‹ 1793-1805Chapitre 109 sur 112 · VAISSEAUX · texte numérisé non relu

VAISSEAUX

De ligne.

De

50 canons.

Frèo^tes.

Sloops.

TOTIU

lî

État de tarmement actuel dans chaque port.

Portsmouth. .

Plymouth. . . .

Chatham ....

Sheemess . . .

Sur la rivière

Total.

(1) Archives nationales, n^ 1191.

LES BSCADïiES PENDANT l'hiver 4803-4804. 609

Tamise.

8 à 10 frégates pour protéger la TÎlle de Londres, sou« le commandement de sir H. Neale.

Duine,

12 h 14 vaisseaux de ligne et frégates sous le commandement de lord Keith.

Flotte mouvante dans le canal, 1 1 bombardes et bateaux plats, sous le commandement du capitaine Clarke.

Texel et Meuse, Batavie.

Une escadre de 10 vaisseaux de ligne et 6 frégates, sous le commandement de Tamiral Thornborough.

Si donc, dès cette époque, il était question d'envoyer l'escadre de la Méditerranée dans la Manche, la force de l'escadre anglaise des Dunes se trouverait sûrement supérieure àjce que Latouche-Tréville peut immédiatement faire partir de Toulon.

Le vice-amiral Latouche-Tréville, à Son Excellence le Ministre

de la marine et des colonies (1).

A Toulon, le 23 nivôse (14 Janvier 1804). Général,

J'ai Thonneur de vous rendre compte que j'ai arboré ce matin mon pavillon sur le vaisseau le Bucentaure, Il a été salué, suivant Tusage de la marine, de 13 coups de canon par les bMiments de Tescadre. J'ai trouvé ce vaisseau dans le plus bel état ; c'est une des perfections de Tarchitecture navale ; il est soigné comme un modèle jusque dans les plus petits détails. J'ai vu avec satisfaction qu'on avait donné plus de ton aux mftts majeurs ; c'est un principe que sans doute vous prescrirez d'après les observations judicieuses du général Ganteaume.

D'après les comptes particuliers que m'ont rendus les commandants de vaisseau et de frégate de leur situation, l'escadre sera prête à mettre sous voile le 5 du mois prochain (26 janvier) ; j'espère que la frégate le Rhin sera réparée des avaries qu'elle a éprouvées dans l'abordage qui a eu lieu entre elle et VHortense. VUranie sera également prête et s'occupe, dès ce moment^ de réorganiser son équipage. Je n'ai aucun espoir de pouvoir attacher V Incorruptible ou la Syrène à mon escadre, faute d'hommes ; mais j'espère qu'avec les bons bâtiments dont elle est composée que je pourrai remplir avec succès les vues du gouvernement.

(1) Archives de la Marine, BBit. 207» — Campagnes 1804. Côtes d'Espagne, etc. lil. 39

Je me propose de commencer après-demain mes revues préparatoires ; je passerai trois bâtiments par jour et je fixerai la revue définitive huit jours après la première , en sorte que le 5 au matin (26 janvier) je serai en état d'appareiller, si les ordres du Premier Consul me sont parvenus. Si les vents sont favorables et Toccasion bonne à saisir, j'aurai l'honneur de vous rendre compte de l'issue de cette inspection, qui embrasse toutes les parties de l'organisation et de l'installation des bâtiments à mes ordres. Je sais d'avance que je n'aurai que des éloges à donner et à solliciter des témoignages de votre satisfaction pour les officiers destinés à me seconder.

Je vous salue avec respect.

Latouche-Trétxille.

Dès la fin de janvier, 7 vaisseaux et 6 frégates sont prêts pour toute mission que Ton voudra.

L'armée forme deux escadres (1) :

1" Bucenlaure. 2® Formidable.

Mont-Blanc, Intrépide.

Annibal. Scipion.

Swiftsure. Rhin (frégate).

Hortense (frégate). Uranie (frégate).

Thémis (frégate). Comélie (frégate).

S y rêne (frégate). Tactique (corvette),

et la correspondance de Faillirai ne laisse aucun doute sur Tefifectif des équipages et le bon état des bâtiments (2).

