CHAPITRE PREMIER
U avait fallu, ainsi qu'on Ta vu plus haut, reconnaître dès le mois de septembre que les constructions ne seraient pas achevées pour le 22 novembre. Au début de ce mois, un nouveau terme parait être admis : c'est celui du 1®' pluviôse (22 janvier). Si Ton en juge par l'opinion du Ministre de la marine (1), il semblerait que la principale cause de ce retard aurait été la mise en chantier prématurée d'un nombre exagéré de bâtiments (2).
8 frioiaire an xii (30 novembre 1803).
Il y a à Calais trois chantiers on ne sait comment on finira dans ce
port les constructions commencées :
12 bateaux de l** espèce, au tiers ou aux deux tiers;
10 bateaux de 2* espèce, au tiers ; 86 péniches, dont 24 à Feau.
On a mis 110 bâtiments en construction, sans s^occuper de finir les
constructions les plus avancées on a jeté l'argent à pleines mains et Ton
ne sait quand on aura les résultats
A Dunkerque on construit :
4 prames;
11 bateaux de l'*' espèce, à la moitié ou aux trois quarts; 18 bateaux de 2® espèce, au tiers ou à la moitié;
66 péniches, dont 18 en armement ; 2 calques.
(1) D'après Portait les payements très irrégulièrement faits seraient une des causes du découragement des entrepreneurs. (Archives nationales, AF'^, U02. Rapport du 19 septembre.)
(t) Archi\>e9 nationales, IlVv*,\\9\,
n y aTait prêts k partir :
2 bateaux de 2* espèce;
9 corTcttes de pèche ;
tous armés et ayant leur garnison à bord
A Saint-Omer il se construit 66 péniches.
A Ostende le contre-amiral Magon se plaint amèrement de Tétat du
port Le général Davout s'exprime avec morosité sur tout ce qui touche à
la marine les conscrits sont abandonnés sans vêtements et souvent sans
occupations On ne construit que 2 prames, qui sont au tiers, et 34 péniches, dont :
15 sont à Teau ;
2 prêtes à être lancées ; 15 le seront dans un mois;
2 ne sont pas commencées.
54 corvettes de pèche sont dans le port, 34 sont armées
48 bfttiments-écuries sont à Ostende, 36 sont installés on en attend 81
de Gand et de Bruxelles 88 bateaux de Blankenberghe ont besoin de
réparations.
Tout me donne à penser que la masse des b(^timents de Fexpédition sera prèle h la fin de nivôse (21 janvier), en en exceptant les prames et les constructions de Calais. Ostende aura cependant besoin de beaucoup d'activité pour entretenir les bâtiments qui doivent se réunir dans ce port, et il serait nécessaire que le Premier Consul voulût déterminer définitivement l'expédition d'Ostende, afin qu'on dirigeât sur Boulogne tout ce qui n'en fait pas partie (1),
Pourtant il s'en fallait de beaucoup que tout ce qui était compris dans le programme du 22 août fût entrepris. Dès le mois d'octobre, des ordres avaient été donnés pour arrêter les constructions qui n'étaient pas encore commencées et il semble que, jusqu'au début de janvier, l'intention de Bonaparte ait été de limiter les constructions à celles qui pouvaient être prêtes à la fin de janvier ou aux premiers jours de février au plus tard (2). Cette disposition ne pouvait s'appliquer aux prames indispensables, semblait-il, pour le transport des chevaux.
(1) De U main da ministre Decrès,
(t) Correspondance de Napoléon, 7203, 14 octobre. Ordre d'arrêter à Liège, Strasbourg, Colmar, Namor, tout ce qui n'est pas en chantier et en « bois debout »,
Au oonirt^miral Decrès, Ministre de la marine et des colonies (I).
Paris, 16 frimaire an an (8 décembre 1803).
Il y a 14 prames au HaTre, Fécamp et Rouen; 3 sont portées comme ne pouvant être mises à l'eau qu'au 15 Tentdse (tt mars), c'est, éTidemment, trop tard. On pourrait augmenter les moyens d'ouvriers, pour qu'elles soient toutes à l'eau avant le 20 pluviôse (10 février), ou bien les suspendre et reverser les ouvriers pour accélérer les 1 1 autres.
Je vous renvoie votre correspondance. On offre un bâtiment capable de porter 30 chevaux à Saint-Malo, qui sera fort utile.
Dans les états du 3* arrondissement, je n'ai point vu qu'il fût question des bateaux de Terre-Neuve.
Actuellement que Forfait est à Paris et que nous avons des états sûrs du degré d'avancement de construction des prames, il serait peut-être convenable de prendre des mesures pour en avoir à l'eau, au 15 pluviûse (5 février), une vingtaine, cela aurait non seulement l'avantage de nous porter iOOO chevaux, mais encore de pouvoir nous servir comme des espèces de batteries flottantes.
Bonaparte.
Quoi qu'il en soit, les premiers de ces bâtiments n'étaient pas encore lancés au 30 décembre et l'emploi ultérieur de ces navires lourds et encombrants soulevait déjà des objections sérieuses.
Au citoyen Premier Consul (2).
Paris, 8 nivftse an xii (30 décembre 1803).
Les premières prames ne tarderont pas à être mises \ l'eau ; les autres les suivront de près.
Je pense que c'est le moment de vous remettre sous les yeux, au sujet de ces bâtiments, quelques observations dont j'ai déjà eu l'honneur de vous faire part et qui me paniissent fort importantes.
Leur volume extérieur est très considérable, leur mâture est haute, leur voilure est celle d'une petite frégate. U sera donc extrêmement difficile de les diriger contre le vent et cette difficulté sera encore augmentée par leur peu de tirant d'eau.
Cette considération. Général, me parait devoir leur interdire de la manière la plus expresse le port de Boulogne. Une masse de cette espèce demandera beaucoup de force pour la diriger, beaucoup de temps pour la mettre en mou-
(I) Corretpondance de Napoléon, 7363.
(t) Archives nationales, carton AF«^, ItOt. — Marine, colonies, flottilles. An vman XII.
342 DEUXiÂBiE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
vement; elle nuirait à la manœuTre du reste de la flottille et causerait des accidents très fâcheux.
Veuillez bien, Général , tous rappeler la malheureuse rentrée de la flottille qui eut lieu le surlendemain de votre arrivée à Boulogne, en brumaire. Les navires, après avoir doublé la jetée du sud, restaient agglomérés à t entrée du port, le vent du sud-ouest les poussait dehors, 5 bateaux qui ne purent être secourus furent repoussés en mer et se perdirent.
On n'a rien fait pour rendre le halage plus commode et plus prompt, ce que, cependant, il serait aussi facile et peu dispendieux de faire que ce serait utile. Si, dans cet état de choses, une prame se mettait en travers entre les deux jetées, toutes les forces du port ne rentreraient pas à temps et les bâtiments qui la suivraient seraient obligés de rester dehors à tout événement. Que serait-ce s^il y arrivait en même temps 10, 20, ou un plus grand nombre de prames.
U y a. Général, beaucoup de chances où cet amalgame d'énormes masses et de petits navires donnera les plus grands embarras et causera les plus grands malheurs. Je n*en connais aucun où leur manœuvre se puisse faire sans ralentir dans un très grand rapport l'appareillage de la flottille.
Je vous prie. Général, de prendre ces observations dans la plus haute considération et de consulter à cet égard des marins dignes de votre confiance et qui connaissent le port de Boulogne ; je pense qu'ils se réuniront à moi pour vous inviter à rassembler les prames dans Cun des ports d'É tapies, Wmereux et Ambleteuse; mais à n'en pas faire venir une seule à Boulogne (1).
Je vous salue très respectueusement.
Forfait.
Au début de janvier, on n'avait encore en chantier dans le 1*' arrondissement que 6 prames et 11 au Havre (2). Pourtant Bonaparte y tenait particulièrement pour le transport des chevaux (3). Pour remédier à leur absence, il pensa aux navires de commerce achetés par les commissions et son ordre du 4 janvier (4) fixa au 5 février la date extrême à laquelle les bâtiments seraient acceptés. U fallut donc ajourner de nombreuses constructions (5).
(1) Les prames coDstniites à Anvers ne pouvaient passer par les canaux et il n'y avait pas moyen de les envoyer à Ostende autrement que par mer. (Lettre de Forfait du 10 février. Archives de la Marine, BB«^, 199.)
(t) Rapports de Pleurieu {Archives nationales, AF«^. 1191) et de Forfait (Archives de la Marine, BBi^, 199 et BB'v, 194). Rapport de Magon pour Ostende.
(3) Voir ci-dessous : transport.
(4) Correspondance de Napoléon, Note pour le Ministre de la marine, 7450.
(5) Au commencement de l'année 1804, le total des dépenses aurait été déjà de 18,700,000 francs dont 8,442,000 pour les approvisionnements généraux et les constmciions et 400,000 pour Tachât de bâtiments en Hollande. (État des crédits et dépenses.) {Archives natioTiales, AF»^ 1191.)
Au lieu du 5 février, ce fût la date du 10 du mêfiae mois que Forfait d'une part et Bonnefoux de l'autre firent connaître aux entrepreneurs (1).
Il ne faut voir dans cette fixation ferme qu'une mesure comminatoire, car l'intention du Premier Consul était de faire exécuter en régie les travaux qui ne seraient pas terminés à cette date. Mais Forfait n'eut pas de peine à démontrer quelle dépense ce serait pour l'État de prendre à sa charge ces constructions (2), et l'état d'avancement des travaux était tel que l'impossibilite d'une pareille mesure était évidente.
Rapport du Ministre de la. marine au Premier Consul (3).
26 nivÔM an un (17 JanTier 1804),
Je suis arrivé à Calais le i7 niTÔse à la pointe du jour. On y arme 3 canonnières : 221% 226* et 227* ; le bateau canonnier n* 390, et enfin 28 péniches.
U y a sur les chantiers, 4 prames :
Toulouse à peine commencée ;
Grenoble, aux 3/24®
Aix-la-Chapelle, aux 5/24*... \ ajournées. Dijon, aux 3/24»
9 chaloupes canonnières, savoir :
222% au 1/3 .
223% au 4/3 ( .
224% au 1/3 i
ajournées ;
225% au 1/3
228« sera seule achevée au 15 pluviôse.
229% aal/3 ,.... \
f??"'*"]/^ ajournées.
231% au i/3 l ''
232% au 1/3 /
9 bateaux canonniers :
No«387, aux 3/4 ajourné ;
388, aux 3/4 à finir;
389, aux 3/4 ajourné ;
(1) Archives de la Marine, BBi% 199.
(t) Rapport de janvier 1804. (Archives de la Marine, BB"^, 199.) (3) Archives nationales, carton AF^^, ItOt. — Marine, colonies, flottilles. An rm* an xn.
N« 391, aux 3/i à finir;
394, aux 3/4 à finir;
393, au i/3 \
39^' «^ */3 ajournés.
395, au 1/3 ^ «journi».
396, au 1/3.
Il y a encore, en construction, 53 péniches. 7 seront certainement finies au 15 pluTi^.
4 autres le seront peut-être à la même époque, mais la chose est moins sâre. Resteront 42 péniches ajournées, et qui n*ont que leurs quilles élongées. Ainsi, les moyens de la flottille de guerre que fournira Calais au i5 plu- Tiôse, sont :
4 canonnières; 4 bateaux canonniers; 39 péniches.
47 bfttiments.
11 restait à Calais en bâtiments de transport :
Booms 7
Smacks 13
Thyacks 4
Leurs noms, dimensions, tirant d*eau et tonnage sont portés dans Tétat ci-joint n« i .
Au lieu de diriger ma route sur Gravelines, comme j*en aTais eu le projet, j'ai jugé qu*il était préférable que je passasse à Saint-Omer, dont je n'arais pas encore tu les chantiers non plus que ceux de Bergues, qu*il ne m'importait pas moins de Toir.
Saint-Omer a 46 péniches en construction :
26 seulement seront prêtes au 15 plu^iêse ; 20 sont ajournées.
Je ne parle pas du chantier du citoyen Andrien, qui est établi à environ une lieue de Saint-Omer et près du quartier général. U a mis un nombre considérable de péniches en construction contre mon ordre, et espérant toucher des quarts qu'il n'a pas reçus.
Le citoyen Petier, qui avait vu le chantier, m'a dit que c'était une caricature, parce qu'on n'avait aucun moyen d'achever les ouvrages.
J'ai envoyé un ingénieur sur son chantier, et j'ai ordonné qu'il n'y laissAt que les ouvriers nécessaires pour achever celles des péniches qui pourront être prêtes au 15 pluviêse, s'il en est quelqu'une dans ce cas, et je lui ai prescrit de
reyerser tous les ouTriera de marine qui y trayaillent, sur les chantiers autorisés. J'ai prescrit, de plus, qu'au 45 pluviôse, on dirigeât sur Boulogne tous les ouvriers de marine qui se trouvent à Saint-Omer.
