‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 5 sur 61 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Peu de questions historiques ont soulevé autant de controverses que la responsabilité à faire peser sur la nation française ou le peuple anglais de l'initiative d'une des guerres les plus longues, les plus acharnées, les plus funestes pour Thumanité et la civilisation. Aujourd'hui encore, après les travaux du Français Sorel et de FAllemand Sybel, on ne peut dire que le problème soit résolu d'une façon définitive. Il est pourtant nécessaire d'en exposer sommairement les données principales, car la manière dont fut engagée cette lutte eut une influence prépondérante, non seulement, comme c'est la règle, sur les opérations, mais aussi, et c'est là le sujet spécial de cette étude, sur les projets qui furent formés en France pour atteindre au cœur la puissance anglaise.

Les échecs subis par l'Angleterre pendant la guerre d'Amérique avaient laissé, au fond des cœurs « loyalists », une profonde animosité contre cette France, alliée de ceux qu'ils s'obstinaient & considérer, eux, comme des rebelles. L'escadre française souvent victorieuse, toujours redoutable, les menaces très sérieuses d'attaque contre les côtes, les missions secrètes des agents français qu'on avait découverts (1), tout, jusqu'à l'agitation irlandaise attribuée à l'action des libéraux

(1) Oéairtox Lhoyd, Berthais, Paradis.

4 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE I«r.

français, avait contriljué à entretenir une irritation mêlée de crainte dans la partie la plus nombreuse de la population anglaise, d'une religion rigide, d'un patriotisme intransigeant et orgueilleux. Un gouvernement fort et habile, s'imposant par les services rendus par Pitt depuis 1783, allait transformer rapidement ces sentiments en haine irréductible.

Cependant, le parti de la guerre avait à compter avec une opposition dont il importe de ne pas perdre le souvenir.

Il y avait d'abord les théoriciens de la paix à tout prix, uniquement imbus de doctrines humanitaires, ou simplement utilitaires, et dont les représentants les plus distingués au Parlement s'appelaient Bedford, Lauderdale, Stanhope et Landsdowne. Ceux-là n'affichaient pas leurs sympathies pour la France, mais ils repoussaient la guerre parce qu'elle était la guerre, c'est-à-dire un acte de \Tiolence directement opposé à leurs principes philanthropiques aussi bien pour le sang versé que pour les misères sociales pouvant résulter de la gêne imposée au commerce et aux affaires. Cet amalgame d'aspirations hautement chrétiennes et philosophiques, avec des préoccupations utilitaires, capable de produire à certains moments des efforts qui honorent l'humanité tout entière, parfois aussi de simples courants commerciaux, a été à toutes les époques une caractéristique particulière de l'esprit anglais. Dès 1792, ce parti était déjà puissant et nettement hostile aux vues personnelles du ministre W. Pitt.

Bien autrement actif, remuant et redoutable par l'ardeur et le talent, était celui des admirateurs de la Révolution française, dont l'incroyable constance dans ses sympathies pour nous, hautement avouées, soutenues à la tribune souvent dans un magnifique langage, et cependant restées pures de toute compromission contraire au patriotisme britannique, mérite de notre part un reconnaissant hommage. Malheureusement, ce parti libéral n'avait pas dans la population britannique de base sérieuse, et surtout les événements des deux côtés de la Manche devaient bien vite rendre sa tâche ingrate ou désespérée. Outre et les violences des Jacobins français, qui découragèrent leurs partisans en Angleterre, les démonstrations bruyantes des radicaux de ce dernier pays en faveur du suffrage universel, le succès de propagande des agents de Chau-

LES PRELIMINAIRES DE LA GUERRE. o

velin, les projets vrais ou faux des démagogues anglais contre la Tour de Londres, devaient détacher du parti libéral ses plus nombreux et certains de ses plus illustres partisans. Après Téclatante défection de Burke, Macaulay pouvait accuser « les démocrates admirateurs de la France de n'être plus qu'une faction méprisable, sans armes, sans argent, sans organisation ». Fox et Shéridan, correspondants de Condorcet; Landsdowne, ami de l'abbé Morellet, ne devaient plus former qu'un état-major sans soldats, raillé, vilipendé, souvent persécuté par la suspension de Vhabeas corptis^ les poursuites contre Thomas Payne, et dont l'attitude, en le faisant accuser de trahison, ne servit qu'à rendre plus intransigeante celle de ses adversaires.

