‹ 1793-1805Chapitre 51 sur 112 · DATE · texte numérisé non relu

DATE

1>*ARBIV£|

des pièces.

d'ordiik

DÉSIGNA- TION de*

CLAMU.

TITRE DES MÉMOIRES et

OBJET DU LBTTBI8.

DATE des

DtelSlORS

de rimiitot.

20 thermidor.

1" classe.

Robert Kulton invite la classe à voir rexpérience d'un bateau remontant la rivière par le moyen d'une machine à vapeur. 11 Joint à son invitation plusieurs réflexions relatives à son procédé.

Les citoyens Bossut, Bougainville et Camot sont spécialement chargés d'être présents à cette expérience et d'en rendre compte à la classe.

Chose très singulière, les archives de TAcadémie des sciences ne contiennent au sujet des essais de Fulton que ce bref extrait. Contrairement à tous les usages, la dernière colonne reste en blanc et ne contient, ni la mention d'un rapport fourni à la suite des expériences par la commission, ni la rubrique fréquente : « Il n'y a pas lieu à rapport ». Il n'y a pas trace non plus du dépôt par Fulton d'un mémoire et tout semble s'être borné à une communication verbale. La seule source vraiment autorisée qui permettrait de connaître quel fut le résultat réel de la première navigation à vapeur sur la Seine fait donc défaut.

D'après Hachette (2) le bateau atteignit une vitesse de 1",60 à la seconde, soit 5,760 mètres à l'heure. D'après Thurston, elle aurait été de 3 milles anglais ou 4,800 mètres; mais, en réalité, puisqu'on remontait le courant, elle aurait atteint 4 milles 1/2, soit 7,200 mètres.

(1) Communiqué par le secrétariat de TAcadémie des sciences.

(2) Loe, cit.

Ce qui parait hors de doute, c'est que la vitesse obtenue fut très faible. Cette petite embarcation de 20 mètres environ, pourvue d'un moteur très délicat, dut paraître à juste titre aux spectateurs une remarquable curiosité scientifique, bien plutôt qu'un engin de guerre immédiatement utilisable.

Il n'a pas été trouvé trace d un rapport adressé au Premier Consul (1), mais ce que des hommes comme Perrier et Prosny, très au courant de la question des machines à vapeur, purent dire, c'est qu'il n'y avait point, dans le bateau de Fulton, tel qu'il existait, le moyen de faire passer la Manche à la Grande Armée. D'ailleurs, jamais encore Fulton n'avait proposé autre chose qu'un nouveau moyen de naviguer sur les ri\ières et la suite des événements prouva combien de temps il fallait attendre pour que les bâtiments à vapeur pussent servir sur mer.

En mai 1804, Fulton passa en Angleterre, où il avait commandé à l'avance à Boulton et Watt « une machine motrice « avec un cylindre de 2 pieds de diamètre et 4 pieds de « course, d'une force de 20 chevaux, destinée à l'Amérique « et qu'il y emporta effectivement ».

En 1807, un bateau à vapeur, le Clermontj fut construit à New- York et commença à faire le service entre cette ville et Albany. Le trajet de 120 milles fut franchi en 32 heures. Mais longtemps encore, on eut de nombreux déboires, « les arbres des roues se tordaient, le combustible employé, du bois sec très fin, était encombrant et insuffisant (2) ». Ce ne fut qu'en juin 1815, que Fulton réalisa un vrai navire de guerre, la frégate de 1400 tonneaux le Fulton /**', armée de 26 canons de 32, 2 colombiades sous-marines lançant un projectUe de 100 livres (sortes de tubes lance-torpilles). « 11 n'y avait qu'une roue cen- « traie à l'abri du feu de l'ennemi, grâce à l'épaisseur donnée

( L) Outre le vide singulier qui existe aux archives de l'Académie, celui qui a été constaté aux Archives nationales est non moins curieux. L'administration nous a communiqué la note suivante :

Ce document a été cherché en vain, non seulement dans pi?, mais encore dans F^*, F»<>ii. Piîet AFiv.

Il résulte des indications fournies par la liasse FA 4621 que, du 21 juin au 8 août 1803, le Ministre de l'intérieur fut absent. 11 est permis de supposer que l'affaire a été traitée par le Ministre lui-même et en dehors des bureaux, ce qui expliquerait l'insuccès de la présente recherche.

(2) Montgery, Notice sur Fulton, Paris, 1825.

« aux murailles. La vitesse était de 6 milles et Tapprovision- « nement en charbon permettait de naviguer 12 jours. »

Nul doute que Fulton, encouragé et soutenu, aurait pu faire bénéficier la France de son incroyable ingéniosité. Mais il demeure certain qu'en 1803, au moment où se construisait la flottille, la navigation à vapeur n'était pas mûre et ne pouvait servir immédiatement à la guerre en cours.

LES RENSEIGNEMENTS SUR L*AN6LETfiRRE ET LES PROJETS PARTICULIERS

U est intéressant de rechercher ce que Bonaparte sut des moyens de lutte de l'Angleterre, et des chances plus ou moins favorables que pouvait fournir son état politique. Certains des rapports qu'il reçut vers cette époque seront donc reproduits ci-dessous. Ils peuvent aussi servir comme symptôme de l'état d'esprit de beaucoup de Français, ainsi que comme manifestation des progrès réalisés depuis 1793, dans l'étude de cette question non encore résolue, la réalisation d'une descente aux Iles Britanniques.

Considérations politiques sur l'Irlande, et sur les moyens de parvenir

à la séparer de l'Angleterre (1).

l*' prairial an xi (21 mai 1803).

De toutes les opérations militaires qui pourront être dirigées contre TAngleterre dans le cours de la guerre qui est peut-être au moment de s'ouvrir entre elle et la République française, il n'en est aucune qui soit de nature à lui porter un coup plus sensible et à Fembarrasser davantage que celle qui amè~ nerait la défection de l'Irlande, à laquelle il ne serait pas impossible d'ajouter celle de l'Ecosse.

Ce serait lui faire perdre en même temps, et sans aucun espoir de retour, plus d'un tiers de sa population en Europe ; ce serait désorganiser une partie considérable de son armée et de sa flotte; ce serait enfin attaquer dans son

(1) Angleterre, an xi, 23 sept 1802-23 sept, 1803. M. Otto, ministre pUnipotentialre. {Archives des affaires étrangères, 601.)

principe, et de la manière la plus irréparable^ son commerce, et particulièrement son crédit, ce crédit tant Tante, et Térilablement prodigieui, quoique fondé sur une base bien fragile, et sur laquelle c«p^dant n'en repose pas moins ce révoltant système d'insolence et d*aTeugle prétomption qui mériterait d'être si sévèrement châtié.

Les mesures nécessaires pour amener la défection de rirlande, seraient d'une exécution très peu difûcile, si la direction en était confiée à des mains habiles et exercées, et pourvu surtout que le secret en fût absolument conc^tfé entre le plus petit nombre possible de personnes d'une discrétion et d'une fidélité bien éprouvées.

Les dépenses qu'occasionnerait cette grande opération, seraient infiniment moins considérables que celles d'aucune autre espèce d'entreprise que le gouvernement jugerait à propos de former contre l'Angleterre, tandis qu'il n'en existe point qui pût amener un résultat aussi décisif, aussi prompt et aussi certain.

