VOTÉ SUR LA CONSTITUTION
par des placards , qu'ils seront ignominieusement chassés s'ils se présentent. Et messieurs les Modérés, les Bourgeois, les Aristocrates, accusent le Peuple de mépris pour les lois, de désordre et d'anarchie ï
Les Patriotes, ainsi expulsés en grand nombre, accourent à la Convention pour réclamer l'exercice de leurs droits : mais la Convention a la lâcheté de ne pas intervenir.
Le malheureux Peuple se trouve donc acculé dans une horrible position, entre des ennemis Royalistes qu'il abhorre et des ennemis Thermidoriens qu'il exècre peut-être davan tage. Mais s'il abandonne les Thermidoriens, les Royalistes triomphent indubitablement, et tout est perdu. Faisant donc taire leur ressentiment pour n'écouter que la prudence et leur intérêt, les Patriotes se rapprochent de la Convention, lui demandent des armes et lui offrent de la défendre pour se défendre avec elle : désormais ils rempliront ses tribunes pour la soutenir.
La Section des Quinze-Vingts, au faubourg Saint-Antoine, est la seule qui accepte les Décrets; les 47 autres Sections les rejettent en acceptant la Constitution, tant la Bourgeoisie de Paris, entraînée par les Royalistes, est maintenant ennemie des Conventionnels !
Les Assemblées primaires du reste de la France acceptent toutes la Constitution et presque toutes les Décrets, parce que les Royalistes n'en veulent pas/Quant aux armées, elles acceptent avec enthousiasme les Décrets ët la Constitution, parce que les soldats n'y voient que la République.
* Ce déchaînement qu'on montre à Paris contre le Gouvernement révolutionnaire est tout à fait inconnu dans les armées, dit Si. Tliiers: les réquisitionnaires de. 1793 dont elles sont remplies conservent le plus grand souvenir de ce fameux Comité qui les a bien mieux conduits et nourris que le nouveau Gouvernement. »
Elles n'auraient pas renversé Robespierre, les armées ï Chaque jour, les Sections de Paris envoient des Députations annoncer insolemment à la Convention qu'elles ont rejeté** Décrets pour l'expulser à jamais : mais après chaque
Députa lion de ce genre, la Convention fait lire les acceptations des Décrets par les Départements et les armées ; et les Tribunes, remplies de Patriotes, couvrent d'applaudissements ces acceptations.
Enfin, le 1er vendémiaire an îv (23 septembre 1795), le résultat général des votes est proclamé : la Constitution est acceptée par 9 14,863 votants contre il ,892, et les Décrets par 167,758 votants contre 95,373. Lemême jour la Constitution et les Décrets sont déclarés solennellement lois de la France, au milieu de bruyants applaudissements.
La Convention décide alors que les Assemblées primaires éliront leurs électeurs avant le 10 vendémiaire (2 octobre), que les Assemblées électorales commenceront les élections le 20, qu'elles les termineront avant le 29, et que la nouvelle Législature se réunira le 5 brumaire.
C'est donc le 20 vendémiaire que commencent les élections des Députés; et si les Royalistes veulent empêcher ces élections, c'est avant le 20 qu'il faut agir.
$ 32. — Préparatifs d'insurrection Royaliste et Bourgeoise.
Les Royalistes et les Bourgeois décident effectivement une insurrection avant le 20 vendémiaire. Comment ï dira-t-on peut-être-, les Bourgeois de Paris vont s'insurger contre les Thermidoriens, les Modérés de la Plaine et les Girondins?
— Oui La Jeunesse dorée va tirer des coups de fusil à
ces Thermidoriens qu'elle entourait et défendait avec tant d'ardeur depuis plus d'un an? — Oui... Cette Bourgeoisie et cette Jeunesse vont s'insurger contre la Représentation nationale et contre le vœu formel et actuel des Assemblées primaires dont elles reconnaissent la Souveraineté? Oui... Et cette Bourgeoisie accuse continuellement le Peuple de désordre et d'anarchie! Oui... Et ces Bourgeois, qui n'ont que des fusils, vont attaquer des troupes de ligne qui ont une artillerie nombreuse ! Et ils vont se jeter, eux si peureux et si pacifiques, dans tous les périls d'une insurrection, sans né-
PRÉPARATIFS d' INSURRECTION. 267
cessité, sans utilité, puisque dans un an les 2/3 de la Législature seront renouvelés! Ils s'insurgent uniquement dans l'intérêt de la Royauté qu'ils combattent depuis trois ans et dont ils ne veulent pas môme actuellement ! . . . En vérité, on n'a jamais rien vu de si étonnant, de si insensé, de si anarchique, de si tyrannique, de si criminel, que cette insurrection Bourgeoise à la suite du Royalisme ! Et la Bourgeoisie accuse le Peuple!
