CHAPITRE XV
LES THERMIDORIENS FORCES DIMITER LES MESURES REVOLUTIONNAIRES. — FUREUR DE L'AGIOTAGE. — AGIOTAGE SUR LES ASSIGNATS, ETC. — RÉDUC- TION DES ASSIGNATS : BANQUEROUTE. — RÉACTION BOURGEOISE- — TRIOM- PHE ET INTRIGUES DES ROYALISTES. — MASSACRE DBS PATRIOTES PAR LES ROYALISTES.— INSOLENCE DBS ROYALISTES ENVERS LA CONVENTION — ANAR- CHIE THERMIDORIENNE. — LES THERMIDORIENS DÉSORGANISENT 1.' ARMEE. — PROJET D'INVASION DU PRINCE DE CONDÉ. — PROJET DE TRAHISON DE PI- CHEGRU. — MORT DE LOUIS XVII : LOUIS XVIII.— NOUVEAUX PREPARATIFS EN VENDÉE, ETC.— PRÉPARATIFS DE l/EXPÉDITION ANGLAISE. — EXPÉDITION DE QUIBERON. — PROCES DE I.EBON. — ANNIVERSAIRE DU 9 THERMIDOR. PAIX AVEC L'ESPAGNE. — LES THERMIDORIENS FUSILLENT MILLE EMIGRES.- INVASION EN ALLEMAGNE. — INTRIGUES ROYALISTES DANS LES SECTIONS. — RENTRÉE CLANDESTINE DES ÉMIGRÉS : MADAME DE STAËL. — PARTI MONAR- CRIEN DANS LA CONVENTION. — LES THERMIDORIENS SE RAPPROCHENT DES MONTAGNARDS. — COMITÉ DE CONSTITUTION. — PRESENTATION DE LA CONS- TITUTION —CONSTITUTION THERMIDORIENNE ET DIRECTORIALE DE L AN III.
— DEUX DÉCRETS POUR LA RÉÉLECTION DES DEUX TIERS DES CONVENTION- NELS. — FUREUR ROYALISTE CONTRE CES DEUX DECRETS. — VOTE SUR LA CONSTITUTION.— ACCEPTATION.— PRÉPARATIFS D'INSURRECTION ROYALISTE
— INSURRECTION DU 13 VENDEMIAIRE. — INDULGENCE DES THERMIDORIENS ENVERS L'INSURRECTION. - TRAHISON DE P1CHEGRU. — IRRITATION DES PATRIOTES. — RUPTURE ENTRE LES THERMIDORIENS ET LES GIRONDINS. — MESURES TRANSITOIRES. — CLÔTURE DE LA CONVENTION. — JUGEMENT DE M. THIERS SUR LA CONVENTION : RÉFUTATION.
^ 1". — lies Thermidoriens forcés d'imiter les mesures
révolutionnaires.
Les Thermidoriens, qui crient tant contre les mesures révolutionnaires, subissent aussi la nécessité de les imiter : pour éviter les plaintes du Peuple contre le luxe, ils décrè-
FUREUR DE l' AGIOTAGE.
tent qu'il n'y aura qu'une seule espèce de pain, et forcent les riches à manger le même pain que les pauvres ; ils ordonnent le recensement des grains ,et disposent du superflu de chaque Département pour assurer la subsistance des armées et des grandes villes ; ils sont forcés de rapporter un de leurs décrets qui permettait le libre commerce de l'or et de l'argent ; c'est-à-dire ils sont forcés de reconnaître que Robespierre et les Jacobins avaient raison et que leur système était généralement la plus impérieuse des nécessités.
$ 2. — Foreur de l'agiotage.
V agiotage, qui ne produit et n'amène l ien, qui, loin d'être utile au Peuple, ne sert qu'à le dépouiller età le ruiner pour enrichir subitement les agioteurs, l'agiotage, disons-nous, qui traîne à sa suite toutes les immoralités et tous les vices anti-sociaux, s'étend tous les jours avec fureur, protégé et encouragé par le système thermidorien. Tout le monde se fait spéculateur et se précipite sur les marchandises et les comestibles pour les accaparer et les revendre avec le plus grand bénéfice possible ; tout ce que les campagnards apportent sur les marchés est enlevé de suite pour être revendu le double, le triple, etc. ; les agioteurs courent les campagnes pour acheter les grains et les fruits avant la récolte, et même les troupeaux avant qu'ils soient complétés et engraissés... Comme tous ces agioteurs doivent détester Robespierre et crier contre lui ! Mais comme le Peuple doit le regretter !
Le désordre devient tel que les Thermidoriens eux-mêmes sont obligés de gêner la liberté du commerce en défendant à d'autres qu'aux boulangers et aux bouchers de vendre du pain et de la viande, et à tous de vendre des récoltes sur pied.
$ 3. — Agiotage sur les assignats et les biens nationaux.
Nous avons dit que les assignats perdent les neuf dixièmes de leur valeur nominale et que cependant le trésor, comme tous les créanciers, les reçoit pour œtte valeur nominale en
236 convention. — 1795.
paiement de l'impôt et du prix d'acquisition des biens nationaux. Le trésor perd donc neuf dixièmes de tout ce qu'il reçoit,' et les acquéreurs d'assignats et de biens nationaux gagnent 9,000 fr. sur 10,000. On voit quelle perte énorme fait le trésor, quel gain colossal peuvent faire les spéculateurs! On devine l'agiotage sur l'achat des assignats pour les revendre plus cher à ceux qui ont des paiements à eifectuer, et sur l'achat des biens nationaux pour les revendre avec gain, soit en détail, soit en totalité! On devine les nouvelles fortunes faites par ceux qui achètent les biens nationaux pour les conserver!
Jusqu'à présenties biens nationaux se sont vendus à l'enchère publique : mais pour en faciliter davantage la vente et faire rentrer les assignats dans l'espérance ou sous le prétexte d'en relever la valeur, les Thermidoriens imaginent de décréter que ces biens se vendront désormais sur soumissions secrètes, et que l'acquéreur n'en paiera que le sixième du prix comptant et le reste en plusieurs mois. On conçoit alors que les Thermidoriens, leurs amis, et tous les agioteurs, peuvent accaparer les plus belles terres et les plus belles propriétés, pour les vendre ou les garder en réalisant d'immenses fortiînes, tandis que le Peuple, qui remplit les armées et qui fait tout, ne peut rien acheter, rien gagner, et n'a toujours pour lui que la misère et la famine. L'abus est si criant que les Thermidoriens sont forcés de rapporter leur décret sur les ventes par soumission, et de rétablir les ventes aux enchères : mais ils ont déjà fait fortune!
$4. — Rédaction des assignats : Banqueroute.
La détresse est épouvantable (dit M. Thiers), et les Thermidoriens ne savent y remédier autrement que par la banqueroute, en réduisant la valeur des assignats d'après une échelle de dépréciation basée sur l'époque de leur création et sur la masse des assignats alors en circulation.
Et c'est principalement sur le petit marchand, sur l'arti-