OUTRAGES CONTRE MARAT
tous les spectacles et dans tous les lieux publics ; la Jeunesse se précipite aux halles, y barbouille le buste avec du sang et le précipite ensuite dans la boue ; puis elle organise une troupe d'enfants qui le portent en procession dans la rue Montmartre pour le jeter dans un égout.
Puis les Thermidoriens , qui accusaient Robespierre de n'avoir pas aimé Marat (p. 103), et qui ont porté celui-ci au Panthéon, poussent à toutes ces violences contre l'ordre public, proposent et rendent un décret portant qu'aucun citoyen ne pourra être admis au Panthéon que 20 ans après sa mort, qu'aucun buste ou portrait ne pourra être exposé dans les lieux publics, et que ces dispositions auront un effet rétroactif (afin d'expulser Marat).
Mais les Ther midoriens étaient la plupart des Cordeliers et des amis de Marat ! Fréron , le chef du mouvement actuel, était le rédacteur du Journal des Cordeliers ! La même Convention a assisté tout entière aux funérailles de Marat (T. III, p. 429) et lui a volontairement décerné les honneurs du Panthéon î C'est depuis le 9 thermidor, il y a quatre mois seulement, qu'elle a librement et volontairement fait transporter en pompe les restes de Marat au Panthéon ! Et elle viole tous les principes pour l'exclure aujourd'hui ! Quelle lâcheté précédemment ! quelle rouerie, il y a quatre mois ! quelle violence aujourd'hui ! que d'infâmes palinodies ! que tous ces Thermidoriens sont ignobles !
Les Jacobins , sentant bien que toutes ces violences sont des menaces contre eux et la Révolution, se ressemblent armés dans les faubourgs, y promènent en triomphe le buste de Marat, et attendent que la Jeunesse dorée vienne les attaquer. Mais les Thermidoriens, plus adroits, retiennent la Jeunesse, font fermer le Club des Quinze- Vingts, et défendent les processions de ce genre.
Nous avons bien peur que les Jacobins et le Peuple ne se fassent toujours battre maintenant, faute de bons chefs, de discipline et de prudence !
Le 9 janvier , les bustes de Marat et de Lepelletier sont
enlevés de la salle de la Convention ; on enlève aussi deux beaux tableaux de,David les représentant tous deux mou rants Ce ne sont que des pierres et des toiles qui disparaissent ; majs les Montagnards sentent ( trop tard) que c'est la Révolution qu'on attaque !
$ 16. — Abolition des réquisitions , dn maximum , etc.
Les reproches qu'adresse Boissy-d'Anglas à la Commission des approvisionnements, présidée par Robert-Lindet , sont aussi injustes que ridicules, dit M. Thiers.— Néanmoins, les lois sur le maximum et sur les réquisitions sont rapportées , comme d'entraînement , par la Réaction thermidorienne ; les 10,000 employés de la Commission des approvisionnements sont supprimés ; le système des fournitures , des entreprises, en un mot , du commerce et de l'Industrie par les particuliers à l'exclusion du Gouvernement, est rétabli, à la grande satisfaction des fournisseurs, des entrepreneurs et des agioteurs ; la grande manufacture d'armes de Paris est supprimée avec tous ses ouvriers.
Nous ne savons comment Robespierre et les Jacobins auraient fait cesser les mesures exceptionnelles et transitoires imaginées pour alimenter et armer le Peuple pendant !a crise révolutionnaire ; mai s certainement, en les supprimant brusquement aujourd'hui, les Thermidorieus consultent l'intérêt de l'Aristocratie, de la Bourgeoisie et des fournisseurs, beaucoup plus que celui du Peuple.
Quant aux assignats , créés pour 8 milliards et garantis par 15 milliards de biens nationaux , leur dépréciation augmente toujours parce que la crainte d'une Restauration empêche d'acheter les biens nationaux ; et cette dépréciation . qui les réduit à un ou deux dixièmes de leur valeur nominale, augmente le désordre, la misère du peuple et le mécontentement : mais les Thermidoriens ne savent trouver aucun remède et se résignent à continuer en attendant la