AOUT
Tandis que les 30 vaisseaux et les 15,000 matelots de Brest restaient inactifs, le ministre Truguet avait cherché à utiliser les restes de la flottille de Muskeyn, qui avait si misérablement échoué Tété précédent. Il avait conservé à ce marin étranger toute sa confiance et avait admis, d*accord avec lui, les bases suivantes pour la constitution de 4 divisions de bateaux plats :
Bases de /a composition de la flottille (i).
La flottille sera composée de 24 grandes canonnières, de 48 petites, de 4 cornettes et de 8 avisos ou bâtiments légers.
Elle sera partagée en 4 divisions.
Tous les bâtiments de cette espèce disséminés sur la côte depuis Port-Malo jusqu'à Dunkerque seront sous les ordres du capitaine de la flottille. Us pourront néanmoins, surtout les grandes canonnières, être employés à la protection des convois ou à la défense de la côte, mais le chef de la flottille devra toujours être au courant de leur marche et de leurs mouvements.
Chaque division sera commandée en chef par un lieutenant de vaisseau ;
Les grandes canonnières par un enseigne ;
Les petites par des chefs de timonerie;
L'équipage des grandes canonnières sera composé d'un capitaine, 20 officiers, 40 hommes d'équipage et 30 hommes de garnison ;
(1) Archives de la mcunne^ BB»^ 113. 5 pluviôse an iv (Î4 janvier 1797).
Celui des petites, d'un capitaine en second, 16 hommes d'équipage et 30 hommes de garnison, les officiers et canonniers compris.
Les corvettes et avisos comme de coutume, seulement la garnison sera composée de volontaires des bataillons.
Dans ce moment, il existe 26 grandes chaloupes réparties dans les ports de Dunkerque, Cherbourg et Port-Malo.
Il existe à Duniserque un bataillon de petites chaloupes, ci. . 12
A Boulogne et Calais 12
Dans les ports de l'arrondissement, en construction 5
A Cherbourg 5
A Port-Malo 6
Totel iO
Reste à construire pour arriver au complet. 8
Mais il se trouve actuellement au Havre 11 bateaux canonnières de l'ancienne forme dont on pourrait peut-être tirer un certain parti et que le Coounissaire principal propose de mettre en Tente.
Il n'était plus question de descente en Angleterre ; Tobjectif plus modeste de la flottille devait être la défense mobile des côtes pour la protection du cabotage, et, éventuellement, une petite opération offensive à courte distance du continent.
Pendant tout le mois de février, Muskeyn à Dunkerque (1) avait constamment exercé la division du port, qui comptait 6 grandes et 24 petites canonnières. Le Ministre l'approuvait et lui promettait des renforts :
Le Ministre de la marine au citoyen Muskeyn, capitaine de vaisseau.
1« mars 1793 (2).
Je vois avec plaisir que vous commencez à exercer Totre division sur
la rade de Dunkerque Il est nécessaire que tous continuiez c^s exercices,
jusqu'à ce que le moment soit Tenu de réaliser les projets que je tous ai communiqués.
Ce qui n'est pas moins important c'est d'actiTcr la confection des canonnières qui sont encore sur le chantier dans l'arrondissement de Dunkerque.
(l) Lettres des tz et 25 avril. {Archives de la marine, BB«^, 113.) {%) BB", 113.
16 mars 1793.
Je n'ai pas encore demandé au Ministre de la guerre de pourroir à la
formation des 3 ou 4 bataillons qui doivent servir sur la flottille, attendu que je ne connais pas encore exactement le nombre des canonnières de tout genre qui sont déjà en activité, ni Tépoque à laquelle celles qui sont sur les chantiers pourront prendre la mer
Muskeyn répondait :
49 mars. — Je vais prendre des renseignements pour" pouvoir vous donner un tableau général de la sihiation des canonnières de tout genre dans les ports du Havre, Cherbourg et Saint-Malo.
