‹ 17941830Chapitre 12 sur 118 · LOI DU 22 PRAIRIAL · texte numérisé non relu

LOI DU 22 PRAIRIAL

Robespierre leur a imposé cette loi, comme s'il pouvait leur imposer quelque cbose,comme s'ils ne rejetaient pas ses propositions toutes les fois qu'ils le veulent, comme si ce n'était pas le plus impudent et le plus infâme mensonge !

Il parait que le principal but de Robespierre dans ce projet est de donner au Comité le droit de faire j uger les Députéssans l'autorisation de la Convention : aussi son projet,qui conserve expressément au Comité le droit de poursuite, ne parle-t-il ni des Députés ni de l'autorisation : mais les Députés qui se sentent compromis aperçoivent le danger ; et, la peur leur donnant du courage, deux d'entre eux demandent l'ajournement, dans leur intérêt personnel.

« Depuis deux mois, leur répond Robespierre, le Tribunal se plaint des entraves qui embarrassent sa marche ; il se plaint de manquer de jurés : il faut donc une loi. Ao milieu des victoires de la République , les conspirateurs sont plus actifs et plus ardents que jamais : il faut les frapper... Cette opposition inattendue qui se manifeste n'est pas naturelle; on veut diviser la Convention, on veut Vépouvanter. »

Néanmoins Bourdon demande encore l'ajournement : mais Robespierre insiste ; des applaudissements l'accueillent; et la loi est décrétée.— Les pouvoirs du Comité sont continués.

Le lendemain ( 1 1 juin), profitant de l'absence du Comité, Bourdon propose de déclarer que la Convention n'a pas entendu que ses membres pourraient être arrêtés et jugés sans son autorisation formelle : mais Merlin de Douai s'oppose à cette déclaration comme inutile, attendu que la Convention n'a pas pu se dessaisir du droit de décréter, elle-même et seule, ses propres membres.

Le jour suivant ( 12 juin ou 24 prairial), Mallarmé et Bourdon proposant de nouveaux amendements, Couthonse plaint qu'on a déloyalement profité la veille de son absence pour calomnier le Comité en prétendant qu'il voulait avoir le droit d'arrêter les Députés. Robespierre loue la Montagne , menace indirectement les Députés in trigants et attaque spécialement Tallien, qui tente vainement de se justifier, et auquel Robespierre et Billaud crient qu'il ment impudemment.

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— Et la Convention, accorda nt tout ce que demandent Robespierre et Couthon, rapporte les amendements consentis, et repousse tous les nouveaux amendements proposés.

C'est donc la Convention qui fait bien librement et volontairement cette fameuse loi ; et ce sont les Comités qui vont l'appliquer et l'exécuter en l'absence de Robespierre. Cependant, le 9 thermidor, on osera lui faire, à la tribune, un crime de cette loi, comme si ce n'était pas en faire un crime à la Convention et aux Comités ou les accuser en face de la plus odieuse lâcheté ! — Mais on peut, nous le croyons, reprocher à Robespierre de n'avoir pas demandé formellement, pour le Comité de Salut public, le pouvoir d'accuser les Députés sans autorisation, de n'avoir pas alors expliqué nettement ses intentions, et de n'avoir pas fait retirer ou modifier la loi, quand il a vu son but manqué.

$3. — Effroi des Députés menacés.

Les succès et les menaces de Robespierre contre Tallien et les intrigants répandent la terreur parmi les Députés opposants ; et bientôt ceux-ci rédigent eux-mêmes et font circuler de fausses listes de proscription pour inquiéter tout le inonde; et l'on parle de 12 proscrits , puis de 18 ; on nomme Tallien, Bourdon, etc., beaucoup d'autres qui ne sont pas réellement menacés ; et l'effroi devient tel qu'environ 60 Députés n'osent plus coucher chez eux. Ce sont 60 ennemis î

$4. — Opposition déclarée dans le Comité.

C'est alors cependant que Robespierre propose au Comité de demander l'accusation des intrigants, des corrompus, des concussionnaires, des voleurs, notamment de Tallien, Bourdon, Lecointre, Legendre, Fouché, Fréron , Barras, et quelques autres : mais Billaud-Varennes , Collot-d'Herbois , Barrèreetle Comité de Sûreté générale, refusentd'y consentir ; et nous avons vu (p. 37) qu'ils se déterminent soit par esprit ultra-révolutionnaire, soit par hostilité contre Robes-

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pierre. Mais chacun sent combien sont graves la demande et le refus: c'est une rupture ouverte; c'est la guerre; et les refusants ne vont pas manquer de tout divulguer et de se liguer avec les Tallienet consorts ! — Nous a lion s voir un acte formel d'hostilité contre Robespierre.

