CHAPITRE VII
Le 4 novembre 1803, à 3 heures du soir, Bonaparte arriva à Boulogne. A 10 heures, entrait 'en rade la division du capitaine Gillet, parti de Dunkerque à 2 heures du soir. Bien que le temps fût très menaçant, sur Tordre du Premier Consul, la ligne d'embossage fut formée, dès 2 heures du matin, avec les nouveaux arrivés et une partie des bâtiments dans le port, soit : 6 chaloupes, 6 calques, 27 bateaux canonniers (1). Ce mouvement amena un combat avec la croisière anglaise, commandée par lord Keith, et comprenant : 1 vaisseau rasé, 1 frégate et 5 corvettes (2).
Au consul Cambacérès (3).
Boalogne, 13 bramaire an xu (5 novembre 1803).
J ai été vendredi , à i heure, au milieu du port de Boulogne, où je suis arrivé tout à fait à l'improviste. J'ai mis le plus grand intérêt à visiter tous les travaux et tous les préparatifs de cette grande expédition, puisqu'à minuit j'y étais encore.
J'ai été toute la journée en rade, où ftous avons plus de iOO bâtiments embossés (4). Nous aïons engagé une Tive canonnade avec les ennemis qui avaient une dizaine de bâtiments, dont plusieurs vaisseaux à deux ponts. Une
(I) Lettre de Braix, BBi^, 177.
(t) lettre de Brmx,.BBiv, 177.
(3) Correspondance de Napoléon, 7245.
(4) Voir d-dessus.
frégate a été démAtée. Nous les aTons tus porter du secours à une frégate, où nous avons tout lieu de crom qu'une bombe est tombée à bord, et Tennemî ayant pris le large, une divisioft de calques, portant une pièce de 2i, s*est mise à leur poursuite, en les suivant d*un grand nombre de coups de canon. Nous avons eu, de notre côté, un homme qui a eu la jambe emportée d'un coup de canon. Un canot portant 5 hommes d'équipage a reçu un boulet qui Ta coulé, mais il a été relevé, et les 5 hommes composant son équipage ont été sauvés. Je suis baraqué au milieu du camp et sur le bord de FOcéan où, d'un coup d'œil, il est facile de mesurer la distance qm Mos sépare de l'Angleterre.
Bonaparte.
« Samedi, à 4 heures du matin, dit aussi le Moniteur (1), Favant-garde de la flottille, composée de plus de 100 bâtiments, est sortie en rade. A 10 heures, une douzaine de bâtiments anglais, dont plusieurs vaisseaux de 74, se sont mis au vent et ont tous rasé la ligne. La canonnade s'est alors engagée. Notre flottille a parfaitement tiré ; nos batteries ont même pu tirer un grand nombre de bombes. Un b&timent ennemi a été démâté. Nous avons lieu de penser, par les mouvements que nous avons vu faire, qu'une bombe est tombée à bord d'une frégate. Nous avons eu un homme qui a eu les jambes emportées à bord d'un bateau. Les ennemis, au lieu de prolonger davantage leur bordée, ont pris le large. Un division de calques a été à eux et les a suivis pendant plus d'une demi-heure en les saluant de boulets de 24. Un canot qui était derrière notre ligne a reçu un boulet ; personne n'a péri. L'équipage a été sauvé, et le bateau a été relevé à la marée. Deux nouvelles divisions de la flottille nous ont joints, l'une venant de Dunkerque, l'autre du Havre. L'ennemi n'a pu s'opposer à leur marche. »
Pendant ce premier combat, le Premier Consul, payant de sa personne, avait parcouru (2) la rade, monté sur une péniche, accompagné de l'amiral hollandais Yerhuell et de Famiral Bruix (3).
Au soir, Tennemi se retira; ayant essuyé le feu des batteries de côte, il avait eu quelques avaries.
Grâce à Tarticle du Moniteur^ grâce aux lettres du Premier Consul, l'opinion publique considéra cette insignifiante canonnade comme un grand succès.
Pourtant l'insuffisance de bien des services s'était manifestée et il fallait y porter un prompt remède.
(\)Monit€ur da 8 novembre.
(t) Ifathiea Damât, Précis des événements militaires, t. X, p. 195. (3) Ce dernier aarait dû presque user de violenee pour l'empêcher de passer aa large de la tour de Crol. {Mémoires de Constant, 1. 1, p. 195.)
Ordre (1).
Quartier général, Boulogne, 14 brumaire an xn (6 novembre 1803).
La garnison d*une chaloupe caDonnière sera portée à 30 hommes, officiers et tambours compris.
Toutes les fois que la flottille devra passer la nuit en rade, il sera fourni à chaque bâtiment ÏO hommes de renfort : ces détachements seront toujours pris dans le corps et fournis par les compagnies qui fournissent la garnison ordinaire du bateau (2).
Toutes les fois que la flottille rentrerait dans le port, le supplément rentrerait au corps : cela leur compterait comme un détachement.
Tant que les calques et les péniches seront indépendantes, les garnisons en seront relevées tous les cinq jours. Il y aura 2 généraux de brigade d'artillerie chargés de Finspection et du commandement des batteries de la rade de Boulogne : Tun commandera les batteries de la gauche, Tautre les batteries de la droite. Le général Foucher commandera les batteries de la gauche et son quartier général sera placé sur la hauteur, entre le fort de THeurt et le port. II aura sous ses ordres i chef de brigade et 2 officiers en résidence, le nombre des canonniers nécessaires pour servir toutes les pièces et un secours auxiliaire d'infanterie fourni par Farmée, à raison de 3 hommes par bouche à feu.
Toutes les fois que, par des raisons de service, il s'absentera du camp, il s'assurera que le chef de brigade est présent pour le remplacer. Jusqu'à ce qu'un général de brigade soit arrivé, le colonel chef de l'état-major sera chargé des batteries de la droite et sera logé entre la tour d'Ordre et le fort de la Crèche. Il aura sous ses ordres 2 officiers en résidence. 11 ne pourra point s'absenter des batteries de la droite qu'il ne soit remplacé par un autre chef de brigade.
Un régiment d'artillerie à pied fera le service des batteries de la gauche et un autre fera le service des batteries de la droite.