Pour ce qui concerne Tarrondissement de Dunkerque, sa force consiste pour le moment en 24 petites canonnières (dont 12 du bataillon de Dunkerque, quoique finies, ne sont pas armées), 10 grandes canonnières et 3 avisos, le tout en bon état.
Bientôt de petits combats allaient donner aux équipages de la flottille, une confiance qui leur avait jusqu'alors complètement manqué :
Muskeyn au Ministre,
23 mars.
J^ai Thonneur de vous annoncer mon départ de Dunkerque Etant au
travers de G ra vélines, j'ai aperçu une frégate qui porta sa bordée du large du moment qu'elle me vit. Je suis arrivé le soir dans le port de Calais en bon
ordre Trois grandes canonnières sont sprties (de Dunkerque) à la marée
du soir pour me joindre. Elles ont rencontré la même frégate qui portait sa
bordée à terre pour leur couper le chemin. Les canonnières voyant
qu'elles ne pouvaient éviter un engagement se sont disposées au combat, formant la ligne de bataille ; elles ont largué leurs basses voiles ainsi que leurs perroquets. La frégate, voyant que ces canonnières étaient disposées à se mesurer avec elle, a pris le large. Elle était accompagnée d'un lougre. Je suis sorti le lendemain de Calais avec la marée du matin et arrivé à Boulogne le soir fort tranquillement.
C'est hier, 2 germinal, que la canonnière La Chiffonne sortit de ce port avec la marée du matin pour se rendre à Saint- Valéry, le vent au S.-S.-O. ; l'ennemi vint bravement attaquer cette canonnière : ils étaient i frégate de 36 canons, 1 corvette de 20 et 3 moindres bâtiments. La canonnière gagna la côte et les attendit tranquillement. L'ennemi a tiré 40 à 50 coups de canon qui ont été ripostés de la canonnière par 15 coups de 24. Il faut vous observer, général, que la marée était basse et qu'il n'y avait pas suffisamment d'eau pour un canot, pour sortir du port. La petite escadrille anglaise a disparu à marée montante, et notre canonnière est rentrée saine et sauve
Je viens d'apprendre que deux de mes canonnières à qui j'avais donné
ordre de partir de Calais pour escorter des bâtiments de transport vers Dunkerque ont eu un engagement avec une frégate de 36 à 40 canons. Elles s'en sont tirées avec tout l'honneur possible, ayant forcé la frégate à gagner le large. . .
Le retour à Dunkerque s'efiFectua tout aussi heureusement : parti de Boulogne le 26 mars, Muskeyn mouillait le même soir à Calais et, repartant le lendemain à S heures du matin, il arriva avant midi en rade de Dunkerque, ramenant 6 grandes canonnières et 23 petites. L'ennemi, fort de 5 voiles, n'avait pas osé attaquer la petite division (1)»
Encouragé par ce succès, le Ministre prescrivit un mouvement sur le Havre pour rapprocher la flottille de l'objectif qui, dans l'esprit de Truguet, lui était déjà assigné :
Le Ministre de /a marine à Muskeyn,
4 avril, — J'ai vu avec intérêt les premiers mouvements de la flottille sous vos ordres : les engagements que quelques canonnières ont eus avec l'ennemi me donnent l'espoir que cette nouvelle arme aura tout le succès qu'on peut en attendre et qu'elle assurera le service des convois et la protection des côtes. Mon intention étant de tenir les embarcations en acti?ité continuelle pendant la belle saison, vous voudrez bien vous disposer à vous rendre le plus tôt possible au Havre avec les 6 grandes et les 23 petites canonnières que vous avez réunies. Vous prendrez sous votre escorte les navires destinés pour ce port où je vous ferai passer des ordres ultérieurs.
Muskeyn obtint sans peine l'autorisation d'emmener avec lui plus de bateaux qu'il n'avait d'abord été spécifié :
10 avril, — Je vous observe qu'il en existe 11 ici et 1 k Saint-Valery. La force de six canonnières est peu suffisante, \u que nos ennemis me guettent avec plusieurs frégates et même des vaisseaux rasés.