Jusqu'à présent, les péniches de Saint-Omer avaient été dirigées sur Dunkerque ; j'ai donné ordre qu'on les dirigeât sur Calais, où elles seront armées.
Gravelines fournira une canonnière : la 258*. La 259®, qui est à moitié, est plus qu'incertaine. 6 péniches payées au quart sont ajournées.
J'ai TU les constructions de Bergues.
La canonnière 213 est à l'eau.
La 21 4®, qui n'est qu'aux deux tiers, sera finie.
La 279*, qui est h moitié, est ajournée.
De 6 bateaux canonniers qui y sont en construction, le n* 380 est à l'eau.
Le n* 381 est à moitié ; ajourné.
«^ > sont à l'eau; ils seront prêts au 15 pluvidse. 385)
Bergues devait fournir 26 péniches :
2 sont parties pour Boulogne ;
3 sont à Dunkerque;
10 seront prêtes au 15 pluviêse ; 9 n'ont que des quilles élongées et sont ajournées ; 2 n'ont pas été commencées.
Ainsi, Bergues fournira au 15 pluviêse :
2 chaloupes; 5 bateaux; 10 péniches.
Hondschoote fournira :
4 péniches, suivant les rapports qui m'ont été faits.
Dunkerque.
Il y a à Dunkerque :
3 prames, dont :
La ViUe-de-Mayence aux 2/3.
La VilU-de-Poitiers au 1/6*
La Ville-d' Avignon aux 3/24*.
La Ville-de-Rennes, qui avait été soumissionnée, n'est pas commencée. Toutes sont ajournées.
Une chaloupe canonnière, la 210*, est en partance, ainsi que 4 bateaux canonniers : n** 364, 365, 366 et 374, et 5 péniches.
On finira, t>our le i5 pluTÎÔse, les canonnières :
Et les bateaux :
Seront incessamment prêts à partir de Dunkerque :
26 péniches toutes installées.
27 autres péniches seront prêtes au 15 pluTidse, ainsi qu'un calque.
Ainsi Tarmement de Boulogne pourra être accru, au 15 pluTi6se (par Dunkerque) de :
9 chaloupes canonnières; 10 bateaux canonniers; 58 péniches;
1 calque.
78 bâtiments.
Seront ajournés, conune je Tai déjà dit : 4 prames, dont une commencée ;
Les canonnières :
207*, à la moitié ; 209% au 1/6»;
Les bateaux canonniers :
^.^ \ qui sont à peu près au 1/6* ;
11 péniches; 1 caîque.
Il y a à TEstacade 7 transports équipés et 28 corvettes de pêche toutes armées, ayant leur garnison à bord. L'état en est ci-joint n® 2.
Il y a dans le bassin 27 bâtiments dont 1 corvette de pêche, 1 1 bateaux dits de petite pêche et 15 écuries à Tinstallation desquels on travaille et que Ton considère comme devant être entièrement prêts pour la fin du mois.
Les noms et tonnages de ces bâtiments sont portés k Fétat n^ 3.
Après avoir passé trente-six heures à Dunkerque, je suis parti pour Ostende où je suis arrivé à la pointe du jour.
Les états qui sont parvenus au Premier Consul sur ce port sont assez détaillés et assez volumineux pour que je n*aie rien à y ajouter.
Le résumé est qu*il y a à OsCende : .
286 bâtiments de toute espèce, y compris 2K péniches auxquelles on peut en ajouter 13 qui seront incessamment finies ;
Que le tout exige i494 hommes de mer, non compris les prames, qui sont toutes ajournées.
Sont présents : 465 hommes, ce qui présente un déficit de 1029 hommes, très difficiles à atteindre dans les pays réunis.
Des 2 prames d'Ostende, Tune est aux trois quarts ; l'autre à moitié.
Et j'ai rendu compte au Premier Consul des motifs qui m'ont déterminé h ajourner la construction de celles qu'on pouvait acheTer.
Quoi qu'il en soit, Ostende fournira par ses constructions et par celles de Bruges, à Tarmement du 15 pluviôse, 38 péniches et 1 bateau canonnier provenant de ce dernier point.
Les 2 prames de Bruges me paraissent devoir être ajournées.
Gand a 3 prames en construction, je crois que Tune d'elles pourra être livrée pour le 15 pluviôse; les deux autres me paraissent devoir être ajournées.
Il résulte que les points de Calais, Bruges, Saint-Omer, Bergues, Dunkerque, Gravelines, Ostende, Gand et Hondscoote produiront, d'ici au 15 pluviôse, à la flottille de guerre :
1 prame; 16 canonnières; 1 caîque.
201) bâtiments.
Que les ajournements seront de :
14 prames;
12 canonnières;
13 bateaux canonniers; 88 péniches;
1 caîque.
128 b&timents.
Le Premier Consul a déterminé que tous les bâtiments de la flottille de guerre qui ne seront pas livrés à la marine, au i5 pluviôse, resteront au compte des particuliers.
Cette mesure a été annoncée dans toute sa rigueur. Il a vu que dans les ports seuls que j'ai visités il y a 128 bâtiments qui sont dam le cas de ne pas être reçus. Parmi ces bdtiments, Je compte presque toutes les prames. Je ne puis pas encore préciser combien de bâtiments seront dans le même cas dans les autres ports.
Quoi qu'il en soit, beaucoup de bois ont déjà été employés, beaucoup de fonds donnés d'avance, et leur rentrée sera difficile, d'autant qu'il est plus d'un entrepreneur insolvable.
U s'agit d'atténuer les pertes de fonds et matières et d'utiliser ce qui a été fait.
Pour cela, je pense que les bâtiments qui ne seront pas finis au 15 ou au 20 pluviôse, doivent être rangés en diverses classes :
1® Les prames, toutes celles qui sont en bois tors seront achevées; mais on distinguera parmi elles celles qui peuvent Tétre à la fin de ventdse. Celles-là seront finies en prames, mais celles qui ne peuvent pas Tètre à cette époque, recevront un fonds pour être construites en gabares.
Celles des prames qui n'ont que leurs quilles élongées ne seront point construites.
Il sera tenu compte aux entrepreneurs du travail de Télongement des quilles, et la République se remboursera des fonds qu'elle leur a avancés tant par les matières qu'ils doivent avoir rassemblées, que par leur propre fortune, si ces matières sont insuffisantes ;
^ Il en sera de même pour les chaloupes canonnières, bateaux canonniers, péniches et calques, que les entrepreneurs ne prouveront pas pouvoir finir au 30 ventêse. Mais on ne permettra pas Tachèvement au compte de la République, de ceux de ces bâtiments qui n'auront, outre leurs quilles élongées, que leurs couples de levée.
Le citoyen Forfait devrait recevoir, le 10 pluviôse, l'ordre de faire une inspection rapide, pour déterminer cette dernière opération des constructions de la flottille, et là finirait son inspection.
Ëtat de situation de la. flottille nationale au 27 nivôse an XII
(18 janvier 1804) (i).
Prames ou bateaux de grande espèce,
11 y a dans les !•' et 2* arrondissements, 31 prames d'entreprises; des ordres ont été donnés il y a quarante jours de cesser de travailler à 17.
Cet abandon du travail ne donnera lieu qu'à très peu de réclamations. 5 ont été abandonnées volontairement par les entrepreneui-s; 10 se construisaient au compte de l'administration. 11 y aurait au plus matière à observation pour deux ou trois.
Les 14 prames auxquelles on travaille sont suivies avec la plus grande activité; il y a lieu de présumer que la plus grande partie serait à l'eau dans le mois prochain et prête à partir avec les dernières divisions de la flottille, mais ces espérances peuvent être détruites par le défaut de calfats, qui sont à présent extrêmement rares, et par le mauvais temps, fort ordinaire dans cette saison.
Si le Premier Consul aime mieux renoncer aux prames que de courir ces chances, il est temps de donner des ordres pour les abandonner pour ne pas perdre du temps et des matériaux précieux. On pourrait, à présent, se servir utilement de leur gréement, de leur mâture et de leur voilure, s'ils n'étaient
(1) Archives nationales, carton AF>^, 1Î02. — Marine, colonies, flottilles. An viiian xi:.
pas confectionnés. Les coques pourront, à peu de frais, être converties en cor- Tettes canonnières, dont on peut attendre des qualités passables et peut-être très bonnes, ou en gabarcs qui coûteront beaucoup moins et qui rendront autant de services que celles de 300 tonneaux, et ce travail pourrait se faire par la suite et avec moins de précipitation.
Canonnières ou bateaux de 1'« espèce.
11 y a dans le 1*' arrondissement, y compris Tadministration d'Anvers, 63 canonnières en chantier et 34 ajournées.
Dans le nombre des canonnières ajournées, on en compte 19 de Mézières et Bischeim, qui seront vraisemblablement finies après Tépoque fixée pour les départements qui les ont entreprises. Reste 15 totalement abandonnées.
Les 63 canonnières auxquelles on travaille doivent être finies pour le terme prescrit, si les ordres que l'administration a reçus de veiller à ce qu'on suivit leurs constructions au préjudice des autres, ont été exécutés. Il serait même possible qu'on en eût entrepris d'autres parmi les constructions ajournées et cela serait certainement arrivé si les travaux de cet arrondissement avaient été conduits avec intelligence.
Dans le 2* arrondissement, 46 canonnières sont en chantier et seront finies à temps. 4 sont ajournées.
Dans le 3* arrondissement, 20 canonnières sont en chantier pour être exécutées à l'époque ordonnée. 6 sont ajournées.
Dans le 4* arrondissement, 9 canonnières sont en chantier; il n'y en aura point d'ajournées.
Dans le 5* arrondissement, 22 canonnières sont en chantier pour y être finies à temps et 7 seront ajournées.
Paris ou Gompiègne a encore en chantier 3 canonnières, qui seront faites à temps.
Bateaux de 2* espèce.
Le 1«' arrondissement a 19 bateaux canonniers en chantier et 17 d'ajournés.
On peut faire, à ce sujet, les mêmes observations que pour les canonnières, et ce ne pourrait être que par des fautes d'administration que les 19 bateaux en chantier ne seraient pas finis et même quelques-ims des 17 ajournés.
Dans le 2* arrondissement, 43 bateaux sont en chantier et seront finis. 2 seulement sont ajournés.
Dans le 3* arrondissement, 3 bateaux sont en chantier et seront finis.
Dans le 4*^ arrondissement, 1 1 bateaux sont en chantier. Il n'y en a point d'ajournés.
Dans le 5* arrondissement, 20 bateaux sont en chantier. 33 sont ajournés, et il est vraisemblable que ceux-là pour le moins resteront en arrière.
Paris et Gompiègne n'ont plus que 3 bateaux, en comprenant le bateau batave, dont la terminaison est incertaine.
Péniches ou bateaux de 3* espèce.
Le 1*' arrondissement, y compris celui d'Anyers, compte 186 péniches en chantier, à la terminaison desquelles on doit s'attendre et 134 ajournées.
Si le Premier Consul désirait qu'on donnât cours à ces constructions, les moyens commencent à abonder dans le i*' arrondissement; Tinspection devient plus active et il serait facile d'à? oir à temps la plupart des péniches ajournées. Cette observation est d'autant plus fondée que ces b&timents étant construits à portée du chef-lieu de rassemblement, l'exécution peut, sans inconvénient, èlre reculée de beaucoup.
MhÎA-dftas le cas où le gouvernement les abandonnerait tout à fait, les intérêts de rÉtatMiiiMil peu compromis. Il n'y a qu'un quart de payé, c'est-&dire la valeur de 33 p4ùkt»à 3,000 francs pièce, ou 100,000 francs environ; et tout ne serait pas perdu, car «hé Irtuvera sur les chantiers plus de la moitié de cette valeur.
Dans le 2* arrondissement, il y a 17 péniebes e» chantier et 6 ajournées. Il n'y a rien de payé sur celles-ci.
Dans le 3* arrondissement, 2 péniches sont en chantier et rien d'ajourné.
Dans le 4^ arrondissement, il ne se fait point de péniches.
Dans le 5* arrondissement, 21 péniches sont en chantier et 33 ajomniéec, lesquelles ne seront certainement pas finies avant le terme prescrit.
Total général : 14 prames, qu'on peut finir pour la plupart dans le courant de pluviôse (avant le 20 février), mais dont presque aucune, si on travaille à toutes en même temps, ne sera achevée le 20. 17 sont totalement abandonnées.
En oonstraetion. Ajournés.
Prames 14 17
Canonnières 163 5!
Bateaux 99 52
Péniches 226 173
502bâtimenU. 293 b&timents.
