‹ 17941830Chapitre 116 sur 118 · NEUVIEME PARTIE · texte numérisé non relu

NEUVIEME PARTIE

2e RESTAURATION.

Nous nous hâterons : la terre manque sous nos pas: d'ailleurs , c'est Y Histoire de la Révolution que nous avons entreprise, et la Révolution est vaincue.

Si Paris était fortifié , si Fouché n'était pas Président du Gouvernement provisoire, ou s'il n'était pas un traître, les Anglais et les Prussiens n'oseraient pas s'avancer seuls sur la capitale, et la France se défendrait contre les 1,100,000 étrangers qui vont l'envahir.— Mais la trahison de Fouché, préparée et exécutée depuis longtemps , va nécessairement tout perdre.

C'est en vain que Lafayette, d'Argenson, Sèbastiani, Pontécoulant, La forêt , B. Constant, sont nommés Plénipotentiaires et partent le 24 au soir pour négocier la paix : averti par Fouché, Blûcher les arrête à Laon , et ne leur délivre des passeports que le 26, pour aller trouver, à Heidelberg, ou à Manheim, ou à Haguenau, les Souverains, qui ne voudront pas même les recevoir.

C'est en vain que la guerre est déclarée nationale; que l'École polythecnique, les Fédérés, la Garde nationale, demandent à marcher : Masséna , que Fouché a fait nommer pour la commander et qui se laisse diriger par lui, répond : « Restez tranquilles , mes amis ; quand il en sera temps» on « vous avertira. » Et on ne laisse sortir personne de Paris. Et pour mieux paralyser la défense, Fouché fait déclarer la ville en état de siège.

C'est en vain que Paris aura bientôt 120,000 soldats et 300 pièces de canon, 36,000 gardes nationaux, 30,000 fédérés, 6,000 canonniers, 500 canons et 600 pièces en batterie : la trahison de Fouché suffit pour tout neutraliser.

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Dès le 27 au matin, dans un premier conseil avec les Bureaux des Chambres et leurs principaux membres, Fouchê et Davoust, ministre de la guerre et son complice, ont déclaré que toute résistance était impossible, et qu'il ne restait qu'à rappeler les Bourbons... Cependant, Blûcher, d'accord avec Fouché pour tromper les Plénipotentiaires, ayant déclaré à Lafayette , etc., que les Souverains ne tenaient pas à Louis XVIII, on décide de lui envoyer des Commissaires pour lui demander une suspension d'armes.

Mais c'est en vain que Fouché nomme et fait partir 5 Commissaires (dont un Royaliste connu) : secrètement invité par cetraitreà ne pas perdreuneminuteet à s'avancer sansattendre les Anglais et sans rien craindre (quoiqu'il puisse être écrasé si Fouché et Davoust ne trahissaient pas) , Blûcher refuse tout, précipite sa marche sur Paris, et arrive, dès le 30 (lendemain du départ de Napoléon de la Malmaison), au pont du Pecq, qui conduit à ce château , qu'on a fait miner pour le faire sauter, mais qui doit lui être livré et qui lui est livré par un officier de la garde nationale, le traître Martainville.

C'est en vain encore que B. Constant écrit pour recommander de tenir 8 jours à Paris • Fouché répond traîtreu sèment que la chose est impossible.

Cependant, (>0,000 hommes arrivent devant Paris, sous les ordres de Grouchy, soupçonné de trahison à Waterloo. — Sol'lt, déjà acquis aux Bourbons, a refusé le commandement en chef. — Davoust prend ce commandement. — Mais c'est en vain que cette armée demande le combat, en chantant la Marseillaise, aux cris de vive la Nation! vive la liberté! vive Napoléon II ! Fouché et les principaux généraux, Davoust, Oudinot, Soult, Masséna, veulent la trahir et la livrer.

Et cependant Davoust signe, avec un grand nombre de Généraux, une adresse aux Représentants, dans laquelle ils jurent, à la face du monde, de combattre jusqu'au dernier soupir pour repousser les Bourbons ! Et la Chambre, qui ne met pasendoute la loyauté de Divoust, applaudi t avec transport î

C'est en vain qu'on a soigné et terminé les fortifications au nord, pour endormir et tromper les Parisiens : Fouché a rendu tout inutile en empêchant ou négligeant de fortifier le sud, et en faisant livrer le pont du Pecq, qui permet le passage sur la rive gauche de la Seine.

Enhardi et déterminé par la trahison de Fouché, de Da-

voust, etc., Blûcher passe la Seine et vient entourer Paris par le sud, tandis que Wellington, amenant le Comte d'Artois, vient l'entourer par le nord, et déclare enfin qu'il ne traitera qu'après le rappel de Louis XVIII.

Le 30, dans une conférence entre les principaux Pairs, les Maréchaux Soult, Grouchy, Mortier, Ney, prétendent qu'il ne reste qu'à capituler. Le Maréchal Lefebvre, les Généraux Gazan, Delaborde, Dejean, se récrient vainement contre cette faiblesse et cette pusillanimité.