Le Ministre de la marine à Muskeyn,
14 avril.
Vous pourrez prendre avec vous les 10 canonnières que vous présumez
vous être nécessaires Je vois avec plaisir que dans le coup de vent qui
s'est manifesté après la sortie des 2 divisions que vous avez récemment expé-
(1) Lettre de Muskeyn en date da 31 mars.
diées de Dunkerquc, les petites canonnières se sont bien comportées à la mer
et sont airiTées sans avaries à Calais et à Boulogne Je vais écrire au
Ministre de la guerre de presser la formation du 3* et du 4« bataillons que la composition actuelle des équipages des grandes canonnières rend indispensables
Sans attendre la réponse du Ministre, Muskeyn avait déjà amorcé son mouvement.
13 avril, — Samedi i8, j*ai fait partir de Dunkerque 12 petites canonnières dont 8 pour d'ici à Calais, surveiller le mouvement de l'ennemi, et 4 autres de
Calais à Boulogne une demi-heure après leur départ, il s'est élevé une
brume très épaisse et le vent a fraîchi. Ceux destinés pour Boulogne ont été bien vite à l'abri du cap Gris-Nez, mais ceux pour Calais ont été obligés de
mouiller en rade de ce port et d'y passer la nuit le lendemain matin
ils ont vu 3 frégates, 1 lougre et 1 cutter mouillés à une bonne lieue au large d'eux, mais la mer étant grosse, les petites canonnières sont rentrées au port de Calais sans avaries.
Les canonnières que j'ai envoyées croiser dans l'Ouest ont été attaquées par
trois frégates. Je n'ai pas encore le rapport tout ce que je puis dire pour
sûr c'est que les frégates, après un combat de deux heures, ont abandonné le champ de bataille et couru leurs bordées au large (1).
Mais, à partir de ce moment, la correspondance de Muskeyn change tout à fait de caractère. Au lieu des promesses d'action immédiate, ce ne sont plus que réclamations au sujet
(1) Situation à la date du 2 mai :
Dunkerque V Inquiète (brick), 8 eanoonières, V Insolente (lougre), la Forli-
tude (aviso) ; 12 bateaux composant le bataillon de Boulogne, en partie armés, du nouveau modèle ;
12 bateaux composant le bataillon de Dunkerque ; nouveau
modèle ;
Gr avelines 1 canonnière ;
Saint-Valéry 2 canonnières ;
Le Havre 3 canonnières ;
13 bateaux, dont 7 désarmés; 5 — sans voiles ;
Dieppe 5 — en chantier ;
Saint-Malo 2 — presque terminés ;
Solidor 6 — en chantier ;
Granville 1 canonnière, en réparation ;
Brehare 1 — —
Abervrach l — en bon état;
Cherbourg 3 — une légère réparation, en bon état ;
5 bateaux, sans mAture ;
Granville 2 — sans mâture. (BB»^, 113.)
de la lenteur des travaux, pénurie de soldats et de marins, plaintes sur les désertions et le peu de valeur des troupes (1), enfin et surtout demandes continuelles de fonds non seulement pour les matelots qui se font embaucher par les corsaires pour être payés, mais pour lui-même et son état-major. Le 18 mai, après un mois perdu, Muskeyn avoue qu'il doit 3,000 francs à Dunkerque pour ses dépenses personnelles.
Enfin, péniblement et en plusieurs fois, 6 grandes canonnières (alors que Muskeyn demandait à en emmener 10 ou 11) et 24 petites parviennent à se rassembler le 28 mai à Gravelines. Mais, là, la même série de récriminations recommence; outre les désertions, la pénurie dans laquelle vivent les officiers de Tétat-major (n'ayant que 13 francs par jour pour vivre à eux 6) (2), ce sont cette fois les vivres de campagne que les bureaux de la guerre promettent toujours et restent un mois sans fournir (3).