On n'a point parlé, dans cet état, des 3 corvettes canonnières faites pour porter 6 canons de 24; des 3 chaloupes canonnières destinées à porter 4 canons de même calibre, et des 3 péniches légères qu'on fait dans les ports de Saint- Malo, Honfleur et le Havre ; ces bâtiments commencés avec le mois de nivôse (23 décembre), ne pourront pas être finis avant les premiers jours de ventôse.
On y travaille avec la plus grande activité.
On est frappé de la proportion élevée des ajournements telle qu'elle résulte de ce rapport du Ministre de la marine. Pourtant, Tensemble des deux catégories représente moins de la moitié du programme du 21 juillet et le nombre de navires en construction en est le quart. Bientôt, le ternie rfe
rigueur reporté au 10 février allait donner vingt jours de plus qu^il avait été spécifié.
Là Ministre de la marine au citoyen Forfait, conseitler d'État, inspecteur générât de la flottille nationale (I),
Paris, le 4 ploTiôse an xu (25 Janvier 1804).
Le Premier Consul s*est convaincu, Citoyen Conseiller, d*ii|pès €m ifaHà a ¥« par lui-même et par les rnmftn que je lui ai rendus, qu^un nombre considérable de bâtiments destinés pour la Boitille nationale, et dont la construction est commencée dans les 1*^'' et 2' arrondissements, ne pourraient être faits qu*à une époque très éloignée ; comme il parait que les entrepreneurs se sont proposé d'acquérir les premiers termes de leur marcbé, bien plus que de régler leurs travaux d'après leurs ressources réelles, et de manière à livrer des bâtiments dans le temps convenable, le Premier Consul a fixé au 20 pluviôse, terme fie rigueur, Tépoque à laquelle les bâtiments finis seront reçus pour le compte de la marine ; passé ce terme, les constructions commencées resteront pour le compte de l'entrepreneur.
Or, la situation dans les ports les plus rapprochés était telle que cette exigence n'aurait permis d'avoir qu'un nombre absolument restreint de bâtiments. Voici, eji effet, les renseignements donnés par Forfait pour une partie de ces chantiers :
Il n'y aura, dit-il, de prêt pour le 10 février, que les bâtiments suivants (2) :
A. Fécamp 1 prame ;
— 3 canonnières;
(déjà armées).
A Saint- Valery-en-Caux .... 4 canonnières ;
— 6 bateaux;
A Dieppe 2 canonnières ;
— 24 péniches.
Au Tréport 2 péniches.
Au Bourdaut 2 péniches.
A Saint-Valery-sur-Somme. . 12 bateaux.
— 2 canonnières.
A Abbeville. ..*... 2 péniches.
(1) Archives de ta Marine^ BB*, 91. — Bareau des ports, flottilles. An xii. (t) Rapport du 19 janvier. BB", 199.
Et dans Tensemble du 1*' arrondissement 6 prames ;
— 12 canonnières;
— 10 bateaux;
— 89 péniches;
— 12 caïques.
Au Ministre seul (i).
AbboTille, 9 pluTiftse an xii (30 janTier 1804). Général,
J'ai reçu au moment où je montais en Toiture au HaTre, pour la côte, Totre lettre du 4 pluviôse ; son objet principal est de mettre à Cahri les intérêts du gouvernement, relativement aux avances de fonds qui auraient pu être faites aux fournisseurs ou entrepreneurs de navires pour la flottille; aucun n^était dans ce cas dans les ports que f avais parcourus,
J*ai cru devoir continuer ma route, et laisser au préfet maritime et à Tingénieur Ghaumont le soin de régulariser les comptes que je tous ayais rendus, et que j'avais encore à vous rendre.
Je dis : s'il est nécessaire, car, tels que je les a^ais rendus, ils suffisaient pour rassurer entièrement votre confiance, relativement aux risques supposés dans votre lettre et auxquels pourraient donner lieu des avances faites aux entrepreneurs.
Vous pouvez être fort tranquille à cet égard, votre administration n*est créancière d'aucun^ elle est débitrice de tous; je ne puis m'empécher. Général, de répondre à votre premier paragraphe.
Le Premier Gonsul, dites- vous, est convaincu qu'un nombre de bdtimenls n'ont été entrepris, que pour acquérir les premiers termes des payements dans les marchés; vous faites ces reproches aux detix premiers arrondissements; si le Premier Gonsul a cette conviction, c'est qu'on ne lui a pas dit les erreurs.
D'abord le 2* arrondissement, où l'administration est sage, où les entrepreneurs sont honnêtes, n'a rien entrepris qu'il n'ait fait exécuter; vous lui avez retiré 500 ouvriers, et il fera cependant tout ce qu'il a promis ; des ordres contradictoires sont émanés du ministère. Malgré ces contrariétés, il aura tout fini à l'heure.
S'il y a quelques suspensions, elles viennent, non pas de vous, car elles ont été ordonnées pendant votre absence, mais de vos bureaux, et les entrepreneurs ont été trompés, et certes, ils ne méritaient pas de l'être. Je vous demande, non pas de l'indulgence pour eux, ils n'en ont pas besoin, mais justice, et c'est votre département qui en a besoin, car il est déshérité par les mesures qui ont été prises par lui, au point qu'il n'en a plus de crédit, ni pour la marine à qui on ne veut plus vendre qu'au comptant, ni pour les entrepreneurs, que tout le monde regarde comme des hommes sacrifiés.
(l) Archives de la Marine, BB»», 199.
Elle ne tous coûtera rien à rendre, Général, cette justice ; il suffit pour cela de faire ce que je tous propose dans le compte rendu ci-joint; C intérêt pécuniaire de CEtat le demande^ Cintérét moral le demande bien davantage, laissez achever les bdtiments commencés, donnez un temps raisonnable et vous mettrez fin aux clameurs malheureusement trop fondées des détracteurs de r administration maritime.
Il est essentiel, si tous jugez à propos de prendre ce parti, de notifier tos ordres courrier par courrier, aux ports de Saint- Valéry et de Dieppe.
L^entreprise de MaraTial, au HaTre, ne peut causer aucune perte à l'État, mais elle compromet un homme à qui la marine a de grandes obligations.
J'ai fait un traTail aTec Lacrosse, qui doit tous le proposer; si tous l'adoptez, TOUS ferez précisément ce que tous annoncez dans Totre lettre du À pluTiôse ; la République ne perdra pas un écu et MaraTial sera sûr; ce n'est que sous de pareils auspices que je tous le recommande.
Le 2* arrondissement ne manquera que de calfats; j'ai laissé au préfet un projet de calfatage qui pourrait y suppléer et coûtera plus cher, mais nous sommes dans des circonstances où il n'y a pas à y regarder de si près.
Si TOUS accordez aux ports de Saint- Valéry et Dieppe l'autorisation de terminer les péniches entreprises par l'ordre du ministère, tous pouTCz y mettre cette condition que tous ne laisserez pas dans ces ports un cal fat valide et que cependant vous les voulez avant la fin de ventôse, et que vous ne les payerez qu'après leur mise à Veau, à la marée du 20 ventôse.
Je Tais poursuiTre ma tournée aTec la plus grande rapidité, sans laisser cependant un seul point où je n'aie rempli ponctuellement l'objet de Totre lettre du i.
Je compte être du 18 au 20 à AnTers et Bruxelles, et je me rendrai de suite à Paris si je n'ai pas reçu d'ordres qui s'y opposent.
Je TOUS salue, Général, aTec respect.
Forfait.
Dunkerque, 15 pluTiôse an nu (5 février 1804) (I). Citoyen Ministre,
J'ai l'honneur de tous euToyer un état de la situation des constructions du 1«' arrondissement, depuis Dunkerque jusqu'à Saint- Valery-sur-Somme. J'af marqué dans cet état les bâtiments lancés, prêts à lancer et ajournés pour chaque entrepreneur ; j'y ai joint la balance de leur situation financière aTec Totre département ; vous n'êtes pas en avance d'un écu avec un seul, et vous devez presque à tous. Tel est le résultat de mon traTail, dans lequel j'ai supposé que TOUS laisseriez au compte de chaque entrepreneur tous les bâtiments qu'il n'aurait pas liTrés dans le courant de pluviôse; il en est à peine un ou deux à l'égard de qui tous deTez employer le droit de reprise sur ces constructions ajournées.
Il est possible, Général, qu'il se soit glissé quelque erreur dans ces calculs, qui ont été faits aTec une extrême précipitation, et sur des données qui ne
(1) Archives de la Marine, BB«», 199.
sont pas toujours très certaines ; mais s'il en est, ces erreurs sont très rares et de très médiocre conséquence; je n*ai point fait connaître aux entrepreneurs rintention où est le gouTernement de prendre à son compte les constructions qui resteront à terminer après Tépoque fatale, et de leur payer ce qu'il y aura de fait sur ces bâtiments et les approvisionnements qui en dépendent ; personne plus que moi. Général^ n'aime la justice^ mais je trouve que cette disposition en passe les bornes; les entrepreneurs en retard, quelque chose qu'on puisse dire en leur faveur, ne sont pas cependant exempts de reproches, et le traitement que vous vouUi leur faire leur est si avantageux, que dès demain tous les ouvriers seraient licenciés et les travaux abandonnés, au point où ils sont, si les entrepreneurs savaient quel est votre projet. Il ne faut pas donner à des hommes déjà suspects de négligence une prime pour accroître vos embarras.
J'ai fait entendre aux entrepreneurs que je proposerai au gouvernement : i^ d'imputer sur ce qu'ils ont livré exclusivement, la totalité des fonds qui leur ont été payés par la marine, ce qui vous met entièrement à couvert ; 2^ de les autoriser à continuer, à leurs périls et risques, les bâtiments ajournés. Quelle que soit votre décision. Général, il me paraîtrait impolitique qu'elle parût avant le 20 PLCvi6sE. Alors vous serez le maître de prendre le parti qui vous paraîtra le meilleur, mais il sera nécessaire de le notifier dans le plus bref délai, afin de ne pas ralentir l'activité des chantiers.
Ne craignez point. Général, que la mesure indiquée ne prive Boulogne ou les autres ports de rassemblement des ouvriers que vous voudriez y faire passer en les prenant dans les chantiers particuliers de cet arrondissement.
Salut et respect.
Forfait.
Un nouveau délai s*imposa donc.
Rapport (1).
10 plaviôso an xii (31 Janvier 1804).
Le Ministre, en notifiant le i pluviôse (25 janvier), au conseiller d'État Forfait, que Ton ne recevait que les bâtiments qui seraient terminés pour le 20 nivôse (11 janvier), lui confia cependant que Ton pourrait faire continuer, par la marine, les bateaux qui pourraient être finis au 30 ventôse (21 mars).
Il résulte des comptes rendus par le conseiller Forfait et des renseignements reçus du Havre, si les uns et les autres sont exacts, que le nombre des bâtiments commencés dans les deux premiers arrondissements, et dont l'achèvement peut être espéré, consiste :
BATEAUX Prames. If evpèee. 2* eipèce. 3* espèce. Cmiqaes.
!•» arrondissement. . 6 12 10 S9 12
2« arrondissement.. 7 10 » 9 »
ïâT 22 lÔ 98 îf
(\)^Archives de la Marine^ BB', 29.
Des sept prames du Havre, quatre avaient été entreprises pour l\idministration.
Dans les trois autres arrondissements, tout ce qui avait été ordonné est fini.
Il ne s'agit donc plus que de prononcer sur les bâtiments qui, quoique non achevés au 20 pluviôse, peuvent cependant être terminés; et le citoyen Forfait propose comme moyen plus expéditif, plus économique et concilia toire, de statuer :
i* Que l'on imputera sur les livraisons réellement faites par les entrepreneurs ce qui leur a été payé sur l'ensemble de leurs entreprises ;
2® Que les entrepreneurs continueront, à leurs risques et périls, des bâtiments qui ne seront pas trouvés terminés au 20 pluviôse, mais que ces bâtiments seraient reçus jusqu'au départ de la flottille;
3* Qu'après ce terme, tout ce qui ne serait pas livré et reçu resterait à leurs charges.
Le citoyen Forfait ajoute au surplus, qu'aucun entrepreneur n'a reçu d'avances et qu'il est dû à tous.
Ces propositions, à l'exception de la seconde, semblent devoir être adoptées.
Il est constant que si l'administration était obligée de diriger et de surveiller tous ces ateliers partiels, il y aurait aussi peu de célérité que d'économie dans l'exécution des travaux.
Mais peut-on admettre, comme terme de livraison, l'époque du départ de la flottille. N'est-il pas plus convenable d'annoncer que le 30 verUôse, ou le iO germinal, s^ra le terme falal, passé sur lequel aucun bâtiment ne sera reçu.
Le Ministre est prié de prononcer, afin que sans délai sa décision soit
notifiée.
Degrés.