Telle quelle, cette vigoureuse opposition joua xm rôle des plus importants et permet d'expliquer certaines contradictions relevées dans l'attitude du ministère anglais à la fin de l'année 1792.

Le 10 août, W. Pitt avait procédé, vis-à-vis de la France, à un acte nettement hostile et qui, en tout temps, aurait impliqué l'idée d'une rupture immédiate. Son ambassadeur. Lord Gower, avait été rappelé et avait déclaré en partant « que toute violence contre la famille royale exciterait dans l'Europe une réprobation générale (1). » A l'instigation du ministre anglais à La Haye, une résolution de teneur à peu près semblable, et contenant par suite une menace non déguisée, avait été votée par les Etats généraux de Hollande. Enfin, les navires chargés de grains à destination de la France étaient retenus dans les ports anglais.

Cependant, peu auparavant, Pitt avait ostensiblement détourné la Hollande d'entrer dans la coalition (2); il devait repousser les propositions d'offensive présentées par la Prusse et la Russie, et, tout en refusant de reconnaître à l'ambassadeur de France un autre caractère que celui de représentant du roi Louis XVI, il tolérait la présence de Chauvelin à Londres et ses relations avec tout ce que les radicaux et les démagogues anglais comptaient de plus violent. Bien plus, il

(l) Stcphcns, p. 19G.

(t) Svbcl. d'après la correspondance do Lord Aucklan'1.

laissait entendre que Lord Grenville aurait pleins pouvoirs pour traiter avec la France (1).

Outre le désir, très naturel chez un politique aussi éminent que Tétait W. Pitt, de chercher à désarmer l'opposition en évitant de prendre le rôle d'agresseur dans le conflit jugé déjà inévitable, une autre considération semble avoir dirigé sa conduite.

La Grande-Bretagne, dit l'historien anglais Mahan (2), n'étiit pas au début de la guerre préparée à prendre une offensive Tigoureuse. En 1792, il nV avait « en commission » dans le royaume, que 12 vaisseaux avec 16,000 marins. Les votes du Parlement, le 20 décembre, six semaines seulement avant la déclaration de guerre, n'élevèrent ce dernier chiffre qu'à 25,000, c'est-à-dire à un effectif d'un quart inférieur à ce qui avait été employé pendant la guerre d'Amérique. Dans la Méditerranée et aux Colonies, il n'y avait pas un vaisseau de ligne, digne de ce nom. Heureusement, sur la liste des M 3 navires portés comme croiseurs, au début de 1793, 80 ou 90 étaient en bon état, grâce aux craintes de guerre qu'on avait éprouvées en 1790 et 1791, et une administration prévoyante avait entretenu dans les ports anglais de puissants moyens d'armement qui faisaient défaut en France. Le personnel était plus difficile à trouver que le matériel

Il ne pouvait, en effet, être fourni que par « la presse » brutalement exercée sur les navires et dans les ports, au prix de véritables expéditions à main armée qui, en exaspérant la population, ne fournissaient souvent aux navires de guerre qu'un équipage formé de vagabonds et parfois pis (3).

Quelles que fussent les difficultés de la situation maritime, elles n'étaient rien comparées à celles de la situation militaire.

L'armée régulière, formée par engagements volontaires, comptait au plus 100,000 hommes, dont plus de la moitié était employée dans les colonies. Chaque fois qu'il fallut, dans le cours de cette longue guerre, faire une expédition en Europe ou dans la Méditerranée, on put à grand'peine mettre

(1) Sybcl, d'apr5s lo rapport de l'agent Noël à Danton, 4 novembre.

(2) CapUin Mahan. The Influence of Sea Poiver over the French Révolution ana Empire, p. 96. Londres, 189J, p. 9C.

