Au port. 119 et 123 (illisible
Nos marins et particulièrement les commandants des prames, Dutaillis et Brunet, ont riyalisé ayec nos braves alliés, qui pendant une action de sept heures, maintenant leur ligne de bataille et répondant au feu très yif et à mitraille que n'ont cessé de faire les ennemis, nous ont donné un gage aussi brillant qn*assuré de nos succès communs pour Fayenir.
Toutes les épreuves de cette manière nouvelle de combattre ont été faites dans cette journée avec autant d'audace que de bonheur ; les vents ayant molli le long de la côte au moment où la division des péniches, commandée par le capitaine Lambourg, faisait sa jonction avec la tête de la flottille à une lieue et demie du port d'Ostende, pendant que les ennemis avaient encore assez de vent pour virer de bord, tous les bâtiments de la flottille ont continué de marcher faisant usage de l'aviron, sans ralentir leur feu et Ton a pu voir l'utilité de l'instruction nautique à laquelle les troupes ont été appliquées pendant rhiver dernier.
L'amiral Verhuell a cité avec éloge dans son rapport ofûciel le colonel Gourous, du 17* régiment, commandant le 1«» bataillon du !?• et le 2« du 48® embarqués sur la flottille ; il se réserve de faire connaître au gouvernement ceux d'entre les braves qui ont été assez heureux pour se faire distinguer. 11 se loue beaucoup de la bonne conduite des troupes embarquées ; celle des détachements de chasseurs et hussards qui formaient les garnisons des prames, a surtout été remarquable par la constance et la vivacité de leur feu.
L'artillerie de terre, toujours à portée du feu de l'ennemi, lui a causé beaucoup de dommages et particulièrement à l'arrière-garde, lorsque la prame commandée par le brave Dutailly, après avoir consommé toutes ses munitions et même celles de supplément qu'on avait pu lui fournir, a été forcé de s'échouer devant Blankemberg. Nos canon niers et nos troupes du train ont, comme celles embarquées, payé par la perte de quelques braves l'avantage de partager les dangers et la gloire de nos alliés. Le général Sorbier, commandant en chef l'artillerie de l'armée et qui en a dirigé les moindres mouvements pendant toute l'action, a eu son cheval blessé sous lui.
Mathieu Dumas.
L'adjudant commandant Mares au général Davout, commandant en chef le camp de Bruges,
Paris, le 27 floréal an xn (17 mai 1804). Mon Général,
Je n'entrerai pas avec vous dans les détails de l'afiaire très brillante qui a eu lieu hier entre la flottille venant de Flessingue et les Anglais. Les amiraux vous rendront ou rendront au gouvernement, à cet égard, tous les comptes que Ton peut désirer. Cette affaire, tant dans son ensemble que dans ses détails, est, dans la réalité et pour l'opinion, tout ce qu'il était possible d'attendre de cet événement, et si les Anglais s'y sont battus avec une énergie qui tenait de l'acharnement et avec un talent rare, celui qui a été déployé par l'amiral Verhuell et par tout ce qui s'est trouvé sous ses ordres, tant Français
que Bataves, a été infiniment au-dessus, car il fallait un grand talent et une réunion de volontés bien prononcées pour diriger et coordonner au même système cette fourmilière de petits bâtiments, de force, de forme et de moyens si différents, prêtant successivement et constamment aux vaisseaux du plus haut bord anglais leur travers, et essuyant tout leur feu sans se déranger un instant de leur route.
Le trait .caractéristique des moyens que bous fournit notre système actuel de marine, se trouve dans une circonstance de ce combat. Deux bateaux plats se trouvent entre une frégate et un brick, essuyant le feu de ces gros bâtiments et n^en faisant pas moins leur route, ils sont sur le point d'être enlevés. Une prame et deux ou trois chaloupes canonnières revirent de bord, marchent sur la frégate et le brick, s*engageant bord à bord avec les Anglais et ne quittant cet engagement pour aller continuer leur route que quand ils ont forcé la frégate et le brick à abandonner les deux bateaux canonniers pour ne s'occuper que de leur propre sûreté. Les Anglais ont d4 voir par là que si Ton s'était occupé de toute autre chose que de faire route et d'atteindre par là le but qu'on s'était proposé, les coquilles de noix les auraient bien mieux saboulés encore, quoique je pense qu'à cet égard ils aient peu de chose à regretter.