Le Premier Conzul au Ministre de la marine (I).
Tous les entrepreneurs de Fécamp, Dieppe, Saint-Valery-en-Caux, le Tré-
port, Saint-Valery-sur-Somme, Etaples, Calais, Boulogne, Dunkerque et Saint-
Orner, qui n'auraient pas achevé leurs constructions pour le 20 pluviôse
(10 février), pourront être admis à les livrer jusqu'au iU ventôse (!«' mars),
ces endroits étant près des points de réunion.
Cette fois, malgré la date, fixée par le Premier Consul vingt à trente jours avant celle dite par le Ministre et la mention spéciale pour les ports voisins des points de réunion, Tabandon de toute entreprise pour tout Thiver, devient manifeste. D'ailleurs, on dut encore revenir sur la décision prise, en particulier, pour les prames du Havre, qu'on acheva.
Si Ton examine la situation au printemps 1804, c'est-à-dire
(1) CotTespondance de Napoléon inédite, 8 février 1804. {Archives de la Guerre.)
356 DEUXIEBfE PARTIE. — CHAPITRE PREMIER.
après un an de guerre, on constate, en ce qui concerne la marine française seule, les chiffres suivants :
Construits, à la mer ou prêts à la prendre :
8 prames, 269 chaloupes, 356 bateaux, 491 péniches. Total:
En armement :
27 chaloupes, 49 bateaux, 73 péniches. Total : 149.
Non mis en construction par ajournement ou abandon complet :
' 46 prames, 108 chaloupes, 23 bateaux, 90 péniches (1). Total : 267.
En réalité, les ajournements avaient porté sur un chiffre bien plus considérable que celui-ci et atteignaient 800.
En effet, si Ton se reporte au programme du 21 juillet, on constate que les résultats réels après un an de guerre ne dépassaient pas les deux tiers de l'effectif jugé nécessaire pour r entreprise : 1273 navires construits ou en armement au lieu de 2,008 projetés. On verra plus loin à quoi se réduit cette proportion, lorsque nous considérerons ce qui, rendu dans les ports de concentration, est réellement disponible pour exécuter la descente en Angleterre.
L'examen qui vient d'être fait des constructions en France doit être complété par Tétude de ce qui se passa simultanément en Hollande, car, à en croire certains historiens, aux retards des Bataves devraient être attribués les changements que Napoléon dut faire subir à ses projets.
A la fin de septembre (2) le Conseil de marine batave se croyait capable de promettre que tout ce qui avait été spécifié par la convention du 25 juin 1803 serait prêt à la fin de novembre, de telle sorte que la réunion se ferait à la fin de décembre ou au commencement de jan\der. Mais, au 26 novembre (3), il n'y avait encore que 150 bateaux, construits mais non gréés, et 27 chaloupes dont Fachèvement paraissait certain pour le 12 décembre.
De plus, des difficultés s'élant élevées entre les deux gou-
(1) Situation du 29 juin. {Archives de la Guen^e.)
(2) Lettre de Verhuell du 29 septembre. (Archives nationales, AF»^ 1201.)
(3) Idetn du 26 novembre et du 5 décembre.
vernements au sujet des navires de transport, Bonaparte maintint ses exigences, mais, et ceci doit être signalé, c'est au moment où il avait admis pour Tachèvement d'^s constructions françaises la date du 22 janvier, qu'il exige des Hollandais l'exécution presque intégrale de la convention pour une date plus rapprochée d'un mois.
Au contre-am/ra/ Verhuell (I).
Paris, 7 frimaire an xii (20 norembre 1S03).
Monsieur le contre-amiral Verhuell,
Je reçois votre courrier du 4 frimaire et je vous expédie sur-le-champ mes réponses. Je vous prie d'observer au gouvernement batave que ce qui est relatif aux écuries n'est pas exact, parce que la convention dit qu'on doit fournir 4500 chevaux, et vous exprimez que je n'en demande que 1000.
Quant aux biitiments de transport, il n'est pas davantage exact de dire qu'il n'en soit pas question dans la convention, car il est dit au deuxième paragraphe de l'article 3 : « de sorte que cette seconde expédition pourra porter 36,000 hommes, avec les équipages, l'artillerie nécessaire et 1500 chevaux ». Or je n'ai demandé, pour l'artillerie, que deux divisions, chacune de 27 bâtiments. Vous voyez donc que je suis resté dans les termes du traité. Il ne s'agit point ici d'arguer, mais de faire.
Je vous autorise à diminuer la flottille de bateaux canonniers et, au lieu de dix divisions, à les porter à huit, ce qui fera donc, au lieu de 270 bateaux, 215 bateaux ; vous savez que, par le traité, on en devait fournir 250.
Si la République batave n'a pas de canons de 24, je vous autorise h, armer vos bâtiments de canons de 18.
Quant aux vivres et matelots, je vous autorise également à promettre, en mon nom, que je ferai solder, tous les trois mois, toutes les avances qui seront faites pour les équipages. Si même vous pensez qu'il y ait trop de difficultés à avoir trois divisions de chaloupes canonnières, je me réduis à deux, c'est-à-dire 54. Vous savez que, par le traité, on devait en fournir 100,
Ce que je demande à la République batave se réduit à :
54 chaloupes canonnières ;
216 bateaux canonniers;
54 b^itiments de transport ;
54 bàtiments-écruries.
Total. 378 bâtiments.
qui, l'un portant l'autre, ne peuvent exiger plus de cinq matelots, ce qui ferait un nombre de 1800 matelots î\ peu près, pour six mois, et une dépense de près de 400,000 ou 500,000 francs.
Après cette concession faite, nous avons le droit d'espérer que le gouver-
(I) CotTespondance de Napoléon, 7333.
nement batave agira avec la plus grande actirité pour que la première portion demandée soit prête au 20 frimaire (12 décembre) et le restant à Vépoque de nivôse (23 décembre). Je vous prie donc d'avoir une nouvelle conférence et de m'assurer que je puis véritablement compter sur ce résultat.
J'ai compté sur t exécution du traité de la part du gouvernement batave ety si de grands et vastes plans se trouvaient déconcertés par des non-exécutions y f aurais le droit de me plaindre du gouvernement.
Au contrû-amiral Verhuell (i).
Paris, 11 frimaire an xii (3 décembre 1803).
Monsieur le contre-amiral Verhuell,
Je vous ai expédié, le 7 frimaire, un^courrier pour vous faire connaître mes décisions sur les différentes demandes que vous m'avez faites. Je reçois aujourd'hui par la poste votre lettre du 8 et je vous expédie un courrier pour vous faire connaître le plus rapidement mes intentions.
Vous trouverez ci-joint le procès-verbal de l'épreuve faite sur le bateau que vous avez vu à Boulogne ; tout le monde en a été satisfait. Donnez des ordres et veillez à ce que les quarante bâtiments achetés en Hollande soient expédiés sur-le-champ pour Boulogne. Il faudra que les équipages bataves les conduisent jusque-là. Je ne pense pas que les bâtiments puissent arriver jusqu'à Ostende par les canaux.
Vous me faites connaître que vous pourrez trouver un grand nombre de chaloupes baleinières, qui sont des bateaux très légers. Je n*ai point l'idée de ce que peuvent être ces canots, mais je m'en rapporte entièrement à vous. Vous pouvez donc, si vous pensez qu'ils puissent servir en forme de péniches et qu'ils soient propre au passage de Calais en Angleterre, en faire acheter jusqu'à la valeur de 200,000 francs. Je désire que vous soyez chargé de faire les marchés et de Jes faire passer sur-le-champ à Ostende.
J'imagine que vous les visiterez vous-même avant de les acheter, car dans des expéditions de cette nature, il ne faut s'en rapporter qu'à soi. L'ambassadeur doit avoir plus de 200,000 francs sur les 800,000 francs du trésor public. Le Ministre de la marine lui écrira de tenir 200,000 francs à votre disposition pour cet objet.
Mais, comme ses dépêches n'arriveront que par la poste, vous pouvez lui en parler, si vous le croyez nécessaire.
Par le retour de mon courrier, faites-moi une description de ces canots baleiniers.
Comme /attache la plus grande importance à ce que la flottille batave soit bientôt prête à Flessingue, f ai passé une note à Schimmelpenninck* Devant me rendre bientôt dam ce pays, je serais fdché de dire que je ne suis pas content.
Tâchez donc de bien vous porter, car j'ai besoin de votre zèle et de vos talents.
Bonaparte.
(1) Correspondance de Napoléon, 7350.
Note (1).
8 frimaire an xii (30 norembre 1803).
Le soussigné, Ministre des relations extérieures de la République française, est chargé de demander à Son Excellence M. 1* Ambassadeur de la République bataye, des renseignements sur les deux expéditions que la République bataire, par la convention conclue entre les deux États, s'est engagée à organiser : Tune devant consister en 5 vaisseaux de guerre, 5 frégates, et en bâtiments de transport capables de porter 25,000 hommes et 2,500 chevaux ; l'autre en 100 chaloupes canonnière f et 250 bateaux canonniers^ de manière à pouvoir transporter 36,000 hommes avec les équipages (T artillerie nécessaires et 4500 chevaux.
Le Premier Consul a chargé le contre-amiral Verhuell de commander cette expédition et de Tinstruire de Fétat des choses. 11 désire néanmoins tenir de M. l'Ambassadeur batave des renseignements positifs qui lui apprennent sur quoi il peut compter, car le moment décisif approche et le Premier Consul a CALCULÉ SES PROJETS en y faisant entrer Centière exécution des conventions arrêtées avec le gouvernement batave.
Le soussigné prie S. Ex. M. l'Ambassadeur de la République batave, d'agréer l'assurance de sa haute considération.
Voici la réponse de Fambassadeur hollandais :
UAmbasaadeur cfa /a République batave au citoyen Ministre
des relations extérieures (2).
Paris, 13 frimaire aa xii (5 décembre 1803).
Citoven Ministre,
Je me hMe de vous annoncer l'arrivée du courrier que j'attendais et de vous transmettre les renseignements qu'il m'a apportés. J'ose croire que ces renseignements satisferont le Premier Consul et qu'il verra dans les efforts de mon pays une nouvelle preuve du zèle qui l'anime pour la défense commune.
Il y a maintenant en Batavie 150 bateaux plats absolument prêts; immédiatement après l'arrivée du contre-amiral Verhuell à la Haye, mon gouvernement a tlonné des ordres pour que ces bateaux fussent réunis à Flessingue.
Cette réunion se serait effectuée plus tôt si, d'après les instances réitérées du conseil de marine batave, le gouvernement français eût chargé quelqu'un de présider à ce rassemblement.
(1) Hollande, 1803 (ans xi et xii], le citoyen SemonviUe, ambassadeur. {Archives des affaires étrangères, 607.)
(2) Hollande, 1S03 (ans xi et xii), le citoyen Semonville, ambassadeur. (Archives des affaires étrangères , 607.)
En conformité des ordres donnés par le Premier Consul au contre-amiral Verhuell, on peut dès aujourd'hui former de ces 150 bateaux une division de 10S bâtiments aTec la division d*écurie. La dernière division pourra être formée aussitôt que les autres bateaux seront disposés pour les écuries, ce qui sera exécuté en très peu de temps et avec la même activité qui, depuis la puerre, règne sur nos chantiers. On pourra encore, d'après le désir du Premier Consul, ajouter à cette division ttne vingtaine de chaloupes canonnières de diverses constructions. Ces chaloupes sont bien armées et entièrement équipées^ elles ont jusqu'à présent été employées à la défense de nos côtes et on les verrait s'en écarter avec beaucoup de peine si mon gouvernement ne faisait céder les considérations particulières au besoin qu'il éprouve de seconder de tous ses efforts, de toutes les manières possibles, les vues du Premier Consul.
Ainsi donc, vers la fin de cette année 1803, la dernière division de Flessingue sera augmentée de 50 bateaux plats de la même construction que les 150 dont fai déjà parlé et d'une vingtaine de grandes chaloupes^ toutes nouvellement construites et complètement armées. Ces chaloupes seront prêtes vers leiti de ce mois de décembre.
Tous ces bateaux plats que le Premier Consul a assuré devoir après l'expédition rester en toute propriété au pouvoir de la Batavie, seront, sans aucune distinction, pour des provisions nécessaires d'artillerie. Quant à leur équipement, le Premier Consul n'ignore pas que la République batave n'en est point chargée, mais comme dans des circonstances aussi impérieuses et aussi fortes, de bons et sincères alliés exécutent par sentiment ce que le devoir ne leur prescrit pas, mon gouvernement emploiera tous les moyens qui sont en sa puissance pour équiper au moins une partie de ces navires. On ne doit pas cependant dissimuler qu'à cet égard les difQcultés sont très grandes; il faut, pour diriger ces bâtiments, des marins exercés et de bons pilotes. Les levées que l'on pourrait faire dans le Hanovre seraient absolument inutiles pour cet objet, et la guerre nous a déjà privés de beaucoup de ressources en ce genre.