Toutes les fois que la flottille sera en rade, les pièces de 24 légères et les
obusiers de 6 pouces qui se trouvent à Boulogne se porteront sur la laisse de
basse mer. Un officier général ou supérieur dirigera ces batteries et les fera
porter rapidement sur les points où elles seront le plus utiles pour protéger la
flottille.
Bonaparte.
L'ennemi n'était pas, du reste, seul dangereux pour la flottille. Dès le lendemain du combat, c'est-à-dire le 6 novembre, le vent du sud ayant pris de la force, il fallut faire rentrer les bâtiments en rade. Le retard apporté à prescrire ce mouvement nécessaire causa de très graves incidents.
(1) Correspondance de Napoléon, 7t46.
(2) 30 hommes (Voir ci-dessus).
Les vents du sud étant devenus très violents, écrit Bonaparte à FleUrieu, le 9 seulement, r amiral a fait rentrer la flottiUe. 6 b&timents ont dérivé et ont été obligés de se réfugier à Calais. Un bateau plat a dérivé sur les côtes d'Angleterre. Je présume qu'il a été pris par la croisière ennemie.
Or, ce qui s'était passé sous les yeux du Premier Consul avait été autrement dramatique.
« Les navires, après avoir doublé la jetée du sud, restaient agglomérés h. rentrée du port ; le vent du sud-ouest les poussait dehors. 5 bateaux, qui ne purent être secourus, furent repoussés en mer et se perdirent (I ). >»
« Un des bateaux plats, dit de son côté le général Mathieu
Dumas, présent à Boulogne, toucha fond à Feutrée du port (2) qui, bientôt après, se trouva fermée par une canonnière venue en travers ; la plus grande partie de la division, contrainte de rester en rade pendant une nuit orageuse, fut maltraitée ou dispersée par la tempête : 5 bateaux plats, jetés à la côte et fracassés, perdirent presque la moitié de leurs équipages ; 12 autres gagnèrent le port de Calais ; le reste rentra le lendemain à Boulogne en assez mauvais état. On eût dit que la fortune donnait à Bonaparte un de ces avertissements que depuis, avant de Tabandonner, elle lui prodigua vainement. »
Que Bonaparte ait ou non voulu y voir un avertissement, ces accidents sur lesquels les journaux firent silence et dont le Premier Consul parla peu ou pas (3), prouvèrent formellement :
1® Que la rade n'était pas tenable par tous les temps;
(I) Lettre de Forfait, 30 décembre 1803. — Archives nationales, Secréi. d'État AF»^» ItOZ.
(t) Parce que Bruix n'avait pu obtenir à temps du Premier Consul la permission de rappeler les bateaux et que La marée était déjà trop basse.
(3) Bonaparte écrit même deux jours après :
A l'amiral Truguet, Boulogne, 16 brumaire an xu (8 novembre 1803). Au Citoyen Truguet, Conseiller d'Etat, Général en chef de l'armée navale.
J'ai reçu votre lettre du bord de V Alexandre. J'accueille avec grand plaisir les bons pressentiments que vous avex.
Nous commençons ici à être en bonnes dispositions.
Notre flottille, qui est déjà composée de plus de 100 bâtiments de guerre, reste embossée au milieu de la rade, sans que les Anglais osent l'attaquer que de loin. liOrd Keith, qui parait commander, avait plusieurs vaisseaux de 64. Il n'a osé s'en approcher qu'à la portée du canon. Il a essuyé des avaries assez considérables.
(Co7Tespondance de Napoléon, 7154.) Bonapartb.
2^ Que la difficulté pour rentrer au port était au moins aussi grande que pour en sortir.
Il en résulta ce fait qui, alors, passa inaperçu, c'est que sans s'exposer à un désastre^ on ne pourrait jamais avoir en rade plus de bateaux qu'on n'en pourrait faire rentrer en une seule marée.
On verra que les événements ultérieurs prouvèrent à Tévidence cette nécessité dont Timportauce, au point de vue de l'ensemble du projet, est capitale.
Quant à l'ennemi, que Bonaparte représente comme ayant fui après le combat (i), il avait pris le large dès que le temps était devenu mauvais, sûr que la flottille ne sortirait pas tant que durerait la tempête.
Celle-ci souffla sans interruption jusqu'au 17, jour du départ du Premier Consul pour Saint-Cloud (2).
Naturellement, pendant tout ce temps, il ne fut plus question d'embossage ni de sortie du port; mais, grâce à Tabrî des côtes, grâce aussi à Téloignement de Tennemi, le capitaine Béranger put, le 9 novembre, amener du Havre à Boulogne une division de 20 bateaux. Le trajet, fait d'une seule traite, n'avait pas pris plus de trente heures (3).
Le lendemain, le capitaine Leray, commandant la i^ division des bateaux armés à Dunkerque, arriva tout aussi heureusement à Boulogne. Près de 40 bateaux étaient entrés dans le port en vingt-quatre heures. Ce gros appoint amena une nouvelle répartition des forces disponibles.
Ordre du 9 novembre (i).
Les IG bateaux canonniers arrÎTés de Dunkerque formeront la 4** division de bateaux canonniers de la flottille ; elle sera complétée par les bateaux de l'ancienne flottille arrivant de Granyille, Saint-Malo ou de Brest; mais on ne mêlera pas dans une autre division les bateaux de Tancienne a?ec ceux de la nouvelle flottille.
Les bateaux canonniers arrivés du Havre feront partie delà ^^ division, qui
(1) Lettre à Cambacérès, 7 novembre.
(2) Lettre à Cambacérès :
« Iji mer est horrible La pluie ne cosse de tomber »
(3) Ordre dajoarde la flottille. (Archives de la Marine, BB>\ 177 ) (1) CofTespondance de Napoléorit inédite. (Archives de la Guerre.)
IIU 35
sera complétée par les premiers bateaux arrivant à Boulogne de la uouTelle flottille, sans avoir égard à leurs numéros. Les chaloupes canonnières, soit de fancienne ou de la nouvelle flottille, seront formées en division à mesure de leur arrivée au port
En défalquant les incomplets, Tamiral Bniix se trouva donc avoir à Boulogne 117 bâtiments dont :
14 chaloupes, 10 péniches, 1 prame, 1 cutter, 6 calques, 12 transports et le reste en bateaux canonniers, presque tous d'ancienne construction (1).