$5. — Robespierre indirectement attaqué.

La police du Comité de Sûreté générale découvre la Secte de la Mère de Dieu , qui fait de Robespierre un Prophète. — Aussitôt Amar, Vadier, Vouland, Jagot, saisissent cette occasion de se venger de lui en le ridiculisant indirectement et perfidement. — Ils engagent un de leurs agents (Sénart) à se faire initier dans la Secte pour la trahir et faire introduire la force armée au milieu d'une assemblée des élus et pendant une cérémonie. — Aidée par cette trahison , la Police saisit presque tous les sectaires, notamment la mère de Dieu et Dom Gerle; elle saisit aussi le certificat de civisme donnépar Robespierre à celui-ci, et même une lettre trouvée, d.t-on, dans le lit de la mère de Dieu, écrite par elle à Robespierre son fils chéri et son premier Prophète. On devine quel parti des ennemis perfides peuvent tirer de ces circonstances pour jeter du ridicule sur Robespierre. — Robespierre soppose en vain aux poursuites; la discussion devient violente ; Billaud , Collot et les autres , persistent sans donner leu r véritablemotinilsenviennentmèmejusqirauxinjuiesîetRobespien e se retire en pleurant de rage (dit M. Thiers) , ou plutôt indigné seulement et irrité de l'hostilité et de la perfidie de ses collègues : c'est évidemment la guéri e commencée.

Barrère, voulant se venger de Robespierre, rédige secrètement le rapport , qui doit être fait par Vouland, et épuise toutes les ressources de son esprit pour rendre la Secte aussi atroce que ridicule, et surtout pour atteindre indirectement et adroitement Robespierre ; et la Convention, à qui ce rapport montre une conspiration , envoie les chefs devant le Tri-

bunal révolutionnaire.— Ce rapport , cette accusation, sont encoremanifestement un acte de guerre contre Robespierre.

§ 6. — Que devrait faire Robespierre?

Nous ne savons si Robespierre a pris assez de précautions pour ne pas blesser l'amour-propre de ses collègues du Comité de Salut public et du Comité de Sûreté générale. . . Peutêtre aussi va-t-il trop vite ctmanque-t-ilà sa prudence habituelle , quand il veut poursuivre les Députés prévaricateurs, ou du moins quand il ne se borne pas à quelques-uns des plus coupables, en ayant bien soin de rassurer tous les autres ; car il faudrait frapper un trop grand nombre si Ton voulait frapper tous ceux qui le méritent, et Ton s'exposerait alors à succomber sous les efforts de coupables trop nombreux, qui ne veulent pas plus se laisser punir que s'ils étaient innocents.

Pour mieux prouver sa prudence habituelle et son humanité, nous reviendrons sur un ancien fait important. — Nous avons vu (T. 111, p. 137) que Robespierre s'opposa à l'accusation des 73 Girondins signataires de la protestation contre le 31 mai , tous arrêtés en vertu d'un premier décret. Voici comment il combattit, le 3 octobre, la proposition de les envoyer tous devant le Tribunal révolutionnaire et à l'échafaud, proposition faite par quelques Montagnards, appuyée par Thuriot et Amar, et encouragée par les Comités.

« La Convention ne doit pas chercher à multiplier les coupables ; c'est aux Chefs de la Faction qu'elle doit s'attacher : la punition des Chefs épouvantera les traîtres et sauvera la Patrie. La plupart de ces grands criminels sont compris dans le décret d'accusation : s'il en est d'autres parmi ceux que vous avez mis en état d'arrestation, le Comité de Sûreté générale vous en présentera la liste, et vous serez toujours libres de les frapper. Mais, citoyens, faites attention que parmi les hommes que vous avez vus traîner le char des ambitieux que vous avez démasqués, il en est beaucoup d'égarés; sachez... (Ici quelques murmures partis du sommet de la Montagne interrompent Robespierre, qui s'écrie ) : « Je dis mon opinion en présence du Peuple, et je le prends pour juge de mes intentions. — Sachez, citoyens, que vous ne serez véritablement défendus que par ceux qui auront le

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