Dans son plan d'organisation, le Premier Consul a demandé un certain nombre d'officiers de marine. Compléter ce nombre est une chose impossible, mais mon gouvernement emploiera tous ceux qui peuvent être employés. Trois vaisseaux licenciés en Norvèjre fourniront quelques sujets; on les distribuera le mieux possible; nous ne pouvons rien promettre de plus. L'état entier de nos officiers de marine consiste en 280 individus, dont un tiers seulement est en état de commander. Dans ce nombre, il n'y en a pas 10 hors de service, et la flottille bien organisée et bien complète aura besoin au moins d'une centaine d'officiers capables de commander et de se charger de l'administration navale.
Par ses instructions, le Premier Consul a chargé le contre-amiral Verhuell d'inviter le gouvernement batave à approvisionner la flottille de Flessingue aussi longtemps qu'elle resterait sur notre territoire. Quoique cette demande soit absolument contraire à la convention de Paris, qui dit expressément que ces vivres seront à la charge de la République frantjaise, mon gouvernement voudrait être dans le cas de fournir à cette dépense. Mais tous ses moyens disponibles sont épuisés, et il n'oserait promettre d'y pourvoir par son crédit; il le tentera cependant, mais il craint beaucoup que ses efforts ne répondent point à ses désirs.
Les changemeats que le Premier Consul exige dans la construction des bateaux consistent principalement à placer une pièce de 24 sur le devant du bâtiment; à y établir une écurie pour deux cbeyaux; à placer le long des deux côtés du Taisaeau de gros caissons de bois de chêne pour garder les effets des matelots et leur serrir en même temps de siège.
Le premier de ces changements est physiquement impossible : d'abord» parce que nous n'avons pas hors de service la dixième partie des canons nécessaires ; ensuite, parce que d*après le calcul mathématique de la construction de ces biVtiments et d'après les règles de la navigation, ils ne sont en état ni de porter des pièces d'un tel calibre, ni de supporter les secousses de leurs décharges. Ces observations sont parfaitement senties par le contre-amiral Verhuell et il n'aura sans doute pas manqué de les faire sentir au Premier Consul.
Les trois changements indiqués, lors même qu'il serait possible d'effectuer le premier, exigeraient au moins trois mois de temps si on voulait les appliquer aux 150 bateaux qui sont déjà prêts, car on ne peut faire travailler dans une cale aussi étroite que celle de ces bâtiments plus d'un charpentier à lu fois, en y plaçant son établi et ses instruments.
Je passe maintenant, Citoyen Ministre, à Cexpédition du Texeh Veuillez annoncer au Premier Consul que mon gouvernement a loué l'espace nécessaire à 28,000 ou 30,000 tonneaux, que les bâtiments pour les soldais, les chevaux et les munitions sont prêts; que les vivres pour les repas chauds sont commandés y qu'ils seront rendus au Texel vers le iti de ce mois, ainsi que l'avoine, le foin, la paille et l'eau douce et que la flotte de transport est en général composée de plusieurs vaisseaux rapides et excellents voiliers; dites-lui que les vaisseaux le Brutus, le Jean-de-Witt, le Doggershanck et le Neptune, ainsi que les frégates et corvettes le Zeepard, VAjax et VAtalante sont tous disposés et que les frégates CEuridice, ayant à bord l'institut des cadets, et Y Irène dont l'équipage est complet, mais à laquelle il faut une quille nouvelle, vont être immédiatement conduites d'Helvoet au Texel. Veuillez aussi ajouter. Citoyen Ministre, que ces vaisseaux ne sont point complètement équipés, qu'en général il leur manque au moins un quart et à quelques-uns même un tiers de leur équipage ordinaire. Ayez également la bonté d'observer que la levée pour les vaisseaux destinés pour cette expédition va plus lentement que pour celle de Flessingue et que, comme celle-ci parait plus prochaine et qu'elle exige encore beaucoup de matelots, l'autre éprouvera naturellement quelques retards pour son équipement. On n'épargnera cependant ni peines ni soins ppur le compléter et, dans cette grande crise, mon gouvernement ne mettra aucune borne à son dévouement et à son zèle pour la cause commune ; en un mot, il fera tout ce qui sera physiquement et moralement possible.
Tel est, Citoyen Ministre, l'état actuel des armements qui se préparent en Batavie. Le compte que je vous en rends est la traduction exacte du rapport qui m'a été envoyé par le retour de mon premier courrier. Si le second que j'ai expédié m'apporte des détails subséquents, je m'empresserai de vous les transmettre avec la même exactitude et la même célérité.
Mon gouvernement aime à se persuader que le Premier Consul appréciera les efforts d'un pays épuisé par d* aussi longs et d'aussi énormes sacrifices. Il m'enjoint expressément de lui représenter de nouveau que la situation financière de.
ma malheureuse patrie est vraiment déchirante et que bientôt^ pour prévenir ta ruine, il sera forcé (Tinvoquer les secours de son magnanime allié. Jamais peutêtre^ im peuple aussi fidèle et amsi digne d'un meilleur sort n'aura sollicité rutile bienveillanee d'une grande nation et d'un plus grand homme. Agréez, Citoyen Ministre, Tassurance de ma haute considération.
R. SCHIMMELPENMNCK.
Bien que cette note annonç&t un effort considérable et un résultat très appréciable, le Premier Consul s'en montra k peine satisfait.
Projet de note à M. Sohimmelpenninok,
18 frimaire an xii (10 décembre 1803).
Ce projet de note soumis au Premier Consul a été augmenté du paragraphe ci-dessous et corrigé de sa main (I) :
Le soussigné ayant communiqué au Ministre de la marine la lettre de M. l'Ambassadeur bataTe, en date du 5 décembre, et le Ministre de la marine l'ayant placée sous les yeux du Premier Consul, elle a donné lieu aux observations suivantes, qui répondent aux difficultés qu'on élevait en Hollande pour l'entière exécution des objets demandés et que le soussigné a ét^ chargé de transmettre à M. l'Ambassadeur de la République batave. Il saisit cette occasion de lui renouveler les assurances de sa haute considération.
Paris, 18 frimaire an xu.
Talleyrand.
P.'S. — Et de le prier de mettre sous les yeux de son gouvernement
que le Premier Consul a compté sur l'exécution stricte de la convention, que la non-exécution en tout ou en partie ferait retarder de beaucoup les projets combinés pour la fin de la guerre et qu'il en résulterait pour les deux nations des malheurs et des embarras.
Observations jointes à la note précédente (12 frimaire an Xll), et corrigées de la main du Premier Consul (2).
10 décembre 1803.
I^ On a armé dans la rade de Boulogne un bateau canonnier d'une pièce de 24. Il a fort bien manœuvré et servi. Le contre-amiral Verhuell a dans ses mains le procès-verbal qui constate le succès de cette épreuve. 11 ne peut donc
(1) Hollande, 1803 (ans xi et xu), le citoyen Semonville, ambassadeur. (Archives des affaires étrangères , 607.)
(l) Hollande, 1803 (ans xi et xii), le citoyen Semonville, ambassadem*. {Archives des aff'aires étrangères, 607.)
y aToir aucune difficulté à ce que les bateaux canonniers hollandais soient armés de la même manière. 11 doit être, d'ailleurs, fort aisé de trouver en Hollande 200 canons de 24 et de 18, puisque toutes les places de Tintérieur sont hérissées de canons et que c'est une opération à la fois ayantageuse et facile de tirer des places ce nombre et ces espèces de bouches à feu pour en armer les bateaux destinés à Texpédition contre l'Angleterre;
2^ La construction d'une espèce de caisson qu'on propose de faire dans chaque bateau canonnier, n'est pas d'une exécution difficile et se trouve d'ailleurs indispensable, pour que les livres et les cartouches des hommes de passage soient préservés de toute a?arie ;
3® U parait impossible de croire qu'il n'y ait qu'un seul charpentier qui puisse travailler à la fois pour chaque bateau canonnier, tandis qu'à Boulogne on a vu les bateaux installés et armés en vingt-quatre heures et que 10 à 45 charpentiers ont pu travailler à la fois sur chaque bateau. Les dispositions à faire pour le passage des chevaux ne sont pas moins essentielles et ne présentent pas de plus grandes difficultés. Au surplus, le contre-amiral Verhuell est parfaitement au fait de tous ces objets et il pourra donner aux travaux qui se poursuivent en Hollande, l'activité, l'étendue et la direction qui sont nécessaires.
Le Premier Consul a vu avec plaisir que du 20 au 30 frimaire (12 au 22 décembre), il y aurait à Flessingue une division de 27 chaloupes canonnières, quatre divisions faisant 104 bateaux canonniers, une division d'écuries de 27 bâtiments et une division de transports aussi de 27 bâtiments, mais cela ne forme encore qu'une partie de la flottille promise par la dernière convention et le Premier Consul voudrait que l'autre partie se trouvât prête à Flessingue du 20 au 30 nivôse (11 au 21 janvier) (1).
La situation vers la fin du mois de décembre fut à peu de chose près ce qui avait été promis par Schimmelpenninck.
(l) Au contre-amiral Verhuell.
Paris, 19 frimaire an xii (11 décembre 1803).
Citoyen amiral Verhuell, je reçois votre lettre du 15 frimaire. D'après la description que vous me faites de ces chaloupes baleinières, je pense qu'elles nous seront fort utiles. Faites-moi connaître la quantité quo vous pourries vous procurer d'ici au 10 nivôse, et le prix dont elles sont, l'une portant l'autre.
Je vous prie aussi de m'envoyer un plan de ces bateaux. Mais vous pouvez toitjours procéder à l'achat d'une centaine.
Pressez votre armement et la nouvelle installation de vos bateaux, afin qu'au 1* nivôse (23 décembre) je trouve la division de 27 chaloupes canonnières, les quatre divisions de bateaux canonniers, formant 108, la division d'écuries, la division de transports, dans le meilleur état, ainsi que je l'ai demandé.
Le citoyen Forfait, inspecteur général de la flottille, que je viens de voir, m*a parlé des chaloupes baleinières. Il pense qu'elles seront fort utilea et que nous ne saurions en avoir trop, surtout si le prix est raisonnable. Dans tous les cas, je ne vois pas d'inconvénient à en faire acheter sur-le-champ une centaine.
(Cotrespondance de Napoléon^ 7373.) Bonaparte.
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Mais les chiffres donnés par la pièce ci-contre furent un peu modifiés. Le manque d'équipages obligea Verhuell (1) à ne faire monter que 13 chaloupes et 60 bateaux. En outre, on .manquait de canons.
Or, si Ton s'en tient aux chiffres donnés par Schimmelpenninck, ils représentent la réalisation de plus des deux tiers du programme, alors qu'en France, au 18 janvier, on n'est pas encore au quart (2j. Le Premier Consul n'en persista pas moins à considérer les armements des Hollandais comme très en retard (3).
Bien qu'il eût annoncé, lors de son voyage à Boulogne dans les premiers jours de janvier 1804, l'intention d'aller à Flessingue, ce qui lui eût permis de vérifier par lui-même la situation, il changea d'avis, « ne voulant pas, dit-il, avoir quelque chose de désagréable à dire aux Hollandais ».
A sa place, il dépêcha Savary, puis le Ministre Decrès.
Au général Savary, aide de camp du Premier Consul (4).
Boulogne, 14 nivôse an xii (5 janvier 1804). Vous partirez dans la journée pour Flessingue, Vous verrez les constructions
(1) Lettre du 26 décembre, AV^\ 1201.
(2) Voir ci-dessus. 500 bâtiments sur 2,000 projetés.
(3) Lettre à Davout, de janvier. {Correspondance de Napoléon, 7449.)
Au contre-amiral Verhuell.
Paris, 27 frimaire an mx (19 décembre 1803).
Citoyen amiral Verhuell, je reçois votre lettre du 23. J'ai vu avec peine dans votre précédente, le retard que nous éprouvons.
J*ai ordonné qu'on ait sur cet objet une explication avec Scbimmelpenninck. Continuez à le presser le plus possible. Los canaux peuvent geler d'un moment à l'autre et s'opposer à la réunion de tous nos bâtiments à Flessingue. Achetez des bateaux baleiniers le plus que vous pourrez J'imagine que vous les achetez avec leurs avirons.
Dans la première quinzaine de nivôse, je serai probablement à Flessingue. Faites installer toutes les chaloupes qui arrivent le 24, et veillez à ce que les écuries et transports partent ot y soient rendus.
