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CHAPITRE PREMIER

Le 8 mars 1803 le roi d'Angleterre Georges III adressait aux deux Chambres du Parlement le message suivant (1) :

« Georges Roi :

« ïln conséquence des armements formidables qui se font « dans les ports de France et de Hollande pendant qu'il existe « entre le gouvernement de Sa Majesté et celui de France des discussions dont on ne peut encore prévoir le résultat, Sa Majesté informe la Chambre qu'animée du désir constant « de pourvoir au bien et à la sécurité de ses sujets, elle a « jugé nécessaire de faire usage des pouvoirs qui lui sont confiés par un acte du Parlement pour convoquer et organiser en corps les milices de ses royaumes ou telle partie des dites milices que Sa Majesté jugera nécessaire pour la « défense et la sûreté de ses états, ne doutant pas que son « Parlement n'approuve cette mesure. »

"^^ A l'unanimité le Parlement vota une adresse de remer-

ciements.

^ Moins d'un an s'était écoulé depuis la paix d'Amiens qui

avait été accueillie avec tant d'enthousiasme des deux côtés de la Manche. Qu'avait fait le gouvernement de la France pour soulever contre lui le sentiment national anglais, quelles

tt

(1) Moniteur Universel, 20 mars 1803.

menaces d'offensive pouvaient justifier de la part des autorités britanniques des mesures militaires aussi nettement hostiles ?

La paix avec la France n'avait été acceptée par une fraction importante des hommes politiques anglais que sous la pression de l'opinion publique exaspérée des misères créées par une lutte de neuf années avec la France. Plutôt que de souscrire aux conditions trop avantageuses et surtout trop glorieuses à son gré obtenues par la France, Pitt avait préféré disloquer lui-même son ministère et, tout en soutenant ostensiblement le pacifique Addington, il avait vu avec satisfaction (1) « ses anciens amis Windham, Grenville critiquer amèrement cette paix qu'ils disaient honteuse, inutile et uniquement profitable à la France » La restitution de la

Martinique, de Tabago, de Sainte-Lucie, la soumission de la Guadeloupe, peut-être la réduction de Saint-Domingue, puis les travaux entrepris à Anvers, devaient faciliter l'essor de la marine française à laquelle la prospérité intérieure de la France allait fournir d'immenses ressources. La réunion du Piémont, l'assujettissement de la Lombardie, de la Hollande, la prédominance dans les affaires de Suisse rendaient la France trop puissante, et bien que le ministre Hawkesbury déclarât à la Chambre des Communes que « ces acquisitions n'affectaient pas les intérêts de la Grande-Bretagne ni dans l'intérieur ni à l'extérieur » (2), bien que les Français eussent évacué le royaume de Naples et les Anglais l'Egypte sauf Alexandrie (3), il devait suffire d'un prétexte pour que la guerre recommençât.

Déjà les journaux anglais avaient commencé contre Bonaparte une campagne qui irritait profondément le Premier Consul, froissé de l'accueil donné par le lord maire de Londres au duc d'Orléans, de l'hospitalité accordée à Georges Cadoudal et aux agents royalistes, et dont la note du 16 août 1802 relative à ces griefs était restée sans réponse. Cependant, lorsque les deux ambassadeurs, Andréossy à Londres, Witworth à Paris, eurent rejoint leurs postes, une certaine détente avait paru se produire. Pour amener la guerre qu'il désirait

(1) Général Mathieu Dumas, Précis des événements militaires, t. IX, p. 78.

(2) Général Mathieu Duma», Précis des événements militaires, t. IX, p. 8Î.

(3) Alexandrie ne devait être évacuée par les Anglais que le 17 mars 1803.

le gouvernement anglais n'avait pas encore de raison sérieuse. Il ne put la trouver qu'en violant les engagements qu'il avait consentis.

Le commandeur de Bussy, représentant le grand-mattre de Thomassy, nommé par le Pape et du consentement de l'Angleterre, au gouvernement de Malte, ayant débarqué dans cette île le 28 février 1803 et invité le Ministre anglais à retirer les troupes britanniques, il lui fut répondu le 2 mars par un refus formel. Six jours après, à l'ouverture du parlement, le roi Georges III prononçait le discours menaçant cité au début de ce chapitre, et simultanément l'Angleterre commençait ses préparatifs.

On ne peut qu'être frappé de la similitude des procédés du gouvernement anglais en 1792 et en 1803. Dans l'une et l'autre des circonstances, dès que l'Angleterre a des griefs sérieux à son gré et que ses hommes politiques ont reconnu la probabilité d'une conflagration, le Parlement est saisi et la préparation militaire commence. Tout le temps de tension politique qui sépare ce moment de la déclaration officielle de la guerre est ainsi gagné, sans compter l'inappréciable avantage obtenu par les négociations ultérieures qui, fatalement sans succès, font dériver l'opinion publique et peser sur l'adversaire l'accusation d'avoir commencé les hostilités.

« Si, au 17 ventôse de l'an xi (8 mars 1803), devait plus « tard écrire Bonaparte dans son message adressé au Sénat -<c le 16 janvier 1804, il existait aucun armement imposant dans « les ports de France et de Hollande, s'il s'y exécutait un seul « mouvement auquel la défiance la plus ombrageuse put « donner une interprétation sinistre, nous sommes les agres- « seurs »

Rieù de plus facile, en effet, que de répondre par les faits à -cette accusation de préparatifs hostiles prononcée par la bouche de Georges III et dont le Parlement anglais devait lui-même reconnaître plus tard l'inexactitude (1).

Le carnet (2) de situation des divisions de l'intérieur au 4 février 1803, en y comprenant les mouvements exécutés

(1) Diseours de lord Folkestone (Séance du 28 avril 1803). (t) Archives de la Guef^re. .

jusqu'au 17 mars, donne pour les régions dans lesquelles une concentration offensive aurait pu être préparée les chififres suivants :

24« division.. Bruxelles 8,710 hommes et 1,468 chevaux.

LUle

- Rouen

- Caen

— Rennes

Totaux

36,845 hommes et 6,613 chevaux.

C'est donc absolument Teffectif normal; aucune mesure préparatoire à une mobilisation n'a été prise, puisque sur un effectif de 247,393 hommes pour Tensemble des troupes stationnées sur le territoire français, près de 45,000 sont en congé ou aux hôpitaux (1).

(1) Situation des divisions militaires de VintéiHeur au 15 pluviôse an XI

(4 février 1803).

Hommes. Charaax.

!'• dWision (Paris) 10,311 4,501

f -— (Mézières) 11,461 t,467

3« — . (Met») 13,715 t,197

4* — (Nancy) 6,803 2,Î44

b* — (Strasbourg) 11,486 t,404

6« — . (Besançon) 4,467 654

7» — (Grenoble) 8,280 436

8« — (Marseille) 7,386 Î66

9* — (Montpellier) 4,708 463

10* — . (Toulouse) 6,805 987

1 !• — (Bordeaux^ 3,641 496

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