‹ 17941830Chapitre 57 sur 118 · INSURRECTION · texte numérisé non relu

INSURRECTION

au Carrousel, et dégage toutes les rues aboutissantes en faisant tirer partout à mitraille : puis, sachant que Danican, Maulevrier et Lafond, se réunissent au Pont-Neuf pour attaquer par le quai Voltaire, il fait braquer ses pièces en tête du Pont-Royal et sur le quai des Tuileries; et quand l'insurrection arrive en colonne serrée, il la fait mitrailler en tête et en flanc par une artillerie nombreuse : c'est en vain que les jeunes gens ont le courage de revenir une seconde fois à la charge en marchant sur la batterie ;la mitraille lesfoudroie encore et les met définitivement en déroute, tandis que l'artillerie, qui les poursuit en ne tirant plus qu'à poudre, achève la victoire de la Convention, à 6 heures, après 2 heures de combat.

C'est en vain que quelques insurgés se retranchent dans l'église Saint-Roch, à la place Vendôme et au Palais-Royal ; Bonaparte balaie tout à coups de canon , en bloquant seulement le Palais-Royal pour éviter un combat de nuit.

Le lendemain matin, le Palais-Royal est évacué; la Section Lepelletier, qui voudrait prolonger la lutte, est forcée de se disperser ; les canons envoyés de Saint-Germain aux insurgés sont pris ; et l'insurrection est complètement soumise. Voilà une belle équipée pour la sage Bourgeoisie !

On ramasse 3 à 400 morts ou blessés ; mais ce sont 3 à 400 Bourgeois et jeunes gens qui n'auraient jamais eu l'idée de s'insurger sans le 9 thermidor !

Certainement c'est le 9 thermidor qui a amené le 13 vendémiaire : jamais le 13 vendémiaire ne serait arrivé avec Robespierre et les Jacobins , qui prévoyaient bien les projets royalistes ; et si l'insurrection d'aujourd'hui était victorieuse (ce qui pouvait très-bien arriver), si la République était noyée dans une mer de sang républicain, tous les malheurs seraient la faute des Thermidoriens, et des Montagnards qui les ont aidés à tuer Robespierre et à détruire les Jacobins. Aussi tous seraient immolés par les Royalistes, qu'ils pourraient bien se dire qu'ils ont mérité leur sort. t. iv. 18

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5 34. — Barras demande la répression de* Royaliste*

Nous ne parlons pas du rapport fait , dès le lendemain , sur l'insurrection royaliste , par Merlin de Douai , annonçant la punition des chefs. Barras en fait, le 30 vendémiaire, un autre qui mérite plus d'attention.

11 avoue que, depuis le 9 thermidor, la Révolution rétrograde , et que c'est la Convention qui a encouragé l'insurrection qui voulait son massacre et la mort de la République . — 11 reconnaît que ce sont les Patriotes qui viennent de les sauver, et demandent leur réarmement. — Il affirme que les insurgés avaient résolu l'égorgement de tous les Représentants, à l'exception de quelques-uns seulement.— Il apprend que les Bourgeois révoltés ont élevé des barricades, ont fait, depuis les maisons , un feu meurtrier , et se préparaient à lancer, depuis les croisées, des pavés et des eaux bouillantes.— Il dénonce un nouveau Comité Autrichien résidant à Bàle et dirigeant tous les Royalistes. — Il assure que plus de 10,000 Émigrés sont réunis à Marseille. — 11 donne lecture d'un nouveau traité qui vient d'être conclu à Pavie , entre Louis XVUl et la Coalition , portant :

La restauration de la Royauté, des Provinces, des Émigrés, des Parlements, de la Religion catholique... Tous les membres de la Convention qui ont voté la mort de Louis XVI seront condamnés à mort comme régicides et leurs biens confisqués. Tous les principaux chefs du parti soi-disant patriotique, dans les trois Assemblées nationales, dans les Armées, dans les Autorités constituées, dans les Sociétés populaires ou ailleurs, seront condamnés à la même peine comme traîtres et rebelles, et leurs biens confisqués ; les chefs secondaires seront condamnés aux fers et à la déportation et leurs biens confisqués. Un pardon général sera accordé aux restes dudit parti, à condition de payer une amende proportionnée à leurs facultés : eux et leurs enfants seront déclarés incapables de remplir aucune charge ou emploi... Conquêtes abandonnées... Cessions de territoire en dédommagement pour les Puissances, etc., etc..