J'ai une frégate à Helvoet*sluys que vous devez faire venir à Flessingue ; je ne sais si les difficultés de saison où nous nous trouvons le permettront. Enfin, le temps presse, la saison s'avance, et faites sentir à la Hollande que je ne désire que l'exécution d'un traité solennel. Vous avez vu dans les journaux qu'on a pris une frégate anglaise neuve. Nos divisions de chaloupes et bateaux sont en marche de tous côtés. Il y a dé^jà à Boulogne plus du double de bâtiments que nous y avons vus.
Envoyez-moi l'état bien dressé de toutes les chaloupes, bateaux baleiniers, canonnières, écuries, bateaux de transport qui sont en rade de Flessingue prêts à appareiller.
Bonaparte.
(4) Correspondance de Napoléon , 7453.
qui se font dans le port et tous les bâtiments armés et en armement qui y sont. Vous TOUS rendrez de là à Bruges. Vous remettrez à Flessingue la lettre ci-jointe, à Tamiral Yerhuell. Vous visiterez la flottille betaye dans le plus grand détail. Vous m'enverrez un rapport, de Flessingue.
Vous vous rendrez de là à Liège, de Liège à Mézières et de Méiîères à Paris. Vous visiterez la fonderie de Liège et les deux chantiers sur la Meuse» de Liège à Mézières.
Boulogne, le U oivôse an xn (5 Janvier 1804).
Monsieur le contre-amiral Verhuell,
Je viens de passer six jours à Boulogne et je pars dans Tinstant pour me trouver à Paris à Touverture du Corps législatif. Je retarderai donc de quelques jours mon voyage à Flessingue, et j'en suis d'autant plus aise que je n'ai pas encore de nouvelles que la flottille batave y soit dans un état satisfaisant.
Le Ministre de la marine va s'y rendre, et je désire beaucoup que, pour la fln de nivdse, elle soit dans un état respectable.
J'ai vu les booms achetés en Hollande. Il y en a qui m'ont paru bien vieux.
Les Anglais en ont pris un.
La flottille de Boulogne commence à se trouver dans une situation formidable.
Faites en sorte de ne pas nous retarder.
En même temps, une nouvelle réclamation était adressée par la voie diplomatique au gouvernement hollandais.
Au citoyen T. Schimmelpenninck, ambasBadeur de la République
batave (1).
23 niv6se an xu (14 janvier 1804).
Citoyen Ambassadeur,
Je suis chargé d'informer Votre Excellence que le contre-amiral Verhuell éprouve à la Haye des obstacles qui nuisent essentiellement aux opérations et aux armements dont il est chargé. Il parait que le Comité de marine ne le seconde pas avec tout le zèle que réclament les circonstances présentes, car nous sommes au 14 janvier et il n'y a encore à Flessingue que la moitié des bâtiments qui devraient s'y trouver réunis. Le Premier Consul a difi*éré de quelques jours sa visite à Flessingue, à la prière du contre-amiral Verhuell, qui auniit trop regretté de n'avoir que si peu de chose à lui présenter dans le port. Le Premier Consul ne doute pas que vous ne soyez empressé, citoyen
(1) Hollande, 1804 (ans xii et xiu), le citoyen Semonville, ambassadeur. {Archives des affaires étrangères, 608.)
Ambassadeur, d'user de toute Totre iafluence auprès de Totre gouvernement pour lui faire sentir que Thonneur, l'entier succès de l'expédition et enfin les engagements pris avec la France veulent qu'on lève tous les obstacles et qu'on seconde de tous les moyens possibles le brave officier que le Premier Consul a chargé de la direction des forces maritimes bataves.
Je suis persuadé que Votre Excellence voudra bien transmettre immédiatetement à la Haye les obervation» que j'ai l'honneur de lui adresser, de la part du Premier Consul, et qu'elle aura (illisible) à m'informer de l'entier aplanissement des difficultés qui retardent l'entier développement des forces combinées et l'exécution du plan formé pour la décision de la guerre actuelle.
Recevez, etc.
L'état de la flottille hollandaise fut apprécié par Decrès dans les termes suivants (1) :
Il me reste à parler de la flottille batave.
Je suis arrivé à Flessingue le ii Il y avait i9 canonnières bataves,
18 sont de vieilles constructions et armées de toute espèce de calibre.
La 19*, qui est de nouvelle construction, a deux pièces de 12 et une de 24 (voyez l'état n» 4).
L'amiral Verhuell compte envoyer cette dernière à Boulogne, sur la demande que je lui en ai faite.
Pour fournir ces dix-huit chaloupes de vieille construction , les Bataves ont laissé sans défense les Wadens et tous les points de leurs c6tes où leur station était nécessaire. Il n'y reste plus rien.
J'ai TU leur constructeur général, qui se trouvait accidentellement à Flessingue. Il m'a assuré, et je crois à sa véracité, que le gouvernement batave a mis 3i canonnières en construction ; que 17 sont finies et prêtes à se rendre à Flessingue (sur les 17 finies, 8 sont à Amsterdam et 9 à Rotterdam). 7 sont en construction à Amsterdam et S à Rotterdam, Que ces 15 dernières seront finies au l*' février ou ii pluviôse; une est en construction à FlessinguCy mais ne sera pas achevée de sitôt.
Les bateaux canonniers sont de 60 tonneaux et les chaloupes de 160 tonneaux.
J'ai fait embarquer 80 hommes à bord d'un bateau, avec armes et bagages : ils y étaient passablement, mais je crois que, pour une sortie, il ne faudrait pas en mettre plus de 70.
Il y a à Flessingue 110 bateaux canonniers tout neufs. Leurs dimensions sont de 50 pieds de long, 20 pieds de large, 6 pieds 6 pouces de creux.
Le pied batave est au pied français comme 31 est à 27 (voyez sur ces bateaux canonniers l'état n^ 5).
Tous ces bateaux avaient été installés pour porter du canon du calibre de 3 à celui de 6.
(1) Rapport de Decrès du 17 janvier 1801.
Sur Tordre du Premier Consul, Tamiral change cette installation pour qu ils puissent porter une pièc« de 24.
42 sont prêts à recevoir cette pièce, ainsi que 2 chevaux.
Sur ce nombre de 42, qui sont tout installés et qui ont leur garnison à bord, 18 ont leurs canons, savoir : 6 du 21, et 27 du 18.
Il ne reste plus à Flessingue, pour ces armements et celui des 68 bateaux à installer, que 37 pièces de canon, dont 10 de 24 et 27 de 18.
Il manque, pour l'armement total des bateaux, 55 canons et 80 affûts; mais ringénieur général m'a assuré que tous les canons et affûts nécessaires pour la flottille, ont été chargés à Amsterdam.
Pour cela, ils ont pris Tartillerie des vaissseaux le Chatam^ le Victor-Polus, le Bertzeller, le Zoonlmom, le Wreker,
Comme l'armement total des chaloupes canonnières en construction, des bateaux construits et sur les chantiers, exigera 252 pièces de canon de gros calibre, j'ai demandé à l'ingénieur d'où l'on comptait se les procurer. Il m'a répondu que les cinq vaisseaux précités fourniraient 142 pièces de 24 de leur première batterie et que, pour le reste, on ne pourrait y pourvoir que par des canons de 18 que fournirait la deuxième batterie de ces bâtiments, ou celle de quelques frégates qu'on désarmerait.
Au reste, ce qui concerne l'artillerie n'étant que dans l'attribution de l'ingénieur général, il ne m'a donné ces détails que par forme d'indication.
11 a ajouté qu'il était sûr que l'on construit des affûts à Amsterdam.
L'amiral Verhuell, présumant mal des dispositions de son gouvernement sur l'armement de la flotille, m'a engagé à envoyer un officier sur les canaux, pour s'assurer par lui-même si véritablement on avait expédié les pièces annoncées.
J'ai donné cette mission au capitaine de frégate Solignac, qui a dû partir le jour même pour la remplir avec l'adjudant de l'amiral.
J'ai dit qu'il y a à Flessingue 110 bateaux canonniers. U en reste sur les chantiers 40 qui ne seront pas achevés avant le commencement de mars (10 ventôse), savoir :
10 à Rotterdam.
il à Amsterdam.
7 à Harlinguen.
7 à Midellbelik.
S à Henkeuser.
Quant au gréement de ces bâtiments, l'amiral ne m'a pas dissimulé que la Providence seule y avait pouvu.
Les magasins jde Flessingue sont très peu approvisionnés ; c'est Rotterdam qui doit tout lui fournir; mais il y a peu de chose à Rotterdam. Heureusement l'on a fait deux prises chargées de chanvre et on compte qu'elles suffiront h. l'équipement de la llottiile.
Les bâtiments construits, armés de leur artillerie, pourvus de leur gréement, i7 reste la grande difficulté des équipages.
Les 34 chaloupes en construction exigent chacune 30 hommes.
Les 19 chaloupes armées en exigent chacune autant. T^tal : 1590 hommes.
Les 150 bateaux à 6 hommes chacun, y compris le patron, exigeront 900 hommes.
Ainsi, il faudrait pour la flottille, 2,490 hommes.
Ce qui est déjà réuni à Flessingue, c'est-à-dire les 19 canonnières et les 140 bateaux, demandent 1230 hommes.
L'amiral n'eti a pas plus de 1000.
li est Trai que je doute que les 19 canonnières puissent toutes prendre part à l'expédition. Il en est deux ou trois à qui leur Tétusté ne permettra pas de prendre la mer.
On a mis sur une d'elles une pièce de 24 en arrière, et, par son propre poids, elle a fait plier le pont.
L'amiral ne sait comment on pourvoira à ces équipages.
Il faut s'adresser au fournisseur (c'est son expression). Il recrute de partout, mais il ne peut garantir le succès.
On a destiné à la flottille l'équipage du Herzteler : cet équipage était de 350 hommes, mais on en a pris une partie pour les vaisseaux de guerre; il ne .sait pas ce qui lui est destiné.
Il propose de faire désarmer les deux frégates VIrène et VEurydice, qu'on a armées à HeWoet et qui ne pourront jamais se rendre au Texel.
Voyez la demande qu'il a faite à son gouYcrnement sous le n<^ 7.
Quant à V Eurydice, frégate de 12, qui est destinée à Téducation de 40 cadets, il a proposé qu'on lui envoyât ces jeunes gens pour commander les bateaux de la flottille. Son gouvernement ne veut lui en accorder que 4, mais Tamiral insiste pour les avoir tous, et il voudrait que le Premier Consul eût la liberté de choisir les commandants.
Il y met d'autant plus d'intérêt que le Conseil d'Étiit lui envoie les hommes les moins propres pour une pareille opération.
Il m'a donné la liste de quatre capitaines qu'on lui a annoncés, et dont il m'a prié de faire en sorte qu'on changeât la destination. Ce sont des vieillards, fort braves gens d'ailleurs, mais qui, habitués à une routine que contrarie la flottille, n'auraient pu qu'y rendre de très mauvais services sous tous les rapports.
J'ai écrit à l'ambassadeur Sémonville dans le sens que désirait l'amiral, afln qu'il insinuât au ministère batave de faire des choix plus à la convenance des circonstances.
// est difficile d'avoir plus de zèle, plus d'activité et plus de fermeté que l'amiral YerhuelL
Tous les jours, quelques bateaux sortent pour manœuvrer. Les garnisons soiTt à bord, mais le général Savary a cru y remarquer moins de dispositions pour la mer qu'à l'armée de Boulogne.
Les soldats n'étaient pas bien persuadés qu'ils dussent se prêter à la manœuvre ni à la subordination envers les officiers bataves.
Le général Savary s'en est expliqué avec les commandants et ^'ai vu ensuite les troupes avec une très bonne volonté.
Il n'y a pas vestige à Flessingue de la flottille de transport, et l'amiral ne sait pas oh elle en est.
Tout ce que j'ai pu recueillir, c'est que l'ingénieur général m'a assuré que la liL 24
République avait frété \ÙS bâtiments, dont 54 pour transports et 54 pour écuries. Il m'a assuré qu'ils sont tous armés et qu'ib arrÏTeront incessamment à Flessingue, s'ils ne sont pas retenus par les glaces.
Bâtiments français à Flessingue.
J'ai TU la frégate la Furieuse^ à qui il reste environ 140 hommes d'équipage et une garnison de 26 hommes. Ses canons sont débarqués ainsi que ses vivres : elle flotte au milieu du bassin et est en bon état.
Nous avons aussi à Flessingue un aviso que j'ai laissé à la disposition du général Monner et qui n'est bon qu'à mettre en vedette.
Enfin, il y a la goélette VAventurièrey armée de 2 caronades de 24; j'ai donné ordre qu'on la disposât de manière à en pouvoir prendre 6 autres, qu'on la munit de béquilles et qu'on l'expédiât pour Boulogne. J'ai prié le général Monner de lui donner une garnison de 20 hommes, ce qui complétera son équipage à 5H hommes.