Le 21 novembre, arriva le lieutenant Pelle venant de Calais avec 1 canonnière et 7 bateaux. Le 2 décembre, l'appoint est plus considérable : 12 canonnières ou bâtiments de 1"* espèce, ainsi qu'on commence à les nommer, 11 de seconde, 4 péniches, dont une pour le Premier Consul, et 17 transports: en tout, 52 bâtiments avec le détachement de renseigne Harner, sous les ordres des capitaines Peytex et Moncabrier. Deux autres détachements arrivent les 15 et 17 du même mois. Ce sont 40 bâtiments qui étaient mouillés dans la baie de la Somme (2).
Pendant toute cette période, il n'y a pas eu de sortie ni de ligne d'embossage. Seuls, et seulement quand le temps Ta permis, quelques bâtiments isolés : une ou deux chaloupes et quelques calques, sont restées en vedette au vent du port. La croisière anglaise, assez faible comm*? nombre et comme tonnage, s'est tenue au loin.
Le 1*^ janvier, le Premier Consul arrive de nouveau à Boulogne (3) et ordonne une revue de la flottille dans le port (4).
(1) Archives nationales, ^ecrétairerie d'Etat, AFi*, 1201. Situation da 10 novembre.
(2) Lettre de Bruix, BBi^, 168, et carton AF»', 1599. — Archives nationales, Sccrétairerie d'Ktat.
(3) Letirc à Dcrrès. {Correspondance de Napoléon, 7441.)
(4) Correspowlunce de Napoléon, 7414.
Demain, à 8 heures, je ferai Tinspection de toute la flottille ; Je la verrai par division. Un commissaire de marine fera Tappel de tous les offiriers et soldats qui composent l'équipage. Tout le monde ko tiendra à son poste de bataille et avec le plus grand ordre. Aa moment où je mettrai le pied dans chaque bâtiment, on saluera de trois fois : Vivo la République I et trois fois : Vive lu Premier Consul ! Je serai accompagné, dans cette visite, de l'ingôniour en chef, du commissaire de l'armement, du c6ionei commandant l'artillerie. Pendant tout le temps de l'inspection, les équipages et garnisons de la flottille resteront à leur poste, et l'on placera des sentinelles pour empêcher que personne ne passe sur le
Tout se passe fort bien, mais le 4, au soir, Bonaparte prescrit pour le lendemain une sortie de 20 canonnières et 13 bateaux canonniers.
Le général de division chef de l'étaUmajor général, au général commandant la 2* division (Vandamme) (I).
Au quartier général à Boulogne, le 14 nivôse an xii, à 3 h. 1/4 du matin (5 janvier 1804).
Le Premier Consul Tient d*ordonner, Citoyen Général, qu^une partie de la flottille nationale sortirait à la marée de cette nuit. Les chaloupes canonnières n" 5, 7, 8, 98, 99, 100, iOI, 102, 104, 105, 125, li8, 131, 133, 142, 143, 148, 155, 156 et 158, qui ont des garnisons fournies par des régiments de votre division, sont destinées à sortir ce matin à 4 heures et doivent recevoir sur-le-champ un renfort de 10 hommes chacune. Veuillez bien. Citoyen Général, faire commander ce renfort et le faire rassembler par un chef de bataillon et un officier de votre état-major, sur le quai de la Douane, où un officier de marine ira le chercher pour le conduire à sa destination. Chaque détachement de 10 hommes devra savoir à l'avance sur quel numéro il doit être embarqué afin d'éviter tout retard et toute confusion.
Les bateaux canonniers n°» 139, 142, 148, 188, 193, 204, 209, 216,226, 227, 239, 240 et 247 vont également sortir. Us doivent recevoir un renfort de 10 hommes par bateau. Comme la 3* division, qui fournit les garnisons de ces bateaux, est trop éloignée, et que le temps presse, veuillez bien faire fournir les 130 hommes de renfort par le 46* régiment, et prendre la même précaution que pour les chaloupes canonnières, c'est-à-dire indiquer à chaque détachement de iO hommes le numéro du bateau sur lequel il' devra s'embarquer. Cette troupe se rendra également sur le quai de la Douane.
Le Général en chef vous rend responsable. Citoyen Général, de la stricte exécution de cette disposition.
J'ai l'honneur de voua saluer.
Pour le général de division chef de Tétat-major général, L'Adjudant commandant, sous-chef de C état-major général,
Signé : Lemarois.
Il ne paraît pas que la sortie ait eu lieu. Pendant tout le
qnat qui regarde la flotUllo. Toutes les péniches qui ne sont pas armées, les calques qui ne sont affectées à aucune division, prendront une place que leur assignera Tamiral ; celles attachées à la division seront à c6té des bâtiments commandant la division. Chaque bit!ment aura à ses côtés sa chaloupe.
Le vaisseau amiral, au moment où Je mettrai le pied sur la première chaloupe, tirera ÔO coups de canon ; au défaut du vaisseau amiral, la batterie du musoir.
Offlciers, matelots et garnisons seront en grand uniforme.
BONÀPARTB.
(1) Archives de la Guerre. — Côtes.
temps du séjour (1) de Bonaparte, le temps fut, du reste, affreux. « Ce pays, écrit-il à Cambacérès, ressemble beaucoup au pays d'Eole. » C'était, en effet, la deuxième fois que son arrivée à Boulogne coïncidait avec des tempêtes (2) .
Une fois Bonaparte parti, la flottille ne sortit pas davantage. D'ailleurs, Bruix, gravement malade dès le 15 janvier, dut partir en congé et fut pendant son absence remplacé par l'amiral Lacrosse.
Grâce à trois arrivages successifs (3), les 10, 28 et3l janvier, la flottille se trouva atteindre, à la fin du mois, une force considérable :
Situation des bâtiments de la flottille nationale existant à Boulogne le iO pluviôse an XII (3 î janvier) à midi (4).
Bateaux de i" espèces 4^ è ^
— en armement 5 f
Bateaux de 2« espèce iSi 182
Péniches 23 )
— au Premier Consul 3 J 2 >
— àFAmiral i )
Paquebots 9
Prames 2
Calques 7 ) ^
— au Premier Consul i j
Galiottcs à bombes 2
A Etaples,
Bateaux de 2" espèce .' . 12
Péniches i
Total des bâtiments de guerre 281
(1) Du l«'au 7 inclus.