Les jeunes gens commencent à courir les rues en criant : A bas les 2/3! Chaque jour voit une émeute bourgeoise; et quand la troupe se présente pour la dissiper, on la reçoit à coups de fusil. Ce sont cependant les Modérés , les amis de Tordre public et de la légalité !
L'Agence royaliste excite aussi des émeutes à Orléans , à Chartres, à Dreux, à Verneuil et à Nonancourt. Elle fait venir à Paris des Généraux chouans et des Émigrés influents.
Pour établir une Direction centrale insurrectionnelle , la Section Lepelletier invite les électeurs de Paris à se réunir dès le 1 1 vendémiaire à l'Odéon pour préparer les élections.
Le 1 ! , beaucoup d'électeurs et surtout de conspirateurs se réunissent en effet dans le théâtre de l'Odéon sous la protection de plusieurs bataillons de Garde nationale, entourés d'un grand nombre de curieux qui couvrent la place.
La Convention casse aussitôt cette Assemblée illégale, et ordonne au Général M enou de marcher avec une colonne tirée du camp des Sablons. Mais quand un huissier, escorté de six dragons, vient lire le décret, la foule les force à s'enfuir précipitamment, et Ton prononce les discours les plus incendiaires... Cependant on se disperse vers le milieu de la nuit sans pousser plus loin la révolte ; et quand la troupe arrive à 10déon,elle n'y trouve plus aucun rassemblement à chasser.
Personne ne doute alors d'un projet d'insurrection; et, dans la nuit même, une foule de patriotes et d'officiers expulsés par le réacteur Aubry (p. 226) se présentent au Comité pour demander des armes afin de défendre la Conven-
co.WKYrtoN. — J7yâ.
lion contre les Royalistes, leurs plus dangereux ennemi* communs. Les Thermidoriens , quelques Girondins même ♦ Louvet et Daunou, n'hésitent pas à consentir ; et, dans la matinée du 12, le bataillon des patriotes de 89 est organisé et armé sous le commandement du général Beruyer... Le Girondin Louvet est tellement désabusé sur le compte des Royalistes qu'il voudrait même qu'on rouvrit les Jacobins et qu'on réorganisât les faubourgs.
Les conspirateurs crient aussitôt partout que la Convention" vient d'armer les Terroristes, qu'elle va les lancer sur les honnêtes gens, que la Terreur va revenir avec le pillage, et qu'il faut prendre les armes pour se défendre.
Entraînée par les Royalistes qui la trompent et par la Jeunesse qui s'aveugle et fait battre la générale, la Bourgeoisie de huit Sections prend effectivement lesarmes contre la Convention et les Terroristes. La Section Lepelletier se déclare m permanence, et devient le centre de direction.
De son coté, la Convention se déclare elle-même en permanence, nomme une Commission de cinq membres chargée de la défendre, rapporte la loi qui ordonnait le désarmement des patriotes, fait une proclamation pour éclairer et rassurer les Parisiens , décide que la Section Lepelletier sera sur-lechamp entourée et désarmée, et "ordonne au Général Menou de marcher sur elle avec la troupe des Sablons et de l'artillerie.
Le Général Menou, que les Jacobins ont toujours suspecté comme aristocrate, et avec raison, comme nous allons voir (car les Jacobins se sont rarement trompésdans leurs suspicions), Menou hésite, laisse à la Section le temps de faire tous Ses préparatifs, arrive enfin devant le couvent des Filles Saint-Thomas (aujourd'hui la Bourse)où laSection est assemblée en armes sorrs la présidence de Delalot, et la somme de mettre bas lesarmes : mais elle refuse formellement; et, au lieu d exécuter le décret de la Convention, il parlemente, capitule, consent à se retirer sous la condition que la Section se séparera, et soi t avec sa troupe tandis que la Section ren-
I»M Kl» Ail AT IFS II' i\SV H R F.C.TIO V
ire par une autre porte en criant victoire, et continue plu» audacieusement ses préparatifs d'insurrection.