Enfin cette opération, en la considérant dans tout son ensemble, présente toutes les chances du plus heureux succès, telles que :

Excellentes dispositions pour se soustraire à. la tyrannie, et aversion bien prononcée des Irlandais- Unis contre le gouvernement anglais;

Réunion sincère de toutes les Tolontés parmi les chefs du parti patriote {i);

Obéissance aveugle des affiliés envers leurs supérieurs, quoique inconnus par eux, mais parce que leurs délégués les ont choisis, parfaite organisation de la société, tant pour la conservation et le perfectionnement des principes de r union, que pour le maintien et l'intimité des relations entre les membres qui la composent ;

Nombre très considérable des individus, tous propriétaires, qui en font partie, et qui se sont unis par un serment qu'ils respectent et qu'ils observent religieusement (2) ;

Distribution infiniment adroite d'un grand nombre d'entre eux dans les armées et sur les flottes britanniques, avec l'intention de propager les principes de leur association, etc., etc.

Tous ces détails sont consignés avec beaucoup d'autres non moins essentiels, dans plusieurs lettres et mémoires que j'ai remis au Ministre des relations extérieures, à difiTérentes époques depuis environ quatre mois.

Cette opération, indépendamment du grand nombre d'avantages politiques qu'elle promet, offrirait encore celui de Yéconomie :

i^ Elle n'occasionnerait de mises dehors extraordinaires, en argent comptant, qu'une somme très peu considérable, par rapport à l'extrême importance de l'objet proposé.

A cet égard, il faut observer que toutes les dépenses quelconques ne seraient

(1) Dans le nombre il y a des généraux, des officiers de terre et de mer, dos membres du Parlement, et même du conseil privé du roi.

(2) 450,000 Irlandais, 180,000 Anglais, 115,000 Écossais, etc., tous liés par serment. Les patriotes de chacune de ces trois nations sont gouvernés par un Comité central,

invisible et parfaitement bien obéi. Chaque Comité central est en correspondance avec les deux antres.

que comme une simple arance du trésor de la République, qui lui serait remboursée en totalité, ainsi que la valeur de Tartillerie, des armes et des muni* tions, aTec la somme entière des frais et faux frais auxquels l'expédition aurait pu donner lieu : c'est ce qui a déjà été convenu avec Tun des principaux membres de l'association.

La difficulté de rétablir couTcnablement, et d*assurer les correspondances dans Tintérieur de l'Irlande, serait peut-être l'un des articles desdites dépenses le plus pressant et le plus fort parce que ces correspondances ne peuvent être entretenues sûrement que par des hommes bien fidèles, que les circonstances de guerre obligeraient à faire de longs détours pour aller porter verbalement les ordres et les avis, et rapporter de même verbalement les réponses.

Il est de règle, parmi les membres de l'union, que rien ne s'écrive autrement que par des notes insignifiantes, qui ne puissent jamais être considérées comme preuves matérielles pour établir un corps de délit; au surplus, les commissaires toujours choisis dans une classe distinguée, sont, en conséquence, investis de la plus entière confiance dans le parti, et de plus, y jouissent d'une très grande considération ;

2^ Les troupes étant une fois débarquées en Trlan<1e, elles cesseraient d'être à la charge de la République : le Comité central pourvoirait à leur solde, à leurs subsistances, à leur entretien et à tous leurs besoins, même à l'établissement ties hêpitaux et à la fourniture des médicaments : tout serait préparé à l'avance et dans l'ombre du plus profond mystère, tant pour recevoir l'armée sur tel ou tel point des côtes de l'Irlande où elle parviendrait à aborder et se rallier en masse autour de ses drapeaux, que pour fournir dans la plus grande abondance aux vaisseaux qui l'auraient apportée tous les agrès et autres articles en munitions navales dont ils auraient besoin pour se réparer. Par ce moyen, il n'y aurait plus de magasins à former pour les troupes ni K s'occuper du soin de leur procurer des subsistances ; il ne serait pas même nécessaire d'embarquer des chevaux pour le service des troupes à cheval ni pour celui de l'artillerie et des charrois ; le Comité central, au moyen du grand nombre et de la fidélité de ses agents qui sont répandus dans l'intérieur du pays, avec des pouvoirs et des instructions suffisantes, préparerait tous ces objets dans une quantité qui excéderait de beaucoup les besoins présumés : il suffirait donc d'apporter des armes à feu de toutes les espèces, de l'artillerie, des munitions de guerre et des soldats.

A l'égard des armes et des munitions de guerre, on a déjà préparé plusieurs moyens qui, d'un moment à l'autre, pourraient être mis en action, afin de faire passer secrètement, sous différents pavillons et à l'avance (1), plusieurs envois considérables en caisses de fusils et de cartouches, afin de former plusieurs dépôts d'une partie de ces armes, et de faire distribuer le reste à ceux des patriotes qui seraient jugés les plus capables d'en faire le meilleur usage.

11 serait très à propos et bien facile de masquer le véritable objet des préparatifs qui seront nécessaires pour Texécution de cette entreprise en Irlande, et

(1) Ce qui est également pradent et plaisant, c'est qu'on a trouvé des assureurs à Londres pour toutes les expéditions : déjà quelques conventions provisoires ont été arrêtées.

de diriger vers un autre c6té l'attention du gouTernement anglais, soit en préparant avec un grand appareil dans les ports de la Flandre et de la Hollande plusieurs armements considérables qui paraîtraient destinés pour faire une descente générale en Angleterre, soit pour une autre expédition particulière qui serait publiquement annoncée comme deyant agir contre les lies de Jersey et de Guemesey, mais avec l'intention de l'employer en Irlande.

A Tégard de Finyasion en Irlande et du projet de séparer cette contrée de FAngleterre, quoique étant Tobjet principal de l'entreprise proposée, elle ne devrait cependant paraître au dehors que comme un accessoire peu important et qui doit, en conséquence, être négligé, sans quoi le gouvernement anglais toujours vigilant et souvent bien instruit, parce qu'il paye magnifiquement, ne manquerait pas de diriger tous ses efforts vers ce côté, en sorte qu'alors on y rencontrerait une beaucoup plus grande résistance.

En menaçant tout à la fois l'Angleterre et les îles de Jersey et de Guemesey, l'une d'une descente générale, disposée pour être exécutée sur plusieurs points en même temps, et les autres d'une attaque particulière, ce sera contraindre le gouvernement anglais à tenir ses forces de terre disponibles, éparpillées sur les c6tes de l'Est et du Nord. Sans doute, il voudra se maintenir en état de défense sur tous les points desdites cMes qu'il présumera susceptibles d'être attaquées; alors il serait faible partout, et ne se trouverait en forces nulle part, peut-être même se déterminerait-il à dégarnir l'Irlande, par cette raison qu'il ne la croirait pas aussi directement menacée : dans ce cas, le succès de l'expédition proposée contre cette contrée serait moins traversé, tandis que, dans le cas contraire, l'exécution d'une descente générale en Angleterre en deviendrait plus facile et plus sûre, s'il plaisait au Premier Consul de l'ordonner.

Le Comité central des Irlandais-Unis demande 6,000 hommes de troupes françaises, avec des armes de toutes les espèces, de l'artillerie et des munitions : avec cela il répond du succès.

J'observerai qu'en raison de la grande importance du résultat dans une pareille entreprise, et afin de ne rien abandonner au hasard, il faudrait en employer un plus grand nombre; c'est pourquoi, ne conviendrait-il pas de préparer deux expéditions au lieu d'une seule, lesquelles seraient composées chacune de 5,000 à 6,000 hommes ou à peu près, qui partiraient en même temps : l'une de la Loire et du port de Brest, et l'autre du Ferrol, et combineraient leurs mouvements de manière à faire leur jonction à une hauteur et à une époque convenues, et ensuite à exécuter leur descente sur les points des côtes de l'Irlande où elles pourraient l'opérer soit ensemble, soit séparément, mais toutefois de la manière la plus commode et la plus sûre.

A l'égard de la seconde expédition, c'est-à-dire celle qui partirait du Ferrol, je présume qu'il ne serait pas impossible d'engager la cour d'Espagne à y employer par préférence les régiments irlandais, suisses et étrangers qui sont à son service, et qui passent en général pour valoir mieux que les nationaux, et d'y admettre quelques officiers généraux et de l'état-major de l'armée française, qui seraient dépositaires du secret de l'entreprise.