A l'arrivée de la flottille, Tamiral Magon a fait sortir dix péniches commandées par le capitaine Meyne et qui ont fait leur jonction avec la flottille batave malgré l'ennemi qui cherchait à s'y opposer. Ces péniches sont arrivées très à propos pour rafraichir les garnisons de quelques bâtiments qui avaient fait des pertes et, si Ton a quelque reproche à leur faire, c'est d'avoir donné tête baissée et avec trop peu de précaution sur les vaisseaux ennemis. Jugez, s'il avait fallu aller à l'abordage, s'il aurait fallu les en prier longtemps ? Le brick anglais a même, je crois, été un peu stupéfait de se voir courir sus par 300 ou 400 hommes ayant l'air très déterminé et montant de petites embarcations quj présentaient très peu de prise à son artillerie et c'est peut-être bien pour cela qu'il a viré de bord et couru se battre avec les gros bâtiments de la flottille. J'avais oêmposé pour cette expédition i2 détachements de 1 officier, i sergent, i caporal et 30 hommes, pris 4 sur les 12 canonnières qui sont dans le bassin, montées par le iS" régiment; 5 sur les troupes embarquées du ^i^\ 2 sur celles du 30*, et 1 sur celles du i7«. Le 51* n'en a pas fourni parce que ses i8 bateaux formaient dans la rade de l'ouest une ligne d'embossage et que je n'ai pas voulu en retirer on seul homme. Ces détachements montaient les péniches.
Cette affaire a prouvé de nouveau la nécessité de préparer les bateaux canonniers de manière qu'ils puissent tirer en belle leur pièce de 24. Plusieurs de ces bateaux se sont quelquefois, mais très rarement, servis de leur pièce, mais à chaque coup, ils étaient obligés d'interrompre leur marche en virant de bord, 'ce qui occasionnait un très grand dérangement. La plus grande partie n'a jamais tiré. Cette correction est extrêmement aisée, vous savez combien de fois j'ai essayé d'engager l'amiral Verhuell à l'exécuter sur les bateaux déjà arrivés, mais il est plus convaincu aujourd'hui que jamais de sa nécessité ; il m'a dit qu'il allait l'ordonner à Flessingue et la faire exécuter ici. Je ne laisserai échapper aucune occasion d'insister sur cet objet, avec tous les ménagemets que l'on doit à un homme aussi instruit et aussi estimable que l'amiral
Verhuell, mais je crois bien que si le Premier Consul lui en disait un mot, cela aiderait infiniment à la chose, et cela est indispensable.
Une autre remarque que j'ai faite étant en mer, au milieu de cette flottille, c'est Futilité de la rame. Je suis bien plus couTaincu aujourd'hui que jamais de la nécessité absolue d'instruire nos troupes à cette manœuvre. Le temps était très beau ; il y avait au large un vent léger venant de terre, dont l'ennemi profitait, et nos bâtiments, Abrités par les dunes, étaient dans un calme plat. Ils ont fait les deux dernières lieues entièrement à l'aviron, nageant de toutes leurs forces, mais sans ensemble, sans moyens de se reposer, se fatiguant extrêmement, faute de s'entendre et de mettre les intervalles nécessaires. Quel avantage de plus n'aurions-nous pas eu ! quelle facilité pour le ralliement, pour conserver l'ordre et se remettre, selon le besoin, si nos soldats avaient su nager ! Je les voyais aller ensemble comme pattes d'écrevisses, et cela me mettait de très mauvaise humeur.
La mer était si calme le 25 et toute la matinée du 26 que si nous avions dû aller en Angletere à l'aviron, moyen qu'il faut nous ménager pour toutes les espèces de petits bâtiments que nous avons, je crois qu'on aurait pu dire : nous sommes sûrs d'y arriver, malgré tous les vaisseaux anglais que le calme rend immobiles. Enfin, mon général, je ne peux pas me lasser de le répéter : c'est une affaire belle et très belle ; quelques bâtiments qui ont fait côte, et qui sont en très grande partie relevés, n'y changent rien. On s'est si bien, si constamment battu en présence de je ne sais combien de milliers d'individus accourus de toutes parts, en présence de toute l'armée, au son de toutes les musiques de régiments, dont les soldats couvraient et noiroissaient les dunes et à la si grande satisfaction de tout le monde, qu'il faudrait être plus froid que marbre pour ne pas regarder cet événement comme un des plus heureux et des plus favorables de la campagne par l'enthousiasme et la confiance qu'il inspire à tous ceux qui doivent coopérer à la grande expédition. Je me trouve extrêmement heureux d'en avoir été le témoin et d'avoir ce témoignage à vous en rendre.