(3) Considet\ wrole CoUingwood, with sucfi a fleei as we hâve now, how large a

piXfpo7'lion of the a'ews of the ships are misa^eants of every descinption (Col"

lingwood's Correspondance, p. 48). Cap. Mahan, loc. cit.t p. 70. — On peut considérer comme un prodige de rorganisatîon et de la discipline la transformation qui fit de pareils éléments les marins de Duncan, do Jervis et do Nelson.

en mer 35,000 hommes. Aux époques les plus critiques, où l'Angleterre occupée par Tinsurrection dlrlande était directement menacée d'une invasion française, on n'eut jamais plus de 20,000 à 25,000 soldats réguliers à opposer aux envahisseurs. Cette situation se compliquait de ce qu'en 1792, si les corps étaient organisés comme ils le furent plus tard, les effectifs étaient des plus faibles. Une des premières mesures dut être l'augmentation de 10 hommes par chaque compagnie, réduite à l'état de squelette.

Mais, à aucune époque, l'armée régulière n'a été considérée comme la véritable sauvegarde de l'intégrité du sol britannique. La défense du territoire a toujours été confiée à d'autres éléments dont la valeur, diversement appréciée, a d'ailleurs considérablement varié, et sur lesquels il est nécessaire de donner quelques renseignements.

Il s'agit de la milice et des volontaires.

I^ milice, dit le capitaine Hoxier (1), était une institution ancienne aux îles

Britanniques La levée générale des hommes libres pour la défense du

territoire, reconnue par les lois de Guillaume le Conquérant, en est la forme

ancienne En 1572 (sous Elisabeth), une commission décida que tout

homme âgé de plus de 16 ans et en état de porter les armes serait inscrit et

passé en revue on en leva autant que les comtés purent en entretenir,

formés en bandes de 100 dont 40 arquebusiers et 20 archers on en eut,

de la sorte, 132,689 inscrits pour TAngleterre et le pays de Galles

Sous Charles II, bien qu^il existât une armée permanente, la seule armée

reconnue par la loi était la milice Tout possesseur de 500 livres de revenu

terrien (12,500 francs), ou 6,000 livres (150,000 francs) de fortune personnelle, devait équiper et payer à ses ûrais un cavalier. Ceux qui possédaient 50 livres de revenu terrien ou 600 livres de fortune, équipaient un piquier ou un mousquetaire. ^ . . Le tout montait à environ 130,000 hommes En 1688, on

parle de 150,000 hommes.

En 1752, 17,436 hommes furent levés, et, sur ce nombre, 6,280 furent

incorporés {embodied) Les hommes étaient levés en proportions définies

dans chaque comté et devaient servir trois ans. Ceux que le sort désignait pouvaient se faire remplacer en payant 10 livres. La paye était la même que datts Tarmée et les vêtements devenaient la propriété des hommes après un an de service effectif (embodied) ou trois ans de service non effectif {disem'

bodied) Pendant les périodes d'exercice, la milice était soumise aux lois

militaires (Mutiny Act et Articles of War).

Au début de la Révolution française, l'effectif statutaiie de la milice pour

(I) Capt. Hoxier : Invasions ofEngland, I^ndres. 1876.

TAngleterre et le pays de Galles, était de 30,740 hommes, levés par tirage au sort {ballot).

Telle était ce qu'on appelait, en vertu du « Militia Act », la cote statutaire {statutory quota) ; mais Tincorporation « embodiment » ne pouvait être prononcée que dans des circonstances exceptionnelles et par le Parlement. Les officiers n'étaient pas nommés par la couronne directement, mais par les « Lords Lieutenants » de chaque comté. Choses plus graves peut-être, les milices ne pouvaient sortir du territoire de leur district et les miliciens ne pouvaient contracter d'engagements pour l'armée régulière sous peine d'être considérés comme déserteurs. C'était ce qu'on a longtemps appelé la « Constitutional Force », bien plutôt destinée à faire contrepoids à l'autorité royale, qui disposait seule de l'armée régulière et à réprimer des troubles locaux, qu'à lutter contre l'ennemi de l'extérieur. En 1798, après tant et de si importantes modifications dans l'organisation de la milice, les opposants au projet de loi qui autorisait les miliciens à passer dans l'armée par engagement s'appuyaient encore sur la violation du caractère essentiel de cette force « formée, dans le principe, pour

« la défense particulière de nos foyers , payée par les pro-

« priétaires et les possesseurs du sol déjà opprimés et privés « par cette mesure des avantages qu'ils ont chèrement « achetés, particulièrement celui d'une protection perma- « nente et locale pour leurs femmes et leurs enfants, considé- » ration que le Parlement avait toujours fait valoir pour « obtenir les sacrifices demandés (1) ».