C'est le 29 juin seulement, et encore en grand désordre, que la division prend la mer pour arriver le 30 au Havre.
29 juin, kt lieaes de Gravelinei (4).
J'ai rhonneur de vous annoncer que je suis parti ce matin, à 4 heures 1/â, avec 6 grandes canonnières et 24 bateaux canonniers. Le vent de la partie S. et S.-E., joli, frais et beau temps.
J'observe à Tinstant qu'une grande canonnière et un aviso sont restés de l'arrière et qu'ils me rejoindront à la marée prochaine.
Muskeyn k Marine,
2 JaUlet.
J*ai l'honneur de vous annoncer mon arrivée dans ce port (le Havre), avec les 2 bataillons de bateaux canonniers, 6 grandes canonnières, le lougre le Fanfaron et un bAtiment chargé de cordages pour Brest. L'aviso la Fortitude
est resté en arrière Je suis entré sur cette rade le 12 (30 juin), à 4 heures
de l'après-midi, après une traversée de trente-six heures très heureuse. J'ai vu,
(1) 2 mai. — « L'ordre du Ministre de la guerre est venu pour incorporer dans les bataillons de Dunkerque et de Boulogne les troupes provenant de la division de Flissingen; nous sommes occupés à le faire, et je puis vous assurer qu'on n*a jamais eu de plus mauvaises troupes que celles-là ».
(2) Lettre du 28 mai.
(3) Lettre du 15 juin.
(4) BBi% 113.
pendant mon Toyage, trois frégates ennemies; une a fait route avec moi ilepuis Grayelines jusqu'à la hauteur des bancs de la Somme, elle se tenait toujours à trois portées au large de nous. Devant Boulogne, je voulus l'attaquer, mais elle ne tint pas. J'ai cru qu'il aurait été imprudent d'aller m'exposer au large, et j'ai continué ma route. Nous avons essuyé un assez gros temps pendant la nuit du 11 au 12; nous fûmes obligés de gagner le large; la mer
était trop grosse sur la côte
Je vais d'abord m'occuper des îles Saint-Marcouf. Vous savez, Général, que faute de marins, je suis obligé de mettre de fortes garnisons sur les grandes chaloupes canonnières, ce qui affaiblit les petites. Vous m'avez promis de me faire avoir des militaires : je vous prie de me faire avoir un bataillon de plus sans retard
Déjà le Ministre de la marine avait envoyé à Muskeyn ses instructions définitives, et ce n'est pas sans surprise qu'on peut y relever la singulière idée que se faisait Truguet de cette chance si inespérée, unique, qu'avait donnée à la France la révolte des flottes anglaises.
Marine à Muskeyn, au Havre-
13 juin 1797.
J'ai lieu de croire, Citoyen, d'après les derniers comptes que vous m'avez
rendus, que vous ne tarderez pas à vous rendre au Havre avec la flottille
que vous commandez.
Je m'empresse de vous faire connaître le service que vous aurez à
remplir. Les forces qui vous sont confiées peuvent être également employées à la défense des côtes de la République et à l'attaque des ennemis sur leur propre territoire. Ce dernier objet présenterait sans doute plus de moyens à votre courage et des résultats plus glorieux, mais, dam ce moment, où C insurrection vient de se manifester sur la flotte anglaise, il serait impolitique de s* occuper d'une entreprise de ce genre qui ne manquerait pas de rapprocher les deux partis par le danger commun. Ainsi, vous ne devrez vous occuper, quant à présent, que de la protection des côtes et du cabotage, depuis le Havre jusqu'à Brest, particulièrement dans la baie de Caen et dans la Déroute. Cependant, il sera nécessaire, pour faciliter la communication entre ces ports, que vous fassiez de promptes dispositions pour reprendre les îles Saint- Aï arcouf. Vous savez quelle est la position de ces iles dont les Anglais se sont emparés; qu'elles leur offrent un point d'appui pour leurs croiseurs et qu'ils y entretiennent
constamment des forces de terre et de mer le gouvernement ne peut
souffrir plus longtemps qu'un point aussi rapproché de nos côtes reste au pouvoir de l'ennemi, et, depuis que je m'occupe de la flottille, je vous ai réservé l'honneur de cette opération. En conséquence, à votre arrivée au Havre, vous
(1) BBw, 113.
