LES MONTAGNARDS ET LES THERMIDORIENS
royalisme et à la contre-révolution ; mais ils inclinent à la réaction ; et nous les verrons bientôt proscrire ou persécuter les Montagnards et les patriotes... A eux surtout la responsabilité de l'avenir! A eux le mépris, la haine et l'exécration de la Postérité!
§ 8. — Lutte entre les Montagnard* et les Thermidoriens.
Le 26 thermidor , les Montagnards (Duhem, ami de Billaud, Baudot t Vadier, Taille fer, Gamett) se prononcent contre l'Aristocratie qui lève la tète et agite les Sections , et contre le modérantisme qui l'appuie.— Mais les Thermidoriens (Bourdon, Lecointre, Merlin de Thionville, Tallien) les combattent en se démasquant :
« Ils est temps, s'écrie Merlin, que toutes les Factions renoncent à se servir des marches du trône de Robespierre. On ne doit rien faire à demi; et, il faut l'avouer, dans la journée du 9, la Convention a fait beaucoup de choses à demi : si elle a laissé des tyrans ici, au moins ils devraient se taire 1 »
Bien ! voilà les montagnards purs qui sont des Tyrans pour leurs complices et les Thermidoriens! Voilà le rénégat Merlin qui dit qu'on aurait dû les tuer tous avec Robespierre !
« ... Continuateurs de Robespierre, s'écrie aussi Tallien, n'espérez aucun succès 1 La Convention est déterminée à périr plutôt que de souffrir une nouvelle tyrannie. •
Et de nombreux applaudissements prouvent que les Thermidoriens et la Plaine approuvent ces menaces de l'huissier Merlin et du garçon imprimeur Tallien. Ainsi , l'on voit les Montagnards en masse traités maintenant de tyrans comme Robespierre, de complices et de continuateurs de Robespierre, par les apostats Tallien et Merlin î . . . Cest malheureux pour la République ; mais n'est-ce pas bien fait pour les imbéciles et les lâches qui ont aidé ces voleurs à tuer Robespierre?
« Pour moi, continue l'hypocrite et le septembriseur Tallien, je fais un aveu sincère ; j'aime mieux voir aujourd'hui en liberté 20 Aristocrates qu'on reprendra demain que de voir un patriote rester dans les fers. Eh quoi 1 la République, avec ses I ,*00,000 citoyens armés.
aurait peur de quelques Aristocrates! Non, elle est trop grando ; elle saura partout découvrir et frapper ses ennemis. •
Vous devinez les applaudissements de la Plaine 1 Et Vous pouvez deviner aussi que l'infâme Talîien entend qu'on élargira les Aristocrates pour emprisonner les patriotes!
§9. — Épuration forcée des Jacobins.
Les Jacobins, dont la salle a été violemment fermée dans la nuit du 9 au 10 thermidor, n'obtiennent l'autorisation de se réunir qu'à la condition de s'épurer en excluant tous ceux qui se seraient rendus à la Commune pour combattre la Convention. Quatre des membres les plus anciens ont été chargés de faire cette épuration; mais , après quelques jours, la Société se retrouve composée comme auparavant, et remplie d'hommes qui regrettent Robespierre, Saint-Just, etc. , comme des martyrs de la liberté et des victimes de la contre-révolution— Aussi les Jacobins partagent les calomnies et les haines dirigées contre la mémoire de Robespierre ; on les appelle queue de Robespierre ou Terroristes, ainsi que les partisans du système renversé ; et ces noms de Jacobins et de Terroristes vont devenir des titres de persécution et de proscription.
§ 10. — Destitution da Peuple.
Les Thermidoriens réduisent le nombre des Comités révolutionnairesà 12 pour Parisau lieu de 48, en réduisant aussi leurs pouvoirs et en les renouvelant par quart chaque mois. —Les assemblées des Sections n'auront plus lieu que tous les décadis, et les citoyens ne recevront plus 40 sous par séance : c'est une véritable destitution du Peuple.
Toutes les Municipalités, tous lesComités révolutionnaires, toutes les Sociétés populaires, sont épurés dictatorialement, dans toute la France, par des Représentants Thermidoriens, qui excluent tous les partisans de Robespierre et les remplacent par des partisans de Thermidor . Ces représentantsThermidoriens font même arrêter arbitrairement partout les Jaco-
PARTI THhKUIDORIKW — JEUNESSE DORÉE. 149
bins les plus redoutables. — Le Tribunal révolutionnaire est réorganisé et composé de Juges et de Jurés anti-Robespierristes. En un mot, le Parti Thermidorien, s'appuyant sur les Girondins et les Royalistes, organise partout le pouvoir pour en être maître et pour affaiblir la puissance populaire.
