AUGEREAU
L'élément irlandais pouvant entrer dans la composition de l'armée expéditionnaire, devait se réduire à bien peu de chose.
Le Comité avait exigé la reconnaissance préalable de Tindépendance de rUe et la qualité de belligérants pour ceux des émigrés qui prendraient les armes. La seconde de ces demandes devait seule être acceuillie.
Au générsil Berthier, ministre de la guerre (1).
Paris, 22 nivôse an xii (13 janvier 1804).
Faites Tenir MM. Eramett, Thompson et autres chefs Irlandais-Unis, faites leur connaître :
i® Que j'ai lu le mémoire ci-joint avec la plus grande attention, que je ne puis faire aucune proclamation avant d'avoir touché le territoire d'Irlande, mais que le général commandant l'expédition sera muni de lettres scellées, par lesquelles je déclarerai que je ne ferai point la paix avec l'Angleterre sans admettre l'indépendance de l'Irlande ; toutefois que l'armée aurait été jointe par un corps considérable d'Irlandais-Unis, que l'Irlande sera en tout traitée comme l'Amérique dans la guerre passée ;
8* Que tout individu qui s'embarquera aTec l'armée française, faisant partie de l'expédition, sera commission né Français, et, s'il était arrêté et ne fût pas traité comme prisonnier de guerre, la représaille serait faite sur les prisonniers anglais ;
3* Que tout corps formé au nom des Irlandais-Unis sera considéré comme faisant partie de l'armée française, si l'expédition venait à ne pas réussir, la France entretiendrait un certain nombre de brigades irlandaises et donnerait des pensions à tout indiTidu qui aurait fait partie du gouvernement et des autorités du pays; ces' pensions pourraient être réglées d'après les pensions données en France aux conditions équivalentes, lorsque les individus ne sont pas employés; que je désirerais qu'il se formât un comité d'Irlandais-Unis, et que je ne vois pas d'inconvénients à ce qu'ils fassent des proclamations et et instruisent leurs compatriotes de l'état des choses. On ferait mettre ces proclamations dans ï Argus et dans les autres journaux de l'Europe, afin d'éclairer les Irlandais siu* le parti à tenir et sur les espérances à concevoir.
(1) Correspondance de Napoléon, 7476.
aS6 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE Vm.
Si le comit*^ T^Kilait faire une Darrati'jo de toutes les trnDues exercées en Irlande, oo l'iiHrrerait dans le Momî^ur {\).
Bokapâbte.
Néanmoins. Nac-Shechy, nommé ** adjudant commandant », partit ponr Norlaix avec la mission d'organiser le premier bataillon irlandais. Il n*avait que quelques amis susceptibles de former des officiers, mais pas de soldats ; de sorte que, pour s'en procurer, il imagina des projets singuliers.
Mêc^heehy, adjudMnt oommandMnt, au génénU en chef Âugerettu.
M oiiaix, t7 nir&M an xn 4e la RépabliqiM. <18 jaaTier 1804.) lf#a GénéraJ,
Permettez-moi de tous rendre compte des réflexions et da projet que m'a fait naître l'interrogatoire que je Tiens de faire an prisonnier Irlandais et dont je Tiens de rendre compte an général Donzelot.
n s'agirait de trouTer on armateur Irlandais sûr et de bonne Tolonté^ je crois, j'ose même tous assurer que nous arriTerons. Cet armateur, après aToir fait assurer son bâtiment et sa cargaison à son entière Taleur, par une des compagnies d'assureurs qui sont toujours bien aTec le gouvernement, le ferait diriger sur un point convenu pour y être pris, ou, ce qui vaudrait mieux encore, le ferait entrer dans un port français. Afin de Vj déterminer, il serait juste de s'engager à lui payer la moitié de la Taleur de sa cargaison et de
(1) A titre de curiosité sartoat, il laat citer l'histoire saÎTante, racontée par le mystérieax « Ami » :
Dresde, 29 décembre 1803.