Le Comité central pense que les époques des équinoxes, et par préférence celles des solstices de l'hiver, conviennent le mieux, à raison des longues nuits, pour commencer les opérations et attaquer : à ces différentes époques de l'année, il y a dans ces parages des coups de vent du sud-ouest épouvantables.

RENSEIONEMENTS SUR L'ANOLETERRE. — PROJETS. 321

qui empêcheraient les grands vaisseaux de tenir leurs croisières près de la côte et les forceraient à prendre le large ; il y a de même des brumes extrêmement épaisses et assez constantes, qui procureraient aux deux expéditions le double avantage de pouvoir s'approcher de la cête sans être aperçues par les croiseurs et de profiter de Tobscurité pour échapper à leur chasse si elles n'étaient pas en forces suffisantes pour leur résister et les combattre.

A toutes ces observations, le Comité central ajoute encore, que les soldats anglais sont dans l'impuissance absolue de supporter l'intempérie des saisons pluvieuses et humides, et qu'alors les maladies en détruiraient un plus grand nombre que le fer et le feu, etc.

En examinant ensuite la situation topographique des lieux, on s'apercevra que ces mêmes vents du sud-ouest, qui sont si dangereux pour les croiseurs anglais, deviendraient utiles pour favoriser l'arrivée de l'expédition qui serait partie du Ferrol, et qu'en même temps ils ne contrarieraient point la marche de celle qui viendrait de Brest et de la Loire ; qu'au surplus, si ces vents enfin étaient trop violents, en sorte que les deux expéditions se trouvassent dans l'impossibilité absolue d'aborder en tout ou en partie sur les points désignés, alors, au moyen des mesures qui auraient été préparées dans l'intérieur de l'île par les ordres du Comité central, et de la combinaison des signaux, les b]\timents pourraient se jeter sur la cête, sauf à s'y faire échouer avec la certitude que les troupes seraient parfaitement bien accueillies par la très grande majorité des habitants, tandis que les marins' y trouveraient en abondance des agrès tous prêts, avec tous les autres articles en vivres et en munitions navales qui leur seraient nécessaires pour réparer complètement et ravitailler leurs vaisseaux, etc.

D'après les différents détails qui viennent d'être présentés, il est évident :

i* Que l'entreprise proposée pour séparer à jamais l'Irlande de l'Angleterre, ne demandera l'emploi que de deux divisions de troupes dont le total composerait au plus un corps de 10,000 à 12,000 hommes de différentes armes;

2^ Que ces troupes seraient d'autant plus faciles à transporter que les distances depuis les lieux du départ à celui de l'arrivée sont moins éloignées, puisque du cap Ortegal au cap Clear, il y a tout au plus 200 lieues;

3® Que ce service demanderait l'emploi d'un nombre de bâtiments de transport d'autant moins considérable, qu'à raison des circonstances et des mesures qui auraient été convenues et préparées par le Comité central, il ne serait plus nécessaire de surcharger ces transports par un inutile amas de vivres, de fourrages, de chevaux et de quantité d'autres articles qui encombrent beaucoup et que les patriotes auraient préparés à l'avance pour l'usage des troupes de débarquement et réparations de leurs vaisseaux;

4® Que, par ce moyen, la presque totalité de l'armée de la République tou^ jours rassemblée et en observation sur les côtes de la Flandre et de la Hollande, et menaçant perpétuellement celles de l'Angleterre, se trouverait en mesure d'en imposer à celles des puissances neutres que l'or et les intrigues du gouvernement anglais pourraient aveugler assez sur leurs propres intérêts pour les entraîner dans une coalition nouvelle ;

5^ Que, sans examiner jusques à quel point une coalition nouvelle, composée de la réunion de plusieurs puissances continentales dont l'objet serait soit d'attaquer la France et de la combattre avec toutes leurs forces combinées, soit, III. 2i

322 ANNBXB II.

80US un prétexte plus noble et plus philantropique, celui de former, ainsi qu'il en a déjà été question en 1781, et depuis en 1795, une médiation armée, afin de la contraindre à interrompre le cours de ses victoires, et de signer un traité de paix dont elles lui auraient dicté les conditions, etc., sans, examiner, dis-je, jusques à quel point cette nouvelle coalition pourrait être à craindre, il n'est pas moins vrai qu'elle deviendrait certainement très embarrassante, si le gouvernement ne se tenait pas constamment en mesure de lui résister ;

6^ Que le gouvernement français ayant sous sa main et toujours à sa disposition la totalité de ses forces de terre prêtes à agir, alors toute espèce de coalition cesserait d'être dangereuse puisque, d'un seul mot, le Premier Consul pourrait écraser celles des puissances continentales les plus rapprochées des frontières de la France, et qui auraient osé paraître y prendre quelque part, et sur leurs débris aller combattre ensuite celles qui seraient plus éloignées, à moins qu'il ne jugeât préférable de mettre entre elles et la France un désert : ce serait une menace d'autant plus effrayante de sa part, qu'il dépendrait absolument de sa volonté de la réaliser.

Les deux observations suivantes termineront cet exposé : elles semblent mériter particulièrement l'attention du Ministre :

l'* observation. — Plus l'expédition tendant à opérer la défection de l'Irlande, sera travaillée en grand et avec de puissants moyens, plus le succès en sera assuré ; or, plus le succès sera prompt et bien complètement heureux, plus tôt et plus certainement la rentrée de la totalité des avances qui auraient été faites au Comité central, serait opérée dans le trésor de la République.

^^ observation, — De deux choses l'une : ou l'entreprise proposée réussira totalement, ou elle échouera.

Si elle réussit, l'Irlande se sépare pour toujours de l'Angleterre, et alors l'Angleterre étant ruinée sans ressources, la République française ne rencontrerait plus d'obstacles pour dominer sur toute la surface du globe.

Si, au contraire, cette entreprise échoue, ce qui n'est guère présumable, ou plutôt ce qui est dans l'ordre des choses très (?) possibles, si le succès n'était qu'incomplet, alors l'Angleterre ne se trouverait pas moins dans un extrême embarras : les mouvements les plus inquiétants éclateront sur presque tous le^i points de son territoire ainsi que dans ses armées et sur ses flottes, en sorte qu'elle sera contrainte si elle veut conserver l'Irlande, d'accepter une paix dont on lui dictera les conditions, lesquelles conditions, quelque modérées qu'elles puissent être, n'en porteront pas moins le coup le plus fatal à sa puissance, en consommant la ruine de son commerce et de son crédit.

Copie de la lettre adressée au Ministre des relations extérieures en lui envoyant

le mémoire ci-dessus, 1*' prairial an xi.

Citoyen Ministre,

Sans doute, le Premier Consul n'aura pas attendu jusqu'à ce jour pour préparer ses moyens d'attaque contre l'Angleterre, mais il est possible que les détails secrets que je vous ai confiés ne lui ayant pas encore été présentés, il n'ait considéré une expédition en Irlande que comme une entreprise d'un intérêt secondaire.

RENSEIONElfENTS SUR l'ANGLETERRE. — PROJETS. 323

Cependant, il est certain qn*à raison des moyens qu'il serait peut être encore en mon pouvoir de mettre en action, une révolution en Irlande serait facile, qu'elle ne demanderait Femploi que d'un très petit nombre de* troupes, qu'elle n'occasionnerait que des dépenses bien peu considérables en argent comptant, si l'on compte pour quelque cbose l'importance de l'objet; enfin que cette opération pourrait être combinée avec les autres mesures déjà préparées par le Premier Consul, et sans rien changer à aucun des plans qu'il lui a plu d'arrêter.