Barras demande union sincère et forte entre tous les Républicains, haine et guerre aux Royalistes , punition pour les derniers insurgés.

IXDCLGEM.E EMEUS 1.'|\SURRECT10\. 275

• C'est surtout par aroour pour la justice et l'humanité, dit-il, que j'invoque une fermeté inébranlable. Une justice prompte et inévitable eût déjà rompu tous les complots. Votre indulgence les a fait renouer : plus vous attendrez, plus vous verrez s'accroître les obstacles et les dangers... Si vous persistez à vous montrer indulgents aujour d'hui, vous serez cruels demain. Soyez sévères, pour que personne ne soit atroce ; soyez fermes, afin de n'être jamais exagérés ; maintenezvous à la hauteur de la justice, si vous ne voulez pas être obligés dans quelques jours de forcer toutes les mesures... Si vous laissez les rênes de la Révolution dans des mains criminelles ou suspectes , personne ne peut être certain de son avenir; l'ordre social est troublé pour longtemps ; un siècle de discordes et de calamités désolera notre malheureuse Pairie... Pardonnez à l'erreur ; mais montrez-vous inébranlables envers les traîtres ! La clémence, dans ce cas, serait funeste nu Peuple ; le triomphe de nos vils ennemis serait la honte et la perte de l'Humanité. -

C'est probablement cette énergie de Barras contre les Royalistes qui lui rendra la confiance et l'appui du Peuple.

Mais , soit parce qu'ils ne veulent pas avouer leur faute , soit parce que beaucoup d'entre eux sont secrètement complices des Royalistes, les Thermidoriens, si sanguinaires envers les insurrections populaires, veulent être indulgents et cléments envers l'insurrection royaliste et bourgeoise !

$ 35. — Indulgence des Thermidoriens envers l'insurrection

royaliste vaincue.

La Convention se contente de destituer l'État-major de la Garde nationale , de dissoudre les Compagnies de grenadiers et de chasseurs qui renferment presque toute la Jeunesse dorée, de mettre la Garde nationale sous le commandement du Général de l'armée de l'intérieur (innovation militaire fatale au Peuple et à la liberté) , d'ordonner le désarmement des Sections Lepelletier et de l'Odéon, et d'instituer trois Commissions pour juger les principaux coupables.

Les deux sections rendent leurs armes : tout se soumet.

On laisse volontairement tous les chefs s'échapper ou se cacher momentanément; et les trois Commissions ne condamnent que des contumaces, à l'exception du jeune La fond,

qu'on ne peut sauver parce qu'il s'obstine à se vanter d'être émigré. On arrête cependant aussi le chef de l'Agence royaliste, Lemattre, et l'on saisit chez lui beaccoup de papiers qui révèlent le complot soupçonné depuis longtemps, l'existence de cette Agence à Paris, sa corrnspondance avec Louis XVIII, avec la Vendée et toute la France, et ses intelligences avec des membres de la Convention et des Comités : mais on est décidé à ne faire aucune poursuite sérieuse.

La Convention déclare seulement que les Patriotes qui l'ont défendue ont bien mérité de la Patrie; elle vote des remerciements à Barras et à Bonaparte, et les confirme tous deux dans leurs titres de Commandants en premier et en second de l'armée de l'intérieur. C'est donc l'impunité pour l'insurrection bourgeoise et royaliste ! Aussi l'audace des contre-révolutionnaires n'est nullement abattue.

§ 36. — Trahison de Fichegru.

L'impunité enhardit tellement les Royalistes et les Bourgeois que leurs chefs ne craignent bientôt plus de se présenter partout, de se vanter hautement dans les salons, de se montrer fiers de leurs exploits , de parler de leurs amis parmi les Représentants , et d'intriguer de toutes manières pour influencer en leur faveur les prochaines élections, qui peuvent leur rendre la victoire.

Bientôt, de nouveaux événements extérieurs viennent accroître encore leurs espérances et leur hardiesse : Pichegru est battu en Allemagne ; et des contemporains dignes de foi (dit M. Thiers) pensent, d'après ses manœuvres militaires, qu'il a nécessairement voulu se faire battre par trahison...

Voilà donc ce que rend possible l'assassinat de Robespierre, la trahison d'un Général qui fait tuer ses soldats pour mieux trahir, en cachant son exécrable trahison! ! Est-il, parmi tous les crimes, un crime plus infernal ?

Par suite de cette trahison , non-seulement les Généraux Autrichiens échappent à un grand péril dont les menaçait

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