Mais il n'est plus question de la hâte qu'avait Bonaparte à la fin de décembre, de disposer fin janvier de 7 vaisseaux et 5 frégates. Une fois qu'il a ce qu'il a demandé, il ne parle plus de départ pour la Martinique, mais de renforts dont il n'a jamais été question et qu'il est mécontent de ne voir pas joints à l'escadre.

Au sieur Rapp, en mission à Touion.

20 janvier.

Citoyen Rapp,

J'ai reçu vos dififérentes lettres. Les événements arrivés aux deux frégates

(1) Lettre de Latouche-Tré ville du 4 février. (Archives de la Marine, BBiv, 207.)

(2) Lettres de Latouche-Tréville du 15 janvier. {Archives de la Marine, BBiv, 207.) Lettre du 6 février : « L'état est on ne peut plus satisfaisant ».

Lettre du 21 février : « Il ne manque que 344 hommes, presque tous vénériens à Saint* Mandrier, et pouvant être embarqués au moment du départ •.

LES ESCADRES PENDANT L'hIVER 1803-1804. 611

sont des événements qui arrivent souvent en mer, souvent par la faute des officiers de quart, quelquefois par des circonstances qui ne dépendent pas des officiers.

Je ne puis concevoir comment le Neptune n'a pu être prêt, puisque les mâtures, gréements, canons qui manquaient ont été expédiés pour suppléer à ce qui manque. Je ne puis actuellement penser qu'U soit impossible de joindre nos Taisseaux r A /to et le Berwik à ceux déjà prêts. Les matelots ne peuvent empêcher ; en établissant la presse, on en aura plus qu'on voudra. Dites (ce que dit Ganteaume), si le Neptune, V Atlas et le Berwik, puis les deux vaisseaux pourront être prêts.

S'il ne s'agissait que de la Martinique,- ce ne sont pas 10 vaisseaux au lieu de 7 qui assureraient le succès de Topération, d'autant plus qu'on se contentera de frégates pour y porter des armes et quelques hommes (1). On peut donc soupçonner déjà que, dans la pensée de Bonaparte, Fobjectif de Tescadre de Toulon est tout autre, et on en verra la preuve, mais les projets sont diCFérés. L'hiver se passera donc à des exercices, des appareillages et de courtes sorties.

Le vice-amiral Latouche-T réville, de la Légion d'honneur, commandant en chef une escadre dans la Méditerranée, au Ministre' de la marine et des colonies (2).

 bord du Bucentaure, en rade de Toulon, le 13 ventôse an m de la République (4 mare 1804).

Général,

J'ai l'honneur de vous rendre compte de la rentrée de la division du vaisseau et 3 frégates que j'avais fait sortir il y a huit jours sous les ordres du capitaine Maistral, du vaisseau VAnnibaL Cette division, composée des frégates le Rhin, VHortense et la Cornélie, a éprouvé deux coups de vent de nordouest qu'elle a étalés au mouillage des lies d'Hyères. Elle n'a eu connaissance, dans sa croisière, d'aucun hàtiraent ennemi; il parait qu'il se tient au large et, pour dérober la connaissance de sa croisière habituelle, il évite de faire paraître des frégiites, que je ferais chasser par les nôtres. Le vaisseau ïAnnihal a constaté, dans cette sortie, que sa marche était assez bonne, celle des frégates VBor terne, le Bhin et la Cornélie est supérieure ; la première paraît la mieux marcher des trois. Elles ont mis à terre très peu de malades. La seule avarie qu'elles aient éprouvé est la rupture de la tête du mât de perroquet de fougue de VHortense.

Je compte, dans la semaine prochaine, faire sortir les vaisseaux le Mont-

ai) Voir ci-dessus.

(2) Archives de la Marine, BBiv, 207. — Campagnes 1804. Côtes d'Espagne^ etc.

i612 DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE IX.

Blanc j le Scipioriy les frégates VUranie^ la Sirène et la Thémis, sous le commandement du capitaine Gosmao. Ces sorties entretiennent TactiTité parmi les équipages et les formera beaucoup plus que les exercices de la rade.

Salut et respect.

Latouche-Trémlle.

Le vice-amiral Latouche-T réville, de la Légion d'honneur, commandant en chef une escadre dans la Méditerranée, au Ministre de la marine et des colonies (1).

