RAPPEL DES GIRONDINS MIS HORS LA LOI
banqueroute. — Et quelques agioteurs font encore des fortunes colossales en agiotant sur les biens nationaux.
$ 17. - Crainte, de famine.
L'abolition du maximum fait élever toutes les denrées à un prix que le Peuple ne peut atteindre ; la gelée empêche les arrivages ; les approvisionnements ne sont plus assurés ; on ne peut plus avoir du pain qu'avec des cartes ; la crainte de la famine agite tous les esprits.
• Voilà, disent les Montagnards, l'effet de Pabolition du maximum ! Renoncez à toute réaction ! — Voilà, répondent les Girondins et la Plaine, l'effet de l'ancienne Terreur ! Punissez tous les coupables ! réparez toutes les injustices. •
Bonne manière de nourrir le malheureux Peuple !
$ 1S. — Nouvelle proposition d'accusation contre Billaud, etc.
On n'a pas oublié sans doute que les Comités ont décidé qu'il y avait lieu à examen contre Billaud, Collot, Barrère et Vadier(p. 177). — La Commission du 21 propose de les mettre en accusation et de les arrêter provisoirement. — L'arrestation est votée à une immense majorité , formée des Thermidoriens, de la Plaine et des Girondins.
§ 19. — Rappel des Girondins mis hors la loi.
La Réaction ne s'arrêtera plus : tandis qu'elle demande des vengeances , au milieu de ses fêtes et de la misère du Peuple, elle demande de nouveau le rappel des 5 Girondins mis hors la loi pour leur rébellion et récemment amnistié?. —C est le fameux Situés qui le dèmande, en reprenant la parole pour la première fois après un lâche silence depuis trois ans.
« Toute Thistoire de la Convention, dit-il , se partage en deux époques : depuis le 21 septembre jusqu'au 21 mai, oppression de la Convention par le Peuple égaré ; depuis le 31 mai jusque aujourd'hui, oppression du Peuple par la Convemion tybanniske. »
Voilà un bel ék*e de la Convention ! Elle aurait eu la lâcheté ou runbéciilité de se laisser opprimer par le peuple de Paris , puis la lâcheté et runbéciilité de se laisser tyranniser par Robespierre, et la criminelle injustice détre son instrument et son complice pour opprimer le Peuple ! Et lui. Sieyés , avec tout son génie, n'a rien empêché et s'est laissé opprimer et tyranniser pour être oppresseur ' Et il appelle tyrans ceux qui ont sauvé le pays contre la Coalition ! H approuve et défend ceux qui ont commis le crime d'insurrection et de guerre civile ! Oh ! que le génie est peu de chose en révolution quand il n'est pas soutenu par le caractère '
• Dès ce jour, ajoute-t-il, vous prouverez que roi» êtes libres en rappelant vos collègues (révoltés, insurgés); une pareille mesure ne peut paâ même être discutée ; elle est de pUxn droit. »
Voilà de la tyrannie , comme messieurs les Girondins en auraient fait s'ils avaient été les plus forts ï Voilà ce que diraient les Bourbons s'ils triomphaient !
Les 5 condamnés (Louvel, Isnard , Henri Larivière, Doulcet de Pontécoulant , et LaréveiUère - Lépeaux) sont réintégrés, et reprennent leurs places au milieu des applaudissements de la Plaine et des Girondins... Cest tout naturel!— Mais les Montagnards sont indignés... Les imbéciles! il est bien temps !
Plusieurs Thermidoriens, notamment Tkuriol (qui n'a pas laissé parler Robespierre le 9 thermidor, p. 94), Lecointre (qui demandait l'accusation de Billaud, etc. , p. 151 ), et Lesage-Senaut , repassent à la Montagne, effrayés de l'excès de la Réaction... Les aveugles! il est bien temps 1
• Distinguez du moins, s'écrie Thuriot, ceux qui ont pris et ceux qui n'ont pas pris les armes contre la Convention ! Ne réintégrez que les derniers!
« Nous avons tous pris les armes, répond audacieusement Louvet déjà réintégré ; et non-seulement il faut nous réintégrer tous , mais
famine. — i:mi:i;tk. 193
je propose de déclarer que les Départements insurgés par nom et pour nous , en juin 1793, ont bien mérité de la Patrie. •
11 a raison dans son sens 1 C'est une conséquence forcée du renversement de Robespierre ! Et si la Restauration s'opère, les Émigrés, les Vendéens,les Chouans, lesconspirateurs contre-révolutionnaires , les assassins Pàris, Charlotte Corday, Ladmiral , etc. , ne manqueront pas de se transformer ou d'être transformées en héros qui auront bien mérité de la France! Et les assassins de Robespierre n'ont rien prévu de tout cela!!!
Tallien lui-même commence à s'épouvanter, et s'oppose à ce que l'insurrection Girondine soit glorifiée... 11 a peur pour lui maintenant ! Mais si la Réaction le fait condamner pour ses vols et ses assassinats, ce n'est pas nous qui le plaindrons!
Ce n'est pas encore lui qu'on menace, mais c'est l'ex- Maire Pache , l'ex-Ministre de la guerre Bouchotte , même l'ex-Ministre de la justice et de l'intérieur, Garât, le modéré Garât, dont la Réaction ordonne le procès.
§ 20. — Boissy-Pamine. — émeute.
La disette devient si grande que Boissy-tf Anglas , Prési dent de la nouvelle Commission d'approvisionnements, demande (16 mars) que les Parisiens soient réduits à la ration dune livre de pain par tête. Le Montagnard Romme demande un supplément d'une demi-livre pour les ouvriers , qui ne peuvent acheter que du pain. — Mais ces décrets excitent une grande fermentation dans les faubourgs , où le Peuple appelle Roissy-d' Anglas Boissy-F aminé. — Le lendemain , la Section de V Observatoire et celle du Finistère se soulèvent séparément, puis se réunissent et se rendent à la Convention pour lui présenter une pétition,
« Le pain nous manque , dit l'orateur des pétitionnaires ; nous sommes prêts à regretter les sacrifices que nous avons faits. •
Vous devinez que la Plaine , les Girondins et les Thermidoriens, s'indignent de ce langage menaçant.
r.OMEvriov — I79.>.
« Du {uiin , du pain ! s'écrient de nouveau les pétitionnaires rit frappant sur la table. »
La Convention s'indigne encore ; le Président Thibaudeau blâme leur discours séditieux , et le Comité de Sûreté générale les fait disperser par la Garde nationale.
Il est évident que celte démonstration populaire est beaucoup trop pour ne pas compromettre le Peuple, ou beaucoup trop peu pour atteindre son but : mais nous craignons toujours que le Peuple ne fasse désormais que des fautes !