(2) Il semble que Bruix n'eut pas à se louer des dispositions d'esprit du Premier Consul : « L'amiral Bruix, écrit Decrès, ne s'est point dissimulé votre mécontentement Il
▼oit toujours le général La Touche aux portes de Boulogne, et cette idée lui est rien moin«
qu'agréable Si lé Promier Consul croit La Touche plus capable, il le nommera et fera
bien Quoi, tu entreras dans tous les détails, tu inspecteras chaque bâtiment? Oui.
je le ferai puisqu'il le veut, quoiqu'il soit dans mon principe que cette méthode ne vaut pas
la mienne, qui est de faire faire et de se montrer rarement •
(Lettre du 7 janvier, citée par Thiers, t. III, p. 469.)
(3) Le 10 janvier 14 b&tiroents.
Le 28 — 45 —
Le 31 — 38 —
(4) Archives de la Marine, BB", 189.
Transports.
Petite pèche 43
Moyenne 28
Grande 99 , ^^
Bâtiments écuries 54
— non classés ; 40
— de Terre-Neuve 86
Total général des bàtimenU de la flottille 571
Le chef de rétat-major général de la flotlille nationale^
Lafond.
Tous ces mouvements s'étaient faits à la faveur des gros temps du sud et du sud-ouest qui forçaient les croiseurs anglais à se tenir loin des côtes (1). Il en fut de même encore le 14 février (2). Mais le 17, Tennemi chercha en vain, du reste, à empêcher le passage de nombreux bâtiments venant du Nord.
Du n pluviôse (17 février) (3).
J'ai rhonneur de vous rendre compte de l'arrivée, sur la rade de Boulogne, de 32 bâtiments venant du Nord, dont iO péniches, 10 booms et 12 petits bateaux de pèche de Blankemberg, je vous en enverrai Tétat détaillé par le courner de demain.
A 8 h. 1/2 de ce matin, Tennemi a commencé le feu sur notre convoi qui à mouillé en sûreté, 6 booms se sont échouées à l'entrée du port, mais sans aucun danger. 2 cutters anglais ayant approché, nos forts ont fait un feu soutenu qui les a forcés de reprendre le large ; les ennemis, à la vue du port se trouvent au nombre de 11, 1 vaisseau, 4 frégates, 3 bricks et 3 cutters; t autres gros bAtiments ont été aperçus à Tinstant doublant le cap Gris-Nez, ce qui porte M 3 le nombre des croiseurs anglais devant ce port.
Du 28 pluviôse (18 février) (4).
Je vous ai rendu compte hier, de l'arrivée sur la rade de Boulogne, de 32 bâtiments venant du Nord ; après ma lettre fermée, il en a paru d'autres que l'ennemi cherchait à inquiéter et, jusqu'au soir, nos batteries de terre firent un feu soutenu qui l'a forcé de tenir le large, 4 booms s'étaient échouées
(I) Le II février, Hamelin, venu de Dieppe, n'avait pu entrer à Boulogne et avait été rejeté jusqu'à Calait. Deux de ses bateaux avaient été mis à la côte. (Lettre de Brnix, BB«\ 168.)
(t) 16 bâtiments.
(3) Archives de la Marine, BB»^, 168.
(4) Archives de la Marine, BBi^, 168. — De Bruix.
5^ DBUXIEMB PARTIE. — CHAPITRE VH.
entre Wimereux et Ambleteuse, mais elles ont été renflouées, et sont entrées ce matin ; une 5* portant le n* ^ a touché près le fort la Crèche, et n a pu encore être relcTée, parce qu'elle a été plus endommagée, toutes les mesures sont prises {>our y parvenir dans la journée.
J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint, Citoyen Ministre, la liste des bâtiments arrivés hier et aujourd'hui ; elle présente un total de 65.
L'ennemi a toujours à l'ancre 1 vaisseau et 2 frégates ; il tient sous voiles 2 frégates, 4 bricks et 3 cutters.
P. 'S. — Les A booms qui étaient échouées sont en ce moment en rade ; elles entreront à la marée ; le feu de l'ennemi a coupé seulement le pic de l'une d'elles ; les vents étaient de la partie du nord, nord-est, grand frais, ce qui m'a empêché de mettre une division dehors ; le baromètre descend, et le temps annonce du changement.
Ces accidents provoquèrent de la part du Premier Consul le reproche de n'avoir pas fait sortir la flottille, laquelle, en effet, n'avait pas été une fois en rade depuis le début de novembre.
« Je vois que les embarcations anglaises ont manqué de « prendre le bateau du pilote, à Boulogne, qui venait au « secours des bâtiments échoués, qui devaient être dès lors « bien près de la côte. Pourquoi n'avoir pas fait sortir quel- « ques canonnières ou péniches pour protéger l'entrée de ces « convois (1). »
Voici comment se justifie l'amiral Lacrosse.
4 yentftse (l* février).
Je reçois à l'instant vos deux lettres du 1«' de mois. Je suis vraiment peiné de voir, par les rapports faits au Premier Consul, qu'il puisse penser que j'ai négligé les moyens à ma disposition pour protéger les divisions entrant à Boulogne. Ma correspondance a dû vous prouver, au contraire, que je cherchais à remplir ses vues à ce sujet, puisque dernièrement j'ai voulu, par la seule opinion où j'étais qu'il arriverait des bâtiments de l'est, faire sortir la division de la flottille. Je vous ai rendu compte des circonstances qui firent que deux canonnières purent seules mettre en rade.
Les convois partis de Dunkerque, d'Oslende et de Calais, nous furent annoncés par des courriers qui ne purent suivre la vitesse des bâtiments, poussés par un vent favorable, de sorte qu'au moment où l'avis me parvint, déjà les divisions avaient doublé le cap Gris-Nez.
Ce qui n'est pas exact, c'est que le pilote se soit échoué, étant chassé par une péniche anglaise. Dans la nuit du iS pluviôse, je tentais inutilement de faire
(1) Correspondance de Napoléon, Lettre à Decrès, 20 février. 7557.