Aussitôt, mille voix accusent Menou de trahison, et le Comité veut le faire arrêter et juger sur-le-champ : il mérite bien d'être fusillé ; car il sera cause de tous les malheurs qui vont arriver ou qui peuvent arriver. Les Généraux Despierre et Debar trahissent également et méritent la môme punition .
Mais on s'occupe d'abord de les remplacer, et Ton pomme à l'instant , pour Général de l'Armée de l'intérieur, le Général et Député Barras, le même qu'on a choisi Je 9 thermidor, auquel on adjoint les 3 Députés chargés de la disposition de la force armée depuis l'insurrection du 3 prairial (p. 220).
Sur la demande de Barras, on lui donne pour Commandant en second le (Général de brigade Bonaparte, mis en non- . activité par le réacteur Aubry, alors presque dans l'indigence à Paris et protégé par madame Tallien.
Les Généraux Brune, Carteaux et d'autres, commanderont aussi sous leurs ordres.
Bonaparte, jugeant impossible maintenant de désarmer la Section Lepettetier et de prévenir l'insurrection, ne pense plus qu'à défendre la Convention et les Tuileries contre une attaque désormais presque certaine, et passe la nuit du 12 mi 13 à faire ses préparatifs de défense.
Pouvant disposer d'environ «,000 hommes (5,000 soldats du camp des Sablons, I ,l>00 patriotes organisés la veille, les gendarmes des tribunaux , la légion de police, les Invalide»), il fait occuper toutes lesissues, les places environnantes, les ponts et la tête -des quais ; il envoie le chef d'escadron Murât, avec 300 cavaliers, prendre le parc d'arti*lerie du camp des Sablons, et braque partout les canons, que Murât a emmenés au moment où les grenadiers de la Section Lepelletier arrivaient pour les enlever ; il fak apporter des vivres et des munition s ; il fait occuper le poste de Meudon pour s'y retirer avec la Convention en cas,de nécessité; il envoie des armes
COSVEKTIOX. — 1 795.
au faubourg Saint- Antoine pour armer la Section des Quinze- Vingts que le fougueux thermidorien Fréron, chef de la Jeunesse dorée, va conjurer maintenant de défendre la Convention contre cette même Jeunesse ; enfin il fait intercepter la route de Saint-Germain, par laquelle les insurgés pourraient faire venir des canons ; et il attend l'attaque.
Pendant ce temps, que fait la Section Lepelletier ? Elle fait battre la générale toute la nuit dans tout Paris ; elle envoie partout des émissaires, des orateurs et des proclamations, pour entraîner toutes les sections. On accourt en effet de tous côtés ; on forme un Comité central militaire sous la présidence du journaliste Richer-Serizi ; l'insurrection est décidée; et la Bourgeoisie de Paris, égarée par des Royalistes et des ambitieux, se précipite dans tous les crimes et toutes les calamités, par la crainte chimérique de la Terreur... Grande leçon dont la Bourgeoisie ne profitera peut-être jamais.
Ijj 33. — Insurrection Royaliste et Bourgeoise du 13 vendémiaire.
Le matin du 13 vendémiaire, le Comité insurrectionnel proclame l'insurrection, met hors la loi les Comités de Gouvernement, et établit une espèce de tribunal pour juger, c'està-dire faire fusiller tous ceux qui résisteraient à la Souveraineté des Sections. Comme ils sont doux et humains messieurs les Bourgeois! Comme ils abhorrent les mesures de sang et de terreur I Comme ils respectent les lois, la Représentation nationale et la Souveraineté de la Nation ! Quelle différence y a t-il entre leur tribunal et celui de Maillard au 2 septembre ?
Et que seraient devenues les Sections bourgeoises, la Convention et la Jeunesse dorée , les 1er, 2 et 3 prairial , si le Peuple n'avait pas été plus humain? Où seraient tous ces barbares si Robespierre, qu'ils ont transformé en tigre et en monstre, n'avait pas eu mille fois plus de modération, de générosité et de magnanimité?
Sur 40,000 Bourgeois qui composent la Garde nationale.
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réorganisée, 25 à 30,000 sont prêts au combat, précédés par la Jeunesse dorée et par beaucoup de jeunes Royalistes revenus de l'armée.
