‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 9 sur 61 · DE MARS 1793 A AOUT · texte numérisé non relu

DE MARS 1793 A AOUT

Les dramatiques péripéties de la lutte soutenue en 1793, tant contre les insurrections que sur toutes les frontières de terre, ne découragèrent pas les partisans d'une descente en un point quelconque des possessions anglaises. Les projets présentés par les particuliers furent très nombreux.

Projet de Galon (10 août 1793). — Bien que ne constituant pas, à proprement parler, un projet d'opérations, le travail du député Galon (1), ancien ingénieur géographe, intitulé : Idée générale et rapide relativement à t état-major général dune armée destinée à faire une descente en Angleterre^ mérite d'être signalé au point de vue surtout de la force qui semble avoir été jugée nécessaire à cette époque pour cette opération.

« L'armée est supposée de 4 divisions réparties sur la côte aux quatre points où seront rassemblées 4 flottilles distinctes de transports. Une troupe spéciale d'au moins 4 bataillons, pourvue d'ouvriers et d'outils, sera à la disposition directe de Tétat-major pour former l'avant-garde ou des avant-gardes distinctes. » Ce chifl're paraît faible, eu égard à ce qui est dit plus loin de l'installation, après le débarquement, de

(1) A été directeur du Dépôt de la guerre sous le Directoire, et même avant.

postes fortifiés, de magasins et de dépôts. De semblables mesures semblent indiquer le projet de faire, non pas une simple incursion, mais une campagne ayant pour but la conquête.

Projet de Gauthier (1) (16 octobre 1793). — Après avoir proposé sommairement un plan de campagne de terre consistant essentiellement à attaquer l'Empereur, à temporiser avec les Prussiens, à attaquer la Catalogne, à garder la défensive vis-à-vis des provinces basques et à se contenter d'une guerre de postes vis-à-vis du roi de Sardaigne, le tout exposé sous une forme un peu déclamatoire, mais très logique. Fauteur définit son plan en ces termes :

« Faire une descente en Angleterre, destiner à cette expé- « dition 100,000 hommes et plus, dévaster Londres, prendre « à revers les arsenaux et les détruire, tout cela est dans le « domaine des possibilités et il y a plus de chances pour « que contre.

« Mais l'expédition faite, il faudra repasser Teau, parce que, « dans ce moment de crise, toute l'île courra aux armes et « que 100,000 hommes ne tiennent pas contre un million.

« Ce n'est donc qu'une irruption que nous devons vouloir ; « c'est un coup de main hardi, et, pour cela même, il exige, « dans ses préparatifs, autant de prévoyance, qu'il faudra « d'audace dans son exécution. »

Il y a une contradiction singulière entre ce projet de coup de main et le chiffre considérable des troupes demandées pour son exécution, la grandeur des préparatifs nécessaires, la difficulté de garder le secret sur leur destination, toutes conditions inconciliables. Aussi, Gauthier en vient-il tout de suite à demander l'impossible, c'est une victoire navale laissant la Manche libre à nos flottes.

On ne voit pas davantage pourquoi, si par aventure un point aussi essentiel était acquis, la conquête en règle de l'Angleterre ne vaudrait pas mieux qu'un coup de main temporaire.

(1) Principal chef des bureaux civils de la marine.

l'expédition des ILES NORMANDES. 31

A la vérité, Gauthier voit, dans la présence en Méditerranée des 21 vaisseaux de Tamiral Howe, une condition favorable au gain d'une bataille dans TOcéan par les 40 vaisseaux qu'il demande à faire sortir de Brest ; mais une pareille illusion sur Tétat réel de nos forces navales, à cette époque, se conçoit difficilement chez un homme que sa situation au ministère de la marine aurait dû mettre à même d'apprécier sainement nos ressources.

Tout ce qui suit ces prémisses si risquées n'a donc qu'un intérêt relatif. Les transports seraient répartis entre Brest et Lorient et viendraient prendre, vers Calais^ 30,000 hommes qui y auraient été rassemblés sous couleur de débloquer Dunkerque.

En outre, on augmenterait les moyens de passage en construisant à Paris de nombreux bateaux plats en cuivre^ qu'on ferait semblant de destiner à la descente du Rhin (1).

Projet de Hoche. — Extrait d'une lettre, en date du \^^ octobre 1793, du général Hoche au Comité de Salut public (2) (Aulard, 815, t. VU, Recueil des Archives du Comité de Salut public) :

« Depuis le commencement de la campagne, écrivait Hoche, « le 1®' octobre, au Comité de Salut public, je n'ai cessé de « croire que c'était chez eux qu'il fallait aller combattre les « Anglais. Cinquante vieux bataillons, joints à cinquante « de nouvelle levée, douze à quinze escadrons, trois compa- « gnies d'artillerie légère, quarante pièces de position ou de « siège peuvent suffire. Il ne faut que de l'intrépidité et de u l'amour de la liberté pour renverser Pitt. Six mois de « réflexion m'ont confirmé dans la persuasion que la descente iy en Angleterre ne peut être considérée comme une chimère. « Un brave homme à la tête de quarante mille autres ferait « bien du ravage dans ce pays, et forcerait bientôt les tyrans « coalisés à nous demander la paix. Mais, dira-t-on, les « moyens de transport? Eh! hommes pusillanimes, jusqu'à

(1) I<e projet d'inyasion de l'Angleterre au moyen de chalands, présenté dans an numéro de la Revue des Deux-Mondes en mars 1899, présente mie curieuse analogie avec les idées exprimées plus de cent années auparavant.

(2) Cité par Guillon, p. 73 et par Rousselin, t. I*', p. 83.

<( quand douterons-nous de nos forces ? Couvrez la mer des « bâtiments de la marine marchande ; qu'ils soient armés en « guerre ; qu'ils forment un pont des côtes de France à la « superbe Albion. Point de manœuvres, point d'art ; du fer, « du feu et du patriotisme. Si nous sommes attaqués dans « la traversée, servons-nous des boulets rouges... Quelle «' règle de guerre veut-on suivre avec des barbares, qui nous « combattent par le poison, l'assassinat, l'incendie? Je ne « demande ni place, ni grade. Je veux mettre le premier le « pied sur la terre de ces brigands politiques ! »

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