Les Irlandais ont ici 14 chefs correspondant avec leur pays. Il y a des comités qm
en ont ici 4 sur les 14, tel que le comté de Connaoght. Ces chefs s'assemblent très en secret la nuit, ordinairement à lliAtel de H assise que toqs connaisses, là où logeait BougtinTille qoand toos éties à Paris. Il y a toujours avec eux on de noos, ou Dorant, on moi, ou Talleyrand. Deux d'entre eux ont on trayail direct avec Talleyrand et, après avoir travaillé avec Talleyrand, ils vont directement à Bonaparte. Ces gens-là ont servi les rages de Talleyrand et Talleyrand les a servis ; mais à présent ils ne peuvent ni les uns ni les antres dire la vérité, et en voici la preuve. Lundi 5 décembre, sur des lettres dirlande reçues par Granville et asses mauvaises pour ces drèles, ils firent à Bonaparte nn rapport sur le mauvais état du parti en Irlande, qui l'empêche de pouvoir faire l'insurrection promise pour le mois de janvier 1804 au plus tard. Durant et moi nous portâmes avec eux leur mémoire à Bonaparte. Le très avisé Talleyrand n*y vint pas. Bonaparte, après avoir lu tout le mémoire, les yeux étincelants de fureur, leur dit : Sortez, sortes. Puis, au dehors, il dit à Durant : Si ce qu'ils disent est vrai et si cela est, qu'on les arrête tous et qu'on les mette au plus grand secret au Temple, séparés les uns des autres. Il faut qu'on apprenne à ne pas me tromper. Talleyrand a eu bien de la peine à raccommoder l'affaire et à les sauver, et il ne l'a fait que par de nouveaux mensonges, en lui donnant de nouveaux espoirs qui n'ont aucune valeur réelle (Communiqué par M. Léonce Pingaud.)
l'expédition d'irlandb-
Je fais traduire notre règlement en anglais et à mesure que nous avançons. J'ai fait copier par chaque officier les leçons en anglais et en français. H me semble, mon Général, qu'il serait très utile de faire imprimer cette traduction anglaise à laquelle je fais donner tous mes soins, et surtout les écoles de soldat et de peloton. 11 ne serait pas moins avantageux de traduire les manœuvres de la cavalerie et de Tartillerie tant à pied qu'A cheval. On aurait par ce moyen dans ce corps tous les éléments d'une armée
Je ne laisserai pas échapper cette occasion sans vous entretenir d'un autre objet très utile ; s'il se fait une expédition en Irlande, outre qu'il serait nécessaire d'avoir non seulement des officiers, mais même des sous-officiers et des soldats familiarisés avec les commandements en anglais, il ne sera pas moins important d'avoir un officier Français par compagnie dans les corps irlandais. Une pareille conduite formera des liens naturels entre les officiers et les soldats français et irlandais qui produiront nécessairement un résultat avantageux sous les rapports de la politique et sous ceux de la discipline et de l'énergie militaires.
L'instruction des officiers exige qu'il y ait quelques soldats à leurs ordres, sans quoi il me sera presque impossible de la perfectionner autant que je le désirerais.
Quant à la manière de se procurer des soldats irlandais, il est impossible de pouvoir y compter sur-le-champ. 11 existe cependant un expédient dont on pourrait tirer parti.
Plus de 4,000 Irlandais robustes et qui ont porté les armes cx)ntre les troupes anglaises dans l'insurrection de 1798 en Irlande ont été embarqués de force et mis par les agents du cabinet de Saint-James entre les mains de ceux du roi de Prusse -^ un régiment entier a été désarmé à Limerik et livré de la même manière. Ne serait-il pas possible de négocier avec cette puissance l'arrivée de tous ces Irlandais qui voudraient servir dans la légion et qui seraient susceptibles du service militaire. La position de notre armée en Hanovre faciliterait nécessairement cette opération, soit en autorisant le roi de Prusse à prendre des Hanovriens en échange, soit de toute autre manière que les circonstances pourraient offrir. Je pense qu'il serait simplement nécessaire que le gouvernement Prussien ne se compromit pas ostensiblement aux yeux du gouvernement anglais et qu'il fermât les yeux soit sur la désertion de ces troupes, soit sur les congés qu'on leur ferait expédier. Une pareille mesure nous offrirait un très beau régiment de militaires déjà tout à fait dressés et nous attacherait tous les Irlandais par les liens de la plus forte reconnaissance.
J'aurai l'honneur, dans une autre lettre, de vous entretenir de quelques moyens que je crois praticables tant pour se procurer des soldats et des matelots irlandais que pour faire naître des germes d'inquiétude et de désertion tant parmi les troupes anglaises que sur leurs vaisseaux.
