‹ 1793-1805 (volume 5)Chapitre 8 sur 61 · e Majestueux · texte numérisé non relu

e Majestueux

Enfin, en octobre : V Hercule, le Peuple, le Zélé, le Platon, V Argonaute. Les Anglais ne pourront donc faire moins que de tenir 25 vaisseaux devant Brest et une autre escadre pour protéger Jersey et Guernesey.

A Cherbourg, on réunira tous les transports ramassés dans les ports de la

Manche avec des canonnières, des brûlots, 10 eu iî frégates, corvettes ou avisos et 20,000 hommes de troupes.

Cette mesure empêcherait les Anglais de rien tenter sur les côtes de TOcéan. D'ailleurs, parmi les frégates, quelques-unes croiseraient aux Sorlingues, au sud-ouest de Tlrlande et au nord de TÉcosse pour inquiéter et disperser les Anglais.

11 en est de même pour la Méditerranée, où tout est indiqué avec la plus grande précision.

Il est intéressant de mettre en parallèle de ces dispositions belliqueuses et des projets d'offensive bruyamment annoncés, la situation réelle des forces disponibles et les mesures que Ton prit en réalité pour faire passer les projets du domaine de la spéculation pure dans celui du réel.

SITUATION ET MOUVEMENTS DBS FORCES MIUTAIRES DES 12«, I3«, 14« ET 15^ DIVISIONS PENDANT LES MOIS DE NOVEMBRE ET DÉCEMBRE 1792, JANVIER, FÉVRIER, ET LA l'« QUINZAINE DE MARS 1793.

Il paraît résulter des pièces d'archives (1) consultées que, vers les premiers jours de novembre 1792, la situation militaire dans les territoires des 12®, 13®, 14® et 15® divisions était des plus précaires.

Comme régiments d'infanterie on trouve seulement :

12® division, général de Verteuil:

Le 77®, à Rochefort et île de Ré ;

Le 9®, en partie à Belle-Isle ;

Le 60®, à la Rochelle (1 bataillon seulement) ;

1 bataillon du 84® à Oloron.

\Z^ division, général de Chevigné :

Le 39®, à Rennes ;

Le 4®, à Brest où commande le général Canclaux ;

Le 109®, à Vannes, incomplètement armé.

(1) Archives de la Guerre. — Armées de l'Ouest et correspondance générale (cartons de novembre 1792 à mars 1793).

Dès le 7 novembre 1792, le ministre Pache donriait ses premiers ordres pour former à Brest un petit corps d'embarquement destiné aux îles du Vent.

A cet effet, il prescrivait de se rendre en cette ville aux corps et détachements suivants :

3« bataillon des Côtes-du-Nord ;

3« — dlsle-et- Vilaine ;

7« — du Calvados;

3® — de Mayenne-et-Loire.

Trois seulement de ces bataillons devaient fournir les garnisons des vaisseaux, innovation qui provoquait de nombreuses plaintes, provenant notamment du bataillon du Calvados.

Le 9 décembre, le 77* partait de Rochefort pour Brest; le 4«, qui y était, fournissait, lui aussi, des garnisons de vaisseaux, et il ne lui restait plus qu'un bataillon disponible. De son côté, le général de Verteuil, commandant la 12® division, appelait à la Rochelle les volontaires de Saint-Jean-d'Angely et n'avait plus que ce bataillon et deux de ligne (1 du 60®, 1 du 84®) pour toute sa division.

On peut considérer que les troupes réunies à Brest et Rochefort et susceptibles d'être embarquées, n'atteignaient pas 4,000 hommes.

La guerre n'était pas déclarée que déjà s'élevaient de toutes parts des récriminations au sujet du danger auquel étaient exposées les côtes, menacées, disait-on, d'un débarquement des Anglais et des émigrés signalés aux îles Normandes.

Non seulement les commandants territoriaux demandaient des secours, mais les populations, par l'intermédiaire des municipalités et des administrations départementales, adressaient leurs récriminations au ministre ou à la Convention, accusaient les généraux de les abandonner ou de trahir, donnaient en un mot la preuve de cet état d'esprit qui, sur les frontières de terre, avait obligé à suivre le déplorable système militaire « des cordons ».

Le 9 janvier 1793, les habitants de Saint-Malo se plaignent d'être exposés à une descente, de même que ceux de Calais demandent des secours et dénoncent les préparatifs des

Anglais ; le 12, les administrateurs du Morbihan rendent compte du mauvais état de Belle-Isle et de Port-Louis et demandent des troupes. Le 16, c'est le tour du département des Côtes-du-Nord, dégarni par l'envoi à Brest de ses gardes nationales, et qui obtient du général de Che vigne de les lui renvoyer (1).