. J*ai rédigé en conséquence, et d'après ces principes, un mémoire que je crois devoir vous prier.de lui remettre de ma part; à ce que j'ai déjà eu l'honneur de vous dire sur cette affaire, j'insisterai plus particulièrement que jamais sur un point capital : c'est la nécessité la plus absolue que le secret le plus impénétrable par rapport aux dispositions de l'invasion et à la désignation du nom des patriotes qui y prendront quelque part, soit concentré entre vous et moi, en sorte qu'il n'y ait d'admises pour l'exécution de toutes les mesures ultérieures, que celles des personnes dont le concours serait indispensable, et seulement pour la partie des fonctions qu'elles auraient à remplir, etc., etc.

Messidor an xi (juin 1803) (1).

Le succès d'une descente en Angleterre parait moins dépendre du nombre des troupes employées à l'efiectuer, que du secret, de l'exactitude des combinaisons, et surtout de la promptitude de l'exécution.

En tenant les différents corps des troupes destinées à la descente, éloignées de 20 lieues des ports et des côtes, ne serait-il pas possible de prévenir toute alarme, de cacher le véritable point d'attaque, et d'assurer la marche, l'embarquement et le débarquement des troupes, avant qu'on sût en Angleterre sur quel point elles seraient en mouvement?

Au projet de débarquer à la fois sur un point donné des côtes de la Gnmde- Bretagne un corps d'armée de 30,000 à 40,000 hommes avec des munitions, un train d'artillerie, des chevaux, etc., projet dont les vents, les marées et la violence des courants rendraient l'exécution très difficile et le succès plus que douteux, doit-on préférer celui de multiplier des descentes partielles sur divers points à la fois? Ces descentes partielles pourraient-elles être combinées entre elles de manière que chacune pût devenir centrale, suivant les circonstances?

Dans les courtes nuits qui suivent l'équinoxede septembre, lorsque les vents du sud-ouest régnent généralement dans la Manche, pourrait-on, dans une seule marée et par un vent favorable, effectuer le débarquement de 10,000 hommes sur un point donné, quelle que fût d'ailleurs la distance du point de départ? Dans cette saison, les troupes débarquées trouveraient-elles des vivres en abondance et avec plus de facilité ? Suffirait-il que qhaque soldat portât avec lui une provision de pain pour six jours ? /

D'après la connaissance des localités, croit-on que le^ troupes destinées à opérer la véritable attaque doivent partir des embouchures de la Meuse et du Rhin.

(1) ADgleterre, an xi, t3 sept. 1802-23 sept. 1803. M. Otto, ministre pléaipotentiaire. (Archives des affaires étrangères, 601.)

Les ports de Cherbourg, du Haire, de Dieppe, de Boulogne, de Calais, de Dunkerque, d'Osteude, et ceux des côtes de la Batavie sont-ils les mieux situés pour l'embarquement des corps de troupes destinés k seconder la Téritable attaque par des attaques partielles et simultanées ?

Lorsque toutes les troupes seraient une fois en mouTement, ne serait-il pas à propos d'ordonner de grands préparatifs militaires à Brest, à Saint-Halo et sur toute la côte de Normandie ? Une des principales attaques ne detrait-elle pas même être dirigée de Saint-Malo?

Les points indiqués pour la descente sur les côtes d'Angleterre sont : Exetefy Dorchester, Harwich et ses environs^ la côte de Norfolk.

On regarde une descente comme impossible sur la côte qui s^étend depuis Flamboraugh'Head jusqu'à Berwick*

Quelques points de V Yorkshire paraissent ofif^ir cependant de petites baies assez sûres : mais, le long de cette côte, les courants portent nord et sud avec autant de violence que d'irrégularité et opposent à la descente un obstacle plus redoutable que l'appareil des forces déployées sur le rivage pour la repousser.

Au nord de Berwick^ Dwnber^ Firth-of-Forih, la côte de Ft/e, Aberdeen, la baie de Cromarten et quelques autres petites baies, présentent des facilités pour le débarquement. Harwich et ses environs ainsi que Firth-of-Forth sont les points où les troupes peuvent le mieux se maintenir après le débarquement.

Ces indications et ces renseignements méritent-ils quelque confiance ?

Les pilotes de Dunkerque sont-ils préférables à tous les autres pour la connaissance des côtes indiquées et la direction des bâtiments destinés au transport des troupes ?

11 parait impossible de faire passer avec les premiers bâtiments de transport un corps imposant de cavalerie. Des cavaliers embarqués avec leurs selles et leurs brides pourront-ils se procurer des chevaux en débarquant ?

Au défaut de grosse artillerie, beaucoup d'artillerie légère et de campagne n'est-elle pas nécessaire ?

I3n corps de 10,000 à 1S,000 hommes d'infanterie une fois débarqué sur un des points indiqués sera-t-il en état de s'v maintenir, si Ton profite de chaque marée, de chaque visée de vent favorable pour diriger constamment et successivement (I) des bâtiments avec des canons, des cartouches, delà poudre, etc.

Il y a tout lieu de craindre que la majeure partie de ces bâtiments ne soit interceptée par l'ennemi : mais, en supposant que sur trois de ces mêmes bâtiments, un seul arrive à bon port avec son chargement, peut-on se flatter du succès ?

De quel œil les habitants des côtes verront-ils une invasion sur leur territoire ? Peut-on compter sur l'appui de quelques partisans dans le cas où les opérations seraient conduites avec vigueur et avec prudence.

Une expédition en Irlande et en Ecosse doit-elle avoir lieu en même temps que celle projetée contre l'Angleterre ? Le mode de défense adopté pour les trois royaumes est-il différent ? Est-il vrai qu'il faille en Angleterre donner bataille le plus tôt possible et, au contraire, l'éviter autant que possible en Irlande et en Ecosse ?

(1) Sar le môme point.

mémoire sur l'Angleterre (par Dupont Derval).

Le nombre dés places fortes de TAngleterre est très peu considérable : il nV en a point dans Tintérieur du pays. Quelques cités sont enceintes de Tieiiles murailles ; elles sont trop faibles en remparts et trop riches en numéraire et en marchandises pour attendre Tassant de nos grenadiers et s^eiposer aux consé^ quences. Portsmouth, Plymouth, Sheemess, le fort Tilbury Tis-à-vis Graiesend et quelques châteaux forts répandus sur les c6tes, forment aTec la Tour de Londres toutes les places de résistance de TAngleterre, si la Taleur française en pouvait connaître.

Portsmouth est régulièrement fortifié du c6té de la mer; ses batteries sont très nombreuses et bien entretenues. Il y a toujours une forte garnison et souvent un camp dans le voisinage.

La citadelle est aussi très forte, et Farrivée de ce grand port est encore défendue par les batteries de Gosport à la gauche et celles de Southsea à droite.

Quelle que soit l'importance de Portsmouth comme arsenal de la marine et chantier de construction pour les vaisseaux de guerre, il est très peu fortifié du c6ié de la terre et ne devrait pas entraîner un long siège si, après avoir débarqué dans son voisinage, on l'attaquait par la porte de Londres à la manière française. Les cartes indiquent qu*il y a deux bancs en avant de Portsmouth, le Horse en avant de Portsea, et le Nomansland entre Spithead et Sainte-Hélène.

Je n'ai pas vu Plymouth depuis six ans; je crois que son chantier est encore plus considérable que celui de Portsmouth. Ses batteries n'étaient pas moins bien entretenues et j'y ai vu un fort en bon état, qui défend l'entrée d'un mouillage appelé Gattveeter. Il y aussi deux rochers couverts d'eau dans la baie, que les marins connaissent.

