‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 6 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

c< L'idée d'anéantir l'Angleterre était en France une idée « courante à la fin de l'ancien régime. On la croyait simple et « naturelle. Les Archives sont remplies de projets de descente « en Angleterre, et nombre d'aventuriers politiques se pré- « sentent pour y tramer des complots (1). »

Dans son ouvrage, La France et t Irlande fendant la Révolution, rhistorien Guillon énumère, d'après les Archives nationales et celles de la marine, un très grand nombre de projets rédigés de 1710 à 1769. Les Archives de la guerre en contiennent beaucoup d'autres, dont les principaux vont être analysés.

LES PROJETS PABnCULIERS.

Projet de du Muy (25 décembre 1792). — « L'Angleterre « vient de lever le masque (2), la guerre se prépare. Il est w urgent que nous fassions notre possible, non seulement « pour la repousser, mais pour la prévenir, avant l'entrée « en ligne des Espagnols. »

Quant aux moyens d'exécution, il faut, dit l'auteur, « éviter

(1) Sorel(toc. cil,).

ft) Ce projet fat rédigé à Paris à la réception des nouvelles annonçant l'onverture du Paiiement anglais et le vote des crédits pour les armements par du Muy» ancien ministre de Louis XVI. U porte la marque do reconnaissances antérieurement faites par ordre du maréchal de Broglio.

14 PREMIÈIŒ PAB.TIE. — CHAPITRE II.

d^affaiblir nos armées d'opérations ». Par suite, c'est daps les départements maritimes, parmi les Bretons, ennemis de tout temps des Anglais, qu'il faut lever 60,000 hommes, sous prétexte de défendre les côtes, y ajouter 3,000 ou 4,000 hommes de cavalerie, 3 régiments de dragons ou de chasseurs, 1 de hussards et 2 ou 3 légions franches.

Le détail des transports à préparer, de leur protection par les escadres, manque complètement.

Mais V objectif très nettement défini est Londres, « comme le voulait le maréchal de Broglie », avec des diversions en Ecosse et en Irlande.

Mémoire de Thomas Payne (1) (supposé de la fin de 1792). — « Le peu de liberté dont jouit l'Irlande, dit le réfugié « anglais, elle l'obtint pendant la guerre d'Amérique, et elle « guette une pareille occasion. Tous les Irlandais que j'ai « connus se reprochent de ne pas avoir efiectué cette affaire « dans le temps et de n'avoir pas entièrement secoué le joug « du gouvernement anglais. »

Le meilleur moyen d'agir contre lui n'est donc point d'équiper une flotte, « car, en ne lui opposant rien, vous rendez la sienne inutile », mais de favoriser une révolution en Irlande. « Elle s'étendra bientôt à toute l'Ecosse. » Tout est prêt pour la fin de janvier, « on a transporté d'Angleterre en Irlande 40,000 fusils » et on en aurait davantage si l'exportation n'avait pas été interdite.

« Les volontfidres irlandais forment un corps considérable » qui s'assemble souvent pour s'exercer. A l'une de ces occasions, une fête par exemple, on proposera d'élire une Convention nationale, d'entretenir les volontaires pendant cent jours et de faire élire M [inconnu) pour les commander et d'enlever le vice-roy.

Il n'y a pas en Irlande plus de 10,000 à 12,000 hommes de troupes; encore sont-elles, en majorité, recrutées dans le

(1) Radical anglais, auteur du « Sens commun » et des a Droits de l'Homme j», passé en Franee (Moniteur du t3 septembre 1792). Son œuvre est intéressante par les renseignements qu'on y trouTO sur les forces militaires de l'Angleterre.

pays et faciles à gagner. Les fô,000 à 16,000 hommes qui sont en Angleterre ne peuvent en bouger.

Toute la question se résume donc, pour la France, à avancer 200,000 livres sterling (5 millions), qui seront remboursés si Ton réussit (1).

Projets du capitaine de vaisseau Larcher (2S décembre 1792 et 8 janvier 1793). — « Qu'aurons-nous, dit l'auteur, à opposer aux Anglais et aux Hollandais ? 80 vaisseaux de ligne et notre courage. »

« Je doute, dit une note en marge, qu'on puisse en armer plus de SO, par manque de matelots et de munitions navales. »

Avec cette force, nous pouvons nous défendre, mais non lutter en escadres, surtout si l'Espagne entre en ligne.

« Tous nos efforts doivent donc être dirigés contre le com- * « merce anglais, au moyen de corsaires, à soutenir Saint- « Domingue, notre allié des Indes Tippoo Sahib, lui ménager « l'appui des Mahrattes. »

Enfin, en cas de rencontre de vaisseaux, notre tactique doit être celle de Vabordage.

Dans un autre mémoire, daté du 18 mars suivant, le capitaine Larcher parait avoir modifié ses idées. Il propose de porter de 21 à 40 les vaisseaux de Toulon, d'ei^lever Mahon et de barrer le détroit de Gibraltar pour devenir maître de la Méditerranée.

Projets de Guibert (10 janvier 1793). — Ce marin énumère les avantages que l'on aurait à faire du port de Roscoff une base d'opérations pour attaquer l'Angleterre : proximité de Plymouth situé à 28 lieues seulement, protection donnée par l'île de Batz dont les feux se relieraient à ceux de la côte, possibilité d'en déboucher sur le flanc d'une escadre ennemie qni se dirigerait sur Brest, enfin, ce qui était très appréciable à l'époque, possibilité d'appareiller par tous les vents.

Il est aisé de concevoir en effet que le point de départ d'une

(1) 11 est pins qae dontenx qu'on soulèyement sérieux eût pu, à cette époque, éclater en Irlande, sans l'appui effectif d'une force française. Sur cet appoint, le mémoire reste muet.

expédition française devait être choisi d'après la direction des vents dominant dans la Manche, de façon à favoriser Tentreprise tout en paralysant la marche d'une escadre anglaise cherchant à s'y opposer.

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