Ajoutons que si la milice avait été établie en Irlande depuis 1715, elle n'existait pas encore en Ecosse.

Quant aux volontaires, à la fin de 1792, il n'y en avait pas encore.

On voit par ce rapide exposé combien la situation militaire de la Grande-Bretagne était précaire en regard des immenses armées que la France allait organiser.

Ce n'est pas un des moindres mérites de Pitt d'avoir compris le danger où se trouvait son pays et d'avoir, au cours de

(1) Journal des Lords, cité par Clode (Cap.) : Militai^ forces of ihe Croxon, Londres, 1869.

cette longue guerre, constamment et très péniblement lutté pour arracher au Parlement anglais Targent et les soldats qui lui manquaient.

Dès la fin de novembre 1792, la guerre étant imminente, le ministre était allé au plus pressé.

Le 1®' décembre, un grand conseil tenu à l'Amirauté avait décidé un armement à Chatham. Le même jour, une proclamation royale annonçait l'intention d'appeler aux armes une partie de la milice, appliquait aux étrangers des mesures d'ctrjitc surveillance et convoquait pour le 13 la Chambre des Communes.

Le H, sans attendre sa réunion, chaque compagnie d'infanterie régulière recevait un supplément de 10 soldats et une escadre se formait aux Dunes pour menacer TEscaut.

A peine la session était-elle ouverte que, le 14, H régiments de milice étaient réunis ; on accordait d'urgence les crédits pour 9,000 hommes supplémentaires et 4,000 Hanovriens. Enfin, la marine, qui, d'après un état du 7 décembre, n'avait « en commission » que 12 vaisseaux, 4 vaisseaux de SO, 25 frégates et 56 corvettes, devait être portée à 132 vaisseaux y dont 16 vaisseaux inférieurs de 50, 133 frégates, 75 corvettes, 7 brûlots, 3 bombardes.

Tout avait été voté d'enthousiasme.

Ainsi, dès la fin de l'année 1792, la guerre est commencée virtuellement par le gouvernement anglais, bien que six semaines doivent encore s'écouler avant que la déclaration devienne officielle. Jusqu'au bout, Pitt joue son rôle. En acceptant in extremis de conférer avec Maret et Noël, il n'a souci que de ne pas assumer trop ostensiblement le rôle de provocateur. Car, en même temps, le 7 janvier 1793, il éconduit Chauvelin, qui demande l'abolition du bill relatif aux étrangers; plus tard, il refusera de le voir. Le 18, Lord Grenville déclare « que les armements ne seront pas suspendus en Angleterre et qu'on y est résolu à repousser, les armes à la main, toute attaque de la France ». Le 20, Pitt écrit au Lord Chancelier : « Si les Français veulent la guerre, elle peut commencer. Nous avons tout l'argent suffisant, plus de vaisseaux qu'eux et en meilleur état que les leurs ; enfin, la disposition des esprits nous est plus favorable que jamais. » Effectivement, le procès et la mort du roi Louis XYI, habile-

10 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE l^^.

ment exploités, avaient provoqué un grand mouvement d'indignation sur un peuple qui avait pourtant sacrifié un de ses rois et chassé l'autre. En réalité, Tescadre de Hood était prête à appareiller et Pitt se trouvait en état de ne plus craindre une guerre qu'il n'avait peut-être pas provoquée, mais qu'il n'avait rien fait pour éviter.

