande, a bien Toulu me donner la seule carte qu'il eût de ce pays. Comme elle est bonne et rare, j'ai cru que ee serait tous obliger que de vous en donner une copie. Elle est faite aTec la plus grande exactitude, vous la trouverez ci-jointe.

(1) Le 21 et le 23, Wolf Tone devait voir Bonaparte. Voir ci -dessous.

J'ai aussi un atlas complet de TÂngleterre et de TEcosse, c'est tout ce qu'on peut trouver de plus détaillé et de plus parfait. Mais comme ce sont des cartes itinéraires, elles sont sur une échelle peut-être un peu trop petite, j'ai fait copier une partie de celles de l'Ecosse sur une échelle beaucoup plus grande : si vous les désirez je puis tous les envoyer. Je puis faire aussi copier celles de la côte méridionale d'Angleterre, ou de tout autre point que vous demanderiez. J'ai, en outre, un plan du port de Plymouth, levé en 1737. Il n'est pas militaire, il est seulement en perspective, mais il doit donner une idée trè? exacte de l'entrée du port et des ouvrages qui le défendent; s'il peut vous être utile, je vous l'enverrai aussi. En tout. Général, dès qu'il s'agira de concourir, de quelque manière que ce soit, à abattre le seul ennemi qui s'oppose encore à la prospérité de nos deux Républiques, soyez assuré de trouver en moi im dévouement et un zèle sans bornes.

Salut et respect.

Le lieutenant général.

Signé : Dabndels.

P.S. — Permettez, Général, que je recommande à vos bontés les deux personnes qui vous remettront cette lettre. Je connais leurs talents et leur zèle pour la cause commune ; ils ont été très utiles au général Hoche, à moimême ; ils peuvent l'être encore davantage quand le gouvernement français réalisera les desseins qu*il médite.

Le lieutenant général Daendels, commandant l'armée batave, au général Deaaix, commandant provisoirement l'armée d'Angleterre.

La Haye, le 11 janvier 1798 (l'an 4* de la Liberté batave).

Général,

Sans doute. Général, nous partageons en Hollande la haine que le Gouvernement anglais inspire à vous, au Gouvernement français, à tous les amis de la liberté; sans doute cette haine, cet esprit public, qui se sont manifestés d'une manière énergique, au moment même où nous venions d'essuyer un revers, sont inspirés par notre intérêt national qui, évidemment, ne peut prospérer que par l'abaissement de cette orgueilleuse puissance. Mais dans une République qui se constitue, au milieu des partis qui luttent, l'intérêt général est-il toujours écouté ? Surtout quand l'absence presque totale d'un gouvernement ne laisse aucun point de réunion aux opinions, aucune énergie à l'administration. Il y a longtemps que je gémis. Général, d'en être réduit à des désirs impuissants. Cependant, quelque pénible que soit notre situation, nous pouvons agir. Sur la demande que m'en a fait le nouveau ministre français, le citoyen La Croix, je viens de lui remettre un mémoire détaillé sur le seul moyen qui nous reste de tirer le meilleur parti possible des faibles forces maritimes qui sont encore en notre pouvoir. Le ministre m'a dit que le général Bonaparte l'avait prié de lui procurer des renseignements à cet égard,

et c'est h. lui que mon mémoire doit être envoyé. Je souiiaiie qu'il approuve mes idées.

La connaissance trop exacte que j'ai, et des circonstances fâcheuses où nous nous trouvons, et des médiocres ressources que nous avons, me fait présumer que les moyens que je propose sont les seuls que nous puissions employer pour seconder ujlilement la France cette année. Mais que mes propositions soient acceptées ou non, daignez assurer le général Bonaparte, et daignez être persuadé vous-même que dans tous les temps on trouvera chez moi un zèle sans borne pour concourir de tous mes moyens au succcès d'une si glorieuse entreprise.

Salut et respect.

Le lieutenant générai,

Signé : Daendels.

Le plan que Daendels avait rédigé et fait envoyer au général Bonaparte paraît être celui qui avait déjà été remis par Wolf Tone à Barras. Il présente avec celui qui avait été soumis à Hoche de grandes analogies. C'est toujours de rÉcosse qu'il est question.

Plan du général Daendels (résumé) (1).

Janvier 1798.

La Hollande peut mettre à la disposition de la France, pour une campagne contre FAngleterre, 13 vaisseaux seulement, dont 6 au Texel, 4 dans la Meuse, 3 ou 4 en réparation. Par conséquent, rien de plus facile pour les Anglais que de bloquer les côtes de la Hollande avec des forces supérieures. Mais on peut espérer gagner l'ennemi de vitesse, embarquer 25,000 hommes, en majorité français, stationnés en Hollande, dès le mois de mars, sur les vaisseaux, les frégates et une dizaine'de transports, faire route le long des côtes vers le nordouest, puis vers le nord pour aller débarquer en Ecosse, à Leith. De là on marchera vers Edim!>ourg, ville ouverte qui n'a pour sa défense qu'un vieux chc^teau et un seul bataillon. Une fois maîtres des deux rives du Forth, on s'étendra le long du Royal Canal, qui unit cette baie à celle de la Clyde, et qui joint la mer du Noid avec le canal de Saint-George.