J'aurais désiré pouvoir prendre dans l'arsenal de Flessingue des caronades qui lui convenaient fort, mais je m'en suis abstenu à cause de la pénurie de cet arsenal.
Paris, le 26 nivôse an xii.
Degrés.
A part le déficit grave des équipages, auquel Verhuell proposait de remédier en utilisant des volontaires de Tannée (1), la situation était donc au moins comparable à celle de la flottille française à la même époque. Cependant, les réclamations prirent cette fois un caractère comminatoire.
Au citoyen T, Schimmelpenninck (2).
8 pluviôse an xii (29 janvier 1804).
Le soussigné. Ministre des relations extérieures, se voit chargé d'adresser au citoyen Schimmelpenninck, ambassadeur de la République batave, des observations dont il ne pourra manquer d'apprécier Timportance.
Le Premier Consul, se reposant sur les engagements pris par la République batave, s'était attendu que dans le courant du mois de décembre dernier la flottille de guerre serait entièrement organisée, et il a eu un vif regret de voir qu'aucun des engagements contractés à cet égard ne soient encore remplis.
Indépendamment de 5 vaisseaux de guerre, de 5 frégates et des bâtiments
(1) Lettre de Verhaell du t3 janvier. (Archives nationales, AK»^ itOi.) (t) Hollande, 1804 (ans su et xui), le citoyen Sômonville, ambassadeur. {Archives des affaires étrangères, 608.)
de transport nécessaires pour 25,000 hommes et 2,500 chevaux, la Hollande devait fournir :
I® 100 chaloupes canonnières armées de 3 pièces de 24 ou de 4 de 18. Il n'en existe à Flessingue que 19, toutes dans le plus mauvais état et dont une partie est incapable de naviguer ;
2* 250 bateaux canonniers; il n*en existe que 109 sans équipage et sans artillerie ;
3* Des écuries pour transporter 1500 chevaux, et il n*y en a aucune de préparée.
Aussi les deux expéditions du Texei et de Flessingue ne sont pas plus avancées lune que l'autre. U effet (Tun pareil retard est d'apporter de graves dérart" gements dans les projets du Premier Consul, et il lui est impossible de ne pas en exprimer sa sincère douleur.
On ne peut supposer que le gouvernement batave n*ait pas la volonté de tenir ses engagements; si c'est le pouvoir qui lui manque, si n'ayant le moyen de faire aucun des efforts que réclamerait la conservation de ses colonies dans les deux Indes, il se voit forcé de les livrer au hasard, comment après un pareil sacrifice, la Hollande, dénuée à ce point de ressources en tout genre, pourrait-elle soutenir un gouvernement national et l'indépendance de son paTillon, ou ne resterait-il déjà d'autre espérance de sauver l'indépendance et l'intégrité de la puissance battive qu'en Toyant arriver à la tète des affaires des hommes plus confiants dans les ressources de leur pays et plus habiles à les employer ?
U en coûte extrêmement au Premier Consul de s'arrêter à des réflexions aussi douloureuses et d'ordonner qu'elles soient transmises au gouvernement batave, mais dans des circonstances les plus importantes qui aient jamais existé, quand il n'y a plus un moment à perdre, et que l'intérêt des deux pays réclame les mesures les plus promptes et les plus énergiques, le Premier Consul s'est persuadé que le cit. Schimmelpenninck étant empressé d'user de toute son influence pour faire apprécier la situation actuelle et les maux que les passions et l'imprévoyance de quelques hommes peuvent produire, il serait impossible qu'un pareil avis, dans un moment aussi décisif, n'eût point pour effet de donner aux efforts du gouvernement batave une impulsion et une activité qui puissent les porter immédiatement jusqu'à l'entière exécution des engagements contractés par la convention du 5 messidor.
Au citoyen Sémonville (1).
12 ploviôee an xu (2 février 1804).
Citoyen Ambassadeur,
Je m'empresse de vous transmettre par courrier de la guerre copie de la note que je viens d'adresser par ordre du Premier Consul au cit. Schimmelpenninck. Vous jugerez, par son contenu, à quel point le Premier Consul est
(1) Hollande, 1804 (ans xii et xin), le eitoyen Sémonville, ambassadear. {Archives des affaires étrangères, 608.)
37i DEUXIÈME PARTIE, — CHAPITRE PREMIER.
contrarié dans ses projets par la noQ-exécution des engagements qu*aTait contractés le gouTernement bata^e et dont la totalité devait se trouver remplie à la fin du mois de décembre dernier.
En conséquence de cette note qui ne pourra manquer d'exciter toute Fatten tion du gouvernement batave, vous êtes chargé de demander que les mesures ci-après détaillées soient prises immédiatement et de faire entendre que si le Premier Consul arrivant à Flessingue vers la fin de ce mois ne trouvait pas les choses plus avancées^ il pourrait être fondé de prendre des dispositions qui seraient irrémédiables.
Voici les mesures dont il s'agit :
!• Compléter au plus tôt les trois divisions de chaloupes canonnières et employer à leur construction tous les charpentiers du chantier de la marine militaire, pendant que Ton ferait construire les bateaux canonniers sur des chantiers particuliers;
2** Pour former Tartillerie nécessaire à l'armement de la flottille, employer les pièces de 24 des vaisseaux de guerre actuellement hors d'activité ainsi que les pièces de ce calibre qui ne seraient point nécessaires au service intérieur et envoyer au plus tôt cette artillerie à Flessingue ;
3® La plus grande difficulté étant de trouver les marins nécessaires pour équiper la flottille, se servir de l'équipage du vaisseau de guerre le Herzteler, de 68 canons, et envoyer cet équipage, avec tous les matelots dont les autres vaisseaux de guerre pourraient se passer, le plus tôt possible à Flessingue.
Comprendre dans cet envoi les équipages des frégates V Eurydice et VIrène qui sont à Helvoet-Sluys ;
4^ Employer tous les moyens connus pour avoir les marins nécessaires au commandement des bateaux canonniers, écrire à cet efl'et une circulaire aux différentes municipalités des lieux où il y a des capitaines marchands ou autres pilotes, pour engager les municipalités à les appeler au service de TÉtat; en accordant à ces marins une assez forte paye, on en trouverait un grand nombre ;
5® Employer pour les chaloupes canonnières :
a) Les jeunes officiers qui servaient avant 1795 et qui se sont présentés pour obtenir de Temploi. Ils seraient admis provisoirement sous le titre à^ officiers extraordinaires ;
b) Les aspirants de 1 '* et de 2' classe qui auraient l'Age et les connaissances nécessaires ;
6* Qu'il soit permis de faire construire à Flessingue un canot léger de 10 avirons par chaque division pour le service du commandant.
Telles sont. Citoyen Ambassadeur, les mesures indispensables que réclame l'exécution des projets formés par le Premier Consul pour le succès d'une cause qui intéresse la Batavie aussi essentiellement que la France et qui d'ailleurs résultent tous des engagements contractés par la convention du 5 messidor. Appliquez-vous donc à obtenir que ces mesures soient prises sans aucun retard; faites-en bien connaître toute l'importance et tout le danger des délais.
D'après ce que j'ai écrit h l'ambassadeur batave, je me persuade que vos excitations auront un plein effet.
P.-S. — Je dois vous informer que j'ai signé hier avec l'ambassadeur une
convention par laquelle Thôtel (illisible) j qui avait été fixé pour la résidence de la légation bataye, est échangé contre Th^tel de Gastrics. Rien n*est dérogé d'ailleurs à la couTention du 5 messidor an xi, et on alloue une somme de 50)000 francs pour subvenir aux frais de déménagement.
Simultanément, Tordre fut donné à Verhuell de partir pour Ostende avec 18 chaloupes, 72 bateaux et 10 transports, auxquels Davout eut à fournir des garnisons.
Au contre-amiral Verhuell (1).
Paris, 12 pluviôse an un (t février ]804).
Monsieur le contre-amiral Verbuell,
Je vois avec peine que vous n*étes pas secondé comme vous devez l'être, et je crains qu'il n'y ait dans tout ceci un peu d'intrigue.
Quant à présent, voici les dispositions que j'ai arrêtées pour votre flottille :
Vous la diviserez en deux parties : la prepnière sera composée de :
4° Une division de cbaloupes canonnières, je crois vous avoir dit que chaque division de chaloupes canonnières est de deux sections, chaque section de 9 chaloupes; total de la division : 18 chaloupes;
2® Deux premières divisions de bateaux canonniers, chacune composée de quatre sections; chcique section, de 9 chaloupes; total de chaque division : 36 ; des deux divisions, 72.
Vous attacherez A cette première partie \0 biltiments de la flottille de transport, chaque bâtiment attaché à un bataillon pour l'embarquement de ses bagages, et 5 autres bateaux pour l'embarquement des bagages de l'état-major et de la division.
La deuxième partie sera composée comme la première; la troisième partie, lorsqu'il y aura possibilité de la former, sera formée de même.
Je donne ordre au général Davout de faire fournir les garnisons sur la première partie de la 1^« division de son armée, et de la deuxième partie de la 2® division. Chaque brigade de sa division sera attachée à une section de bateaux canonniers. Un régiment sera attaché à la division de chaloupes canonnières.
Chaque compagnie s'embarquera sur chaque chaloupe ; chaque bataillon sur une section. Chaque compagnie fournira de suite i officier et 20 hommes sur le bateau canonnier qui doit embarquer la compagnie, et 30 hommes sur les chaloupes canonnières.
Je désire que vous vous concertiez avec le général Davout, pour que la troisième partie puisse partir de Flessingue, avec cette simple garnison, le 20 pluviôse (10 février).
Un bâtiment a péri, corps et biens, sur la côte de Boulogne. On a trouvé un
(I) Correspondance de Napoléon, 7518.
chapeau avec le n® 27. Faites des recherches pour saToir quel est ce bâtiment;
je le crois parti de Flessingue.
Ffaites-moi connaître également quand la deuxième et la troisième partie
seront prêtes.
Bonaparte.
Au général Davout (i).
Paris, 10 plavi6«e an %u (31 janTier 1804).
Citoyen Général Dayout,
J'ai reçu Totre lettre du 3 pluviôse.
Vous pouvez assurer la Chambre de commerce d'Ostende qu'elle peut être tranquille, que l'arrêté du 2i messidor sera exécuté, que cette disposition du Ministre des finances n*a sans doute eu pour but qu'une régularisation, et qu'il prendra, au reste, des mesures pour faire disparaître toute inquiétude.
Vous avez le temps d'étudier le port d'Ostende. Vous y avez des officiers du génie de terre et du génie maritime. Il parait que, les terres devant être mises en vente, on ne tardera pas à entreprendre les travaux de l'écluse de chasse. Faites traiter la question de savoir s'il est possible de faire entrer à Ostende, sans des dépenses extraordinaires, de grosses frégates, et de les faire entrer et sortir, même aux mortes eaux. Je ne pense pas que, dans aucun cas, on puisse y faire entrer des vaisseaux de 74. Étudiez aussi le port de Nieuport, et faites voir ce qu'il serait possible d'y faire.
Faites-moi connaître si le Ministre de la marine a donné des ordres pour que toutes les écuries tirant plus de 7 pieds d'eau se rendissent à Calais, et toutes les corvettes de pêche à Dunkerque.
La flottille qui doit transporter votre corps d'armée se divise en trois parties, chacune correspondant à une division.
Les deux premières seront formées par la flottille batave.
La troisième sera formée par la flottille de corvettes de pêche armées en guerre.
Les deux parties de la flottille batave se composent de la manière suivante :
La première, de la première division de chaloupes canonnières, composée de deux sections ou bataillons formés chacun de 9 chaloupes; total : 18 chaloupes.
Et lés deux premières divisions de la flottille des bateaux canonniers, composées de deux sections ou bataillons formés chacun de 9 bateaux canonniers; total : 72 bateaux.
Les cinq régiments formant la division de l'armée s'embarqueront, savoir : le premier régiment, sur la première division de chaloupes canonnières; les deux autres brigades, sur les deux premières divisions de bateaux canonniers. Une brigade est composée de quatre bataillons. Une division de la flottille de bateaux canonniers est également composée de quatre sections ou bataillons.
Le bataillon d'infanterie est composé de 9 compagnies; la section ou bataillon est également composé de 9 bateaux canonniers.
(l) Correspondance de Napoléon, 7512.
Chaque compagnie sera donc affectée à un bateau canonnier.
La deuxième partie de la flottille batave sera composée de la deuxième division de chaloupes canonnières, formant deux sections de 18 chaloupes, des 3* et 4* divisions de bateaux canonniers, formant chacune 4 bataillons, c'est-àdire 7t.
La 2* division de votre armée s'embarquera sur cette aile, chaque régiment sur une division de bateaux canonniers, chaque bataillon sur chaque section, et chaque compagnie sur chaque bateau.
