‹ 17941830Chapitre 60 sur 118 · RUPTURE · texte numérisé non relu

RUPTURE

• Je ne peux pas douter que Tallien ne penche vers la Royauté ; mais j'ai peine à croire que ce soit la Royauté véritable. •

Dans les papiers saisis on trouve aussi les noms deFréron, Lanjuinais, Boissy-*TAnglas , Henri Larivière , Doulcet de Pontécoulant, Isnard, Cambacérès, Rovère, Saladin, Aubry. — On y parle d'un parti pour le Duc de Chartres.

Le même jour, après ce rapport, Tallien demande un Comité secret, et accuse formellement Lanjuinais, Boissyd'Anglas, Larivière etLesage, d'être les complices secrets de l'Agence royaliste. Il prétend qu'ils avaient des chevaux prêts pour aller au devant du Rei si l'insurrection avait triomphé.... Ainsi, ce Lanjuinais, si fougueux défenseur de Louis XVI (T. III, p. 274), si violent accusateur des Jacobins, n'aurait donc été qu'un hypocrite , un perfide, un traître , un furieux , un homme sanguinaire ! Que d'illusions détruites ! Que de déceptions révélées par l'avenir !

L'accusation n'est pourtant pas appuyée; mais l'ancien Girondin Louvel, devenu presque Montagnard, dénonce Rovère et Saladin, prouve leur fougueux royalisme remplaçant un fougueux terrorisme, et les fait décréter d'arrestation, comme chefs de l'insurrection.

On arrête aussi le réacteur Aubry et Lhomond, compromis par les papiers saisis. Oh! que ces Rovère, ces Saladin, ces Aubry, sont infâmes ï Que Robespierre avait raison de les soupçonner de n'être que des contre-révolutionnaires !

Ainsi attaqués par Tallien, les Royalistes l'attaquent à leur tour, soutiennent qu'ils les a trahis après s'être vendu à eux, et demandent à la Convention la publication de la lettre de Louis XVIII au Duc d'Harcourt, dont nous avons déjà parlé.

« Les calomnies de l'Agence royaliste à Pégard d'Hoche (qu'elle se vantait d'avoir gagné) suffisent pour justifier Tallien, dit M. Thiers. 11 est même considéré comme un Terroriste sanguinaire. •

Tout cela ne prouve rien, pas plus que le passage du Rhin ne prouve en faveur de Pichegru, ou que l'ancien Terrorisme de Rovère et Saladin ne prouve contre leur trahison actuelle.

280 convention. — 1795.

Du reste, si Ta I lien est redevenu un Terroriste sanguinaire , pourquoi donc a-t-il assassiné Robespierre? C'est donc parce que l'incorruptible et le vénéré Robespierre n était pas luimême un homme sanguinaire ; parce qu'il abhorait toutes les violences qui n'étaient pas indispensablement nécessaires au salut du Peuple; parce qu'il voulait le faire punir, lut Tallien, comme un voleur, un pillard, un concussionnaire, un prévaricateur, un barbare, un assassin!...

Désormais ennemis des Royalistes et des Girondins , les Thermidoriens ne pensent qu'à les affaiblir, demandent un rapport sur les massacres du midi, et font rappeler les Girondins Isnard,Cadroy,Durand-Maillane, et sept autres, envoyés en mission après les journées de prairial , en les remplaçant par Fréron , qui constatera et dénoncera plus tard leurs provocations sanguinaires. — Mais il s n'osent pas ajourner les élections; et c'est en vain qu'ils voudraient maintenant faire rentrer dans la Législature les 68 Montagnards décrétés d'arrestation et déclarés inéligibles par les décrets des 6 et 13 fructidor ; les Girondins leur opposent queces décrets ont été acceptés par le Peuple et qu'il est impossible de les rapporter. C'est donc une usurpation d'avoir rapporté la Constitution de 93 acceptée et jurée !

§ 39. — Élections pour les deux Conseils.

Enhardis par l'impunité et par l'appui des Girondins , les Royalistes redoublent d'efforts et d'audace , dans toutes les Assemblées primaires et électorales, pour influencer les élections et obtenir des Députés royalistes. Dans beaucoup d'endroits, les élections sont troublées par des violences ; partout ellessonttumultueuses.DesÉmigrés,desparentsd'Émigrés, des chefs d'insurgés connus, sontélus Représentants du Peuple, Administrateurs, Hauts-jurés pour la Haute-Cour-Nationale: c'est la Contre-Révolution qui va gouverner et juger.