A bord du Bucenlaure, en rade de Toulon, le 20 ventôse an xu de la République (II mars 1804).

Général,

J*ai Thonneur de tous informer que, diaprés divers rapports de bâtiments neutres entrés à Marseille, il est constant que Tescadre anglaise aux ordres de famiral Nelson, composée de 8 vaisseaux et de frégates, a croisé sur le cap Saint-Sébastien et le golfe de Rose pendant tout le mois dernier, qu'elle y était encore le 11 courant. Mais, hier après-midi, les vigies signalèrent une escadre, dont une frégate approcha assex près du cap Sépet, les signaux de la c^te n'ayant point fait connaître le nombre des vaisseaux et frégates qui la composaient, j'ai fait sortir ce matin, malgré le vent d'est très frais qui règne, 2 frégates et le brick la Tactique, pour chercher à reconnaître l'ennemi et sa force, d'après laquelle je réglerai mes manœuvres ultérieures, dont j'aurai l'honneur de vous rendre compte.

Salut et respect.

Latouche-Tréville.

Le vice-amiral Latouche-Tréville, de la Légion d*honneur, commandant en chef une escadre dans la Méditerranée, au Ministre de la marine et des colonies (1).

A bord du Bucentaure, en rade de Toulon, le 27 ventôse an XII de la République (18 mars ISOl).

Général,

J'ai rhonneur de vous rendre compte que l'ennemi s'est présenté hier à toute vue, au nombre de 14 voiles, on a cru observer 8 vaisseaux de ligne (2). Une frégate s'est approchée à 2 lieues et a chassé le brick le Gower^ qui était à découvert, les vents étaient à l'est gros frais.

A la nuit, malgré la contrariété du vent pour sortir, j'ai fait appareiller le» frégates la Thémis et la Syrienne (3) pour soutenir le Gower; la frégate anglaise

(1) Archives de la Marine, BB", t07. — Campagnes 1804. Côtes d'Espagne, etc.

(2) Nelson avait été renforcé le U mars du vaisseau de 100 canons le Royal^vereign.

(3) Nelson signale ces deux b&iiments près des lies d'Hyères.

LES ESCADRES PENDANT L'hIVER 1803-1804. 613

a levé chasse et gouverné pour aller rejoindre son escadre. Nous^ sommes tous prêts à sortir si Tennemi s'approche à force égale. Par un rapport que je reçois iV rinstant de Marseille, fait par un bâtiment neutre, il a été visité le 22 courant par une frégate faisant partie de 14 voiles, dont 11 étaient vaisseaux de ligne; elles faisaient vent au sud-sud-est, il est probable que ce sont les mêmes dont les vigies ont eu connaissance hier matin

Je vous salue avec respect.

Latouche-Tréville.

Du côté anglais, on a vu que Nelson avait gagné la Méditerranée dès le début de la guerre . Ses instructions (1 ) portaient en substance qu'il devait aller retrouver à Malte le contreamiral Bickerton et prendre le commandement de tous les vaisseaux employés ou à employer dans la Méditerranée. Après avoir assuré la défense de Malte, il devait aller devant Toulon pour « prendre, couler, brûler ou détruire tous navires « appartenant au gouvernement ou aux citoyens français et <c s'emparer de tous les navires bataves qu'on pourrait ren- « contrer et les conduire dans un port et ce pour les mettre à « la disposition du Roi (2) ». « Votre Seigneurie, était-il dit, « devra porter une attention particulière aux agissements des i< Français à Gênes et en général dans les ports italiens, afin « de se rendre compte des préparatifs qui pourraient y être « faits en vue d'une entreprise contre TEgypte, contre un <( point quelconque des Etats du Sultan, contre le royaume « de Naples, la Sicile ou Corfou, afin de s'y opposer efficace- « ment »

(c Votre Seigneurie doit surveiller la conduite de la cour « d'Espagne, porter son attention sur les préparatifs qui peu- « vent être entrepris dans ses ports de la Méditerranée ou à <( Cadix et employer tous les moyens pour se renseigner sur

« cet objet important Comme il y a des raisons pour croire

« que certains des bâtiments français employés aux Indes « occidentales chercheront à gagner un port de la Méditer- « ranée, votre Seigneurie devra détacher le plus tôt possible, à <c Gibraltar, une force convenable pour arrêter ces bâtiments « ou ceux des Bataves qui tenteraient de franchir le détroit. . . ».