A BOULOGNE. SSl
sortir une forte division, à cause de la morte^au et des sables qui se sont accrus à rouvert du port. Mais, depuis la veille, 9 péniches et 3 calques bien armées, commandées par le capitaine de frégate Renaud et V adjudant-commandant Moras, étaient sorties avec un ordre de couvrir, à Andrecelles, les bâtiments échoués, et de veiller à toute la sûreté de la côté, II est arrivé qu'à minuit, deux de nos péniches se sont, par erreur, tiré cinq ou six coups de fusil, et que le pilote qui était dehors, les Toyant près de lui faisant feu, a eu peur et s'est mis au plein.
Tel est le résultat Trai de Taflaire, et, dans cette occasion, aucune péniche anglaise n'a tenté de s'approcher de la côte ; c'est par suite de la difficulté que la division a éprouvée à sa sortie que, voyant le port s'obstruer, j'ai écrit au préfet maritime pour qu'on travaillât aux déblais des bancs qui se forment avec rapidité entre les jetées ; on s'en est occupé et on y travaille avec activité.
L'ingénieur en chef m'a dit, dans une conférence, que ces parties, élevées depuis deux mois, le sont de plus d'un mètre au-dessus du %éro de V échelle où elles étaient rendues alors (1).
Je suis, de plus, très occupé de la ligne que je dois faire placer en dehors. Un vent fort^ indépendamment des avaries majeures, oblige une portion des bâtiments à se réfugier à Calais ou à Etaples, suivant la force et la direction des vents qui régnent. Si, pendant qu'on cherche par tous les moyens d'activer la réunion de la flottille, on dissémine les bâtiments, jamais il n'y aura de flottille organisée et nos efforts n'auront pas été couronnés de tout le succès que nous désirons.
Je vous prie. Citoyen Ministre, de vouloir bien présenter au Premier Consul le précis des faits que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer et de l'assurer que, pendant que je serai chargé de la sûreté des bâtiments de la flottille, je ne négligerai aucun des moyens qui sont à ma disposition.
Je vois, par votre seconde lettre, que le contre-amiral Leissègues est chargé de parcourir la côte depuis Saint-Malo jusqu'à Cherbourg, pour accélérer le départ des bâtiments de toute espèce' appartenant à la flottille et qui auront été expédiés des 3*, 4* et 5* arrondissements.
Les vents sont aujourd'hui à l'ouest-nord-ouest, grand frais, l'ennemi croise au large, depuis le sud-ouest jusqu'au nord-ouest. ^
Le général Ney au général Soult, commandant en chef le camp
de Boulogne.
MontreoU, tl ventôse an xii (12 mars 1S04). Mon Général,
En rentrant hier de la reconnaissance que nous avons faite ensemble sur mer, en longeant la côte vers le sud-ouest, j'ai réfléchi à la possibilité de bombarder, de ce point, le port de Boulogne. Les préparatifs immenses d'embarcation qui s'y trouvent réunis, sont de nature à faire trembler l'Angleterre, et
(1) Co serait donc à près do 5 mètres aa-dessas du séro aetnel. (Voir ci-dessus).
notre sarreillaAce doit croitre en raison de ses cnûntes et de llntérèt qu'elle a i tout tenter pour en détruire la cause.
Voici, mon cher Gémirai, les olfserrationt que je tous souoiets, tant sur ce que l'ennemi peut entreprendre contre Boulogne, que sur les moyens de défense à lui opposer.
Je suppose qu'une escadre, partant d'Angleterre à minuit, arrire il la hau> teur de Boulo^e vers 4 ou 5 heures du matin, elle peut aussitôt sVmbosser entre la batterie des (jrenadiers et le fort de l'Heurt ; liO bombardes suffiraient pour occasionner le plus grand désastre dans un port étroit où se trouve un rassemblement de plus de 700 bâtiments, trop serrés entre eux pour que le dommage occasionné par les bombes et les boulets rouges ne soit pas considérable, ou que le feu i|ui s'y pourrait mettre ne soit pas effrayant (I).
L*ennemi pourrait faire le sacrifice de quelques mauTaises frégates, les faire même échouer sur le flanc de son attaque principale, en les employant à éteindre le feu des batteries rasantes, h attirer sur elles celui de la cdte, sauf à \eé brûler en cas d*échec.
Les bâtiments, dans le port de Boulogne, absolument sans défense à la marée basse, offrent un point de mire trop certain pour que Tennemi ne retire pas un grand avantigc d'un bombardement, s'il n'est repoussé k l'instant même. 11 serait, je crois, très prudent, mon cher Général, d'onlonner que les militaires employés à la garde des bâtiments aient seuls la facilité d'en approcher, afin d'empêcher que des scélérats soldés par l'Angleterre ne parviennent h y jeter des matières combustibles pour les incendier avant et même pendant l'action. Ce moment leur serait d'autant plus favorable que le tumulte occasionné par les dispositions de défense me parait inévitable, quoique je ne doute nullement que toutes les mesures de sâreté ne soient prises pour éteindre le feu aussitôt qu'il éclaterait.
La dernière attaque dirigée contre Boulogne par l'amiral Nelson, a prouvé que les bombes peuvent atteindre les bâtiments, même ceux placés au fond du port; cette conviction est alarmante pour les amis du gouvernement : la France entière a les yeux fixés sur ce point important.
L'ennemi récompenserait sans doute avec la plus grande largesse celui de ses amiraux qui parviendrait à détruire nos moyens d'embarcation ; ce succès relèverait le moral de la nation anglaise déj:\ abattu et justifierait, sous quelques rapports, la jactance des membres du Parlement qui mettaient au rang des choses impossibles la création des ports sur la Manche et présentaient les difficultés que nous aurions à vaincre pour effectuer la jonction des flottilles destinées à v entrer.
Les Anglais ont, à la vérité, répandu dans leurs feuilles publiques que la côte de fer de Boulogne éUiit d'un accès trop difficile pour obtenir quelque succès marquant d'une tentative de bombardement; cette position peut, en effet, inspirer quelque sécurité, mais nous n'en devons pas moins nous prémunir, par de vigoureuses dispositions, contre toute espèce d'attaque.