prendrez des renseignements exacts sur l'état de défense des îles Saint-Marcouf, et si, comme j'ai lieu de l'espérer, les forces qui vous sont confiées sont suffisantes, vous ne perdrez pas un moment pour les enlever.
Le citoyen Eyriz, que je chargeai il y a plusieurs mois de recueillir des documents détaillés sur la situation militaire de ces Iles et sur les moyens de les attaquer, pourra vous procurer des notions importantes à l'aide desquelles
vous réglerez votre moyen d'exécution Si vous en aviez besoin de plus
grands, je me concerterais avec le Ministre de la Guerre pour vous procurer
des troupes d'élite gardez le plus profond secret sur cette partie de votre
mission
J'ai appris avec plaisir votre arrivée au Hîlvre
J'écris au Ministre de la guerre pour lui demander de faire mettre à votre disposition un nombre d'hommes assez considérable pour former deux autres bataillons.
Muskeyn, en recevant ces instructions, promit de s'en acquitter à sa gloire, annonça Tintention d'employer à l'expédition les bateaux non pontés trouvés au Havre, en les armant de caronades et de mortiers, et envoya sur les îles Saint-Marcouf des renseignements qui prouvaient, s'ils étaient exacts, que Tattaque de ces îles n'était pas au-dessus des moyens de la flottille.
Il juillet (du Havre) Mon voyage sur la côte m'a procuré les renseignements nécessaires. La force de ces lies (Saint-Marcouf; est entre 50 à 60 pièces de canon et à peu près 200 hommes. Il y a très souvent des frégates et des vaisseaux de ligne rasés, mouillés; mais, depuis quelque temps, ils n'ont point paru.
Mais, au moment de tenter l'aventure, et bien qu'encouragé (1) par le nouveau Ministre de la marine, Pléville le Pley, remplaçant Truguet tombé, Muskeyn donnait de sa situation une description rien moins qu'encourageante.
24 juillet les bâtiments sous mes ordres sont prêts à partir au pre-
(1) Lettre du 11 juiUet.
Le Ministre de la Marine à Muskeyn, au Havre.
27 juillet.
Mon intention est de ne rien changer aux dispositions qui ont été d^à faites
vous voudres bien vous occuper avec la plus grande célérité de l'expédition sur les Ues Saint-Marcouf et prendre sur-le-champ les mesures pour mettre à la voile sans aucun délai. Mon prédécesseur vous a fait connaître la conduite que tous devres tenir dans le cas où TOUS TOUS emparericx de ces îles; je confirme ces dispositions. (BBi^, 113.)
raier Tent favorable pour exécuter l'expéfUtion qui m'est confiée. Malheureusement mes équipages se plaignent beaucoup et j'ai à craindre, d'après les rapports faits par les capitaines, un refus général au moment que je ferai le signal d'appareiller ; il me manque pour compléter mes équipages 220 marins qui m'ont été en partie promis pour le moment de mon départ. Ces hommes seront pris sur les frégates et corvettes de ce port. Que dois-je attendre, Ministre, d'hommes pris de force, embarqués sur la flottille pour faire une expédition sans rien recevoir? Ne dois-je pas ôtre assuré qu'à la première relâche que je serais dans le cas de faire, mes équipages désertent et fassent manquer une expédition que je vous garantis si mes marins tiennent bon. Les soldats sont de la meilleure volonté il manque six mois de solde.
Le surlendemain, au moment d'un exercice, la plus grande partie des équipages se sauve et rejoint après le contre-ordre de sortie pour demander de l'argent.