(1) Correspondance de Nelson, t. V, p. 19.

(t) Cela impliquait ridée de les respecter. {Correspondance de Nelson, t. V, p. 70,)

Le 3 juin Nelson mouillait à Gibraltar (1). Là, il détacha la Résistance pour croiser entre les caps Trafalgar et Spartel, tandis que la corvette Bittern surveillerait l'espace entre Gibraltar et la côte barbaresque (2). Le 28 juin, arrivé à Malte, il écrivait au ministre Addington les curieuses lignes suivantes :

« Mon opinion sur Malte, comme lieu de stationnement pour « obser>'er Fescadre française de Toulon, est bien connue et « Texpérience que je viens de faire d'une navigation durant « trois semaines la confirme. L'escadre ne viendra jamais ici, « si je puis trouver quelqu'autre coin pour la placer. Je con- « fesse que Malte est très important en tant qu'ouvrage de « défense extérieure peur l'Inde, que sa possession nous « donnera une grande influence dans le Levant et le Sud de « l'Italie, et à ce point de vue, j'espère que nous la garde- « rons. » EflFectivement, dès le 17, il avait repris la mer, franchi le détroit de Messine, et le 5 juillet il était devant Monaco avec 7 vaisseaux.

Il était convaincu que les Français avaient déjà 7 vaisseaux, 5 frégates et 6 corvettes et plutôt 9 vaisseaux que 7. Néanmoins il était plein de confiance (3). On a wx combien la situation, à Toulon, était inférieure aux prévisions de l'amiral anglais.

Dès ce moment se révèle chez ce dernier cette idée précon çue d'une entreprise contre l'Egypte que préparaient les Français. « Quelles intentions diaboliques ont-ils pour l'Italie, « écrit-il le 12 juillet, l'avenir le dira. Mais je pense que « l'Egjpte est leur grand objet. Pour l'atteindre, ils seront « capables de prendre Naples, de tenter de conquérir la Sicile « et la Sardaigne, la Morée et les Sept-Iles, et l'Egypte. Toute « notre armée d'Egypte est partie et nous n'aurons jamais eu u plus grand besoin de 10,000 hommes qu'en ce moment. » Rejoint le 1®"^ août par le Victory^ puis peu après par le CanopiiSy de 80 canons, Nelson continua obstinément sa croisière jusqu'au 24 octobre, date où il se décida à se rendre

(I) Lettre à ramiral Saint-Vincent.

(S) Ordre au capitaine Wodehoase, 4 juin. (Correspondance de NeUon,)

(3) Lettres à Addington, 9 juillet; à lady Hamilton, le 8 ; à lord Saint-Vincent, le 8.

avec l'escadre à la Maddalena, laissant seulement devant Toulon le Narcissus et la corvette S ea- H or se.

C'était là le premier mouillage en ce point d'une importance stratégique si remarquable, mais la première station de l'escadre anglaise y fut courte : sept jours seulement.

C'était peu pour des hommes qui tenaient la mer depuis cinq mois. Le 24 novembre, Nelson, renforcé par VExcellent de 74, avait repris sa situation devant Toulon, ayant enlevé en route la corvette le Renard de 12 canons (1), et il voyait distinctement, écrit-il, « 8 vaisseaux français, 8 frégates et « plusieurs corvettes françaises dans la rade, tandis qu'un « neuvième vaisseau, dans l'arsenal, montait ses mâts de per- « roquet (2) ». Le blocus dans ces parages, si mauvais pendant Thiver, était excessivement pénible (3) ; le 5 décembre, Nelson partit de nouveau pour la Sardaigne, mais cette fois, au lieu de s'arrêter à la Maddalena, il alla au sud de l'île et mouilla le 18 décembre dans le golfe de Palma. « Les raisons « de ce choix, écrit-il à lord Saint- Vincent (4), sont : la pre- « mîère, d'empêcher la jonction d'une flotte espagnole qui (( viendrait de l'Ouest, la seconde^ de se trouver au vent de « façon à pouvoir^ en cas de tempête du nord passant au nord- « nord-est ou au nord-nord-ouest^ trouver un abri soit aux îles

« d'HyèreSy soit au cap Saint-Sébastien (5) Maintenant

« que l'Espagne est décidée à rester neutre, je prendrai ma « station d'hiver dans le cap Saint-Sébastien pour éviter les « grosses houles du golfe et je ne garderai que les frégates « devant Toulon.