La ligne de défense serait établie la droite à Dumbarton, la gauche à Falkirk, ce qui présente un front de seulement trois lieues d'étendue, couvert par le canal qui est large et profond, ayant à dos Ja rivière de Forth qui est large et étendue, tombe dans le lac de Gatjern « de manière que nous serions dans une île et retranchés naturellement de tous côtés, maîtres de la navigation du canal qui nous procurerait nos moyens d'approvisionnements ». De cette façon

(1) Archives de la Guerre, Expédition d'Irlande.

aussi, TAngleterre se trouve séparée de TÉcosse, où Ton peut espérer recruter des partisans.

Pendant ce temps, les Français auraient opéré un débarquement soit en Irlande, soit sur les côtes méridionales de TAngleterre, de telle sorte que les Anglais ne pourraient diriger des forces suffisantes contre l'Ecosse, qui serait perdue pour eux.

Ce rapport fut transmis le 18 janvier 1798 au général Bonaparte.

D'accord avec les radicaux, le gouvernement français, représenté en Hollande par son nouveau ministre Delacroix et par Joubert, prépara dans ce pays un coup d'État à la façon du 16 fructidor (1). L'opération réussit le 21 janvier, et bientôt toutes les ressources de la Hollande étaient mises à la disposition de la France (2).

Un autre élément devait entrer dans les projets, c'était la flottille légère dont le noyau principal était au Havre avec Muskeyn et qui allait prendre une nouvelle extension.

Dès le 25 décembre, Tordonnateur de Dunkerque reçoit Tordre de faire construire dans ce port, ainsi que dans ceux de Calais et de Boulogne, 20 chaloupes canonnières d'un nouveau type (3). Quelques jours après, le ministre lui prescrit d'en entreprendre 40, et enfin, le 14 janvier, un projet d'ensemble fixe à 170 le nombre de ces bâtiments qui doivent être mis en chantier. 60 seront construits dans l'arrondissement de Dunkerque, 60 dans celui du Havre (Rouen, Honfleur et Dieppe, au lieu des 22 prescrits le 25 décembre); 20 à Granville (au lieu de 5 prescrits le 25 décembre) ; 30 à Saint-Malo (au lieu de 16 prescrits le 25 décembre). Tout doit être prêt le 1" germinal (22 mars). .

Enfin les ports de Bordeaux, Nantes, Brest, MorlaLx, Saint- Malo et GranvUle reçoivent Tavis d'avoir à affréter tous les navires de commerce jusqu'à concurrence de 20,000 tonneaux et de les aménager pour porter 30,000 hommes (4). Le prix

(1) Sdout, loc. cit., p. 237 et suiv.

(2) Lettre de Joubert et lettre du Directoire hollandais, 27 février.

(3) Archives de la Marine (BBi^, 121).

(4) Rapport du Ministre de la marine au Directoire du 2 mai 1898 {Archives de la Marine, BB^r, 119).

fixé à 5 francs par tonneau, s'élève à 100,000 francs par mois (1).

Jamais, depuis le commencement de la guerre contre l'Angleterre, les gouvernements qui s'étaient succédé n'avaient déployé une activité pareille. Aussi l'enthousiasme dans le pays fut-il extrême.

Bien que les dons patriotiques atteignent seulement le total de 65,000 francs (2), certains d'entre eux ont un caractère véritablement touchant. La 24® demi-brigade, le 31 janvier, offre un jour de solde, et son exemple est suivi par la garnison de Lille, par la 46® et par d'autres corps (3). Le 2 février, les élèves de l'Ecole polytechnique destinés à l'artillerie, demandent que l'époque de leurs examens soit avancée, afin qu'ils puissent prendre part à l'expédition. Celle-ci devient dans les journaux, au théâtre, dans la rue et dans les salons, l'occasion de manifestations patriotiques sans nombre. La haine contre l'Angleterre, amassée pendant cinq années de luttes, de souffrances, de détresse financière, de guerres civiles et de complots soutenus ou fomentés par l'action de l'étranger, a pénétré dans les masses et est devenue le sentiment le plus fort des Français de cette époque.

(1) Note des a ffr éléments ordonnés.

Bordeaux ô .600 tonneaux.

Paimbœuf et Nantes 5.000

Brest 3.000

Morlaix 1.200

Saint-Malo 3.000

Qranville 1 .200

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