§ 11. — Liberté de la Presse perfidement rétablie.
Le Gouvernement révolutionnaire a, pour ainsi dire, supprimé de fait la liberté de la presse en poursuivant comme Suspects ou ennemis tous les écrivains qui auraient osé attaquer la Révolution et la Dictature révolutionnaire. — Aujourd'hui, les Aristocrates, les contre-révolutionnaires, les Girondins et les Thermidoriens , demandent la liberté de la presse afin d'attaquer la mémoire de Robespierre, les révolutionnaires et la Révolution.
Les Montagnards veulent en vain s'y opposer : Fréron et Tallien, deux des principaux Thermidoriens, associés pour publier un journal, Y Orateur du Peuple, font décréter cette liberté dans leur intérêt personnel, au risque d'enflammer toutes les passions et d'allumer la guerre civile. Et les Journaux Royalistes, Girondins, Dantonistes ou Thermidoriens, reparaissent en foule, avec une foule de brochures, pour attaquer, insulter, calomnier la Révolution en la personne de Rofcespierre,etmenacerlesJacobinsettoutle parti populaire.
§ 12. — I*es révolutionnaires se réfugient au Club électoral.
Tous les révolutionnaires destitués par suite de l'épuration thermidorienne, sentant la nécessité de se soutenir mutuellement, se réunissent principalement dans le Club électoral, qui siège toujours à FÉvcché, et qui devient ainsi très-nombreux : c'est là le nouveau camp du parti populaire.
§ 13. — Parti thermidorien. — Jeunesse dorée.
Nous avons déjà dit que tous les partisans du 9 thermidor (G irondi ns , Aristocrates , contre-révolutionnaires) se réunis-
sent maintenant dans les Sections, où le Peuple parait moins et où ils parviennent à avoir la majorité. La Jeunesse de ces trois classes, c'est-à-dire la jeunesse riche, qu'on appellera bientôt la Jeunesse dorée, bien mise, élégante, maîtresse de son temps, influente par sa fortune et son éducation, brave quoique fuyant la réquisition militaire, ardente, enthousiaste, excitée par les femmes de l'Aristocratie et de la Bourgeoisie, échauffée et dirigée par le journal de Tallien et de Fréron, forme Y Armée contre-révolutionnaire des Thermidoriens, et se réunit habituellement au Palais-Royal.
8 14. — Réaction contre-révolutionnaire.
Les Thermidoriens, affectant de tenir un juste-milieu entre les contre-révolutionnaires et les Jacobins , conserven t le Gouvernement révolutionnaire pour plaire à ceux-ci , et abolissent le régime de la Terreur pour plaire à ceux-là , en inclinant secrètement de leur côté. Mais on devine combien de mécontents ont dû naturellement faire parmi les Aristocratesdetoute espèce le régime de la Terreur, le Gouvernement révolutionnaire même, le maximum, les réquisitions, les assignats, la cessation du commerce intérieur, la ruine de beaucoup de villes maritimes, industrielles, commerçantes î— On devine la violence de tous ces mécontents contre le régime révolutionnaire , leurs cris , leurs exigences ! — On devine les espérances des royalistes, des émigrés, des prêtres! Et l'on devine aussi l'inquiétude et l'irritation des Jacobins.
Les contre-révolutionnaires veulent tout changer, tandis que les Jacobins veulent tout conserver, pendant quelque temps encore, et non pas indéfiniment, comme l'affirme à tort M. Thiers; car personne ne peut vouloir et ne veut indéfiniment la Terreur.
La lutte et la guerre civile, comprimées et prévenues jusqu'au 9 thermidor, vont donc recommencer avec fureur.
§ 15. — X*s Thermidoriens attaquent les anciens Comités.
Bientôt les anciens Comités eux-mêmes, surtout ceux de
LES TllEAMIDORIENS ET LES ANCIENS COMITÉS. loi
Salut public et de Sûreté générale, sont attaqués dans la Convention.