Je vous salue avec respect. L. Mares.
Quelque glorieux qu'ait été ce combat, on ne doit pas oublier que la nature de cette côte à pente très faible ne dut permettre aux Anglais de serrer la terre que pendant la marée haute. Or, comme la lutte se prolongea, le manque d'eau put causer la retraite finale de rennemi.
Ce beau succès fut récompensé par le grade de vice-amiral accordé au brave Yefhuell, à qui l'Empereur écrivit le 21 mai (1) :
(1) Ordf*e du jour de la flottille impériale commandée ar l'amiral Bruiœ,
conseiller* d*État.
BoalogDe, le 15 prairial an xii de la République.
L*amiral s'empresse d'annoncer aax officiers de la flottille que l'Bmpereur a élevé au grade de vice-amiral les contre-amiraux Decrès, Gantoaume et Villeneuve.
« J'ai éprouTé la plus vive satisfaction à la lecture de votre lettre ; j'ai ressenti une véritable joie de votre succès. Vous n'aviez pas le quart du canon qu'avait l'ennemi. Cet événement a rempli nos ennemis de confusion et présage aux pavillons alliés le retour de leurs heuxx jours. Vous m'avez fait ressouvenir que vous êtes du sang des Tromp et des Ruyter. »
Et, sur le compte qai loi a été rendu par le Ministre de la marine des eombats soutenus les 26 et 19 (16 et 19 mai) du mois dernier, par la prame la ViUe-cT Anvers, Sa Majesté Impériale a promu, le 5 de ce mots :
Au grade de capitaine de frégate, le lieutenant de vaisseau Dutaillis, qui commandait ladite prame à la Journée du 26, et qui, quoique grièTement blessé à une jambe, n'a pas un instant quitté son commandement ;
Au grade de lieutenant de vaisseau, l'enseigne Oiroux, qui remplaçait le lieutenant Dutaillis au combat du 29 et qui s'est distingué par sa bravoure et ses bonnes manœuvres ;
Au grade d'enseigne de vaisseau, le sieur Deschamps, enseigne auxiliaire, qui, par sa conduite dans cette journée, a mérité les éloges de son capitaine.
Sa Majesté a, en même temps, autorisé Tadmission dans la Légion d'honneur du lieutenant de vaisseau Brunet, commandant la prame la Ville'd'ÀiXt qui a tenu tme condoito distinguée dans l'affaire du 26, et des nommés :
Parmentier maître d'équipago ;
Mahé chef de timonerie ;
Gesel \
Gnégot ( matelots.
Tarquis )
Elle a ordonné qu'il soit accordé un avancement de paye aux nommés :
Maurin Laurent matelot, à 21 francs.
Wellop matelot, à 21 francs.
Comon novice, à 1& fhmcs.
Sa Mi^cs^ <^» ^^ outre, ordonné au Ministre de la marine de transmettre au Ministre de la guerre toutes les notes qui lui ont été adressées sur les officiers et soldats de la garnison qui se sont distingués dans les deux actions, afin que ce Ministre puisse réclamer les récompenses dont ils se sont rendus susceptibles.
Les officiers et marins de la prame la Ville-cTAix, les officiers, marins et soldats qui se sont distingués dans les deux journées ou qui ont été blessés ne seront point oubliés, non plus que les veuves,, enfants, pères et mères à la charge des individus qui ont trouvé une mort glorieuse en soutenant l'honneur du pavillon.
La contre-amiral Magon est chargé de transmettra des renseignements à cet effet au Ministre de la marine, qui les mettra sous les yeux de Sa Mi^esté l'Empereur.