Le 1er juillet, dans une nouvelle conférence entre les Bureaux des Chambres, les Ministres, les Maréchaux, etc., Fouché, Soult, Masséna, Davoust, pressent encore la capitulation , contre l'avis de Carnot, et demandent un Conseil de guerre pour le soir.

Le soir, Soult et Davoust se prononcent énergiquement pour les Bourbons, et par conséquent pour la capitulation: — Mais la Majorité repousse cet avis et sort pour aller se battre. — A peine est-elle sortie que la Minorité, restée seule, décide, avec Fouché, la capitulation, rédige son procès-verbal comme si le Conseil était unanime, et invite le Gouvernement provisoire à capituler.

Cependant l'armée, voyant les Prussiens sur la rive gauche, crie à la trahison. Mais c'est en vain qu' Excelmans les bat, le 2, à Versailles, et détruit deux de leurs plus beaux régiments : Fouché, effrayé de la possibilité d'une grande victoire, se hâte d'écrire à Blûcher et a Wellington :

« L'armée est mécontente parce qu'elle est malheureuse : rassu~ rez-la ; clic deviendra fidèle et dévouée... Les Chambres sont indociles par la môme raison : rassurez tout le monde; et tout le monde sera pour vous... Qu'on éloigne Varmée : les Chambres y consentiront, en promettant d'ajouter à la Charte les garanties spécifiées par le Koi. Four se bien entendre, il est nécessaire de s'expliquer : n'entrez donc pas à Paris avant 3 jours ; dans cet intervalle, tout sera d'accord ; on gagnera les Chambres; elles se croiront indépendantes et sanctionneront tout. C'est la persuasion qu'il faut employer. »

11 ne s'agit plus, en effet, pour les Chambres qui voient la capitulation inévitable, que de profiter du peu de temps qui leur reste pour proclamer les principes, les droits et les vœux de la Nation. — D.'jà, le 30, Manuel, qui montre un grand talent et un grand caractère, mais qu'on soupçonnait d'èti e d'intelligence avec Fouché et d'incliner vers les Bourbons, parce qu'il ne prononçait pas le nom de Napoléon II dans un

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projetd'adresserédigépar lui, a déclaré qu'il ne croyait pas que le bonheur pût exister pour la France si le règne des Bourbons recommençait; et la Chambre Ta couvert d'applaudissements. Puis elle a adopté à l'unanimité l'adresse au Peuple français, en proclamant de nouveau Napoléon II.

Mais, quoiqu'il ait reçu deux proclamations de Louis XV1I1, contresignées Prince de Talleyrand, qui traitent Farmée de satellites du tyran usurpateur, et qui parlent de révolte, de défection, de trah son, de coupables, de vengeance , tout en reconnaissant que son Gouvernement avait fait des fautes, Fouché signe, le 3 au soir, avec Blûcher et Wellington, une Capitulation d'après laquelle l'année française doit évacuer Paris dans 3 jours et se retirer derrière lu Loire,

Le 4, la Chambre, à qui Fouché envoie les proclamations et la Capitulation , vote des remerciements à l'armée, et adopte une Déclaration de droits présentée par Garât. Puis» le ô, elle adopte la Déclaration suivante, proposée par Dupont de l'Eure et par tiarrère :

« Les troupes des Puissances alliées vont occuper lu Capitale. La Chambre des Représentants n'en continuera pas moins de siéger au milieu des habitants de Paris, où la volonté expresse du Peuple a appelé ses mandataires. Elle déclare : • Qu'elle se repose avec la pluà haute confiance sur les principes de morale et d'honneur, sur la magnanimité des Puissances alliées, et sur leur respect pour l'indépendance de la Nation si positivement exprimé dans leurs manifestes;... que le gouvernement delà France, quel qu'en puisse être le chef, doit réunir les vœux de la Sation légalement em\s ;... qu'un Monarque ne peut offrir des garanties réelles, s'il ne jure d'observer une Constitution délibérée par la Représentation nationale et acceptée par le Peuple;... qu'ainsi tout Gouvernement qui n'aurait d'autre titre que les acclamations et les volontés d'un Parti, ou qui serait imposé par la force, ou qui n'adopterait pas les couleurs nationales et ne garantirait pas la liberté, l'égalité, le Gouvernement représentatif, l'abolition de la Noblesse héréditaire ancienne et nouvelle, etc., etc., n'aurait qu'une existence éphémère, et n'assurerait pas la tranquilité de la France ni de l'Europe ; que si les bases énoncées dans cette Déclaration pouvaient être méconnues ou violées, les Rcorésentants du Peuple français, s'acquittant d'un devoir sacré, PUOTKSTENT d'avance, à la face du Monde entier, contre la violence et l'usurpation;... et qu'ils contient le maintien de ces dispositions à tous les cœurs généreux, à tous les esprits éclairés, à tous les hommes jaloux de leur liberté, enfin aux générations futures 1 »

Cette Déclaration est adoptée à V unanimité, au milieu des transports d'enthousiasme, tous les Représentants étant debout, se tendant les bras et s'embrassant. Les Tribunes par

tagent cette émotion patriotique. La salle retentit des cris : Vive la liberté! Vive la Nation! haine au Despotisme! — Voilà bien le vœu de la France , exprimé pour la première fois depus le 18 brumaire. Et cette courageuse protestation retentira dans le cœur des Générations futures.

