AFFAIBLISSEMENT DES JACOBINS
scs tribunes , et surtout dans les Assemblées de Section s tous les décadis... Là, les Aristocrates et les Thermidoriens demandent la lecture du Rapport de Robert-Lindet (p. lf>G) , et les révolutionnaires celle de l'Adresse des Jacobins à toutes les Sociétés populaires. On crie, on se dispute, on se menace, on se bat.
Les Thermidoriens ne manquent pas de se plaindre de ces violences à la Convention, et de les attribuer, soit aux anciens Comités révolutionnaires abolis, soit aux Jacobins... Leurs plaintes et leurs cris redoublent quand une Députation du Club électoral vient demander que Y élection des officiers municipaux soit rendue au Peuple, que la Commune de Paris soit complétée, et que les Sections puissent se réunir deux fois par semaine.— A la lecture de cette pétition, les Thermidoriens demandent des mesures sévères contre les membres des Comités révolutionnaires. —Mais le lâche et vindi catif Legendre s'écrie qu'il faut remonter plus haut; que ce sont les membres des anciens Comités de Salut public et de Sûreté générale (Billaud, Collot, Barrère, etc.) qui sont la première cause du désordre, en abusant de Yirfdulgence de l'Assemblée ; et qu'il est nécessaire de punir leur ancienne tyrannie pour en empêcher une nouvelle. — Cependant, après un effroyable tumulte, la Convention repousse une seconde fois l'accusation. — Et c'est contre le Club électoral et contre les Jacobins que l'orage va retomber.
$ 28. — Affaiblissement des Jacobins.
Aussi despotes qu'aucun Gouvernement précédent, les Thermidoriens ne veulent souffrir aucune résistance à leur tyrannie, et travaillent à détruire le droit de pétition et les Sociétés populaires, surtout les Jacobins, qui leur inspirent autant de haine que jadis à Louis XVI, aux Feuillants, à Lafayette, aux Girondins et à la Coalition étrangère... D'abord, on imagine et Ton adopte une adresse an Peuple français pour bien établir la Dictature thermidorienne
« Les adresses sont impuissantes, s'écrie le thermidorien Richard : c'est de la vigueur qu'il faut déployer 1 •
« C'est une exacte discipline (c'est-à-dire l'obéissance servile) qu'il faut établir, s'écrie le féroce modéré Bourdon de l'Oise... 11 ne faut pas qu'on puisse nous accuser d'anarchie... Détrompons nos ennemis ! C'est par l'abus des Sociétés populaires et du droit de pétition qu'ils veulent nous détruire ; c'est cet abus qu'il faut réprimer. •
Point de pétitions ! c'est un abus ! Voilà le langage et le prétexte de tous les Despotismes.
Pour réprimer cet abus, on décide d'abord qu'aucun Député ne pourra faire partie d'une Société populaire : mais, sur la réclamation des Montagnards, ce décret est aussitôt rapporté... Puis, sur la proposition de Dubois-Crancé, on décide que les Jacobins de Paris seront épurés de nouveau par la Convention.
Les réclamations des Jacobins qui se plaignent que la Convention veut faire contre eux ce que Louis XVI n'aurait pas osé faire, et une nouvelle séance du Club électoral (réuni dans une des salles du Musée), dans laquelle on a reconnu que les pouvoirs de la Convention étaient expirés puisqu'elle n'a été élue que pour juger Louis XVI et faire une Constitution , irritent la colère Thermidorienne. — Le 16 octobre, le Comité propose un décret qui défend toute affiliation, toute fédération, toute correspondance en nom collectif entre les Sociétés populaires, et toute pétition ou adresse en nom collectif. — Les Montagnards combattent ce projet et en demandent l'ajournement.
- Citoyens, répond le cynique Merlin de Thionvillc, quand il fut question d'établir la République, vous l'avez décrétée sans ajournement : aujourd'hui, il s'agit en quelque sorte de Vétablir une seconde fois, en la sauvant des Sociétés populaires coalisées contre elle... »
Quel infâme mensonge !