Plusieurs Généraux vendéens, chouans, émigrés, se montrent alors, notamment le comte Maulevrier, et le jeune Lafond, qui prennent le commandement de deux colonnes dans le faubourg Saint-Germain. Le Général Danican , destitué comme suspect de royalisme, est nommé Général en chef de l'insurrection. Le Général Duhoux et d 'autres Généraux de la République la trahissent pour commander les insurgés.
L'insurrection débute par plusieurs succès : la Section Poissonnière enlève les armes envoyées par Bonaparte au faubourg Saint- Antoine ; la Section du Mont-Blanc enlève les vivra envoyés aux Tuileries; la Section Lepelletier enlève la trésorerie : le jeune Lafond s'empare du Pont-Neuf ; on tue, dans la rue Saint-Honoré, un hussard d'ordonnance dont les importantes dépêches se trouvent arrêtées ; on s'empare des dépôts de chevaux de la République ; on arrête les Représentants qu'on trouve en dehors et on les garde en otage.
Si l'insurrection voulait seulement bloquer la Convention, l'entourer de barricades, et fusiller ses défenseurs depuis toutes les maisons environnantes, elle réussirait certainement à l'affamer et à lui arracher une prompte capitulation. Mais l'insurrection veut arriver de vive force aux Tuileries, et Dieu sait comment la Jeunesse dorée va traiter les régicides ! Elle ne perdra pas le temps comme le Peuple au 1er prairial! Elle ne se contentera pas d'un Fèraud, puisque les Comités sont mis hors la loi !
Avant d'attaquer, Danican envoie un parlementaire, qu'on introduit les yeux bandés, et qui propose la paix à condition que les patriotes seront de nouveau désarmés, et que la Convention révoquera ses 2 décrets constitutionnels. On devine bien qu'elle refuse; mais elle nomme 24 commissaires pour aller fraterniser avec l'insurrection, comme si la Jeunesse
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dorée et les bourgeois étaient aussi faciles à gagner avec de simples paroles que le Peuple au 3 prairial (p. 224)!
Aussi Danican, voyant que son parlementaire tar4e à revenir, ordonne l'attaque sans plus attendre; et yers 4 Jieures et demie, la Garde nationale, remplissant la rue Saint- Honoré et couvrant les degrés de l'église Saint-Roch, commence la fusillade. Sur deux autres points partent des coups de fusil redoulés et suivis d'un feu terrible.
« Au Petit-Carrousel, dira demain le rapporteur Merlin de Douay, où se trouvent des troupes républicaines avec une pièce de canon, les premiers rangs des rebelles s'ébranlent avec des dehors pacifiques, le fusil sous le bras, les chapeaux en l'air, le drapeau baissé ; ils s'avancent en prononçant les mots de paix et de fraternité; leur chef embrasse le commandant du poste.... et au même instant.... 0 crime ! 6 scélératesse!... deux décharges de mousqueterie partent derrière eux et abattent 23 Républicains. »
Alors Bonaparte fait distribuer des armes à la Convention elle-même pour qu'elle puisse se défendre, tant il connaît le sort que Lui réservent les Royalistes! La Représentation nationale est bien sûre d'être massacrée si l'insurection la prend d'assaut comme le Peuple a pris la Royauté le 10 août! Quelle boucherie nous allons voir si les Royalistes , conduits par des Généraux vendéens, chouans, émigrés, sont vainqueurs après avoir vu fusiller, à Quiberon, 1,000 Émigrés, après avoir été eux-mêmes mitraillés! Certainement tous les régicides, c'est-à-dire tous les Conventionnels, vont être immolés aux mânes de Louis XVI et des 1 ,000 Émigrés dans cette même salle où ils ont immolé Louis XVI à la Révolution et les 1 ,000 Émigrés à la République !
Mais Bonaparte est à cheval, entouré du bataillon de patriotes. 11 fait d'abord tirerà mitraille dans \ecul-de -sac Dauphin vis-à-vis Sain t-Roch, et lance les.patriotes surjes Gardes nationaux quicouvrentles degrés deFéglise et qui sont obligés de fuir ; puis il fait avancer .ses pièces et fait tirer à mitraille à droite et à gauche, dans toute Ja longueur de la rue Saint Honoré, qui se trouve bientôt claireet vide; puisil court