Le ministère girondin, sympathique par goût et par doctrine politique à l'Angleterre, avait longtemps refusé de croire à la perspective immédiate d'une lutte avec cette puissance. Bien qu'il ne pût se faire d'illusions sur l'irritation que devait soulever la victoire de Jemmapes, le ministre Lebrun espérait s'opposer à une intervention en favorisant par ses intrigues l'accès au pouvoir du parti whig, qu'il croyait à tort près d'y arriver. D'ailleurs, il se répandait en protestations de désintéressement au sujet de l'occupation de la Belgique, « délivrée et non conquise ». Par une singulière illusion, les Girondins, en faisant voter par la Convention le décret du 19 novembre 1792, « accordant fraternité et secours à tous les peuples qui voudraient leur liberté », recevant le 28 novembre à la barre des Irlandais et même des Anglais « protestant contre le gouvernement des rois et faisant prévoir l'établissement à brève échéance d'une Convention nationale anglaise », ne croyaient pas blesser mortellement une nation libre à la vérité, mais fortement attachée à sa constitution monarchique. Mais les votes du Parlement anglais, consacrant les armements, ouvrirent les yeux de presque tous les hommes politiques français sur l'imminence du conflit. Dès que le vote des bills fut connu à Paris, la colère y fut extrême.

On^ n'avait pas attendu cette nouvelle, à la vérité, pour lancer le décret du 15 décembre, transformant complètement le caractère de la guerre, qui devient nettement révolutionnaire au sens social du mot. C'était là une victoire des Jacobins qui, à partir de ce moment, sont maîtres des événements Dès lors, ceux-ci se précipitent.

Le 30 décembre, une circulaire du ministre de la marine, adressée aux Jacobins de tous les pays, annonce « que si le roi Georges veut la guerre (1), on ferait une descente dans

(1) Moniteui.

son royaume, on y jetterait 50,000 bonnets de la liberté et on établirait sur les débris de son trône le pouvoir des républicains anglais ».

Le 31 , la Convention, en décidant la formation d'un Comité de défense, fait ouvertement allusion à la guerre anglaise « que nous ne craignons pas, car nos barques de pêche sont prêtes à transporter en Angleterre 100,000 hommes, qui termineront la lutte sur les débris de la Tour de Londres ».

Enfin, et par une conséquence naturelle, les projets de Dumouriez contre la HoUande, systématiquement écartés jusqu'alors, par égard pour l'Angleterre, paraissent admissibles, dès qu'on n'entend plus ménager cette puissance, et l'aventurier de génie, convoqué le 9 janvier 1793, ne manque pas de faire miroiter aux yeux du Comité l'intérêt qu'aurait la France à détourner à son profit, par une conquête rapide, les ressources navales des Hollandais.

Le 13, la Convention ordonne l'armement de 30 vaisseaux et la construction de 25 autres; le 14, elle décide, suivant le plan do Dumouriez, de porter l'armée à 500,000 hommes. Le 23, Chauvelin est officiellement rappelé et, enfin, le 1«' février, sur le rapport de Brissot, la guerre est déclarée par la France à l'Angleterre et à la Hollande.

En envahissant ce dernier pays, où les idées de liberté étaient innées et séculaires, l'absolutisme révolutionnaire allait commettre la faute si souvent reprochée à l'absolutisme monarchique de Louis XIV. En entamant aussi légèrement la lutte contre les Anglais (1), « il se heurtait au seul adversaire « qui fût redoutable à la Révolution française, car il lui w opposa des forces analogues : des principes nationaux et « des passions populaires (2) ».

(I) Sorcl iloc. cit.).

(l) La postérité, dit l'historien anglais Stephens, pourra mieux apprécier que nous la eonduite des conseils dirigeants des deux nations rivales. Mais, dès maintenant (1804), nous ponTons dire que les deux peuples méritent le blâme : la Convention, pour son obstination à maintenir son décret sur la fraternité et ses mesures relatives à la navigation de TEscant ; le ministère anglais en précipitant la déclaration do la guerre, par l'humiliante expulsion d» l'ambassadeur de France, acte d'une rigueur exceptionnelle qui enyem'ma le conflit et rendit tout compromis impossiblt).

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