Le fort de Sheahess, dAns Tile de Sheepy, à Tembouchure de la rivière Medway, en défend l'entrée. Lorsque les matelots anglais s'insurgèrent en 1797, j'ai vu ce fort couvert de canons. Une flotte de débarquement qui le forcerait trouverait de bons mouillages dans la Medveay et l'armée pourrait débarquer à Ghatham, à 10 lieues de Londres,

Si une flotte voulait remonter la Tamise et arriver plus près de Londres, elle serait canonnée par le fort Tilbury, vis-à-vis Gravesend; mais les vainqueurs de Lodi et de Marengo ne s'épouvantent pas du bruit.

Ghatham n'est intéressant que par son arsenal et son chantier et donnerait ses clefs au trompette qui les irait chercher. Il sert de dépôt pour les recrues. On y trouverait de quoi construire et équiper une grande flotte, si les Anglais ne brûlaient pas les magasins.

Ghatham est attenant à la cité de Rochester, qui est riche.

Woolwich, à 4 lieues de Londres, est le grand dépôt de l'artillerie, des caissons, fourgons et de tous les gros trains de guerre. J'y ai vu avec douleur tous les canons français qui ont été pris sur nos vaisseaux : il ne coûterait pour les reprendre avec beaucoup d'autres, que d'y paraître, car Woolwich n'est nullement fortifié.

Deptford est un autre chantier à une lieue de Londres.

A quatre milles plus haut est le bel hôpital de Greenwich, qui n^est gardé que par des matelots invalides.

La Tour de Londres est une Tieille muraille flanquée de tourelles qu'on ne manquerait pas de couTrir de canons, mais qui s'écroulerait bientôt sous nos bombes, si le gouverneur osait les attendre. Elle renferme au moins i 00,000 fusils en tout temps.

Je ne connais pas d'autres dépôts d'armes en Angleterre qui méritent considération que la Tour de Londres et Woolwich. Cette dernière place est occupée par les compagnies d'artillerie, et la Tour de Londres par les régiments des gardes.

L'armée était composée il y a peu de temps, lorsque j'étais en Angleterre, de 92 régiments d'infanterie, de 40 régiments de caTalerie, dont une trentaine environ consiste en cayalerie légère.

D'après les divers régiments que j'ai vus, je crois qu'on peut évaluer ceux d'infanterie à 700 ou 800 hommes et ceux de cavalerie à la moitié.

Comme il y a une douzaine de régiments qui ont un bataillon de plus, que les trois régiments des gardes ont trois bataillons et que le 60* en a six, Tin-' fanterie de ligne anglaise peut ôtre évaluée à 90»000 hommes, répandus en Angleterre, Ecosse et Irlande, ainsi que dans les deux Indes, au Canada e^ dans la Méditerranée.

Il y a, de plus, 2 régiments de chasseurs à pied à carabine, commandés par les colonels Manningham et Steveart.

n existe aussi un seul régiment de hussards (York hussards^ qui appartient au général Vilford et est commandé par le colonel Long, dont je connais tous* les officiers, parmi lesquels il y a beaucoup d'étrangers, ainsi que dans les chasseurs à cheval d'Hompesch.

La milice est très nombreuse et s'augmente en cas d'urgence à la volonté du Parlement.

Elle est mieux composée en hommes, mieux tenue en général que l'armée de ligne, mais, comme par la loi du pays elle en constitue la défense, elle ne peut ôtre envoyée hors des Iles Britanniques et n'est pas accoutumée au feu.

Le pas de charge la déconcerterait bientôt.

Le gouvernement élude la loi qui la retient dans le pays, en proposait aux soldats une gratification pour entrer dans les régiments de ligne, et cet app&t lui réussit presque toujours, surtout quand les hommes de milice ont été préalablement animés par une double dose de genièvre.

Les officiers qui commandent la milice, sont presque tous tirés de l'armée de ligne.

En outre de ces deux corps militaires, il y a des régiments appelés fencibles^ levés par différents seigneurs ou riches propriétaires, sous la condition patriotique de ne défendre que leurs foyers.

Il y a aussi des volontaires dans toutes les villes et villages et puis des fermiers qui, sous le nom de yeomen, servent à cheval et sont en général bien montés, et qui sans doute useraient de la vitesse de leurs chevaux s'ils étaient attaqués par l'impétuosité française.

Si l'on réunit l'armée, la milice, les fencibles et les corporations qui s'appellent militaires, je crois que l'Angleterre peut opposer chez elle et en Irlande une masse de 250,000 hommes armés.

Mais, parmi cette masse, il y en a deux tiers au moins qui n'ont jamais assisté à une escarmouche, et puis il y a aussi de riches bourgeois brillamment équipés et caparaçonnés, comme, par exemple, le régiment de Londres appelé lés City Horâe Volunteers (les volontaires à cheval de la cité), le régiment composé des commis de la banque, et autres de même espèce, qui aimeraient mieux se couvrir de leur comptoir que de se battre avec des gens qui traînent leurs canons par-dessus le mont Saint-Bernard.

11 y a des déplacements de troupes si fréquents en Angleterre, que je ne puis prendre sur moi d'affirmer combien de régiments ont été envoyés en Irlande, mais un Irlandais à qui je Tai demandé, m'a assuré qu'il y en avait de IS à 20, ce qu'il m'est impossible de garantir. Les premiers succès de la poignée d'hommes du général Humbert peuvent montrer ce qu'un corps plus considérable pourrait faire.

J'ajouterai aux réponses que je viens de faire, quelques notes particulières, dont la première est, que j'ai remarqué qu'une grande partie du peuple anglais aime, estime et honore le Premier Consul presque autant qu'en France. Son portrait est dans presque toutes leurs maisons, comme son éloge est presque dans* toutes leurs bouches, et je ne doute pas que son grand nom ne lui fit beaucoup de partisans. Quels que soient les traits envenimés que lui lance la calomnie du gouvernement anglais, elle vole trop au-dessus de lui pour en être atteint; la calomnie meurt, et sa gloire reste admirée de ceux qui ne sont pas intéressés à l'envier et à l'attaquer.

Comme le Premier Consul a eu connaissance de mes idées sur des descentes h Norfolk et en Ecosse, je me bornerai à dire que le peu d'attention que l'on donne à la défense du voisinage de Yarmouth, me fait penser qu'on réussirait de ce cMé, en prenant des pilotes ou pécheurs qui conduiraient la flotte dans le canal, entre le rivage et le banc de sable.

Quant à l'Ecosse, si l'on descendait près d'Invemess, dans le golfe de Murray, on serait maître en peu de jours des trois forts : Georges, Augustus et Williams, qui formeraient une ligne de défense dans les montagnes en attendant qu'on eût réuni et armé les clans ou tribus, à qui l'on montrerait un fantôme de Stuart et l'on promettrait leur ancien gouvernement et leur Par^ lement.

Je dirai encore qu'entre la Tamise et Portsmouth les Anglais ont presque tous les étés dans deux camps, vers Deal et Brighton, environ 6,000 à 8,000 hommes, dont les rayons (sic) ne pourraient se réunir en moins de trente-six heures; il y a aussi h quelques milles autour de Londres, des casernes où il y a de la cavalerie qui peut se rassembler en peu de temps.

Je ne demanderais pas mieux que de tracer de petites cartes des points de l'Ecosse, où je pense qu'un débarquement réussirait, si je ne savais pas que le gouvernement a déjà les meilleures cartes en sa possession.

Je serai prêt à écrire, parler ou marcher, quand on m'en accordera l'honneur, et j* (un mot illisible) l'honneur du colonel anglais quand je pourrai devenir grenadier français.

HMds of a plAti of invaiBion of Great Britaîn tmd Ireland (I).

(Bn anglais. — Non signé.)

Messidor an xn (juin 1801).

Extrait :

La meilleure époque pour une attaque est après féquinoxe de septembre, afin d*aToir des nuits longues et de trouTer des provisions en abondance.