Cependant , Tallien demandant la nomination d'une Commission de 5 membres chargée de proposer des mesures pour

MLSLKLS TRVWSlTOlllES.

sauver la Révolution et la République pendant la transition d'un Gouvernement à l'autre, la Convention y consent par crainte du Royalisme, et nomme Tallien, Dubois-Crancè , Florent-Guyot, Roux de la Marne et Pons de Verdun.

§ 40. — Mesures transitoires.

Cette mesure fait espérer à la Montagne qu'on va suspendre encore quelque temps la Constitution , annuler les élections et proroger l'existence de la Convention.

- Elle est persuadée, dit M. Thiers, que le moment n'est pas venu d'abandonner la République à elle-même ; que les Royalistes ne sont pas assez abattus , et qu'il faut continuer encore quelque temps le Gouvernement révolutionnaire pour les abattre. »

Pourquoi donc cette Montagne a-t-elle renversé Robespierre et les Jacobins?Oh î qu'ellea été aveugle et criminelle!

Tallien demande la permanence jusqu'au 5 brumaire. — Mais Thibaudeau , qui n'appartient ni à la Montagne ni aux Thermidoriens , qui siège à la Plaine , qui se dit Républicain, et que 32 départements viennent de réélire , parce que (dit M. Thiers) en le nommant on a l'avantage de ne se déclarer pour aucun parti , Thibaudeau demande l'exécution de la Constitution, sans craindre le Royalisme. 11 accuse Tallien d'avoir, avec Fréron, organisé la réaction royaliste , appelle Chambre ardente la Commission des 5, et suppose :

« Que Tallien a des projets personnels et qu'il veut se placer à la tète de la Montagne et se donner une Dictature sous prétexte de préserver la République des Royalistes. Il dénonce, d'une manière virulente et amère, ce prétendu projet de Dictature. »

Bien ! voici l'infâme Tallien qui voudrait la Dictature , après avoir accusé le vertueux Robespierre de vouloir être Dictateur, et l'avoir assassiné pour l'en punir î

Cetteattaque de Thibaudeau, et les éloges extraordinaires des Royalistes , qui l'appellent Barre-de-fer, le font accuser lui-même de royalisme. C'est en vain qu'il invoque sa qualité de régicide : on lui répond que, dans une lettre à l'Agence

282 tUWENTlOH. — 1790.

royaliste saisie chez Lemaitre, le Comte d'tintraigues a dit au nom de Louis XVIII que :

« La mort de fouis XVI peut être rachetée par de grands services rendus a ses héritiers. »

Et nous verrons en effet le régicide et le sanguinaire Fauché devenir Ministre de Louis XVIII.

Quoi qu'il en soit, la permanence est refusée , et Tallien obligé de présenter le projet de Ja Commission.

« Depuis six années, dit- il (2 brumaire), les Prêtres, les Nobles, les privilégiés, se sont ligués contre la Révolution française... C'est dans le cabinet de Saint-James que Ton forma cette longue chaîne de conspirations que nous avons vues éclater parmi nous... Après le 9 thermidor, les vrais patriotes respirent un moment (faux) ; Robespierre et ses complices ne sont plus ; le règne de la justice succède à celui de l'arbitraire (faux) ; mais bientôt les ennemis constants du bonheur des Français vont se saisir de ce 9 thermidor et le faire tourner à leur avantage. Alors ils exagèrent tout; ils persécutent de nouveau tous les patriotes et les font incarcérer et égorger ; les Émigrés, les Prêtres réfractaires, rentrent en foule, et la contre-révolution se préparc ainsi par les soins de ceux qui travaillent avec tant d'activité depuis cinq années. •

Mais tout cela n'est-il pas votre ouvrage , votre trahison, votre crime, à vous, Tallien?...

11 attribue les insurrections populaires de germinal et de prairial à une disette organisée par Pitt et les Rovalistes pour pousser le Peuple au désespoir, comme si lui, Tallien , n'avait pas été le premier coupable et le plus féroce proscripteur de ce malheureux Peuple !

- Vous le savez , ajoute-t-il , on ne vit aucun patriote connu, aucun véritable ami de la liberté dans ces mouvements : quelques hommes imprudents voulurent en tirer parti et furent sacrifiés ; mais nos ennemis naturels en profitèrent seuls; le Peuple fut désarmé, bâillonne et réduit à une nullité morale sous' les rapports politiques ; le sang français coula ; et Pitt fut satisfait. »

Mais n'est-ce pas vous, Tallien, qui fûtes l'abominable complice et le bourreau du Peuple?

- Ce n'était point assez pour eux ; il leur fallait un coup décisif qui pût renverser la République et préparer la perte de tous les Républi-

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