Puis, le 6, sur la proposition de Dupont de VEure, la Chambre nomme une Députation pour porter cette Déclaration aux Puissances alliées. A cette occasion , Lafayette annonce que, dans trois conférences, à Hagueneau, les Ministres étrangers ont répété qu'ils n'avaient pas la prétention de se mêler de la forme de notre Gouvernement.

Le même jour, on commence à discuter la Constitution, rédigée en 104 articles. Manuel, rapporteur, soutient la discussion. Les 51 premiers articles sont adoptés.

Le 7, Fouché annonce qu'il s'est rendu auprès des Généraux et des Ministres étrangers (et du Comte d'Artois), et que ceux-ci lui ont déclaré que les Puissances s'étaient engagées à replacer Louis XVI II sur le trône. 11 ajoute que les Tuileries sont occupées par les troupes étrangères, et que le Gouvernement provisoire est dissout.

• Continuons nos délibérations, dit Manuel. Si nous subissons les lois de la violence, laissons à d'autres l'odieux de cette violation, et que l'opprobre d'avoir étouffé les accents de la voix nationale pèse tout entier sur ceux qui oseront s'en charger! Vous avez protesté d'avance, vous protestez encore contre tout acte qui blessera notre liberté et les droits de nos mandants. Auriez-vous à redouter ces malheurs, si les promesses des Rois n'étaient point vaines ? Hé bien , disons avec cet orateur dont les paroles ont retenti dans toute l'Europe : « Nous sommes ici par la volonté du Peuple; nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes. »

La Chambre accueille ces paroles par quatre salves d'applaudissements, longtemps prolongés chaque fois. Puis elle reprend la discussion de la Constitution.

Le lendemain, 8, quand les Représentants se rendent à leur salle, ils la trouvent occupée par les Prussiens, et se retirent chez lePrésidentpour rédiger une dernière protestation.

Ils auront du moins bien constaté le vœu de la [Nation pour la liberté, pour l'égalité et pour la souveraineté du Peuple.

Quant à l'armée, la Capitulation la désespère et la met en fureur contre les Chefs qui l'ont trahie ; elle est près de massacrer les traîtres ; les soldats brisent leurs armes et déchirent leurs uniformes; quelques canonniers se tuent sur

fi?2 2# HESTAVRATI0X. ~ 1815 A 1830.

leurs pièces ; quelques Généraux et Colonels pensent à livrer bataille sans reconnaître une capitulation qui n'est qu'une trahison à leurs yeux; les Fédérés parlent aussi de s'emparer de Montmartre et d'attaquer : mais les traîtres se rient de ce désespoir impuissant ; et la police s'efforce même d'exciter la colère des habitants contre les soldats, en répandant qu'ils veulent piller et brûler Paris.

Le 7, l'armée ennemie entre brusquement dans la capitale, se range en bataille sur toutes les places et dans les principales rues , braque ses canons sur tous les ponts f et campe dans tous les jardins publics.

Cependant, les Royalistes reparaissent avec leurs mouchoirs blancs, leurs cocardes blanches, leurs drapeaux blancs, et leurs cris : Vivent les Alliés nos amis! Us voudraient môme une Saint-Barthélemy de patriotes, tandis que le Peuple préparerait peut-être des Vêpres siciliennes pour la nuit, si la police ne paralysait tous ses mouvements.

Et le 8, le Roi, ramené par les étrangers, rentre aux Tuileries, après qu'une ordonnance, contresignée Prince de Talleyrand, a rappelé tous les Fonctionnaires du 19 mars.

Et la Restauration est rétablie par la trahison de Fouchê, de Talleyrand, et de beaucoup de Maréchaux! !!

Voilà donc la seconde Restauration consommée! Voilà les Bourbons réimposés par la force, parles baïonnettes étrangères et par la trahison!... Et ce sont Fouchè, Talleyrand, qui sont leurs principaux Ministres, avec Pasquier, l'abbé Louis, etc.! Davoust conserve son commandement! C'est le triomphe de la trahison!!!

C'est également le triomphe de la déloyauté des Rois. — Dans toutes leurs proclamations, les Coalisés ont solennellement protesté qu'ils n'étaient armés que contre Napoléon, et qu'ils n'entraient en France que comme alliés et amis du Peuple français. Mais, pour déterminer leurs sujets à les défendre, ils avaient promis de leur donner des Constitutions et la liberté ; et cependant ils vont violer toutes ces promesses. Prenant désormais la place de Napoléon, ambitieux et despotes comme lui, ils vont se partager les Peuples comme de vils troupeaux, et vont détruire l'indépendance des Nations vaincues ou trop faibles pour résister. Pourquoi donc craindraient-ils de se déshonorer en violant leurs promesses envers la France?

î* RF.STALRATIO*. — 1815 A 1830. G23

Hs veulent d'abord la partager, et leur carte est dressée. Mais ils trouvent plus utile et moins dangereux exploiter leur conquête en la replaçant sous le joug d'un Prince qui consent à n'être que leur préfet et leur commis.

