CHAPITRE IX
Les armements de Brest avaient marché avec une excessive lenteur. Au début de décembre, la situation était la suivante :
Au Préfet maritime et au vice-amirai Truguet, à Brest
12 décembre 1803.
J'ai mis sous les yeux du Premier Consul, Citoyens, la dépêche du 7 frimaire sur un conflit d'autorité entre vous et le vice-amiral Truguet (que vous m'avez adressée Fun et l'autre).
Voici les dispositions que le Premier Consul m'a ordonné de vous prescrire :
i® L'escadre réunie dans la rade de Brest sous le commandement du viceamiral Truguet, a aœ destination spéciale qui la place sous son autorité exclusive. En conséquence nul mouvement d'hommes et de matières ne peut s'y opérer que par son ordre, à charge par lui d'en rendre compte au Ministre de la marine. Cette autorité du vice-amiral commandant l'escadre à cet égard, ne s'étend point sur les bâtiments qui ne seront pas nominativement désignés comme faisant partie de cette escadre, et elle cessera de s'étendre sur ceux de ces bâtiments qui en seraient ultérieureiaent distraits par une décision du gouvernement.
2® Sont désignés pour faire spécialement partie de l'escadre aux ordres du vice-amiral Truguet, les bâtiments ci-après dénommés :
V Alexandre.
VËole.
Le Foudroyant.
VImpéiueux,
VUlysse,
Le Diomède,
Le Jean-Bar t.
Le Conquérant»
La Comète, La Valeureuse, {^Indienne, La Féiicité, La Diligente,
3» Feront ëjralement partie de l'escadre sous votre commandement et seront sous son autorité immédiate, aussitôt qu ils seront mis en rade :
Le Wattigny.
L'Aquilon.
Le Vétéran.
Le Tourville, VInvincible.
Le Républicain,
4* Les corvettes :
Le Vulcain, Le Feu tin.
Le Cassard, Le Vengeur.
Le Batave.
Le Brave.
Le Jupiter.
Et V Alliance,
La Nécessité,
Et tous autres bâtiments armés dans le 3* arrondissement resteront à la disposition du préfet maritime pour le service de la côte ;
Cela ne représentait encore que 8 vaisseaux (1). Aussi les Anglais, tenus au courant, d'une façon remarquable, de Tétat des forces disponibles, se contentaient-ils de bloquer Brest avec une escadre très inférieure à ce qu'ils avaient dû entretenir dans la guerre précédente (2).
Au moment où Decrès vint à Brest, on ne voyait encore que 9 vaisseaux, 4 frégates et 4 corvettes, qui venaient constamment à portée de canon de Bertheaume. Ces forces se réduisirent à 8 ou même à 4 au début de janvier (3).
Au 25 de ce mois, Truguet avait sous ses ordres 13 vaisseaux. Sur ce nombre, deux (Cassard et Batave) formaient Tavant-garde, mouillée en général près de Camaret. Il ne manquait que 1875 matelots et 611 soldats, mais la présence de troupes assez nombreuses près de Brest permettait de combler ce dernier déficit quand on le voudrait.
Au moment où Tamiral partit pour Paris, appelé par le gouvernement, la situation de Tarmée était la suivante :
Ordre du 8 pluviôse an XII (29 janvier 1804).
Le conseiller d'État Truguet, général en chef, prévient l'armée qu'il se rend auprès du gouvernement, et que son absence sera de très courte durée.
(1) Lettre du 4 novembre. (Archives nationales, AP", ItOl.)
(2) Leyland, Blocus de Brest.
(3) Lettre de Trugoet. 25 janvier. {Archives de la Marine, BB»», 205.)
(4) Archives de la Marine, BB*, 205.
LES ESCADRES PENDANT l'hIVER 1803-1804.
L'intention du gouvernement étant que ses ordres ne soient transmis à Tarmée que par le général en chef, tous les ordres du jour continueront à être délivrés en son nom à bord du vaisseau amiral.
Les vaisseaux en rade seront rangés ainsi qu'il suit :
!'• ligne
en partant du
nord-ouest.
L' Ulysse.
Le Foudroyant, V Alexandre.
Le Diomède, VImpétueux.
Le Républicain.
VÉole.
L'Aquilon.
Le Tour vil le.