Salut et respect. Mac-Sheeby.
Dans le cas où vous jugeriez à propos de faire placer dans la légion quelques officiers, sous-officiers et soldats français pris parmi les troupes de toutes armes, je me chargerais de faire ouvrir un cours de langue anglaise pour ces jeunes gens que je ferais diriger par quelques-uns des officiers les plus instruits du corps.
590 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE VllI.
moins commissionnés comme officiers français, atec une assimilation de grade quelconque, afin de leur assurer une existance politique.
Le gouvernement, Citoyen Adjudant-Commandant, se repose en conséquence sur votre zèle et votre dévouement, et vous laisse la latitude nécessaire, pour organiser le corps des Irlandais-Unis, de la manière la plus oonvenable, vous aures soin de juger avec attention, les moyens et la moralité de <^iiQ«D, pour le désigner à l'emploi auquel il est propre. Chaque individu ne sera cocnaiissionné que d'après cette désignation, et sur la demande que vous m*aiei adressée.
Les Irlandais qui ont servi en France, et ceux qui sont originaires d'Iriande,
sont exceptés de cette disposition et ne pourront être placés dans un grade
moindre que celui qu'ils ont déjà eu.
Signé : Alex. Berthier.
P. M. Mac-Sheehy.
Il se trouvait que le point de Morlaix, choisi pour la formation de la « légion irlandaise », pompeusement annoncée et réduite à cette force dérisoire, était précisément l'endroit où étaient reçus les parlementaires anglais, ce qui donnait à Tennemi toutes chances pour connaître le but ostensible des préparatifs de Brest. Il est difficile de croire que cette circonstance avait échappé à Bonaparte longtemps avant qu'on la lui eut signalée
Le Ministre de là marine et des colonies au Ministre de la guerre.
Paris, le 13 pluviôse tn xu de la République française.
(3 février 1804.)
Je réponds, Citoyen Ministre, à votre lettre du 5 pluviôse, par laquelle vous m'observez que Morlaix étant le point de réunion des Irlandais-Unis qui doivent faire partie de l'expédition, il conviendrait que ce port cessAt d*étre désigné pour l'admission des parlementaires et le départ des Anglais qui sont renvoyés dans leur patrie.
J'avais prévu, Citoyen Ministre, que ce serait compromettre le succès des opérations militaires, auxquelles les Irlandais-Unis doivent être employés, que d'ordonner leur rassemblement à Morlaix, en maintenant la disposition d'après laquelle les parlementaires ont admis dans ce port, ou en peuvent être expédiés, j'en ai rendu compte au Premier Consul, qui a pensé que cette disposition ne devait pas être révoquée, à raison de la publicité qu'elle a reçue ; mais il a annoncé l'intention que les Irlandais-Unis fussent réunis dans une autre ville, et je vous prie de vouloir bien donner des ordres en conséquence.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Degrés.
En tous cas, lorsque Tordre fut donné aux Irlandais d'aller
l'expédition d'irlande. S91
à Quimper, puis à Carhaix (4 avril), leur présence à Morlaix était depuis longtemps connue des Anglais..
Il n'y a dans cet incident qu'un indice. Mais voici ce qui semble plus clair au sujet des vraies intentions du Premier Consul.
Drake, agent anglais en Bavière, était, depuis longtemps, en relations avec un certain Mehée, ancien jacobin passé au service de Bonaparte. Celui-ci s'en servit pour faire tenir aux Anglais les renseignements qui lui convenaient (1).
Au citoyen Régnier (2).
Paris, 3 plaviôse an x (24 janvier 1804).
Les lettres de Drake paraissent très importantes. Je désirerais que Méhée, dans son prochain bulletin, dise que le Comité avait été dans la plus grande joie de la pensée que Bonaparte voulait s^embarquer à Boulogne^ inais qu'on a aujourd'hui la certitude que les préparatifs de Boulogne sont de fausses démonstrations qui, quoique coûteuses^ le sont beaucoup moins qu'elles ne le paraissent au premier coup d^œil; que les chaloupes canonnières sont des espèces de bricks et sont construites de manière à pouvoir être utiles au commerce; que ces bricks sont armés de quatre pièces de 24 ; que les bateaux plats, armés d'une pièce de 24 et d'une pièce de 18, sont faits de manière à être vendus comme bateaux pour la péché ; que les péniches dont on a fait construire 400 sont, dans tout état de choses, des chaloupes utiles, môme à une escadre de gros Taisseaux.