Si, par le traité du 26 novembre, ils garantissent le trône aux Bourbons, c'est uniquement dans l'intérêt de la Monarchie et de la légitimité, c'est-à-dire dans leur intérêt personnel. Ils n'accordent pas, mais ils imposent 'l'occupation de la France, pendant cinq années, par 150,000 de leurs soldats, sans permettre à celle-ci d'avoir plus de 22,700 hommes pour la garnison de 26 places fortes.

En un mot, les Coalisés, se transformant subitement en ennemis vainqueurs, exigent tout de la France et des Bourbons ; et les Bourbons ont la lâcheté de leur tout accorder.

Ils veulent détruire nos ponts d'Austerlilz et d'Iéna.

Us dévastent nos musées, dépouillent nos monuments publics, enlèvent les trophées de nos anciennes victoires, reprennent nos anciennes acquisitions territoriales, et nous condamnent à leur payer deux milliards pour les frais de guerre et la solde de leur armée d'occupation.

Sur leur demande, Louis XVllllicencie l'armée française.

11 leur livre nos arsenaux, nos ports, nos forteresses et nos propres frontières.

Il consent à ce que le royaume des Pays-Bas soit créé pour observer la France, et que de nouvelles forteresses y soient construites, avec notre argent, pour nous menacer continuellement.

Il fait plus : violant la capitulation de Paris (crime épouvantable ! car où s'arrêtera l'effusion du sang si les armées, ne pouvant plus se lier aux capitulations, sont réduites à s'exterminer ?), violant, disons-nous la capitulation de Paris, il livre à ses alliés les têtes de?s'ey, de Labédoyère, de Moulon- Duvernet et d'autres généraux Judiciairement assassinés!

Par compensation, le prince allemand de Hohenlohe est nommé Pair et Maréchal de France ! Wellington lui-même prend la place de Ncy ! Il figure parmi les Maréchaux de Louis XVIII, qui le décore en outre du collier de l'ordre du Saint-Esprit !

Aussi verra-t-on un journal anglais pousser l'insolence jusqu'à dire que la France est une Nahabie (province) anglaise, que Wellington est maître de Paris, et que Typo- Saëb (Prince sujet des Anglais) est aux Tuileries.

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Très-humble serviteur de la Sainte-Alliance , c'est pour obéir à ses ordres autant que pour satisfaire son besoin de despotisme qu'il ira plus tardétoulîer les révolutions espagnole et portugaise, et replacer l'Espagne et le Portugal sous le joug de deux tyrans sanguinaires ; c'est dans le même esprit qu'il approuvera l'oppression des révolutions de Naples et de Piémont, et qu'il laissera si longtemps écraser les malheureux Grecs.

Quelle humiliation pour la France ! Qu'il n'est que trop vrai, ce mot du général Lamarque, la Restauration est une halte dans la boue !

Si plus tard il envoie des secours à la Grèce, ce sera uniquement pour céder à l'opinion française et européenne.

Et si plus tard encore Charles X entreprend la conquête d'Alger, ce sera pour avoir une occasion de combler de faveurs une armée victorieuse, afin d'en faire l'instrument du coup d'État qu'il préparera contre la Nation et la liberté.

A l'extérieur, voilà l'Emigration et la Faction contre-révolutionnaire victorieuses. Le Roi n'est que son chef et son instrument.—Protégée par les armées éirangères, elle ne ménage plus rien, agit ouvertement comme un ennemi vainqueur, et traite la France comme sa conquête. — Par une simple ordonnance, elle fait illégalement un emprunt forcé de 100 millions sous le titre de réquisitions de guerre. Elle exclut 29 Pairs; elle exclut aussi les patriotes de tous les emplois publics, et s'empare de tous les pouvoirs. C'est elle qui compose exclusivement la Pairie , la Chambre des Députés, les tribunaux, lejury, les Administrations municipales et départementales, la Garde nationale, la Garde du Corps, la Garde royale et l'armée. — Elle a d'ailleurs le budget, les ambassades et l'appui de la Sainte-Alliance. Quelle force pour accomplir ses projets de domination et de vengeance !

On n'a pas oublié les projets vindicatifs de la Faction royaliste pendant nos 25 ans de révolution. En 1814, Alexandre empêchait : mais aujourd'hui cette Faction, ingrate envers le Peuple qui pouvait l'exterminer pendant les lOOjoors, s'abandonne à la vengeance et veut régner par la terreur. On pendrait Napoléon s'il était pris ; on égorgerait à Paris si les Alliés osaient le permettre. Mais à Marseille, à l'annonce de la bataille de Waterloo, les Royalistes, égarant une partie du Peuple, massacrent les Mameluks de la Garde

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impériale, d'autres militaires, des citoyens. Partout les héroïques débris de Waterloo sont traités de brigands. Les Patriotes, traités de Napolèonistes ou de Jacobins, sont poursuivis et traqués... On excite lâchement les soldats étrangers à les désarmer, à les maltraiter, à piller leurs maisons, à violer leurs femmes et leurs filles... On les fait égorger par des sicaires : les Trestaillon, les Pointu , les Truphémi, assassinent publiquement le Maréchal Brune à Avignon, le Général Ramel à Toulouse, le Général Lagarde à Nimes, et des milliers d'autres victimes. Et quand d'Argenson voudra défendre à la tribune les Protestants assassinés, les assassins trouveront des défenseurs pour faire rappeler à Tordre l'humanité courageuse.