Les troupes destinées à un embarquement doivent être tenues A 20 lieues au moins des côtes, afin de laisser Tennemi dans Tindécision.

La meilleure base est formée par C embouchure de la lieuse et du Rhin; les autres attaques ne peuvent être que des diversions partant de Cherbourg, le Havre, Dieppe, Boulogne, Calais, Dunkerque et de Hollande. Des démonstrations devront aussi être faites vers Brest et Saint-Malo. De ce dernier point doit partir une expédition.

Les meilleurs points d'atterrissage sont : Exeter, Dorchester et Harwich,

De Flamborough-Head à Berwick, le débarquement serait très difficile. Les points du Norfolk présentent quelques baies favorables, mais les courants sont plus redoutables que les troupes de terre.

Au nord de Berwick, Dunbar, le Fiflh-of-Fortb, la côte de Fife, Aberdeen, Cromarten, sont aussi de bons points de descente. Harwieh et ses environs constituent le meilleur, à cause de la possibilité pour les troupes débarquées de se maintenir.

Je considère comme impossible le débarquement en une fois de 30,000 ou 40,000 hommes avec leurs impedimenta; je préfère les débarquements sur plusieurs points. Ayant été employé à constituer les moyens de défense de l'Angleterre, je connais le moyen de les attaquer (sic).

Les hommes devraient avoir six jours de vivres sur eux, la cavalerie n'aurait que ses harnachements, pas de gros canons, mais autant d'artillerie légère que possible, car les jeunes soldats de la milice ne tiennent pas sous le canon. Il ne faut pas tenter de débarquer sur un point plus de 10,000 à i 5,000 hommes. Si un seul navire chargé d'approvisionnements peut les rejoindre, le succès est certain.

Je crois que beaucoup d'Anglais se joindraient aux envahisseurs. Une expédition en Irlande devrait se faire simultanément.

Ayant commandé longtemps des troupes dans cette île et ayant été pendant deux ans commandant à Dublin, je me crois capable de donner les meilleurs

renseignements sur ce sujet, si on me le demande Je tiens en réserve tous

les détails qui pourront être désirés, mais j'espère. Monsieur, que vous me rendrez justice^ ainsi qu'à ma cause, et qu'ainsi vous prendrez les mesures les plus efficaces pour m'assurer une absolue discrétion et toute sûreté, car vous savez qu'en voiâs servant, ainsi que la République, je mets en danger ma vie et ma fortune.

(1) Affaires étrangères (France), n» 60t.

RENSEIGNEMENTS SUR l'aNOLETERRB. — PROJETS. 329

Rapport d'un agent en Angleterre (l).

Èi& 1804.

Conformément aux ordres de M. de Talleyrand pour me rendre à Londres, j'ai quitté Paris le 14 germinal (4 a^ril iS04). (Suit le récit de son Toyage, son entrée en confiance près des émigrés et du ministère anglais, des détails sur Tétat politique )

J'ai TU de près les nouveaux guerriers (les volontaires) ; le premier moment d'enthousiasme les porta en foule à servir pour s'afi^ibler d'un uniforme élégant : ouvriers, bourgeois, haute classe, c'était à qui paraîtrait le plus brillant. Mais quand il a fallu faire le service sur les côtes, ce n'a plus été cela. Il aurait fallu des voitures à ces messieurs, du café le matin, du thé le soir, un

bon lit Le découragement s'en est mêlé, et de tous ces gens de bonne

volonté, on ne peut plus en avoir que par force, surtout depuis qu'on en veut incorporer dans la ligne.

Leur cavalerie (des volontaires) est ce qu'il y a de plus risible ; la plus grande partie n'ont que des chevaux de louage qu'ils prennent les jours de service, après quoi M. le cavalier est à pied et souvent mis en prison pour ne pas payer le loyer de son cheval.

Il y a un régiment qui n'est pas dans ce cas : c'est celui des dragons de Saint-James; c'est tout ce qu'il y a de plus riches jeunes seigneurs en Angleterre, mais il n'en est pas moins comique. Chaque cavalier tient à sa suite cinq ou six domestiques à cheval : l'un porte le vin de Porto, l'autre la liqueur, l'autre des habits bourgeois, pour que, quand M. le dragon de Saint-James est fatigué d'être dans les rangs, il puisse quitter son uniforme et devenir un simple particulier. Ce régiment, qui est composé de 700 hommes, en a plus de 3,000 à sa suite.

Voilà la partie des forces militaires de l'Angleterre, qui, l'année dernière, était de plus de 200,000 hommes, et qui n'est pas actuellement de la moitié.

Voici actuellement l'état des troupes de ligne :

94 régiments d'infanterie de 1000 hommes chacun ;

10 régiments étrangers et la légion hanovrienne, composée de 8,000

hommes ; 27 régiments de cavalerie de 600 à 700 hommes chacun ; 3 régiments de dragons-légers et le régiment des gardes.

En tout, 13^,000 hommes de troupes de ligne, k quoi se réunit 70,000 hommes de milice soldée. On s'occupe, d'après le travail de M. Pitt, à l'augmentation de l'armée de réserve, mais jusqu'à présent, il n'y a que les mauvais sujets dont les paroisses ont été bien aise de se défaire qui soient rendus aux destinations.

Toutes ces troupes sont dans des cantonnements peu éloignés des côtes, de manière à pouvoir se transporter dans l'espace de sept à huit heures sur les

(1) Affaires étrangères (France), n» 60t.

points les plus faciles 1^ un débarquement. On a pour cela établi sur toutes les routes des chariots .pour transporter les troupes et ramener les habitants de toutes les côtes menacées.

Les cantonnemetUs les plus considérables sont à Harunek, près de Lowerstake, Colckester, Canterbury, Chiehester^ Winchester et Launceston, La partie de Lecoe est fort dégarnie; on en a retiré 12,000 hommes cet été, qui étaient destinés pour un coup de main au Texel. Cette expédition n'ayant pas eu lieu, tes troupes sont restées et sont encore du c6té de Dorchester. On les croit destinées à faire un coup de main sur la c6te d*Espagne.

Tai TU quelques-unes de leur batteries sur les c6tes. Celles des environs de

Yarmouth ne sont pas bien fortes; il y en a trois chacune avec 8 pièces

de 16 La rade de Yarmouth est très mal gardée, il n'y a ordinairement

en station au mouillage que 2 vaisseaux de ligne, 2 ou 3 corvettes et autant de petits lougres. Ceux-ci communiquent journellement avec Tescadre devant le Texel. La plage n'offre aucune difficulté pour le débarquement. Il y a à Yarmouth de 1200 à 1500 hommes de garnison.

De Lowerstoke à Harwich il y a quelques batteries dans le même genre, mais la côte est défendue par la nature. Il y a dans les Dunes une assez grande, quantité de petits bâtiments de guerre ainsi qu'à Tembouchure de la Tamise.

Les parties les mieux défendues sont les comtés de Sussex et de Kent. Ils ont ouvert sur ces deux côtes de très larges fossés de distance en distance, qui sont défendus par des batteries en seconde ligne, qu'il serait très difficile de contourner par la manière dont le pays est coupé par des terrains marécageux. De cette partie jusqu'à Southampton, il y a aussi un grand nombre de bâtiments de guerre qu'on croit suffisants pour résister à la flotte de Boulogne, si elle venait à forcer les croiseurs.

On compte dans les escadres, depuis le Ferrol jusqu'au Texel, 88 vaisseaux de ligne et plus de 100 frégates ou corvettes, non comprise l'escadre qui est dans le nord de l'Irlande.