Les « Amis de la Liberté, de Granville », qui se disent menacés par des rassemblements d'émigrés à Jersey et Guernesey, où les Anglais ont envoyé, dès le 20 janvier, 2 frégates et un régiment, se font remarquer par la vivacité de leurs doléances (21 janvier). Peu après, c'est au conseil de Saint- Malo (25 janvier), aux départements de la Manche et de la Vendée, à dévoiler la nullité des défenses et la pénurie des moyens de résistance.

Quant aux militaires, le 4 janvier, le général Crussol d'Amboise ayant demandé du secours pour Cherbourg, le ministre Pache lui répond par Tordre d'organiser lui-même sa défense avec l'aide des gardes nationales. Le 23 janvier, le général de Chevigné, dépourvu d'artillerie, en est réduit à demander l'autorisation de fondre les statues de Rennes.

C'est dans cette situation de trouble, d'inquiétude, que vient surprendre la déclaration de guerre.

Si l'on voulait une preuve des intentions pacifiques longtemps conservées des Girondins, on n'en pourrait donner de meilleure que cette absence complète de tous préparatifs, même de défense, contre l'Angleterre.

La guerre déclarée, il fallait bien la soutenir et pour cela aller au plus pressé. Aussi, des la formation de t armée des Côtes (31 janvier), sous les ordres du général Labourdonnaye, avec Vergues comme chef d'état-major, un décret de la Convention lui affecte-t-il 100 bataillons, dont 70 pour la défense des cdtes, 15 pour rembarquement, 13 pour les colonies.

C'était déjà peu de monde consacré à l'offensive, si on l'avait vraiment voulue. Mais, comme, au lieu de 100 bataillons, on en avait 14 au moment où éclata l'insurrection vendéenne, on ne peut admettre un instant que les projets de descente en Angleterre aient reçu, au début de la guerre

(1) Rendu compte du 29 janvier.

chile, le moindre commencement d'exécution. Voici, en effet, la liste des renforts envoyés sur les côtes et arrivés avant le 15 mars :

Hommet. Effectifs connus. Arrivée.

598 !•' bataillon de la Somme Valognes. 28 février.

581 4* — de Seine-et-Marne id. 2 mars.

654 8* — de la Seine-Inférieure . . Cherbourg. 27 février.

469 9* — de la Seine-Inférieure.. id. 28 février.

662 8« — du Calvados id. 4 mars.

609 6« — de la Côte-d'Or id. 19 février.

34 1 détachement du ?• d'artillerie id. 20 février.

» 3* bataillon de Mayenne-et-Loire.. . Port-Louis. 15 février.

300 3* division des fédérés du Finistère. Havre. 21 février.

» 4* bataillon de la Dordogne id. 27 février.

» Compagnie franche de Bardou-Gran-

Tille Granville. 15 mars.

» 10* bataillon du Calvados (moins une

compagnie à Granville) Dieppe. 13 mars.

400 1 bataillon de la Charente-Inférieure. Saint-Malo. »

» 1 compagnie du 2* d'artillerie Brest. 20 février.

120 1 détachement du bataillon de r Aisne id. »

135 i détachement du I4« régiment La Rochelle. »»

» 3 compagnies de volontaires à cheval. id. »

Ces forces sont à peine suffisantes pour garder les côtes; aussi, les demandes de renforts sont-elles aussi vives et aussi nombreuses qu'en janvier.

Le 2 février, le commandant de Rochefort, Tromelin, rend compte qu'il n'a personne à mettre sur les 3 frégates ou cutters qu'il a armés. Le 8, Verteuil se plaint de n'avoir ni argent, ni officiers, pas ji'artillerie ; et bientôt il ne pourra envoyer une compagnie sur Mont aigu, où on signale une certaine effervescence. Le 16, le général La Morlière (15® division) demande deux bataillons pour Dieppe, et, le 24, un bataillon pour Bayeux. Les départements ne sont pas en reste, et le député Carpentier adresse, le 16, un rapport à la Convention sur les dangers qui menacent les côtes de la Manche. Le conseil de la Somme réclame du canon et des hommes pour ses batteries.

A tout cela» le ministre Beurnonville répond par la promesse de 70 bataillons (12 mars). Il envoie Wimpffen en Normandie, Grouchy à Caen, demande à Labourdonnaye un

rapport sur la défense des côtes (4 mars) et félicite les municipalités de leur zèle à défendre la République. Il est, en effet, absolument désarmé, inquiet d'une descente des Anglais, au point que, si les premiers troubles de la Vendée ne sont pas réprimés immédiatement, c'est qu'il empêche de Marcé et Verteuil de quitter les côtes pour marcher vers l'intérieur (1). Mais la déroute du 13 mars, au pont Charrault, révèle la gravité du soulèvement. Le 18 mars, l'armée des Côtes reçoit un ordre d'ensemble pour marcher contre les rebelles. C'en est fait pour longtemps d'une offensive contre l'Angleterre.

(1) Chassin.

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