« Depuis septembre nous avons eu une série de mauvais :< temps comme je n'en ai jamais vue et tous les vaisseaux en

« ont soufifert Le Kent a eu de telles avaries que je

« l'envoie à Malte, d'où je n'espère pas qu'il reviendra avant « six semaines ou deux mois, tant est difficile la traversée

« depuis cette île jusqu'ici Si je devais mettre V escadre

« à Malte ^ il vaudrait autant la laisser à Spithead. Je ne con-

(1) Lettre à rAmiraat(5, 16 novembre.

(S) Lettre à Acton, 24 novembre.

(3) Lettre au duc de CUrence, 7 décembre.

(4) Lettre du It décembre.

(5) Côte d'Espagne, au sud du cap Creux.

M nais d'autre moyen d'observer rennemî qae d'être toujours « à la mer et pour cela, il faut de bons navires. »

Le' séjour à Palma fut pourtant de peu de durée et le 26 décembre Nelson, après une courte apparition devant Toulon, était revenu à la Maddalena. Après une tournée devant Alger et le cap Saint-Sébastien, il y revint le 30 janvier. Ayant reparu devant Toulon, une tempête le force à revenir à la Maddalena le 10 février.

Ses idées au sujet des véritables intentions des Français changent tous les jours, mais d'ordinaire c'est toujours à un projet en Orient qu'il donne la préférence. A partir de ce moment, il imagine que les vaisseaux du Ferrol et Cadix vont venir à Toulon I ,. Toujours dans le même but, et pour empêcher leur jonction, il demande 10 frégates ou sloops de plus (2), en supposant encore que l'escadre de Pellew qui est devant le Ferrol ait suivi la division Gourdon. « Nous sommes, dit-il,

< près de grands événements ; 12,000 hommes se rassemblent

< à Toulon, 16,000 à Nice L'Amirauté ne me dit rien,

ne sait rien, mais mes lettres privées me disent que les escadres de Brest et du Ferrol sont destinées à venir ici. Si

( c'est vrai, nous aurons fort à faire S'ils s'unissent, ce

n'est pas le Sultan, en paix avec les Français, qui les empê-

< chera de conquérir la Morée ou TEgypte ». C'est avec

une activité fébrile qu'il dépêche ses éclaireurs. Sur la fausse assurance que l'escadre de Latouche-Tré\'ille a pris la mer, il charge la Junon (3) de pénétrer assez avant dans la rade de Toulon pour s'assurer de la présence de Tennemi ; le Childers va à Monte-Christo, \ Amazone à 25 lieues à Touestnord-ouest d'Asinara (4) gardant ainsi toutes les directions qui peuvent mener l'ennemi vers le Levant. Quant au gros de l'escadre, il part le 18 de la Maddalena, arrive le 25 février devant le cap Saint-Sébastien, d'oii le sloop Caméléon est envoyé à Rosas (5), puis la Junon à Barcelone.

Le temps a été très mauvais, et selon toute apparence

(1) Lettre à Acton. 10 féTrier.

(t) Lettre à John BaU, Il féTiier.

(3) 15 février.

(4) 18 février. Nord-oaest de la Sardaigne.

(5) Sad da cap Creox. C6te d'Espagne.

LES ESCADRES PENDANT L'hIVER 1803-1804. 617

Latouche-Tré ville aurait facilement échappé quelle qu'eût été sa direction, pendant ce mouvement, du gros de Tescadre anglaise de la Maddalena au cap Saint-Sébastien, sans renseignements et sans chances d'en recevoir.

Mais il n'en avait rien été et lorsque Nelson arrive le 14 mars devant Toulon, la division Maistral (1) est entrée au port après quelques jours de station aux îles d'Hyères. Sûr de de la présence de Tescadre française, Nelson retourne à Palma où il jette Tancre le 25 mars.