Ainsi donc il faudrait que la flottille batave se trouvât être, au !•' ventôse, au moins de deux divisions ou 36 chaloupes canonnières, et de quatre divisions ou i44 bateaux canonniers. Elle devrait être du double, d'après les engagements pris par la Hollande. Dans tous les cas, si elle est plus forte, il sera fourni de nouvelles troupes; si elle est moins forte, il sera fourni un supplément par la flottille française.
La flottille des corvettes de pèche embarquera la 3' division de Tarmée. Elle est composée de 9 sections ou bataillons; ainsi il y aura une section de trop.
Les garnisons doivent être fournies, dès aujourd'hui, par les bataillons de l'armée, qui doivent monter les chaloupes. On fournira 1 officier et 20 hommes pour chaque bateau canonnier; 1 officier et 30 hommes pour chaque chaloupe canonnière, et 1 officier et 20 hommes pour chaque corvette de pêche. Par ce moyen, chaque compagnie pourra renouveler trois et quatre fois sa garnison. Le service doit se faire par régiment, bataillon et compagnie, de manière que le capitaine sache que le bl^timent où est sa garnison est celui où doit s'embarquer sa compagnie. La flottille batave doit avoir 100 bateaux de transport, dont une partie formée en écurie. C'est sur ces écuries que s'embarquera la brigade de cavalerie attachée au corps d'armée. Ce sont aussi ces transports qui porteront les bagages des bataillons et de l'état-major. ' 11 est donc nécessaire que vous organisiez vos garnisons de cette manière.
Faites-moi connaître si les corvettes de pêche, écuries et bateaux de transport ont eu des ordres de départ : les corvettes de pêche pour Dunkerque, les bâtiments tirant plus de 7 pieds d'eau pour Calais, et les autres pour Boulogne.
Les deux prames que l'on suppose avoir de l'arrondissement d'Ostende serviront également à embarquer des chevaux de la brigade de cavalerie,
Bonaparte.
Verhuell répondit en se délarant prêt à partir le 10 février avecles bâtiments indiqués (1). Sa situation s'était, en efiFet, sérieusement améliorée depuis le milieu de janvier.
(l) Lettre du 6 février. (Archives nationales, AF»^ IZOl.)
Situation de la Hottille batave réunie à Flessingue sous les ordres du contre-amiral Verhuell, à l'époque du 15 pluviôse an XII (5 fév, 1804) (1).
117 dont : 98 armés, gréés et équipés; 12 prêts à recevoir Tartillene ; et
7 que Ton commence à installer.
20 bateaux canonniers doivent être rendus à Flessingue pour le !•' ventôse.
137 bateaux canonniers. L'amiral ne compte pas sur un nombre plus considérable d*ici au 1*» ventôse (21 février).
Chaloupes canonnières,
22 armées, gréées, équipées, mais dont Tarmement doit être renforcé. Ce renfort en artillerie est assuré.
6 cb^aloupes canonnières doivent être rendues à Flessingue d*ici au 1«' ventôse.
28 chaloupes canonnières.
Bâtiments de transport.
1 seul existe dans le port de Flessingue. 107 ont été mis en réquisition, mais 54 seulement sont connus par l'amiral ; . et quoique Ta vis de leur prochaine arrivée lui soit donné par le capitaine de frégate Solignac, il compte peu sur leur réception d'ici au 1" ventôse. Aucune installation pour les chevaux n'est faite à bord de ces bâtiments. Ce n'est qu'à Flessingue que ces travaux seront entrepris, d'après les ordres de l'amiral.
Observations.
Sous huit jours au plus tard, le contre-amiral Verhuell compte faire partir pour Ostcnde la premi^re partie de la flottille batave venue à Flessingue.
Cette première partie, qui sera commandée par le contre-amiral Verhuell en personne, sera composée,
Savoir :
De 18 chaloupes canonnières, sur chacune desquelles 30 hommes et l'officier de troupes de terre seront stationnés. L'équipage sera de 3 matelots et l'officier ;
De 72 bateaux canonniers, sur chacun desquels 20 hommes et l'officier seront stationnés; et l'équipage sera composé de 5 matelots et d'un patron.
(I) Archives des affaires étrangères. Hollande, 1804, 603.
Les TiTTCS et munitions seront fournis par les magasins de Tarmée française. Mille fiamacs seulement sortent des magasins bataves ; le restant, ainsi que les couvertes nécessaires aux troupes embarquées, proviennent des magasins français établis à Flessingue.
Les 600 matelots qu'il faut pour monter cette première partie de la flottille
se trouvent présentement à Flessingue.
(Sans signature,)
Efifectivement, la première partie était prête ; et ainsi qu'on le verra plus loin, le mauvais temps seul la retint jusqu'au 6 mars. La seconde partie, forte de 61 bâtiments de guerre, fut toute armée le 23 février (1).
La pièce suivante justifie d'ailleurs amplement les Hollandais du reproche de tiédeur.
UAmbassadeur de la République française à Son Excellence le citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures (2).
La Haye, 21 plnriôse an xii (11 féyrier 1S04).
Citoyen Ministre,
Avant l'arrivée du courrier qui m*a remis vos ordres, en date du 12 pluviôse, le gouvernement batave avait connaissance de la note remise par vous à l'ambassadeur Schimmelpenninck.
Les résolutions ultérieures qu'elle laisse appercevoir étaient depuis douze heures l'objet de Tinquiétude comme des méditations du gouvernement, lorsque j'ai appelé son attention sur les reproches et les demandes que vous m'avez chargé de lui faire.
L'Amirauté s* efforce de repousser en partie vos reproches par C énumération de ses efforts constants pour exécuter dans tous ses points la convention du 5 messidor ; et j sans répondre d'une manière entièrement satisfaisante à l'imputation du défaut d'activité dans les premiers mois qui ont suivi la convention, elle s'appuie du moins sur un grand nombre de faits différents de ceux qui ont provoqué le mécontentement du Premier Consul. C'est ainsi que l'Amirauté m'affirme :
1® Que 27 chaloupes canonnières sont à Flessingue, i4 en route pour s'y rendre, les autres prêles d'y être envoyées. On ajoute même que la marine sera incessamment en état d'en fournir 9, excédant le nombre de 54 déterminé par le Premier Consul ;
2* Que sur les 200 bateaux canonniers, 120 sont à Flessingue, entièrement équipés suivant les directions données par l'amiral Yerhuell; on achève la
(l) Lettre de Verhaell du 21 février. (Archives nationales, AF«v, 1201.) (S) Hollande, 1804 (ans xii et xiii), le citoyen Scmonville» ambassadeur. {Archives des affaires étrangères, 608.)
construction des autreSj et les chefs d'ateliers dans les divers chantiers ont annoncé que, vers les premiers jours de mars, il faudrait licencier les ouvriers ;
3<^ i08 bâtiments ont été loués pour les divisions d*écurie dans le mois de décembre dernier; depuis le 5 janvier, T Amirauté a constaté que les vents n'ont pas cessé un instant d'être contraires, les bâtiments n'ont pu avancer, malgré les ordres donnés à cette époque par elle et l'expédition d'officiers pour requérir la force armée afin de leur faire poursuivre leur route.
Pour ne laisser aucun doute sur l'exactitude de ces assertions, j'ai exigé qu'un des membres de l'Amirauté, et un de ceux en qui nous devons avoir plus de confiance (M. Van Royen, gendre de M. Louysen, de Flessingue), partit immédiatement pour ce port, avec ordre de se concerter avec l'amiral Verhuell, tant pour dresser sous ses yeux l'état général des armements existants, que poiu* proposer au gouvernement toutes les mesures que l'amiral jugera propres à les compléter.
Cette disposition a été immédiatement ordonnée. M. Van Royen doit être maintenant à Flessingue.
Son rapport vous sera soumis, citoyen Ministre, et placera dans tout son jour la conduite de l'Amirauté, ainsi que de ceux des membres du gouvernement qui la dirigent plus particulièrement.
Je dois à cette occasion vous observer, Citoyen Ministre, pour la justification du plus grand nombre d'entre eux et pour la mienne propre, que, dans les deux ou trois mois qui ont suivi la convention, l'Amirauté et le Comité du gouvernement, avec lequel elle correspond, n'ont cessé de nous garantir de l'exécution des engagements à l'époque déterminée par le Premier Consul, sans qu'il nous fût possible de juger, autrement que par les ordres généraux donnés dans les chantiers et par leur activité apparente, de l'efficacité ni même de la réalité des efforts de la marine.
C'est lorsque l'amiral Verhuell a paru ici avec les moyens d'entrer dans tous les détails, que nous avons commencé à nous apercevoir des vices de l'exécution ; je me suis joint à lui pour les réformer et j'ose dire que nos soins à cet égard n'ont point été infructueux. La présence de l'amiral à la Haye a mis en mouvement plusieurs dispositions dont lui seul pouvait reconnaître l'urgence et indiquer le mode d'exécution. Je me suis chargé de les surveiller en son absence et, depuis son départ, sa correspondance m'a constamment prouvé sa satisfaction des diverses mesures prises sur mon invitation.
Je passe à celles que vous m'avez prescrit d'obtenir, Citoyen Ministre.
La première, sur l'urgence de compléter les chaloupes canonnières.
J'ai eu l'honneur de vous donner. Citoyen Ministre, dans la première partie de cette lettre, les renseignements qui m'ont été fournis. Tous les chantiers de la marine et tous ceux oii Con a pu rassembler des ouvriers sont occupés par des constructions.
Le rapport de M. Van Royen nous apprend ce qui reste à faire à cet égard.
Art. 2. — Sur la demande que j'ai formée d'artillerie pour l'armement de la flottille, on m'a répondu que déjà, à la réquisition de l'amiral Verhuell et à la mienne, on avait expédié 149 pièces de 24 et de 18, qui devaient être arrivées, à l'exception de 10 retenues par les vents à Amsterdam.
Art. 3. — J'avais obtenu qu'on envoyât à Flessingue les équipages du vais-
seau le Heriteler avant la réception de tos ordres ; je les attendais pour VEu' rydice et VIrène, M. Van Royen est parti avec les pouvoirs nécessaires pour démonter ces frégates et même faire conduire Tune déciles à Flessingue si Tamiral Verhuell le désire.
Art. 4. — Tous les moyens qui m'ont paru au pouvoir du gouvernement ont été employés pour nous procurer des matelots. Non seulement les instructions ont été données à toutes les municipalités, mais les journaux ont annoncé à diverses reprises de& primes très fortes pour les enrôlements : 50 florins environ pour les hommes de mer et 48 florins par mois pour les patrons de navire en état de conduire des bateaux.
Art. 5. — Sur l'invitation du Ministre de la marine Decrès, j'ai obtenu, il y a quinze jours, que Tamiral Verhuell fût investi du pouvoir de proposer tous les offîciers et de les choisir soit parmi ceux employés avant 1795, et qui demanderaient du service, ainsi que plusieurs Ton fait, soit parmi les aspirants pourvus des qualités requises.
Art. 6. — On m'assure avoir fourni à l'amiral Verhuell tous les canots que j'avais demandés pour lui.
Telles sont, Citoyen Ministre, les réponses que je suis en état de vous fournir dans ce moment ; elles vous prouveront qu'une partie de vos ordres a été prévenue. Le rapport seul de M. Van Royen, rédigé d'accord avec l'amiral, démontrera l'authenticité ou l'inexactitude des faits dont la vérification exacte n'est en mon pouvoir que par ce moyen.
Il vous apprendra en même temps quels sont ceux que l'amiral juge convenables pour compléter entièrement l'exécution de la convention du 5 messidor et s'il existe, parmi les membres du gouvernement, des individus qui en ayent retardé l'effet; il vous sera facile, dans le compte détaillé placé sous vos yeux, de distinguer l'impéritie ou la mauvaise foi d'avec les obstacles insurmontables, dont le zèle des personnes qui vous sont dévouées, celui de l'amiral Verhuell et le mien, n'auront pu triompher.
Salut et respect,
Sémonville.
Dès le !«' avril, il y a :
A Ostende : 17 canonnières (une, le n® 16, est restée à Flessingue), et 72 bateaux canonniers;
A Flessingue : 21 canonnières, formant la 2® division et une partie de la 3^, et 36 bateaux canonniers, fonnant la 3® division. Tout est prêt et il ne manque que des soldats de terre (1). Le 15 avril, cet effectif sera augmenté de 26 bateaux canonniers, et le 13 mai, de 10 canonnières. Enfin, la situation de la flottille batave, à la fin de mai, comparée à Texamen fait
(l) Situation. {Archives nationales, AF«', ItOl.) (5) Archives de la Marine, BB, 191.
ci-dessus de Télat de la flottille française vers la même époque, permet de se faire une idée précise des efforts faits par le gouvernement de la Haye pour tenir ses engagements.