La flottille est aujourd'hui composée de 7 grandes canonnières et
24 bateaux canonniers portant chacun une pièce de 18 et une pièce de 6, qui se débarque avec facilité, de 2 bataillons organisés d'après le local des bateaux. Ces bataillons sont chacun de 456 hommes, bien habitués à la mer et à la rame ; ils sont payés et habillés par la commission de terre, mais nourris par
la marine Les circonstances seules sont cause du peu d'activité que la
flottille s'est donnée le manque de fonds a toujours tenu mes bâtiments
cloués dans les ports et a continuellement occasionné une grande désertion parmi mes équipages ; je n'ai jamais pu opérer une sortie avec une partie de ma flottille, sans dégarnir l'autre restant dans le port. Pour faire sortir quatre canonnières, j'étais très souvent obligé de prendre les équipages de huit et d'y embarquer des militaires de mes bataillons. Tout cela faute de matelots. La flottille serait encore dans le port de Gravelines sans votre prédécesseur, en habillant des marins nus et en payant les équipages provenant de la division de Flessingen, qui avaient huit mois à réclamer et qui refusaient d'aller en mer. J'ai désarmé 5 grandes canonnières pour a^oir suffisamment de marins pour conduire la flottille ici
Enfin le vent étant devenu favorable et surtout le Ministre ayant envoyé assez d'argent pour payer ces marins qui refusaient de servir sans solde, l'expédition eut lieu et échoua misérablement sans que l'ennemi ait contribué à son échec.
19 août. — Aussitôt en rade, je me fis donnei l'état de situation de
tous les bâtiments sous mes ordres et après avoir fait le versement nécessaire pour pouvoir prendre la mer, je fis signal d'appareiller et je fis de suite route vers les îles Saint -Marcouf. Le vent était de la partie du S.-E. petit frais, et ma flottille marchait dans le meilleur ordre du monde sur trois colonnes. Nous n'aperçûmes aucun ennemi. Vers les 10 heures du soir le vent fraîchit beaucoup et, entre minuit et une heure, nous trouvant par le travers de Port-en-
Bessin, trois lieues au large, nous fômes assaillis par un orage affreux. Les vents sautèrent au S.-O. et varièrent jusqu'au N.-O avec violence. L'orage dura pendant trois heures consécutives pendant lesquelles toute la division se dispersa.
Me voyant entraîné au large, dans ce momenMiV une partie de ma division se trouva peu éloignée des îles Saint-Marcouf, où je devais supposer une division ennemie; je fis le signal de virer de bord pour rallier la terre. A la pointe du jour, je ne trouvai en vue que 15 bâtiments, de 37 qui composaient ma flottille, auxquels je fis signal de faire route pour la baie de Caen Vers le
midi, je mouillai vis-à-vis la rivière de Caen, où je suis parvenu à rallier
29 bâtiments J'ai le plaisir (sic) de pouvoir vous annoncer mon entrée
dans ce port avec tous les bâtiments de ma division, sauf un seul bateau qui, à ce que je présume, a gagne la Percée.
Cette fois Truguet n'était plus là pour couvrir Muskcyn qu'il avait si constamment soutenu, et, perdant patience, le gouvernement fit désarmer la flottille.
Ministre de la marine à Muskeyn.
10 fructidor.
J'aî reçu votre lettre du 2 de ce mois, par laquelle vous me rendez compte que les mauvais temps vous ont forcé de rentrer au Havre avec la flottille que vous commandez.
Le Directoire exécutif vient de décider que l'expédition dont vous étiez chargé n'aura pas lieu, et son intention est qu'il soit procédé sur-le-champ au désarmement de tous les bateaux canonniers.