Dès le 24 juillet, c'est Fouché, l'exécrable Fouché, qui dresse la liste des principales victimes, 38 citoyens qui resteront provisoirement à sa disposition, notamment Carnot, et 17 Généraux qui seront livrés à des commissions militaires pour être condamnés à mort par des Émigrés et des Chouans. Puis, le 12 janvier 1816, quand on aura versé des torrents de sang, et quand on voudrait encore des proscriptions par catégories, on publiera une dérisoire amnistie, dont on exceptera une foule d'individus, tous ceux contre lesquels des poursuites seront commencées, les anciens régicides ayant accepté l'acte additionnel, qui seront bannis, enfin Napoléon et sa famille, qui seront exilés à perpétuité.

Nous ne parlerons pas d'une foule de conspirations et d'insurrections provoquées par la police ou par l'oppression, de la conspiration de Didier et d'une émeute aux environs de Grenoble noyée dans le sang de malheureux paysans, d'une conspiration à Lyon et d'une émeute dans les environs, de la conspiration de l'épingle noire et de celle des patriotes de 1816, de l'exécution du colonel Caron à Col mar, decelledu général Berton, etc., à Poitiers, de la boucherie des 4 sergents de la Rochelle {Bories, Raoul, Goubens et Pommiers), exécutés ensemble à Paris, etc., etc.

Nous ne parlons pas non plus du pillage du trésor public. — Les Émigrés, les Vendéens, les Chouans, etc., reçoivent la solde de leurs grades depuis 20 ans, et des pensions; ils s'emparent de tous les emplois lucratifs; et quand le Comte T. iv. 40

d'Artois aura la couronne, ils s'adjugeront un milliard pour indemnité de leurs biens vendus.

Les plus fougueux voudraient faire révoquer la Charte et pr< clamer la Royauté absolue; la Chambre de 1815, que son ultra-royalisme fait appeler introuvable, veut proposer ou môme imposer au Roi cette révocation : mais les plus rusés, considérant cette Charte comme un masque précieux sous lequel on peut avoir tous les avantages du pouvoir absolu sans en subir les inconvénients, demandent qu'elle soit nominalement conservée, sous la condition tacite qu'elle enchaînera toujours la Nation sans que la Royauté soit jamais enchaînée par elle. — Louis XV111 la conserve donc ; mais il veut la réviser pour la rendre plus autocratique encore. — Cependant, craignant d'être entraîné par les fous de son parti , il la maintient sans révision : mais il n'est presque pas une de ses dispositions qui ne soit violée par des lois d'exception ou par une interprétation jésuitique et déloyale. C'est une Charte-mensonge.

La prétendue Représentation nationale n'est également qu'une déception. La première Chambre des Députés est la même que celle de 1814, dont les pouvoirs étaient expirés, et que le Roi conserve ou nomme parce qu'elle a accepté la déchéance de Napoléon et la Restauration. La scconde,oula Chambre introuvable, élue pendant la réaction, n'est composée que de la faction victorieuse. Dissoute le 6 septembre 1816, pour arrêter la réaction, celle qui la remplace n'est composée que d'éligibles à 1 ,000 francs et d'électeurs à 300 francs, c'est-à-dire de la Bourgeoisie. Trop libérale encore, elle est dissoute après le meurtre du ducdeBerry en 1820, et remplacée par une chambre élue par des électeurs aristocrates ayant double vote et nommant deux espèces de Députés. Aussi c'est encore la faction elle-même qui compose la Chambre. Une Chambre nouvelle sera libérale sous le ministère Martignac, en 1827 ; mais il n'y aura jamais une Représentation nationale et surtout populaire. Nous ne parlons pas d'ailleurs des fraudes et de la corruption employées pour s'assurer les Électeurs et les Députés. Quant à la Pairie, ce sont des Émigrés ou des traîtres qui la composent. Aussi condamne-t-elle ou plutôt assassine-t-elle le maréchal Ney malgré la capitulation. Decazes la rendra un moment libé-

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raie, en y nommant 59 Pairs libéraux; mais de Villèle la rendra contre-révolutionnaire par une nouvelle fournée de 76 Pairs.

Aussi, toutes les lois sont faites dans l'intérêt de l'Aristocratie, aucune dans l'intérêt du Peuple.

Parlerons-nous du système de corruption et de démoralisation adopté par la Restauration? Comment un Gouvernement qui fait la guerre à la Patrie depuis 25 ans, qui s'appuie sur l'Etranger et sur la trahison, pourrait-il être moral et juste? En niant solennellement la guerre d'Espagne, quelques jours avant cette guerre (1823), Louis XVI11 donnera, comme Louis XVI et Bonaparte, l'exemple du mensonge.

