‹ 17941830Chapitre 50 sur 118 · LEÇONS DONNÉES PAR LES ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

LEÇONS DONNÉES PAR LES ÉVÉNEMENTS

voter des crimes ! Oh que les lâches sont cruels ! Oh que cette Convention thermidorienneestféroceettyranniqueîEt toutes ces boucheries n'ont pas pour cause, comme pendant la Terreur, un grand danger national, une grande nécessité de salut public, mais de l'égoïsmeet des vengeances personnelles!

En descendant pour aller à l'échafaud, les six condamnés se poignardent successivement avec la même arme : trois tombent morts, et les trois autres sont traînés mourants au supplice.

« Jouissez de votre triomphe , Messieurs les Royalistes , s'écrie Duroi ! Personne , dit Bourbotte , n'est plus dévoué que moi à son pays, plus attaché à son bonheur et à sa liberté ! •

Mais, malheureux, pourquoi avez-vous abandonné Robespierre?|N'était-il pas évident que son assassinat vous livrerait au couteau des Royalistes, des Girondins et des renégats!

§47. — Peuple exclu de la Garde nationale.

Nous ne parlons pas de la suppression du Tribunal révolutionnaire, car les Commissions militaires le remplacent complètement ; et d'ailleurs les conspirateurs , c'est-à-dire tous ceux à qui le Gouvernement veut donner ce titre , seront toujours jugés sans recours en cassation, et avec des Cormes tellement ex péditives et arbitraires que la condamnalion est toujours inévitable, plus qu'au 2 septembre.

La Bourgeoisie, victorieuse, veut assurer son triomphe par la réorganisation de la Garde nationale : les riches et les Aristocrates, les Bourgeois et les Royalistes, la composeront seuls désormais; c'est la jeunesse dorée (royaliste) qui compose les compagnies de grenadiers et de chasseurs; les ouvriers, les citoyens pauvres, le Peuple enfin, en sont exclus ; et la Démocratie, désarmée, retombe sous le joug et à la discrétion de l'Aristocratie, armée et organisée , tandis que les Prêtres triomphent aussi par la restitution des églises, dans lesquelles ils pourront impunément foudroyer la Révolution.

$ 4$. — Leçons données par les événements.

Que d'importantes leçonscesévénementsnousdonnent,à

nous autres, hommes du Peuple ! Et qu'il serait insensé de ne pas mettre à profit des leçons payées si cher !

Et, d'abord, n'est-ce pas une fatale erreur de répéter au Peuple qu'il est fort et qu'il doit se confier en sa force? Sans doute le Peuple est fort, et rien ne peut même résister à sa puissance ; mais ce n'est que quand il est Peuple, agissant comme un seul homme, organisé, discipliné, dirigé; sans direction, il n'y a point de Peuple, point de parti, point d'armée, mais des individus dont les efforts se neutralisent. Oui, le Peuple est fort ; mais il n'est ni prudent ni adroit ; et sans prudence, sans ddresse, une force supérieure est nécessairement vaincue par une force inférieure organisée et dirigée avec habileté. Ce Peuple de Paris, si puissant qrand il avait une bonne organisation et des chefs habiles, est maintenant battu par la Jeunesse dorée :

N'est-ce pas encore une fatale erreur de dire que les principe sont tout et les hommes rien? Comme si les principes marchaient sans des hommes qui les fassentmarcher ! comme si la question n'était pas toujours de bien distinguer quel est le véritable principe applicable dans la circonstance ! comme si les Thermidoriens , les Aristocrates , les contre-révolutionnaires, n'invoquaient pas sans cesse les principes pour perdre les principes ! comme si ce n'étaient pas des hommes qui s'efforcent d'enchaîner le Peuple, et comme s'ilétait possible de repousser des hommes autrement que par des hommes ï Ce ne sont seulement pas des principes qu'il faut pour vaincre , c'est une armée bien organisée , bien disciplinée , dirigée par des Généraux qui soient hommes à principes, moraux, dévoués, courageux, prudents .. Et quel homme était plus homme à principes que ce Robespierre qui préféra mourir plutôt que de violer le principe de la soumission à la Représentation nationale ! Or, un homme à principes capable de diriger le Peuple ne s'improvise pas en un jour : Robespierre n'était pas en 1789 ce qu'il était devenu en 1794 ; il n'avait d'abord ni l'expérience, ni Pimbileté, ni la notoriété.

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ni la confiance que lui acquirent cinq années d'immenses travaux , de luttes , de périls et d'épreuves -, et quand la Fortune donnait au Peuple un pareil homme , c'est un déplorable malheur de l'avoir abandonné le 9 thermidor !

N'est-ce pas une autre erreur aussi fatale de dire qu'une émeute même vaincue avance toujours la cause populaire ï Sans doute ce langage convientaux chefs d'une émeute écra sée qui ne veulent pas avouer leur imprudence et leur témérité; sans doute le Peuple est de taille et de force à supporter cent défaites sans que sa cause puisse jamais être perdue ; • sans doute les catastrophes de thermidor, de germinal et de prairial, ne pourront perdre l'humanité pour toujours ; sans doute le char du progrès descendra la montagne, quoique enrayé ; mais ce n'est pas l'enrayure qui le fera descendre ; mais d'émeutes en émeutes, de défaites en défaites, nous voyons le Peuple, un moment tout-puissant, arriver au désarmement, à la décim&tion et à l'esclavage pourpres d'un demi-siècle!

Et pour comble de malheur, tous les Gouvernements qui vont suivre ne négligeront rien pour étouffer la vérité, pour défigurer la Révolution , pour calomnier et déshonorer le Peuple : tandis que l'esprit monarchique accablera de couronnes et de gloire l'ambitieux soldat qui se servira des baïonnettes pourfaire sauter par les fenêtres une Représentation fidèle au Peuple, l'esprit anti-populaire transformera en troupe de monstres hideux, féroces, affamés de sang et d'or, ce malheureux Peuple, d'ouvriers qui demanda l'abolition de la peine de mort quand la faim et l'oppression l'eurent amené dans la salle où siégeaient les tyrans usurpateurs de ses droits!

Et M. Thiers appelle ces ouvriers une troupe de bandits, la ' plus vile populace, sans trouver un blâme contre ces ignobles et barbares Thermidoriens qui doublent leur indemnité de 18 francs par jour, pour vivre dans l'abondance et les plaisirs au milieu d'un Peuple qu'ils réduisent au désespoir.

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