Projet de Collinet (!*' mars 1797). — Les Anglais ne pouvant toujours maintenir des vaisseaux de ligne en croisière devant Brest, il viendra toujours un moment où un nombre suffisant de frégates et de transports chargés de troupes pourront passer en sûreté. En cas de rencontre avec des forces supérieures, il suffirait de se disperser pour gagner séparément le rendez-vous. Au besoin on prendrait tout d'abord la direction du nord de TEspagne pour dépister l'ennemi et lui donner le change, et, pour mieux le tromper, des diversions se feraient simultanément en partant de différents ports de la Manche et de rOcéan.
Le meilleur objectif serait le havre de Fowey, à mi-chemin entre Plymouth et Falmouth, dont l'entrée est facile et le mouillage excellent.
Projet de Le Got, membre du Conseil des Cinq-Cents (26 avril 1797). — Le pian de l'auteur consiste à enlever le Portugal, à multiplier les armements en course, à établir une croisière à l'entrée du golfe Persique, et h tenter un débarquement en Angleterre et en Irlande. Voici ce qu'il propose pour ce dernier objet: A défaut de marine, il rassemble i\ Flessingue et aux environs 40,000 hommes qu'il embarque sur des transports avec des vivres pour deux mois. Il place aussi 15,000 hommes à Ostende et à Dunkerque. On obtient ainsi l'avantage de menacer les deux rives de la Tamise, les côtes d'Ecosse, et l'on pourra selon les circonstances, en doublant la pointe septentrionale de l'Ecosse, porter les 40,000 hommes au nord de l'Irlande.
Il veut aussi à Cherbourg, 3 frégates et des vaisseaux de transport avec 15,000 hommes d'embarquement pour menacer Portsmouth et Jersey ; à Brest, un certain nombre de troupes pour menacer Plymouth et l'Irlande ; à Lorient, ^ 2,000 hommes et 3 vaisseaux de ligne avec des frégates ; à Rochefort, autant pour se porter en Irlande.
L'expédition préparée à Dunkerque (c'était le corps de Quantin), ira brûler Chatham de concert avec une flotte hollandaise partie du Texel.
« Je vais, dit l'auteur en finissant, indiquer un dernier moyen que je crois le plus péremptoire de tous. »
Tandis que la marine espagnole retient Tamiral Jeryis devant les côtes du Portugal, le port de Toulon expédiera 15,000 à 18,000 hommes dans le nord de rirlande en profitant de la belle saison.
Projet de Rolland {\" octobre 1797). — « Pendant les 23 années que j*ai travaillé avec feu le général Gribeauval, dit Fauteur, le gouvernement français a projeté deux fois une descente en Angleterre. Ayant été chargé par ce général, d'en ébaucher chaque fois le travail préparatoire par rapport à l'artillerie, je vais essayer de tracer ici ce que ma mémoire m'a conservé. »
Les deux premiers mémoires ne présentent d'autre intérêt que celui qui s'attache aux projets de 1770 et 1778, le second est presque exclusivement une nomenclature de bouches à feu de tous les calibres possibles. Le troisième enfin est un projet de défense des côtes de Bretagne contre une descente des Anglais.
Projet du général Valence (28 avril 1797). — Outre l'intérêt qu'il y a à s'entendre avec les Irlandais au sujet du choix du meilleur point de débarquement en Irlande, il faut se souvenir que les côtes du nord -est de l'Angleterre sont les plus vulnérables »c les terreurs y sont extrêmes, même quand on n'a à craindre que les équipages de quelques vaisseaux ». .
Il est donc très utile de faire coïncider les préparatifs de descente en Irlande ou sur les côtes méridionales'de l'Angleterre avec des embarquements partant respectivement du Texel pour la Tamise, et de l'embouchure de l'Elbe pour les côtes du nord-est de la Grande-Bretagne.
En même temps que Ton diviserait les forces de l'ennemi, les expéditions profiteraient toutes les trois du même vent. Le général Hoche peut se porter rapidement sur l'Elbe et mettre l'embargo sur tous les navires qui se trouvent dans le port de Hambourg. C'est une raison de plus pour porter la guerre dans le Hanovre, possession de l'Angleterre.