Les Prêtres, restaurés par Napoléon , après avoir été si contre-révolutionnaires, n'osent pas rétablir la dîme : mais devenus le principal appui de la Restauration, dirigés par les Jésuites, spécialement protégés par le comte d'Artois, ils organisent une vaste Congrégation secrète, qui couvre la France de missionnaires, de séminaires et de couvents. La Sorbonne remplace l'Ecole normale; la jeunesse est livrée aux frères ignorantins ; on ressuscite les miracles, la superstition , le fanatisme ; on s'efforce de rendre le Peuple ignorant, crédule, stupide; on abolit le divorce; le Clergé obtiendra même une atroce loi du sacrilège et des lois contre la presse ; et sa puissance deviendra telle avec Charles X, qu'il voudra dominer la Justice, la Noblesse et l'Armée.

Nous ne parlons pas du Gouvernement occulte, qui se confond avec la Congrégation ; qui se compose de tous les ultrà-royalistes ; qui a pour chef ou pour Roi le comte d'Artois; qui conspire presque continuellement contre Louis XVI11 ; qui l'appelle Jacobin ; et qui prépare la révocation de la Charte, la contre-révolution complète et la proclamation de l'ancien régime.

Mais le Comte d'Artois remplace Louis XVIII mort le 1 6 septembre 1824, et devient Charles X. Le plus violent ennemi de la Révolution de 89, le provocateur de l'émigration et des coalitions, le chef des Ultrà-Royalistes, de la Congrégation et du Gouvernement occulte, est maintenant Roi de France; la Contre-Révolution et les Jésuites sont sur le trône ; et personne ne doute qu'ils vont marcher ouvertement à leur but. Bientôt Charles X est sacré ; bientôt, à l'aide

des trois cents Députés-machines de de Villèle , les Émigrés obtiennent Vindemnîtê d'un milliard, l'Aristocratie la loi du droit d'aînesse, les Jésuites la loi du sacrilège. Tous demandent la loi d'amour qui doit achever d'enchaîner la presse.

Cependant, les Royalistes modérés s'effraient, et la Majorité de la Paiiie résiste; mais la fournée de soixante-seize Pairs Jésuites et contre-révolutionnaires la rend propre à tout. La Garde nationale crie : A bas Villèle / mais on la-dissout. — Une nouvelle Chambre de Députés arrête le mouvement jésuitique et contraint de remplacer le déplorable Ministère Villèle par le modéré Martignac (1827) : mais Charles X, voyageant pour tater l'opinion, et recevant de l'Aristocratie et des fonctionnaires autant d'acclamations d'amour que Napoléon en a jamais pu recevoir, croit qu'il peut tout oser, décide la violence, et appelle (8 août 1829) l'ancien conspirateur complice de Georges et Pichegru, Polignac (p. 497), gracié par Bonaparte et enfermé à Ham (p. 503), qui a refusé le serment à la Charte ; Bourmont, transfuge et déserteur à l'ennemi la veille de Waterloo ; Labourdonnaie, qui voulait des proscriptions par catégories après les Cent-Jours, etc. ; et personne ne doute que ce ne soit la Contre-Révolution qui prépare son dernier attentat.

Bientôt les Chambres sont en séance : c'est en vain que Charles X menace de son immuable volonté et que le mensonge officiel proteste de V amour qu'inspirent ses vertus; 221 Députés contre 181 lui refusent leur concours. — C'est en vain qu'il dissout la Chambre, et qu'il demande personnellement d'autres Députés ; les électeurs à trois cents francs lui renvoient les 22 1 . . . Reculera-t-il ? Non : interprétant jésuitiquement l'art. 11 de la Charte, il la viole et la tue, dissout la nouvelle Chambre, fait lui-même une nouvelle ordonnance électorale, fait une nouvelle Chambre qui ne sera composée que des séides de sa Faction, détruit la presse... C'est le 2ô Juillet... Mais arrêtons-nous un moment.

Nous Pavons vu, dès 1792, le Peuple exécrait Louis XVI, sa femme, ses frères, surtout le comte d'Artois, les Émigrés, les Prêtres, toute la Faction contre- révolutionnaire. — Le 20 mars et les Cents-Jours ont prouvé combien il détestait Louis XVIII, sa famille et ses partisants. — Ramenés par l'Étranger sur les cadavres de Wateloo, les Bourbons sont devenus plus encore un objet d'horreur pour l'armée , les Fédérés, le Peuple, les patriotes et la masse des Bonapartistes. —

2e RESTAURATION. —

Leurs alliés ont regardé une expulsion nouvelle comme tellement , certaine qu'ils les ont fait garder par 150,000 de leurs soldats; et quand la Sainte-Alliance a retiré ses troupes (en 1818) , quoiqu'il leur restât leurs gardes-du-corps, leur garde royale et leurs Suisses, l'effroi du comte d'Artois et de la Faction a été tel encore qu'ils ont envoyé des notes secrètes aux Coalisés pour les supplier de laisser leurs troupes ; ils n'ont pas môme osé tolérer la garde nationale, bien qu'organisée par eux, chamarrée de leurs croix et de leurs rubans...