Seconde ligne
en partant du
nord-ouest.
Le Jean-Bart.
VInvincible.
Le Wattigny.
Le Cassard.
Le Vétéran.
Le Batave.
Le Conquérant.
L'ordre des sections sera maintenu.
Quand le Républicain mettra en rade, le pavillon du contre-amiral Missiessy y sera arboré, il prendra le poste qui lui est assigné dans la ligne de mouillage et remplacera VÉole dans la distribution des ordres de la section du sud-est.
La section
du nord-ouest
sera composée
des
vaisseaux
V Ulysse.
Le Foudroyant.
Le Diomède.
VImpétueux.
L'Invincible.
Le Jean-Bart.
Le Wattigny.
La section
du sud-est
sera composée
des^
vaisseaux
Le Tourville. L'Aquilon.
VÉole.
Le Républicain.
Le Conquérant.
Le Batave.
Le Cassard.
Le Vétéran.
Le général en chef enjoint expressément aux capitaines commandants et aux officiers de Tétat-major général de coucher h bord à moins que des motifs réels de service ne les empêchent. Son intention formelle est que les règlements de service et les ordres du jour qu'il a donnés jusqu'à présent, soient strictement observés et que rien n'y soit changé, à moins qu'il n'en ait envoyé l'ordre lui-même. Les capitaines sont personnellement responsables des infractions faites aus règlements de service établis pour l'armée et qu'un nouvel ordre émané de lui n'aurait pas modifiés.
Le capitaine du pavillon amiral, chef de l'état-major général, est spécialement chargé de surveiller les détails du service ainsi réglé, et d'en maintenir l'exactitude.
Il rendra compte tous les jours au général le plus ancien de l'armée, qui, dans tous les cas non prévus par les ordres donnés jusqu'à ce jour, lui transmettra les siens qu'il fera exécuter sur-le-champ.
Signé : Truguet.
Au printemps (1), la situation est la même, 16 vaisseaux en
(1} t mars. {Archives de la Marine, BBn^, Î05.)
rade, 4 en armement refardés par le défaut d'équipage (1), 2 en radoub. Au point de vue des opérations militaires, tout l'hiver s'est passé dans une inaction complète. Jamais même on n'a essayé de faciliter aux divisions de la flottille le passage de la baie d'Audierne, dans l'Iroise, par le Raz, ce dont le Premier Consul manifestera son mécontentement.
A Oecrès.
25 mai 1804, 1778.
Nous Toilà en prairial, et depuis trois raois rien n*a avancé. L'inactivité de Tescadre de Brest empêche la flottille d'Audierne de passer et la marine n'est point dirigée avec cette impulsion et cette énergie qu'il est dans mon intention de lui donner.
Dès le 26 novembre, l'ordre avait été donné à la division de Lorient d'être prête à partir pour le milieu de décembre.
Le Ministre de la marine et des colonies au Préfet maritime
du 4" arrondissement
Paris, le 4 frimaire an xu de la Répabliqae. (te novembre 1803.)
L'intention du Premier Consul, Citoyen Préfet, est que le Jemmapes^ le Suffren^ Y Infatigable et rJïer//jïon^ soient prêts à mettre à la voile du !20au30 de ce mois avec quatre mois de vivres (2).
Le but assigné à la division était de se réunir en rade de rile d'Aix avec Tamiral Villeneuve. Au commencement de janvier seulement, on est prêt à partir. Le contre-amiral Emeriau a ses deux vaisseaux, Jemmapes^ Suffren^ et la frégate Infatigable^ avec des équipages au complet. Le 20, il sera renforcé de la frégate la Gloire (3), et le i®*" février, il aura embarqué des vivres pour 6 mois.
Villeneuve a de son côté, en rade de l'île d'Aix, dès le début de janvier, le Majestueux^ de H8 canons, le Magnanime ^ de 74, et les frégates Cybèle et Didon. Il lui manque cependant 500 hommes (4).
(1) Lettre de Decrès du 2 mai. {Archives nationales^ AF»^, 1191.)
(2) Du It au ti décembre.
(3) Correspondance d*Emeriau. {Archives de la Marine, BB»% t06.)
(4) Archives nationales» AF", itOl.