(1) La situation du 14 mars doane les chiffres suivants : 51 chaloupes. 198 bateaux. 6 1 péniches, 2 prames, 9 paquebots, 6 caïques, t galiottes à bouche ; soit : 329 bâtiments do guerre et 347 transports. En tout : C7Ô bâtiments.
Mon opinion, mon cher Général, pour s'opposer à Tentreprise d'un bombardement que Tenncmi peut projeter contre Boulogne, Wimereux, Ambleteuse et Calais, consiste dans les dispositions suivantes :
Deux ou quatre praroes placés au mouillage, sur un angle saillant, à Tembouchure de la Liane et sous la protection du feu des batteries croisantes, protégeraient efficacement Feutrée de la rade de Boulogne, et pourraient marcher à Tennemi aussitôt qu'il se présenterait pour bombarder ; une ou deux lignes de chaloupes canonnières, de péniches et de t>ateaux plats qu'on ferait également sortir tous les jours A la marée descendante et qu'on mettrait à l'ancre, soutiendraient les prames ; une garnison suffisante de troupes d'élite, prise par détachements sur les différents régiments campés aux environs de Boulogne serait spécialement destinée à ce service : on pourrait fixer son choix sur des officiers intrépides, et cette troupe d'élite pourrait être baraquée soit sur la hauteur en arrière de la tour d'Ordre, soit à la suite de la division Yandamme.
Dit que le» vaisseaux ennemis s'approcheraient du port pour commencer le bombardement^ on ordonnerait sans hésiter de les enlever à Vabordage, et, si les vents contrariaient le retour des bâtiments qui auraient ainsi marché à l'ennemi, ils pourraient se reployer sous la protection des batteries de la côte, soit sur Etaples, soit sur Wimereux, ou Ambleteuse.
Ces deux derniers ports me paraissent dans une situation aussi critique que celle de Boulogne ; les mêmes dispositions de défense pourraient leur être applicables.
Je pense, mon cher Général, que pour redoubler l'ardeur des soldats, et encourager leurs premiers efforts, on pourrait leur abandonner toutes les prises faites sur l'ennemi, et ajouter même une récompense extraordinaire pour chaque bâtiment pris h. l'abordage.
Je crois aussi, mon cher Général, qu'il serait essentiel de fixer votre attention particulière sur les moulins à vent, et tous autres signaux que l'ennemi peut se ménager dans l'étendue de votre commandement ; on ne peut être trop attentif à ôter k l'ennemi tous moyens de ralliement et de direction en cas d attaque.
Croyez, mon cher Général, que les réflexions que je vous soumets n'ont d'autre but que de concourir de tous mes moyens à tout ce qui peut contribuer h la honte de nos ennemis et à la gloire du Premier Consul ; c'est à lui seul qu'appartiennent les travaux et les préparatifs immenses que son génie a créés, et c'est k nous qu'il appartient de vaincre tous les obstacles qui s'opposent encore h l'invasion de l'Angleterre.
J'ai Fhonneur de vous saluer.
Signé : Ney.
Bien que de nouvelles divisions parviennent à Boulogne, le 19 février (20 bâtiments), le 8 mars (31), le 9 (49), le 13 (39), le 18 (14), aucun navire n'est en rade de Boulogne.
Or, c'est ce que veut absolument le Premier Consul.
Au contre^amiral Lacroue, oommMdant à Boulogne
(à lui 9eul) (1).
Boulogne, 28 reottee ao xii (19 mars 1804).
J'ai vu, par vos ordres du jour, Factivité de votre surveillance sur la flottille et sur tous ses détails. Je n*ai pas eu besoin d'y fixer Tattention du Premier Consul, qui ne cesse de voir tout par lui-même, et qui a bien distingué le bon esprit qui vous anime, et les bons résultats qui en émanent : mais il a remarqué que vous ne faites pas assez sortir des bâtiments de la flottille : tl veut toujoun 50 hdlimenU dehors, toutes les fois que Cétat de la mer le com- ]>orte; et il veut que ce service actif soit successivement rempli par les diverses divisions de la flottille, de manière que chacun à son tour s'active et s'exerce.
Je >ous écris particulièrement pour cet objet.
J'ajouterai même qu'il ne nous convient pas d'en discuter la nature, à nous qui confondons nos vues et nos vœux dans l'esprit qui Ta fait établir.
Ainsi, concertez-vous avec le général Soult sur tout ce qui sera relatif à cette institution et qui concernerait la marine, de manière à prévenir toute discussion.
Signé : Decrks.
Ainsi mis au pied du mur, Lacrosse obéit.
D'ailleurs, le port de Boulogne commence à être tout à fait encombré, et il faut absolument faire sortir quelques navires (2).
30 veDtftso (SI mars) (3).
D'après votre dépêche du 19, par laquelle vous me marquez que Fintention du Premier Consul est qu'on renonce à la partie supérieure du port de Boulogne, et que les b&timents qui s'y trouvent soient envoyés à Wimereux et à Ambleteuse, j'avais pris des dispositions dont ma lettre du 26 contenait les détails, pour évacuer le port de Boulogne qui se trouvait encombré. Le capitaine de vaisseau Gilet, commandant la f division des bateaux de 1'* espèce, était destiné pour Wimereux, et le capitaine de frégate Billard, commandant la 3'* de seconde espèce, pour Ambleteuse ; j'adjoignais à cette dernière division : 36 péniches et 27 bateaux. A Etaples, je destinais 38 grandes écuries pour embarquer 600 chevaux et 27 bâtiments pour rembarquement de troupes (le général Gombis m'ayant dit qu'il avait cette quantité de bâtiments à faire passer dans ce dernier port pour le service direct du camp de Mon treuil), j'y envoyais en outre 18 péniches sur la demande qui m*en a été faite par le commandant Bompard pour exercer les troupes à la rame et aux autres évolutions.