Ainsi qu'on le voit, Nelson est continuellement en route et ne paraît devant le port de Toulon que par intervalles. Très différente de la tactique de persévérance employée par Comwallis devant Brest, son attitude sera appréciée par un officier anglais en des termes qu'il est intéressant de reproduire, car les événements montreront la justesse de ses critiques.

Capitaine Whitby à Corn wal lis (2).

Newiands, 11 juin 1804.

Je désire vous communiquer quelque chose que je crois être de grande importance. Si nos (sic) mers n'eussent été si sûres et nos postes si régulières, j'aurais commencé par tous envoyer un chiffre connu de vous seul ; mais ce que j'ai à dire peut être dit en quelques mots. Je les dirai.

Bien que Nelson soit infatigable h la mer, il y a beaucoup de raisons pour que les Français réussissent à s'échapper à travers la Méditerranée ; ce que le gouvernement ne peut savoir par Nelson, ce que peut-être il n'envisage pas (du moins je le pense) et ce que j'ai été longtemps avant de me déterminer à vous dire pour vous prévenir de ce qui se passe, ne pouvant vous confier cela, étant moi-même en Méditerranée :

1« Nelson ne croise pas à son rendez-vous ;

2° Gomme conséquence, j'ai vu, à plusieurs reprises, des bâtiments le cherchant une semaine, deux semaines, parfois un mois sans succès (le Belle-lsle le chercha une semaine) ;

3® Il est obligé de temps à autre d'emmener l'escadre prendre de l'eau très loin de Toulon ;

4® Depuis que je suis parti, l'escadre française sortit pendant l'absence de Nelson, croisa plusieiu^ jours devant Toulon et finalement, quand il revint, il ne put que la voir à grande distance rentrant en rade.

(1) Le vaissoan YAnnibal et les frégates Rhin, Hortense et Uranie.

(2) Le capitaine Whitby venait de la Méditerranée et devait être capitaine de pavillon de Comwallis. (Leyland, Blocus de Brest.)

De tout cela je conclus qu'il est très aisé à rennemi de lui échapper. A la dernière occasion, il pouvait aller aux Antilles ou ailleurs, sans que nous puissions stToir où il était allé.

Par aillean, les Français ont iO vaisseaux de ligne à Toulon, 1 à Cadix, 4 je pense au Ferrol, 6 à Hodiefort et 20 tous dites à Brest, faisant en tout 41 vaisseaux de ligne.

Donc si les Français évitent Nelson, ils peuvent dégager Cadix (bloqué seulement par 2 frégates), puis le Ferrol et Rochefort, et, continuant leur route sur Brest, ils tous rencontreront un beaiV matin, quand ils auront réussi leur jonction, ce dont je ne serais pas surpris. Je tous expose mes suppositions pour que vous prêtiez Tattention que tous jugerez digne à ces possibilités et aOn que tous ayiez sous tos yeux, au lever du jour, tous tos bâtiments parés à recevoir Tennemi.

Je TOUS écris cela en confiance, car je n'oserais jamais donner à qui que ce soit une opinion sur le blocus de la Méditerranée ; car sans aucun doute mon lord Nelson est poussé par un trop grand zèle et ensuite parce qu'il est un grand et glorieux officier.

Je dois ajouter quelque chose cependant, c'est que lors des coups de vent, il s'éloigne à de telles distances qu'il est impossible de le retrouTer et que l'ennemi a par suite de grandes chances pour lui échapper. Je suis couTaincu que les Français ont toute facilité pour sortir; quant à leur but, il reste à le trouTer.

Je dois TOUS dire autre chose : Gore, sur la Médusa, est selon moi si inat— tentif à son poste de Gibraltar, que je considère comme l'avant-garde de lord Nelson et de vous, et duquel vous devez espérer raisonnablement tous renseignements, que je ne vous conseille pas d'avoir confiance en lui. Lorsque je passai à Gibraltar, trois ou quatre bâtiments étaient dégréés pour plusieurs jours ; c'est, je pense, de grande importance.

Je puis me tromper, mais je ne mets aucune mauvaise intention dans ces suppositions et insinuations que, je suis convaincu, vous ne recevriez de personne autre.

Que Dieu vous protège, mon cher Amiral.

Page 1