Malgré toutes ces forces défensives, mon opinion est que, s'il passait seulement une division française qui pût s'approcher de la côte d'Angleterre avec 40,000 hommes, il n'y aurait qu'un léger choc à soutenir, et fai trouvé à cet égard beaucoup d'Anglais de mon avis, qui, malgré leur esprit national, m'ont avoué que leurs troupes ne résisteraient qu'au premier (eu et ne pourraient tenir à rimpétuosilé française.

Note de Chépy (1) sur les Iles normandes (2).

Été 1803.

La milice de Jersey est de 5,000 à 6,000 hommes, la garnison de 2,000 à 5,000. La station maritime est de 7 frégates ou corvettes. Le gouverneur, lieutenant général Gordon, est très instruit et très vigilant; l'île très forte et facile à défendre ; la population très attachée à l'Angleterre.

(1) En mission à Jersey avant U roptare.

(t) Affaires étrangères (Angleterre), Mémoires^ n» I».

Guemesey a 4,000 miliciens et 3,000 soldats; le gouTerneur, général Dalrymple, est très bon officier.

La population des lies, liée par les préjugés religieux et politiques, est très hostile aux Français.

L'^aTis de Fauteur est défaYorable à un projet d'attaque.

Mémoire de BadinI (1).

Août 1805.

Les troupes réglées ne passent pas 40,000 hommes, y compris la légion de HanoTriens et les recrues qu'on a tirées de Tile de Ce vlan. La milice peut aller à 30,000 hommes. 11 y a en outre, les fencibles, les tirailleurs et les volontaires. Ces derniers peuvent sans doute fournir un corps considérable, mais on peut les mettre hardiment au rang des soldats du Pape. Ce sont, pour la plupart, des boutiquiers qui ne seront jamais susceptibles de discipline et, au pre-' roier choc, ils ne manqueront pas de tourner le dos. Gomme on doit les mêler aux troupes de ligne, dans une action, ils ne peuvent servir qu'à mettre de la confusion et, au lieu d'être nos ennemis, ils deviendront nos alliés.

Quant à la répartition des forces dans les trois royaumes, il est évident que le gouvernement anglais ne peut suivre d'autre plan que celui qu'il adopta la dernière fois que l'Angleterre fut menacée d'invasion.

Cavaierte, . A Londres et Westminster et dans les comtés de Surrey et

de Sussex.

Infanterie. . A Londres et Westminster et dans les comtés de Berck, de

Surrey, de Sussex et de Kent.

Cavalerie. . Dans les comtés de Wilt et de Hampton. Infanterie.. Dans les comtés de Gloucester, Hampton, Exeter, Wilt,

Busham et Dorset.

Cavalerie. . Dans les comtés de Cambridge, Suffblk et Norfolk. Infanterie.. Dans les comtés d'Essex, Suffolk, Norfolk, Cambridge et

Nortfaampton.

Cavalerie. . Dans le nord de l'Angleterre et en Ecosse. Infanterie. . Dans le nord de l'Angleterre et en Ecosse.

Irlande :

Cavalerie. . Partie aux environs de Dublin, partie aux environs de Cork

et le reste en différents lieux.

Infanterie. . Partie aux environs de Dublin, partie aux environs de Cork

et le reste en différents lieux.

Autrefois, le total des troupes réglées cavalerie et infanterie, en Angleterre et en Ecosse, était d'environ 32,000 hommes et 8,000 en Irlande. Malgré les prétendues augmentations dont M. Pitt a paiié si souvent dans la session passée, le total des troupes réglées ne peut pas être à présent plus considérable que ce qu'il a été.

(l) Affaires étrangères (Angleterre), n« 50.

332 ANNBXB II.

Depuis runion de la Belgique à la France et Talliance de la Hollande, le gouvernement anglais n'a pu se guérir de son inquiétude, la côte opposée étant abordable de tous côtés sur l'étendue de 200 milles, sans la protection d'aucun port ou haTre, semble ouvrir un passage à Tinyasion. C'est pourquoi on vient d'y ériger des fortifications, et c'est là qu'on a placé certaines tours « martello » dont on a tant parlé dans les journaux. Je dirai, en passant, que cela ne peut pas être bien formidable. Il a été aussi question de préparer des mines et il n'y a pas à douter que si les Français venaient à effectuer leur débarquement, le gouvernement anglais ne suivit l'exemple d'Aquilius, ce générai romain qui, faisant la guerre en Asie, empoisonna les fontaines.

Durant la guerre d'Amérique, j'eus occasion de voir le général Uoyd

(qui fut employé par le Prétendant à visiter les côtes de Galles et de la Manche et publia en iT76 un mémoire sur la défense de la Grande-Bretagne).

L'ennemi (dit Lloyd) qui a assez de troupes de terre pour opérer une descente en Angleterre, doit se proposer trois objets :

Le premier et le plus essentiel est de débarquer une puissante armée

Le second pourrait être de se rendre maître des provinces occidentales et de

s'y maintenir plusieurs mois Enfin, il est possible que l'ennemi débarque

20,000 à 25,000 hommes dans la baie de Gallway, et qu'il se couvre du Shannon. Il lui sera facile d'engager les habitants du Connaught, ignorants et

pauvres, à se joindre à lui Ce dernier plan offre tous les avantages du

premier, sans avoir les difficultés du second

Les moyens de défense que le général Lloyd conseille sont de défendre la ligne qui s'étend de Plymouth à Douvres. Portsdown fait le centre de cette ligne. Le général dit qu'il faut placer un tiers de l'armée dans cet endroit et dans Newforest; un autre tiers sur Halldown-Hill, au delà d'Exeter, et l'autre tiers entre les provinces de Sussex et de Kent, sur la branche de la Medway qu'on appelle la Tyse.

On peut tenir pour certain que la disposition de t armée anglaise dans tintérieur de Vife est conforme à cet avis

Le nombre des mécontents forme les trois quarts de la population ; supposé que les Français débarquent en force, c'est-à-dire qu'une armée de 60,000 hommes prenne terre sur différents points et qu'elle gagne une position qu'elle puisse garder une vingtaine de jours, cela suffira pour assurer son triomphe.

Mémoire sur l'Angleterre (anonyme) (t).

Les forces de l'Angleterre montent à :

22,400 cavaliers ; 40,000 fantassins;

8,000 artilleurs ; 70,000 miliciens;

6,000 légionnaires germains. ,

(l) Affaires étrangères, n» 601.

En Irlande, il y a 30,000 hommes en tout. Le camp central est à Kurrah^ dans la province de Kildare, à 7 lieues de Dublin, avec 1800 hommes.

Les volontaires anglais montent, dit-on, à 400,000 hommes, dont 20,000 caTaliers. Cette force est plutôt nominale.

Les camps les plus considérables sont à Bavham Downs et à Coxheath.

Les quartiers d'hiver sont à Cantorbery, Deal, Dungeness et autres lieux en Kent et Essex.

Sur les côtes, tours à la Martello, spécialemeni en Kent.

Les côtes de la mer du Nord après l'Humber sont sans défense. Les parties les mieux défendues sont les côtes de Kent et de Sussex.

On fait des canonnières et des bricks dans tous les ports, il y en a déjà 800, on les stationne sur les côtes, il y en a 7 entre Harwich et Yarmouth.

Les canonnières sont des barques de pèche de 40 tonneaux, avec un canon de 12 ou de 24; elles sont montées par les sea-fencibles qui, en temps ordi* naire, font la pèche et sont exercés le samedi de chaque semaine.

Il y a des télégraphes le long des côtes : une ligne va de Portsmouth à Londres, une de Deal à Londres.

Les rivières ne sont pas ou sont peu défendues, sauf la Tamise qui a des batteries à Sheerness et dans Tlle Sheepy, une à 10 milles de Gravesend, deux à Gravesend ; en face est le fort Tilling, batteries ^ Woolwich avec trois régiments, dont deux de milice et un d'artillerie. Dans la Tamise : 6 vaisseaux avec des frégates et quelques cutters.