La répartition que j'avais ainsi faite, Gitoyen Ministre, avait été calculée sur
(1) Archives de la Marine, BB', 91. — Bureaa des ports, floiiiUe. An xn. (i) Outre la flottille de guerre il y a déjà 272 navires de transport. (3) Archives de la Marine, BB«», 168. — De Bruix.
le bon état des divisions que je détachais de Boulogne, sur Tesprit d^ordre, de discipline et de tenue que leurs équipages avaient déjà contracté, mais j'ignorais alors les dispositions du Premier Consul, que vous me prescrivez par votre lettre du 28 ; mon premier soin a été de m'y conformer, d'en écrire au Préfet maritime et de donner les ordres suivants :
La 2^ division, commandée par le lieutenant de vaisseau Maison-Blanche, ne lui était confiée que provisoirement, en Tabsence du capitaine Pévrieux ; j'ai de même provisoirement remplacé ce premier officier par le capitaine de frégate Rousseau, qui a la fermeté convenable pour le bien du service. Cette division était loin de la tenue et de l'ordre que présentent plusieurs autres; elle est comme vous le verrez, par l'état de situation ci-joint, encore en réparation ; je suis fâché de la voir s'éloigner de l'inspection immédiate du chef. Vous avez en même teipps Tétat des bateaux de la 4* division.
La division de bateaux de 2* espèce que quitte le capitaine de frégate Rousseau, et qui commence h se former, avait été donnée au lieutenant de vaisseau Coquet, qui est remplacé à son tour par le capitaine de frégate Bélenger, quoique cette division ne soit pas entièrement complète, la tenue et l'ordre qui y règne sont admirables. Je viens de conférer avec le général Bertrand, directeur des travaux du pont de Wimereux, il peut recevoir dans ce moment 20 bateaux que je vais y faire passer.
Il est important, Citoyen Ministre, que vous me fassiez connaître sur-lechamp si la flottille de 288 péniches, à organiser à Boulogne, doit y rester définitivement ; ne serait-il pas possible de détacher, dans les ports voisins, des divisions ou sections de cette flottille, à mesure qu'elle s'organisera, car ces petits b&timents, ainsi que ceux de Terre-Neuve, occupent beaucoup d'espace, et j'avais destiné le haut de la Liane à leur servir de dépôt. Vous trouverez naturelle ma circonspection, craignant de faire un mouvement qui ne s'accorderait pas avec les vues du Premier Consul ou les vôtres.
Je me conformerai aux ordres du Premier Consul, relativement à la sortie de 50 bâtiments de la flottille en rade de Boulogne et deS à iO dans chacun des ports d'Ambleteuse et Wimereux. ^attendais que les réparations de tous les bâtiments fussent achevées et que le temps critique de Véquinoxe fût passé; comme ces deux causes vont cesser, les exercices que vous me prescrivez vont commencer, dès que les temps seront favorables. Le commandant Bompard a fait à Etaples deux ou trois exercices. Les ordres les plus précis seront donnés pour l'exécution de ceux que vous me transmettez.
Aux deux états que je vous ai annoncés ci-dessous, je joins celui des objets qui doivent compléter l'armement des bateaux de Terre-Neuve ; ils seront, en très grande partie, en état de prendre la mer, ils peuvent être aussi destinés pour les ports avoisinants. Cette mesure et celle de l'évacuation dHine partie des bâtiments de la flottille seraient justifiées par l'arrivée prochaine d'une grande quantité de bâtiments que le premier vent de sud-ouest décidé, nous amènera des ports de l'Ouest.
Je vous avouerai, Citoyen Ministre, que si le travail du barrage du port doit être confectionné aussi promptement, je serai toujours embarrassé de dégager le port de Boulogne; pour cela, il faudrait en évacuer 3^0 bâtiments (\), J'ai
(1) Sur les 900 environ qui y sont déjà.
misa l'aTtince 18 péniches, prêtes à tenter un coup de main contre Fennemi, si Foccasion s'en présentait Je crois qu'il est bon d'avoir une certaine quantité de chemises soufrées ; j'en ai fait la demande à la marine qui ne peut pas les préparer. Je me suis adressé au général Soult, qui m*a promis de m'en procurer une centaine. Les précautions à prendre, tant pour l'extérieur que pour l'intérieur, ne sauraient être trop grandes ; aussi ai-je demandé que le port fût fermé d*une double chaîne.
Le service que nous aurons à remplir, dans la saison où il doit y avoir des divisions constamment en rade exige une quantité de canots légers, très manœuvrants, capables de donner des secours aux bâtiments qui en auraient besoin. J'ai déjà soumis cette demande au Préfet maritime, qui m'a répondu n'en avoir aucun à sa disposition, et que les ouvriers ne pouvaient être détournés des travaux plus importants pour s*oc«uper de ceux de ce genre. Je vous proposerai donc. Citoyen Ministre, d'en faire acheter depuis 20 pieds et au-dessus, au Havre où le commerce en a de faits pour les grands bâtiments. Nous aurions besoin d'en avoir 15 ou 20, il n'y en a même aucun pour le service des ofûciers attachés h l'état-major de l'amiral.
Je termine. Citoyen Ministre, en vous priant de me faire connaître définitif vement la quantité et l'espèce de bâtiments que je pourrai envoyer à Wimereux, Etaples et Ambleteuse, et en vous demandant de destiner, s'il est possible, quelques ofOciers dans les grades supérieurs, qui soient jeunes et intelligents. Je me ferai toujours un devoir de leur montrer, par mon exemple, la route qu'ils ont à suivre pour exécuter ponctuellement les ordres que vous me chargerez de leur donner.
M. Lafond, chef de réiat-major général de la Hottille nationale, au général Decrès, ministre de la marine et des colonies (1).
Boulogne, le 2 germinal an xii (t3 mars). Mon Général,
J'ai l'honneur de vous prévenir que, ce matin, nous avons formé une ligne d'embossage devant Boulogne, elle était composée comme ci-après :
15 bateaux de !'• espèce; 42 bateaux de 2^ espèce ;
6 bombardes;
2 galiottes à bombes.
Total : 65 bâtiments.
Cette ligne de bataille restera en rade lorsque le temps et la mer le permettront,
1 vaisseau, 2 frégates, 1 bombarde, 3 bricks et 1 galiotte ennemis sont à vue depuis le nord-ouest jusqu'au nord. Les vents sont nord-est petit frais, le temps beau.
Ci-joint Tordre du jour.
Salut et respect. Lafond.
(1) Archives de la Manne» BB»», 189.
Deux jours plus tard la ligne d'embossagc était dispersée par la tempête et une partie des bâtiments étaient même incapables de rentrer dans le port.
4 germinal (25 mars).