Le 12 février, Émeriau part de Lorient avec ses vaisseaux et ses deux frégates et sans aucun incident (1); n'ayant vu qu'une frégate ennemie, il parvient le lendemain à faire sa jonction avec Villeneuve au mouillage de Tîle d'Aix. Il a pu constater la marche excellente de trois de ses navires (2).
L'escadre de Rochefort, dont tous les navires sont neufs (3),
(1) Archives de la MaHne, BB", tOô.
Le rapport du commandant de la fr<5gate anglaise Niobe confirme les faits :
Rapport du capitaine Scott à Comwallis. (Leyland, Blocus de Brest.)
Niobe, 16 février 1804.
Le samedi 1 1 , le vent soufflant grand frais du sud-ouest et le temps s*embrumant, je mouillai sous Itle Dieu. On nous envoya de terre quelques coups de fusil qui ne nous atteignirent pas.
Le dimanche 12, le vent tournant au nord, j'appareillai pour Rochefort. où j'espérais rencontrer la Défiance et le Goliath pour lesquels j'ai des mâts de hune. Arrivant devant l'entrée du pertuis Breton et ne voyant pas ces bâtiments, j'ai fait route sur la rade des Basques, pensant les y trouver, et tout au moins, s'ils n'y étaient pas, reconnaître les bateaux français au mouillage de l'île d'Aix. En effet, j'ai pu les observer à moins do 6 milles. Il y a 1 trois-ponts, 1 deux-ponts de 74 canons, S f^gates et 1 corvette. Le trois-ponts a ses basses vergues et ses mâts de hune amenés, le 74 et les ftégates ont toute leur mâture haute, une frégate seule a ses voiles en vergue.
Pendant la nuit, nous louvoyâmes avec vent de nord. Un peu avant le jour, 4 grands bâtiments parurent au vent à nous, cap à l'est. Au jour, je leur fis le signal de reconnaissance et fis tirer 2 coups do canon. Comme aucune réponse ne m'était faite, je supposai que ces bâtiments étaient français. Je virai de bord vent devant pour me rapprocher d'eux et je reconnus avoir devant moi 4 bâtiments de guerre, apparemment 2 vaisseaux de ligne et 2 frégates, faisant route sur le pertuis d'Antioche ; peu après, ils bissèrent les couleurs françaises et firent des signaux avec la terre.
Comme ils ne paraissaient pas vouloir donner la chasse au Niobe, je cherchai à gagner au vent pour entrer dans le pertuis d'Antioche et les mieux observer. Mais voyant un brick américain sous le vent, je me rapprochai de lui pour essayer d'obtenir des renseignements sur ces bâtiments français. La nuit vint, ce qui m'empêcha de savoir tout ce que je désirais, mais cependant nous pûmes voir les tètes des mats des vaisseaux français.
Le 14, je tentai de nouveau de me rapprocher des bateaux français et, étant arrivé à moins de 5 à 6 milles, je vis très distinctement 4 voiles de ligne, 4 frégates et 1 corvette au mouillage près do l'île d'Aix ; le trois-ponts que nous avions vu, ses basses vergues et ses mâts de hune amenés, les avait en haut ; il porte un pavillon au mât d'artimon et l'un des doux ponts a un grand pavillon au grand mât.
Le 16, rien de changé chez les Français.
Je ne puis dire d'ott ils venaient ; quand nous les vîmes, ils étaient au plus près, bâbord amures avec des vents de N.-E. 1/4 N.
(2) Lettre du 10 mars. {Archives de la Marine, BBi^, 206.)
(3) Date de construction des narires de l'escadre de Rochefort :
Majestueux an x La Gloire an x
Magnanime an x Infatigable an ix
Suffren an xi Lynx an xu
Jemmapes an ii
On y adjoindra plus tard le Lion, tout neuf.
sauf le Jemmapes^ se trouve ainsi dans d'excellentes conditions pour des opérations actives ; aussi Villeneuve reçoit-il du Ministre Tordre de rester au contact de Tennemi et de l'attaquer s'il est inférieur (1 ). Effectivement le capitaine Lallemand est chargé d'observer les Anglais avec le vaisseau le Majestueux et la frégate la Gloire. Mais Tordre de TAmiral lui prescrit de ne pas s'éloigner et de se tenir prêt à rentrer avant la nuit. Dans ces conditions les opérations se bornent à une chasse courte et molle donnée le 15 mars à une frégate anglaise.