- Quoiqu'il saient contribué à renverser Robespierre, dit M. Thiers, on affirme qu'ils ne se sont brouillés avec lui que par ambition et pour le partage de la tyrannie, mais qu'au fond ils avaient les mêmes principes et qu'ils veulent aujourd'hui continuer à leur profit le môme système. -
Le 12 fructidor (29 août), le Thermidorien Lecoint re, qui a eu la lâcheté de flatter encore Robespierre le 8 thermidor, en demandant l'impression de son discours (p. 79), dénonce trois membres du Comité de Salut public, Billaud, Collot, Barrère, et quatre membres du Comité de Sûreté générale, David, Vadier, Amar, Vouland, comme complices et continuateurs de Robespierre.... C'est un malheur pour le Peuple, parce que c'est le signal d'une sanglante réaction; mais c'est une juste punition pour tous les ennemis de Robespierre. — Il présente contre eux 26 chefs d'accusation : il les accuse d'avoir exécuté le système de la Terreur; d'avoir signé des actesde proscription , d'avoir fortement contribué à la mort de Danton; d'avoir défendu la loi du 22 prairial ; de n'avoir pas dénoncé la retraite de Robespierre....
* Tous les reproches qu'on leur fait, s'écrie le Montagnard Goujon envoyé depuis longtemps aux armées, portent sur la Convention elle-même. Oui, c'est la Convention qu'on accuse; c'est au Peupla français qu'on fait le procès, puisqu'ils ont souffert l'une et l'autre la tyrannie de l'uïfame Robespierre. »
Quel chaos, quelle confusion d'idées contradictoires! Sans doute les Thermidoriens sont des misérables d'attaquer Billaud et autres, parce que c'est attaquer la Convention et le Peuple, qui sont innocents -.autrement, ces misérables Lecointre, Legendre,Tallien, Fouché, etc., seraient plus coupables, puisqu'ils ont non-seulement souffert, mais loué et encensé Robespierre : mais aussi comment les Comités, la Convention, les Thermidoriens et le Peuple, seraient-ils inattaquables si Robespierre avait été un tyran et un t»fâme dont ils auraient lâchement souffert et appuyé la tyrannie ? Et si les Comités, la Convention, les Thermidoriens
COftVLKTIOA. — 1794.
et le Peuple, sont irréprochables, comment Goujon peut iï appeler Robespierre un infâme Tyran ?
Mais nous nous rappelons que le Comité de Salut public accordait à Robespierre le sacrifice de toute la Séquelle Dantonisle (p. 68); les Thermidoriens, qui ne peuvent l'ignorer, veulent donc se venger à tout prix des Comités.
« Nous défions Lecointre de prouver ses accusations, répond Bitlaud. Depuis la chute du Tyran, nous sommes en butte aux attaques de tou3 les intrigants, et nous déclarons que la vie n'a aucun prix pour nous s'ils doivent remporter... Depuis longtemps nous méditions le 9 Thermidor... C'est nous qui les premiers avons dénoncé Robespierre.... Si la mort de Danton est un crime, je suis 1$ premier coupable : mais Danton était complice de Robespierre; il était le point de ralliement de tous les contre-révolutionnaires ; et s'il avait vécu , la liberté aurait été perdue.... Depuis quelque temps, nous voyons s'agiter de nouveau les intrigants, les voleurs... »
Quel galimathias encore de la part de Billaud ! Quoi, il appelle Robespierre un tyran dont il méditait la mort depuis longtemps, et il prétend que Danton, autour duquel se ralliaient tous les contre-révolutionnaires, était le complice de Robespierre, en sorte que, suivant lui, Robespierre aurait favorisé les contre-révolutionnaires ! Et pour renverser Robespierre, complice de Danton, il s'est ligué avec ceux qu'il appelle la Séquelle de Danton, avec les intrigants et les voleurs, qui servent de point de ralliement aux contre-révolutionnaires ! Est-il possible d'être plus aveugle, plus imprévoyant, plus insensé, plus coupable envers la Révolution?
Plusieurs Montagnards, Duhem, Cambon, Vadier, crient que les accusations de Lecointre sont inspirées par les voleurs et par les aristocrates qui veulent déshonorer la Convention, la Nation, la Révolution.' ■ — Et la Plaine, qui voit le danger d'une pareille discussion, se hâte de l'écarter par Tordre du jour.
Cependant, le lendemain, les Montagnards, furieux, somment Lecointre àe prouver ses 26 chefs d'accusation en produisant des pièces écrites ; et la Convention ordonne que la discussion soit rouverte. Mais Lecointre ne peut rapporter »