Les Tents au sud -ouest, grands frais, la mer très grosse, le baromètre audessous du Tariable, Thonzon chargé, les temp:» de l'équinoxe à craindre, toutes ces circonstances m'ont déterminé à faire rentrer dans le port la division qui en était sortie^ sous le commandement du capitaine de vaisseau le Roy. Une partie de cette division contrariée par la force du vent et ne pouvant, par sa position dans la ligne d'embossage, gagner le port, 4 bateaux de 1'® espèce et 8 de 2* ont fuit route pour Ambleteuse et WimereuXy le bateau de 1'* espèce n^ 1, commandé parle capitaine Auquiet, est de ce nombre; j'ai remarqué qu'il était démâté de son mAt de beaupré
Cette relâche dans les ports voisins ne présente aucun inconvénient, et ne peut au contraire qu'offrir aux équipages les moyens de s'exercer et aux capitaines rhabitude d'y entrer au besoin. Tout le reste des bâtiments de la division^est rentré avec ordre dans le port de Boulogne.
Signé : Lacrosse (1).
C'est ainsi qu'eut lieu, par la force des choses, la première entrée de bâtiments de la flottille à Wimereux.
Soult, général de la garde du gouvernement, commandant en chef
le camp de Saint-Omer,
Au quartier général, à Boulogne, le 7 germinal an xii
(28 mars 1804).
J'ai l'honneur de vous rendre compte, Citoyen Ministre, que 15 péniches et i canonnière, venant de Calais, arrivent à Tinstant en rade de Boulogne.
A chaloupes canonnières et 10 bateaux canonniers qui faisaient partie de la division qui était en rade, il y a deux jours, ayant dû appareiller et s'étant trouvés sous le vent, sont entrés dans le port de Wimereux^ qui pour la première fuiif a reçu des bâtiments, et pourrait dans ce moment en recevoir un bien plus grand nombre.
J'ai l'honneur de vous saluer.
Soult.
Avec les ports d'Etaples et d' Ambleteuse, on arrive à la répartion suivante :
(1) Archives de la Marine, BB»', 168.
9 germinal an xii (80 mars 1804) (1).
Bonlogne. Wimereiix. EUplei. Ambleteuse. Total.
Prames 2 >» » »» 2
1 ** espèce 61 » À » 65
««espèce 158 30 27 36 251
3* espèce ou péniches ilH » 2 >» 120
Péniches au Premier Consul 3 » »» >» »
— à TAmiral i »• » >» >»
— au Général en chef i »» »* >» »
Paquebots 9 » >» »• »•
Calques ^ " •• » »»
— au Premier Consul 1 »• »• »• >»
Galiottes à bombes 2 >» » *> »
363 30 33 36 IS Transports à Boulogne :
Pour l'artillerie. , 45
Pour la cavalerie (2,859 chevaux; 190
Pour bataillons 76
Non classés 23
Bâtiments de Terre-Neuve 125
Baleinières 5
Total ItÏ 474
Transports à Etaples 2
Total général 938
A partir du 26 mars, Bruix reprend son commandement.
Le temps reste beau ; Tennemi vient de nouveau mouiller près du port et celui-ci s'encombre de plus en plus, puisque 98 bâtiments sont entrés les 18, 20 et 29 mars. Pourtant, c'est le 13 avril seulement qu'est faite ime nouvelle tentative de mise en rade (2).
En présence de 35 navires ennemis, 53 bateaux de l** et 2® espèces vinrent former une ligne d'embossage dont la force est rapidement augmentée.
23 germinal (13 avril) (3).
J*ai rhonneur de vous prévenir que le nombre de bâtiments ennemis qui
(1) Archives nationales, AF»^, lîOI.
(2) Lettre de Bruix du 29 mars, BBnr, 189. 2 ▼•isseaux, 3 frégates, 2 bricks, 2 entters, 1 bombarde et I lougre sont mouillés en face du port, de Touest-nord-onest an nord-est.
(3) Archives de la Marine, BB»^ 168. — De Bruix.
sont en Tue, s'est accru jusqu'à 35 dans la journée d'hier et dans la nuit, dans ce nombre on compte : 2 vaisseaux, il frégates, 7 à 8 corvettes à 3 mAts et plusieurs autres bricks ; 28 de ces bâtiments sont mouillés depuis Boulogne jusqu'à Ambleteuse, ils communiquent beaucoup entre eux, ce qui me fait penser qu'ils ont quelques projets d'attaque sur les ports de Boulogne, Ambleteuse ou Wimereux.
Les vents ne m'avaient pas encore permis de faire sortir la flottille; ils sont devenus plus maniables cette nuit et 53 bateaux, tant de i^que de 2^ espèce, ont mis en rade à la marée du matin, avec un nombre proportionné d'embarcations légères. Je compte, la nuit prochaine, faire porter cette force au double, toutes les garnisons ont été augmentées de 20 hommes ; des péniches de vedette sont placées pendant la nuit en avant et sur les ailes de notre ligne.
J'ai également ordonné à Ambleteuse et à Wimereux les dispositions nécessaires pour éviter les surprises de l'ennemi et repousser toute attaque.
Soult, général de la garde du gouvernement, commandant en chef le camp de Saint-'Omer au Ministre de la guerre (1).
Au quartier général à BoulOKne, le 25 germia&l (15 avril 1S04) an xii de la République.
J'ai l'honneur de vous rendre compte, Citoyen Ministre, que depuis avanthier i20 bâtiments de a flottille sont en rade de Boulogne, et que dans ce nombre se trouvent comprises 2 prames, 30 chaloupes canonnières et 9 bombardes, le restant bateaux canonniers, caïques ou péniches.
Les divisions de bateaux canonniers qui sont à Ambleteuse et Wimereux, sont également en rade de ces ports.
J'ai fait fournir 20 hommes d'augmentation pour chacun des bâtiments de la flottille qui sont en rade, ce qui porte à 50 hommes, officiers compris, les garnisons des chaloupes canonnières et à 40 hommes, aussi officiers compris, les garnisons des bateaux canonniers.
L'escadre anglaise, devant Boulogne, est composée de 27 bâtiments, dont 2 vaisseaux, 7 frégates, 5 ou 6 bombardes et le restant, corvettes, bricks, cutters ou lougres.
J'ai l'honneur de vous saluer.