CornwaUis à M, M ancien (2).
Ville-de-Paris, Onesstnt, 12 arril 1804.
J'ai reçu Totre lettre du 2 courant, une copie d'une lettre de lord Keith et un extrait du journal du cutter Lively.
Un bâtiment de ligne et une frégate sont sortis de Rochefort et ont chassé le Boadicea. Ils se sont aventurés à petite distance de terre et sont revenus au mouillage. J'envoie Maitland pour les attirer en mer; il attendra le Minotaur et les autres navires qui doivent le rallier.
L'A to/^n/e vient de me remettre le rapport ci-joint, donnant les bateaux français aux mouillages de Rochefort.
État de Vennemi à Rochefort le 6 avril 1804.
11 bâtiment de 100 canons.
2 — de 84 — 1 — de 74 — 3 grandes frégates, î corvettes.
Plus haut, dans la rivière, est un bâtiment de 80 canons, paré à appareiller. A Rochefort, un deux-ponts lancé dernièrement et très avancé. Tous renseignements obtenus par des neutres sortant de Rochefort.
La division du Ferrol compte 6 vaisseaux, 2 frégates et 1 brick (3). Le 27 novembre, son chef, Gourdon, a reçu Tordre de se rendre à Rochefort. Mais la croisière anglaise
(1) Lettre de Decrès du 10 mars. (Archives de la Marine, BB", t06.) (î) Leyland, hc, cit.
(3) Vaisseaux : Argonaute. Duguay-Trouin, Fougueux, Héros, Redoutable, Témémire; frégates : Revanche, Guerrière; brick : Observateur.
LES ESCADRES PENDANT L'hIVER 1803-1804. 601
SOUS les ordres du Commodore Pelle w, forte de 7 vaisseaux, observe étroitement la sortie, d'ailleurs difficile, de la baie. Elle a à proximité Texcellent mouillage d'Ares et, sans souci de la neutralité des Espagnols, elle en use.
Sir E. Pellew à Cornwallis.
Tonnant, Bctansos Bay, 6 février 1804.
La Naf ad "VOUS aura renseigné sur mon intention de mouiller Tescadre dans cette baie; or, comme le vent de sud-ouest continuait de souffler avec violence, je gagnai le mouillage, laissant à la mer le Dragon, le Hussar et le cutter, pensant établir un roulement entre les navires pour leur réapprovi^onnement en eau et en vivres. En agissant ainsi, nous avons gagné un avantage considérable et je suis heureux de dire que la baie comble pleinement tous nos désirs, n'ayant jamais perdu une ancre pendant les dernières tempêtes. Si nous n'avions pu utiliser cette baie, nous serions devenus boiteux par l'obligation où nous aurions été de recevoir les coups de vent à la mer. J'aurais été heureux de faire usage de cette baie auparavant, mais il m'était difficile d'ordonner au capitaine Wallis de faire la preuve de ses qualités «avant de prendre par .moi-même la responsabilité de risquer mon escadre dans une baie ayant une mauvaise réputation chez les Espagnols et qui passe pour avoir de mauvais fonds.
Le Dragon et le Hussar ayant été drossés le 14 du mois dernier, j'ai envoyé le Spencer à leur recherche ; mais si rudes furent les coups de vent et si dure fut la mer que, lui aussi, fut chassé de son poste de station. Ne le voyant revenir avec le Dragon et le Hussar, je crains un accident.
Gourdon, tout en se disant prêt à partir, est forcé de mettre en réparations le vaisseau V Argonaute (1). Il cherche aussi à se renforcer du vieux vaisseau hollandais VOlden- Barrsauelt, mais il n*y parviendra pas. Quel que soit Fobjectif donné aux navires du Ferrol ou à ceux de Cadix, ils ne pourront pas et n'essayeront même pas de forcer le blocus.
Le capitaine Gourrège, commandant le vaisseau « l'Aigle », au Ministre de la marine et des colonies, à Paris.
Cadix-Caraca. le 15 nivftse an xii (6 janvier 1804) (2).