— Toutes leurs lois contre la presse , contre les associations , etc., attestent leur conviction de la haine du pays... — Ils n'osent pas môme permettre de s'expliquer sur les prétendus droits que le Roi tient de sa naissance... — Ils n'osent tolérer l'élection du régicide Grégoire, qui leur annonce le sentiment public... Us ne peuvent souffrir Manuel parlant, à la tribune, de la répugnance inspirée par leur retour... Et c'est avec raison qu'un député (Foy) s'écrie : - Nous sommés 25 « contre \ . ■ Et un autre : » Nous ne sommes que 8 ici; mais la Nation

- est derrière nous. » — Aussi, la Restauration n'étant, de ta part des Bourbons et des leurs, qu'une longue oppression et une longue humiliation, elle n'est, de la part du pays, qu'une longue protestation ; car les conspirations de Grenoble, Lyon, Toulon, Paris, Béfort, Colmar, Suumur, Poitiers, la Rochelle, et cent autres ; le poignard de Louvel ;\d Société secrète de 40 à 50,000 Carbonari ; les associations pour la presse, pour la- liberté individuelle, pour les élections, pour le refus d'impôt ; la joie qu'excitent les révolutions de Grèce , d'Espagne, de Portugal, de Naples et du Piémont; les espérances que font naître les dispositions insurrectionnelles de l'année envoyée contre l'Espagne ; les cris de la garde nationale contre Villèle ; les couronnes décernées à Manuel ; ses funérailles et colles de Foy; les ovations pour les Députés populaires ; sont autant de protestations... Les émeutes, leurs cris de vu:,; l i Charte, pou-vés dans les rues, les cris de vive la liberté pousses sur l'échafaud, sont encore des protestations... En un mot, la protestation des Représentants (p. ne cesse pas de retentir, répétée par la Nation depuis 181*5 a 1830.

Et ces 40 à 50,000 Carbonari dont nous venons de pat'-> 1er sont la tète de la .Nation, à Paris et dans les départements, comprenant un grand nombre de Députés, de magistrats, d'avocats, de médecins, de professeurs, d'écrivains, de manufacturiers, de négociants, de généraux, de colonels, d'ofliciers, de sous-olficiers, etc.

L'association se divisait en ventes, ventes centrales, vente suprême ou Comité-Directeur composé presque exclusivement de Députés, quelquefois élus dans un Congrès formé par des Commissaires envoyés par les ventes centrales des départements. — Toute la Char-

2# restaur vrio*. — 1815 \ 1830.

bonnerie était révolutionnaire et voulait l'expulsion des Bourbons. La masse était Républicaine ou Constitutionnelle, voulant l'exercice de la Souveraineté nationale et une Constitution; mais la minorité était Bonapartiste ou Orléaniste. — Dans quelques ventes, on a pu faire jurer le carbonaro sur un poignard ; mais le poignard était inconnu dans le plus grand nombre.

On y comptait les Députés Lafayette, son fils, Manuel, Dupont (de VEure)JfTArgen$on, J. Kœchlin, Corcelle, Taraxre, Beauséjour, etc. (nonFoy, B. Constant, Sébastiani , Laffitte . C. Perrier, Dupin). Lafayettc et Manuel s'y partageaient Pinfluence. Lafayette se pro nonçait pour la République et voulait la proclamer dans une insurrection. Manuel , que le parti Fayettiste accusait d'être Orléaniste, n'exigeait et n'excluait ni la République ni d'Orléans, et suivait sincèrement ce principe que c'est à la Nation à se choisir sa Constitution et son Gouvernement. — La Charbonnerie fournira nonseulement presque tous les hommes de Juillet qui deviendront Républicains, mais une foule de grands fonctionnaires, après la chute de la Restauration, par exemple : Mérii.hoij (l'un des plus ardents à provoquer, à initier , à organiser, à pousser à l'insurrection, défenseur de Bories, et acceptant la défense de Berton) , qui sera Ministre et Pair de France ; Barthe (défenseur de la conspiration de Béfort), qui sera Ministre, Pair, etc. ; Cousin, Ministre et Pair ; Bérenger (de la Drôme), Pair; de Schonen, Procureur-Général à la Cour des Comptes ; Bernard, Procureur-Général à la Cour Royale, etc. ; 0. Barrot, Préfet de la Seine; Gaujat, Chaber, etc., Préfets; Chalt y-Lafosse, Aide-de-Camp du Roi; Marbot, Général; Dubois (de la Loire-Inférieure), Conseiller de l'Uni versité ; Jollivet, Mauguin, Pages (de l'Ariége), Députés ; Joubert, Directeur des Octrois ; Lavocat, condamné à mort par contumace, Directeur des Gobelins, etc.

L'insurrection est donc préparée depuis longtemps quand , le 26 juillet, apparaissent les Ordonnances violatrices de la Charte et des loi s. C'est le signal attendu... Et bientôt, après trois jours (27, 28 et 29) de barricades et de combat contre la garde royale et les Suisses, qui fusillent , canonnent et mitraillent, le Peuple vainqueur place un cadavre sur le trône de Charles X aux Tuileries... C'est en vain que, voulant reculer, le 3e jour, il offre de retirer ses Ordonnances; l'insurrection lui répond ce mot terrible et si fréquent dans l'Histoire : C'est trop tard! Vainement aussi abdiquera-tW en laveur du Duc de Bordeaux, âgédedix ans(né le 24 septembre 1820; son abdication ne profitera pas plus à son petitfils que celle de Napoléon n'a profité à son enfant ; le Peuple ne veut pas plus traiter avec aucun membre de la Branche

aînée que les Rois n'ont voulu le faire avec aucun membre de la famille Bonaparte ; et cette branche des Bourbons va rejoindre, en pays étranger, cette famille de Napoléon exilée par elle.