- Citoyens, il ne faut pas craindre d'aborder cette caverne malgré le sang et les cadavres qui en obstruent l'entrée. Osez y pénétrer ! osez en chasser les fripons et les assassins ! -
Et ce sont les voleurs, les débouchés et les assassins, qui
RÉACTION EN FINANCES. lt>7
traitent ainsi la Société qui compte beaucoup de membres illustres, qui a toujours prècné la morale, qui a toujours uni l'humanité à l'énergie, et qui, suivant un décret de la Convention elle-même, a toujours bien mérité de la Patrie! (p. 15.) — Mais les Thermidoriens l'emportent ; le Décret est rendu ; et les Jacobins ont la bonhomie de ne pas s'inquiéter, parce qu'ils pourront toujours correspondre par des circulaires rédigées d'une certaine manière.
$ 29. — Réaction en finances , etc.
Les mesures financières du Gouvernementrévolutionnaire (maximum, réquisitions, assignats, etc.), excitent autant de plaintes et de cris que les emprisonnements et les supplices.
« Les Thermidoriens, dit M. Thiers, fort ignorants en économie» politique, s'attachent à censurer d'une manière amère et outrageante tout ce qui s'est fait en ce genre... Ils dirigent, et Tallien surtout, les plus sottes et les plus injustes attaques contre Canibon, Robert- Lindet, et leurs opérations. »
Et voilà cependant le héros thermidorien !
« Ah! tu m'attaques, s'écrie Cambon en s'élançant à la tribune et en s'adressant à Tallien ; tu veux jeter des nuages sur ma probité ! Hé bien, je vais te prouver que tu es un voleur et un assassin. Tu n'as pas rendu tes comptes de Secrétaire de la Commune, et j'en ai la preuve au Comité des finances ; tu as ordonnancé une dépense de < ,500,000 fr. pour un objet qui te couvrira de honte. Tu n'as pas rendu tes comptes de ta mission à Bordeaux, et j'ai encore la preuve de tout cela au Comité. Tu resteras à jamais suspect de complicité dans les crimes de Septembre; et je vais te prouver, par tes propres paroles, cette complicité qui devrait à jamais te condamner au silence. »
Et voilà le Caton que, suivant M. Thiers, la Déesse Cabanis a choisi pour jouer le rôle de pacificateur et de réformateur! Voilà l'honnête homme qui remplace Robespierre après l'avoir assassiné î Du reste, Cambon mérite bien d'être calomnié par lui, après s'être ligué avec lui, qu'il connaissait comme un voleur et un assassin, pour calomnier et tuer Robespierre ! Et pourquoi ne serait-il pas attaqué comme Robespierre, puisqu'il était plus Dictateur, plus tyran, plus
révolutionnaire, dans son département des finances?.. . Maisr chaque jour, il redit aux Thermidoriens, à la tribune : « Tallien m' accuser, moi! vile canaille! » — Après beaucoup de discussions, la Convention modifie les lois sur le maximum, les réquisitions, les assignats, le commerce.
$ 30. — Réaction en faveur des Girondins, des Suspects , de
la Vendée.
Toutes les lois contre les adversaires de la Révolution sont modifiées par les Thermidoriens, d'accordavec la Plaine et les Aristocrates. — Les contumaces, condamnés par les Commissions révolutionnaires, et les Suspects fugitifs ou cachés, sont autorisés à rentrer chez eux ; — l'administration de leurs biens est rendue aux Suspects encore détenus ; — le décret contre Lyon est révoqué, et cette ville reprend son nom ; — la mise hors la loi , décrétée (probablement sur la demande de Tallien) contre la Commission Girondine de Bordeaux, est rapportée ; — la colonne qui devait être élevée à Caen contre le Fédéralisme est annulée par un décret ; — de nouveaux Représentants et de nouveaux Généraux sont envoyés en Vendée et en Bretagne, pour les pacifier en les amnistiant.
Toujours nécessairement entraînée par l'impulsion réactionnaire, la Convention rappellera-t-elle les 73 Députés Girondins exclus après le 31 mai et détenus à Brest? — L'opinion Girondine demande leur rappel ; la Plaine applaudit ; les Thermidoriens, tous partisans et votants du 31 mai, sontencoreembarrassés pour sedonner un nouveau démenti; la Montagne, qui se voit perdue, s'oppose vivement ; la question est ajournée ; mais le rappel est une conséquence presque inévitable du 9 thermidor... Et le Comité de Salut public, les Billaud, Collot, Barrère, etc., les Montagnards euxmêmes, ne l'ont pas prévu avant d'assassiner Robespierre ï Oh ! qu'ils ont été aveugles ou criminels ï — Nous allons voir d'autres périls pour les Montagnards.