Nous sommes au 6 de janvier , je me flattais à cette époque de
(1) Les Anglais sont bien renseignés sur les intentions du commandant français. Voir à ce sujet la lettre de Pellew en date du 9 février (Leyland, loc. cit.). (t) Archives de la Marine, BB', 207. — Campagnes 1804. C6tes d'Espagne, etc.
pouToir TOUS annoncer ma sortie de la Caraca, mais les temps sont si mauTais qu*il n'a pas été possible dVxécuter ce mouvement, je suis donc à attendre ce moment désiré poui* prendre tous mes Tirres et terminer mon armement. La corrette la Torche est également prête, mais il lui manque un câble que la saison rend indispensable.. « . .
Les ennemis sont toujours devant Cadix et le bloquent très exactement; ils sont si bien servis par leurs instruments nautiques que, suivant leurs mouTements, on juge à Cadix du beau ou du mauvais temps, il parait aussi qu'ils se relèvent souvent. C'est aigourd*hui le vaisseau le Howe qui nous visite avec une frégate. Précédenmient, c'était le vaisseau le Dormegaly etc. II j a, à Gibraltar, 5 vaisseaux destinés, en apparence, à ce service. Il est sans doute possible, de tromper leur surveillance, mais il faut du bonheur, un temps à souhait et surtout une liberté entière de manœuvre. Sous cet aperçu (itc), je serais d'avis de sortir seul, ne supposant pas, d'ailleurs, des qualités à la Torche assez avantageuses pour me suivre, je traiterai cette entreprise plus mûrement et suivant la circonstance.
Je suis avec respect, etc.
GOURRÊGE.
Le capitaine de vaisseau Gourdon, commandant une division de forces navales, au Ministre de la marine et des colonies.
A plaviôse an xn (25 janvier 1804) (1). Citoyen Ministre,
Notre situation est toujours la même ici, les vents d'ouest et de sud-ouest sont constants et ne permettent aucun mouvement, l'ennemi est toujours mouillé à Ares.
L'escadre commandée par le commandant Pellew est composée de 7 Taisseaux, dont 1 à trois ponts, î frégates et 2 cutters ; ils viennent de recevoir des vivres d'Angleterre et en ont fait beaucoup ici. J'ai déjà eu l'honneur de TOUS parler de l'avantage de cotte position de l'escadre anglaise. Vous apprécierez les obstacles qu'elle met et mettra certainement à notre sortie, lorsque les vents permettront de la tenter; cette position m'afflige infiniment, puisqu'elle retarde l'exécution des ordres du gouvernement ; nous le deTons uniquement aux lois de cette neutralité qui, ici du moins, nous est très préjudiciable.
J'ai obtenu du Capitaine général quelques secours en cordage pour VOlden^ mais le Taisseau était tellement dépourvu que ce qu'on a donné est loin de ses besoins et qu'il faudra lui en fournir de ceux qui seront fabriqués à la Corogne pour le mettre en état de sortir
Le vaisseau V Argonaute se travaille avec activité, mais toutes ses liaisons étant k reprendre, il est nécessairement dans le bassin pour six semaines, d'après ce que m'a dit le chef du génie de ce port. Je désire aToir vos ordres relativement au parti qu'il prendra lorsqu'il sera prêt. Si, par suite du blocus
(1) Archives de la Marine, BB«, 206.
séTère qui nous retient, nous étions encore ici, je tous propose de faire passer sar ce vaisseau tout ce qui est sur le Redoutable^ qui a les plus grands besoins, et de Tarmer à ses dépens ; en mettant celui-ci dans le port, tous aurez un vaisseau de plus disponible.
On vient de m*envoyer un état de la situation de la goélette le Téméraire , qui exige un réarmement presque complet; il lui faut un gréement neuf, des câbles et des voiles ; comme tous ces objets seront chers et que ce sera autant de fait sur les besoins de la division, besoins que le séjour ici augmente h chaque instant, j'ai Thonneur de vous prévenir que mon intention e^t de le désarmer et de répartir son monde sur les vaisseaux.
Ce bâtiment ne peut nous être d'une grande utilité ; il ne suivrait probablement pas les vaisseaux s'ils sortent d'un coup de vent et par conséquent serait exposé. Si cette mesure n'est pas approuvée par vous, le bâtiment sera bientôt
réarmé.
Salut et respect.