Qu'elle est belle cette insurrection populaire, assez longue pour constater le courage et le dévouement du Peuple, assez courte pour éviter une trop grande effusion de sang ! Qu'il est admirable ce Peuple, si calomnié depuis le 9 thermidor, qui se montre aussi modéré que brave, aussi clément et généreux que dévoué, aussi désireux de l'ordre que de la liberté ! L'ouvrier de Paris excite chez tous les peuples de l'Europe et du monde plus d'estime, de respect, d'admiration et de sympathie, que Napoléon et ses victoires n'en ont jamais excité.

Et Lafayette , qui depuis dix ans se déclare le plus ardent Républicain, se trouve à l'Hôtel -de-Ville a la tète de ce Peuple vainqueur. Et il adopte publiquement pour devise : Liberté, égalité. Et le Peuple met aveuglément sa conflance en lui. Qu'il applique donc la Déclaration des Représentants pendant les Cent-Jours (p. 620) ; qu'il proclame la Souveraineté nationale; qu'il appelle, au nom du Peuple, une Constituante ou une Convention. Mais seul , secrètement, pendant la nuit, sans consulter le Peu pie, il accepte ou choisit le Duc d'Orléans pour Lieutenant-Général du Royaume, comme le Sénat a adopté le Comte d'Artois en 1814 (p. 601). Lui qui doit si bien connaître les principes de la Constituante sur la Souveraineté du Peuple et sur une Constitution, il souffre que le nouveau Dictateur provisoire, secrètement dirigé par Talleyrand, choisisse pour Ministres des hommes de l'Empire et des hommes de Gand; qu'il conserve les Députés et les Pairs de la Restauration ; qu'il fasse lui-même, avec eux et ses Ministres, non une Constitution, mais une Charte, en conservant et modifiant seulement la Charte de 1814, sans droit électoral pour le Peuple, sans acceptation nationale.

Voilà donc sur le trône le Duc d'Orléans, que Dumouriez voulait proclamer en 1793, et que, depuis cette époque, un Parti n'a cessé de porter au pouvoir : mais avec la Charte imposée par Louis XVIII, à l'aide des baïonnettes étrangères, peut-on dire que c'est une Révolution?

Que du moins Lrmis-Philipjw défende l'indépendance de

la Nation ; qu'il appelle la France aux armes pour obtenir un traité plus juste que ceux de 1815, un désarmement général et une paix solide et durable, qui puisse assurer la prospérité du commerce et de l'industrie. Si les Rois veulent attaquer la Révolution nouvelle , tous les Peuples, trompés en 1814 et 181 5, feront leurs révolutions et empêcheront la guerre. Ob ! quel malheur, si l'on perd cette occasion, unique dans l'Histoire!—Mais on craint la liberté au dedans; et pour l'enchaîner, on évite la guerre et même le triomphe de la Démocratie en Europe. On préfère s'entendre secrètement avec les Rois. On choisit Talleyrand, l'infâme,. l'exécrable Talleyrand , pour négocier entre la Révolution et la Sainte Alliance... Nous n'avons pas la force d'achever...

Aux yeux des Rois de droit divin, le duc d'Orléans n'est, comme l'a dit Napoléon (p. 613), qu'un usurpateur. Et si les Rois se trouvaient assemblés en congrès comme au 20 mars, si leurs armées étaient sur pied comme à cette époque, qui peut douter qu'ils n'attaqueraient Louis-Philippe pour rétablir Charles Xcommeilsontattaqué Napoléon pour rétablir les Bourbons? Mais les Rois n'étant pas prêts, ils ajournent...

Attendre dix ans ce n'est rien pour la Diplomatie et pour l'Aristocratie Européenne: pendant dixans les Rois prépare rontla guerre sans perdre un moment, tandis qu'ils ruseront et exigeront dejour enjour des concessions nouvelles pour dé sarmerla France; et en 1810, l'ancienne Coalition (l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et la Prusse), qui lit une guerre si cruelle à la Révolution française, se reformera menaçante.

Qu'est-ce? Un nouveau traité pour rétablir Henri V comme celui du 25 mars 1815 pour rétablir Louis XV11I...? Un projet de partager la France pour assurer le repos des Rois , comme on voulait le faire à Pilnitz, et en 1814, et en 1815...? L'Europe qui, d'après la prophétie de Sainte-Hélène (p. 578) doit être Cosaque ou République , sera-t-elle donc Cosaque...? Mais la fatale expérience de 1814 et de 1815 ne peut être perdue ; le souvenir de la guerre nationale et des prodiges qu'enfanta le dévouement populaire ne peut être effacé... Non, la France et l'Europe ne seront pas Cosaques!

fis.

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