Qu'enfin les prames ou bâtiments qui portent 12 pièces de 24 et dont on en a fait construire soixante, sont faits de manière à pouvoir servir en tout temps de grosses gabarres pour l'approvisionnement des ports.
Qu'ainsi donc ce soin qu'on prend d'utiliser les bâtiments de la flottille pour des usages ordinaires fait voir que ces préparatifs ne sont que des menaces, et que ce n'est pas un établissement fixe qu'on voudrait conserver, qu'il ne fallait point se le dissimuler ; que le Premier Consul était trop rusé et se croyant trop bien établi aujourd'hui pour tenter une opération douteuse où une masse de forces serait compromise.
Le véritable projet, autant qu*on peut en juger par ses relations intérieures, est l'expédition d^ Irlande, qui se ferait à la fois par V escadre de Brest et V escadre du Texel; qu'on arme à Brest, à ce qu'assure un individu qui en arrive, des vaisseaux dans le port et qu'on ne met point en rade ; quinze doivent être
(1) Voir la divalgation de tonte cette intrigue dans la brochure de Mébée intitulée : Alliance des Jacobins de France arec le ministère anglais ; les premiers représentés par
le citoyen Méhée et le ministère anglais par MM. Hamond, Yorke et les lords Pelham et Hawkesbury. (Paris, Imprimerie de la République, an xu.)
(2) Correspondance de Napoléon, 7338.
en rade et dix dans le port; ils doWent faire une sortie contre les croisières anglaises qu'on espère alors surprendre, puisque Gomwallis, qui n'est pas inférieur à ce nombre, est disséminé sur plusieurs points, parce qu'il croit n'avoir à craindre que les vaisseaux qui sont en rade.
Le général Augereau est arrivé à Brest.
Des cadres de bataillons irlandais ont été formes et sont à Morlaix, il y a déjà plus rfcîOO officiers, et 0*Connor, Emmetty Thompson et autres Irlandais ont ici des conférences fréquentes par le canal de Dalton, irlandais d'origine.
On ne dit rien sur l'expédition du Texel, quoiqu'on sache qu elle est prête, et on fait beaucoup de bruit des camps de Saint-Omer, d'Ostende et de Flessingue : la grande quantité des troupes réunies en forme de camps ont un but politique. Bonaparte est bien aise de les avoir sous la main, de les tenir armés en guerre et de faire un quart de conversion pour retomber en Allemagne, s'il croit nécessaire à ses projets de faire la guerre continentale.
Une autre expédition est celle de la Morée, qui est décidément arrêtée. Bonaparte a 40,000 hommes à Tarente. L'escadre de Toulon va s'y rendre ; il espère trouver une armée auxiliaire de Grecs très considérable.
Bonaparte.
Un peu plus tard, la suspension des aflfrétements ostensiblement annoncés allait fournir la preuve matérielle du peu de sérieux de l'entreprise :
Le Ministre de la marine au Préfet maritime, à Brest
(à vous seul) (1).
15 ventAse an xu (6 mars 1804).
J'ai mis sous les yeux du Premier Consul, Citoyen Préfet, vos dernières dépèches et particulièrement les détails que vous me donnez sur les bâtiments à fréter pour l'expédition II m'a chargé de vous prévenir que sans paraître renoncer aux affrètements des ports voisins de Brest, et même de Lorient, il faut laisser traîner la chose en longueur sur divers prétextes , sans V abandonner, et sans que personne puisse conclure de ces lenteurs que ces affrètements sont contremandés. Ainsi ne prenez aucun engagement pour les navires hors de Brest.
Quant aux neuf bâtiments portant 302 chevaux et 600 cavaliers, qui sont à Brest, ils feront partie de l'expédition et vous devez les disposer pour cet objet, sans autre délai que celui que nécessitent les travaux des vaisseaux de guerre, qui doivent passer avant tout et dont je saisis toutes les occasions de vous recommander la solidité des réparations.
Degrés.
(1) Archives de la Marine, BB«, 95.