La partie des côtes entre Beachy-Head et Folkestone est la plus forte, il y a des tours à la Martello et Ton peut y rassembler en très peu de temps 40,000 hommes dont 8,000 cavaliers.

Mémoire 8ur r Angleterre (anonyme) (J).

On se propose d'examiner dans ce mémoire quels sont, depuis Margaie, qui forme la pointe méridionale de la Tamise, jusques à Portsmouth, les points accessibles et les plus propres à un débarquement ; quels sont ceux qui ne le sont pas et enfin le plus ou le moins de facilité qu'offrent les premiers, soit par la saineté de la côte, soit par la configuration, l'étendue, et la profondeur des baies; soit par la pente de la plage, la profondeur do l'eau à diverses époques de la marée ; par l'abri qu'on peut y espérer, les ressources en hommes, bestiaux, comestibles ; la population, ou soit enfin par l'éloignement des forts ou autres moyens défensifs de l'ennemi. Sous ce dernier rapport, on ne peut se flatter d'une rigoureuse exactitude, parce qu'on ignore les travaux faits dans ce genre depuis la déclaration de guerre, et l'on doit présumer que l'ennemi se sera occupé et s'occupe encore de fortifier les points reconnus les plus propres à un débarquement. Les rapports que l'on travaille à se procurer en ce moment, résoudront probablement cette question.

Margâte, Ce port est situé à l'entrée de la Tamise, sur la rive droite, à 3 milles en

(1) Archives nationales, earton AF'^ 1203, marine, colonies, flottUles, ans xii etxiv.

,534 ANNBXB II.

dedans de la pointe nord-est, qui reste h bâbord en entrant dans la riTière. La c6te est plate dans cette partie : elle est défendue par des bancs en dehors qui se prolongent de Touest à Test, et qui se terminent dans une direction yen le nord-est. Cependant avec des pilotes, on peut facilement passer entre, ces banos et la côte, même à mer basse, pour opérer un débarquement dans cette partie, qui est u^e espèce de presqu'île formée au nord par la riTière, à Test par la mer, et au sud par la petite rinère de S tour.

Dans le sud-est de la pointe de Noreforeland{i)y à 6 milles de distante, est mouillé un navire dit balancier, portant trois fanaux. L'objet de ce navire est d'indiquer le canal qui se trouve entre la c^te et le banc de Goodwin. Ce banc se prolonge, depuis le navire dont on vient de pfirler, jusque dans rE.-l/4-N.-E.

de la pointe de Sudforeland (2); il a 8 milles de longueur du nord au sud,

milles de largeur de Test à Touest, il est à milles de terre, et découvre

ji mer basse.

Si Ton voulait opérer un débarquement à Margate ou à Ramsgatte, qui est h 3 milles dans le S.-t/i-S.-O. de la pointe de Nareforeland (1), il faudrait laisser le* navire dit balancier, et conséquemment le banc de Goodwin à bâbord; quand on l'aurait amené au sud, à 5 milles de distance environ, le convoi pourrait se diviser en deux parties dont Tune continuerait sa route & Touest pour aller à Margate, en rangeant de près la C4)te méridionale de la Tamise; et l'autre devrait porter au sud-ouest pour aller à Ramsgatte, On répète ici que les c^tes environnantes de ces deux ports sont plates et d'un accès facile.

De Ramsgattey en allant vers le sud jusqu'^ Deat, qui n'en est éloigné que de 8 milles, la côte est également formée de galets : elle offre les mêmes facilités pour un débarquement, car l'eau est assez profonde à la laisse de basse mer pour qu'on puisse descendre à terre pour ainsi dire à pied sec. On doit observer que Deat étant à proprement dire la rade des dunes, on doit s'attendre à trouver des vaisseaux de guerre sur ce mouillage.

De Deal à la pointe de Sudforeland (2), où sont placés deux feux, il y a 4 milles ; celte partie de la cête est composée de falaises escarpées et, conséquemment, pas accessibles; de Sudforeland à Douvres, qui n'en est éloigné que de 5 milles, en allant vers le sud-ouest, la côte est à peu près la même ; cependant dans le nord-est de Douvres, et tout près de ce port, on trouve un petit enfoncement que l'on nomme Gatte de Douvres; cet enfoncement serait bien propre à un débarquement, s'il n'était exposé aux feux du chc^teau de Douvres et de deux autres forts.

De Douvres à Folktone, qui est une petite ville, il y a 6 milles; la côte comprise entre ces deux villes est formée de falaises escarpées, mais comme il y a beaucoup d'eau, on peut, en profitant de la mer haute, y débarquer à pied sec. On doit observer que plusieurs bancs de roche qui la garnissent, présentent des dangers assez difficiles à éviter pour que Ton puisse se passer de pilote.

De Folkestone à la pointe dite Déperré ou Dungeness, il y a 14 milles ; toute la côte comprise entre ces deux points est basse, et l'on peut également s'y

(]) Northforeland.

(t) Soathforeland.

échouer de mer basse, comme de mer haute et débarquer à pied sec. On croit qu'à la pointe Dungeness, où il y a deux feux, il a été construit un fort, et que d'autres moyens de défense ont également été pris dans Tétendue de côte dont on Tient de parler; au surplus, pour ne pas interrompre la description de la côte, sous le rapport de la navigation, on traitera séparément ce qui est relatif à la défense des côtes d'Angleterre.

De la pointe de Déperré ou Dtmgenesê à Bye^ il y a 8 milles; de ce premier endroit à Tautre, la côte qui suit la direction de rE.-l/4-S.-E. à rO.-l/4-N.-O. est formée de galet ; les falaises sont peu élcTées, et Ton peut encore y débarquer assez facilement.

Rye est un petit port dont l'entrée est nord et sud. Il est fréquenté par des pécheurs et des fraudeurs, et le pays qui l'environne est très riche en bestiaux. De Rye à Hastings, il y a 6 milles; la côte offre encore assez de facilité pour un débarquement.

De Hastings à Beachy-Head^ il y a 16 milles ; la côte court nord-est et sudouest, elle est très propre à un débarquement, depuis Hastings jusqu'à l'anse

d'Emboum, qui n'est qu'à au nord-est de Beachy-Head. On sait que

c'est sur cette partie de la côte d'Angleterre que Guillaume le Conquérant fit son débarquement.

De cette anse d'Emboum jusqu'à la pointe de Beachy-Head et au delà, il se trouve des rochers jusqu'à une lieue au large, en venant de l'est ou de l'ouest, on peut ranger la côte et passer en terre de ces rochers, mais si l'on venait du sud, on courrait de grands risques.

De la pointe de Beachy-Head à celle de Selsea, qui sont presque est et ouest, il y a 39 milles. Entre ces deux points il y a Seaford qui est éloigné de Beachy- Head de 7 milles; de Seaford à Brighton il y a 9 milles, et de Brighton à LiUUhampton il y a 15 milles ; la côte qui sépare la pointe de Selsea de Beachy- Hèad est coupée par trois petites rivières en des portions à peu près égales et forment une anse assez régulière. Les dunes dont elles se composent sont plates et offrent presque partout des moyens de débarquement, cependant visà-vis de Bersted, Telpham, Boitingdean^ il y a des roches assez dangereuses i\ éviter, mais ces écueils, qui se trouvent dans la partie de l'ouest de cette grande anse, n'en défendent qu'environ un tiers; on observe qu'il resterait encore dans la partie de l'est une étendue d'environ 30 railles pour opérer un débarquement.

A l'ouest de la pointe de Selsea, commence la baie de Portsmouth, et l'on sait qu'à moins d*avoir une armée navale supérieure, il n'est aucun débarquement praticable dans cette partie.

Page 1