I^ Ministre prévient, en outre, l'amiral que Sa Migesté a accordé le grade de capitaine de frégate à M. Esmangard, capitaine de frégate auxiliaire, et celui d'enseigne de vais, seau aux sieurs Olivier, enseigne auxiliaire, et Depr4-Petit, aspirant de la marine, en considération de la bravoure qu'ils ont montrée dans le combat honorable soutenu le 9 messidor an xi, dans les parages de Saint-Domingue, par la frégate la Poursuivante^ aux ordres du capitaine Willaumes, contre le vaisseau de ligne anglais VHercule,
La prise de la corvette anglaise le Vencejo par une division de la flottille a également fixé TattenUon de Sa Majesté, et Elle a accordé le grade de capitaine de f^gate au lieutenant de vaisseau Letoumeur et celui d'enseigne de vaisseau aux sieurs Guérard, Laxalde et d'Etcheverry, enseignes auxiliaires, et Hudes, chef de timonerie.
L'amiral témoigne aux officiers, marins et soldats combien il lui est agréable d'être
*organe de Sa Majesté dans cette circonstance ; il est persuadé que les récompenses
accordées aux officiers et marins qui ont dignement soutenu Thonneur du pavillon français
Le voyage de Flessingue à Ostende, le 23 juin, de la 3* division de la flottille batave, devait être encore plus brillant que les deux premiers (1).
Si Ton cherche à apprécier, au point de vue de la valeur combattante des flottilles, les pénibles opérations qui viennent d'être relatées, on ne peut manquer d'être frappé des conditions tout à fait défavorables à leur emploi que présente la saison rigoureuse. Si parfois les gros temps, en éloignant des côtes les croiseurs ennemis, permettent à des détachements de bateaux de se glisser à l'abri, ce n'est que pour un trajet très court, entrecoupé de relâches continuelles et dans des conditions qui sont la négation même de l'emploi militaire des flottilles. L'emploi de la rame n'a pu être qu'exceptionnel, et ainsi a été perdu un avantage sérieux des bateaux de petit échantillon. Quant à l'idée qu'on peut affronter le combat, elle est rien moins que générale. Deux hommes, Hamelin, et surtout Verhuell, sont à peu près les seuls à avoir effectivement prouvé que les bateaux plats peuvent soutenir la lutte contre des navires de haute mer dans des conditions de nombre et surtout de temps favorables, et justifient par leur glorieux exemple la théorie qu'a toujours soutenue Forfait.
seront, poar eux, de nouTeAoz motifiB d'émulation et qu'ils mériteront, par des succès nouveaux, les éloges de Sa Majesté. »
Les commandants de division sont prévenus qu'à l'avenir les garnisons qui sont fournies par les régiments* à bord des bâtiments de la flottille, seront relevées par moitié les 1*** et 16 de chaque mois ; ces mutations auront lieu sans que les capitaines aient besoin d'un ordre spécial.
L'amiral prévient les capitaines et patrons des péniches, canots, bateaux de poche et antres embarcations qui se trouveraient hors du port et au large, soit pour s'exercer, pour évoluer ou pour pécher, que lorsqu'on hissera un pavillon national à la baraque de l'amiral et appuyé d'un coop de canon, ils devront, sur-le-champ, faire route pour entrer dans le port ; ils employèrent les rames et les voiles pour exécuter avec la plus grande célérité le présent ordre ; les capitaines ou patrons qui mettraient de la lenteur dans l'exécution du présent seraient punis sévèrement.
Le chef des mouvements préviendra les patrons de pêche de cette disposition.
Il sera fourni, pour le bâtiment amiral, deux manches à vent ou ventilateurs.
L'amiral défend expressément aux officiers commandant les péniches de vedette de s'écarter de l'entrée du port, sous le vain prétexte d'aller évoluer.
Qui que ce soit ne pourra embarquer à bord d'un bâtiment de la flottille aucune malle ni coffre : les effets des officiers, des militaires et de l'équipage devront être contenus dans les porte -manteaux, havre -sacs ou sacs.
Le Chef de Vétat-major général de la flottille impériale,
M. Lafoicd.
(1) Voir d-dessous.
Celle de Decrès n'en est pas moins la plus généralement admise, et elle est presque exclusivement appliquée, comme on vient de le voir, pour les fractions de la flottille pendant leurs routes de concentration et comme leur attitude, une fois réunies k Boulogne, le démontrera encore plus.