MESURES TRANSITOIRES
coins... L'époque des Assemblées primaires devait nécessairement devenir celle des plus grandes agitations... Après avoir comprimé Pénergie des patriotes, il fallait pervertir Vesprit publicLes Journalistes , presque tous dévoués au ministère Anglais, travaillèrent à dissoudre la Convention... Les Manifestes de Louis XVIII. les proclamations de Charette , les bulles du Pape, remplissaient leurs colonnes, tandis que les décrets étaient dénaturés ou supprimés. »
Mais n'est-ce pas tous qui avez traîtreusement demandé la liberté illimitée de la Presse pour favoriser Y Aristocratie?
Tallien dénonce aussi le Comité de Belle, composé d'anciens Feuillants^'anciensMinistres^nvoquantencorela Constitution de 91 pour mieux réussir, correspondant avec un Comité directorial à Paris, trompant et poussant les Sections, se coalisant avec cent Girondins qui devaient seuls former le noyau d'une Assemblée, et marchant à la contre-révolution soit par l'insurrection, soit parles élections. Mais tout cela n'est-il pas l'ouvrage du 9 thermidor et de Tallien surtout?
Il déclare enfin que les dernières élections ont été viciées par la conspiration royaliste; que la République est en danger; et que la Commission avait arrêté un plan pour la sauver et détruire les dernières espérances des Royalistes (en annulantles élections), mais qu'elle laisse au nouveau Corps législatif à statuer sur la validité des élections, et qu'elle se borne à proposer les dispositions suivantes :
« 1* Exclure, jusqu'à la paix, de toutes fonctions législatives, municipales, judiciaires, les Émigrés, les parents d'Émigrés, les Aristocrates qui, dans les Assemblées primaires ou électorales, auront provoqué ou signé des mesures illégales ou séditieuses ; — 2e maintenir les lois révolutionnaires contre les Émigrés et les Prêtres réfractaires ; — 3' autoriser les Royalistes à se bannir volontairement dans les trois mois en emportant leurs biens ; — i* destituer les officiers nommés par Aubry. »
Toutes ces propositions sont décrétées ; et par conséquent les Émigrés, les parents d'Émigrés et les meneurs royalistes, élus aux dernières élections , devront être repoussés de la Législature; c'est-à-dire que la Convention termine par une mesure révolutionnaire.
28 i cokventios. — 1795.
« Puissent mes pressentiments sinistres ne pas se réaliser ! dit Tôtlien en finissant ; car ce serait en vain que nous voudrions nous dissimuler les dangers de la Patrie. »
Et voilà donc , en définitive , que les Thermidoriens , en assassinant Robespierre, en détruisant la Commune et les Jacobins, ont amené la France au bord de l'abîme !
S «. — Clôture de la Convention. — Abolition de la peine de
Dans sa dernière séance, la Convention abolit la peine de mort a la paix générale, comme Robespierre le demandait- Quoique laissant la France dans la discorde et l'anarchie, elle tranforme en place de la Concorde la place de la Révolution, et proclame une amnistie générale, excepté pour l'insurrection du 13 vendémiaire, c'est-à-dire pour Lemattre, qui se trouve seul gravement inculpé, et qui sera exécuté ; on excepte aussi Billaud-Varennes , Collot-d'Herbois, Barrèrent Vadier, qui ne seront pas jugés, mais déportés (l).
Toutes les prisons sont donc ouvertes aux Montagnards, ce qui est un immense événement pour les patriotes.
Et le 4 brumaire an iv (26 octobre 1795), à 2 heures et demie, la clôture de la Convention est proclamée au milieu des cris de vive la République!
Jetons maintenant un dernier coup d'œil sur les Conventionnels et leur conduite depuis le 9 thermidor.
$ 42. — Coup d'œil sur les Conventionnel*.
Qu'ont fait Billaud, Collot, Barrère, après avoir renversé Robespierre? — Ils ont livré la République, la Révolution, le Peuple, aux brigands Thermidoriens, aux Girondins,
(4) Billaud et Collot ont été transportés dans la Guyane. — Collot y mourra en 1796.— Billaud y restera 20 ans, s'enfuira, en 1816, à New- Yorck, puis à Saint-Domingue, où il mourra en 1819. — Barrère s'évadera de Rochefort et sera amnistié après le 18 brumaire. — Vadier, qui s'est évadé et caché à Paris, sera arrêté avec Babeuf, enfermé 4 ans à Cherbourg, puis amnistié.
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aux Royalistes! Inhabiles à se défendre quand Legendreles accuse de n'avoir attaqué Robespierre que par jalousie, ils ne savent pas même diriger le Peuple pour le sauver, et le précipitent dans l'esclavage, tandis qu'ils vont eux-mêmes mourir ou languir en exil.
Qu'ont fait encore Carnot, Lindet, Prieur de la Côted'Or? — Impuissants à se défendre, ils n'osent pas même élever la voix contre les massacres du midi, tandis que Robespierre bravait tous les périls pour invoquer l'humanité!
Qu'ont fait Cambon, Vadier, Amar, Vouland, Jagot, pour protéger le Peuple? — Vadier ne pourra qu'exprimer ses regrets dans l'exil (p. 133), et Cambon proscrit ne pourra qu'essayer d'expier sa faute en disant souvent : - Je sais - que Robespierre devait me faire guillotiner: néanmoinsje « me reprocherai toute ma vie d'avoir contribué à sa chute. »
Que dire de Tallien, jacobin, cordelier, aidé par une souscription des Jacobins dans la création de son premier journal (T. II, p. 480), secrétaire de la Commune du 10 août, un moment Procureur-Syndic, l'un des principaux acteurs dans les journées de Septembre, ultra-révolutionnaire en 93, proclamateur de la loi agraire, qui trahit le Peuple et la Révolution au 9 thermidor ; qui les vend aux Girondins et aux Royalistes; qui a l'impudeur de quitter la Montagne pour aller s'asseoir au milieu de la Plaine ; qui organise et pousse la Jeunesse dorée contre son ancien parti ; qui se fait exclure des nouveaux Jacobins ; qui profite de son expérience révolutionnaire pour faire aux patriotes plus de mal qu'aucun Aristocrate; qui donne le douloureux spectacle de l'apostasie, de la trahison, de l'immoralité, de l'impudence et de la férocité, réunies dans sa personne ; et qui devient un tel objet d'exécration que le Peuple demande sa tête et celle de Fréron pendant les insurrections de germinal et de prairial?
Que dire des autres Thermidoriens ; de Fréron, qui voulait qu'on rasât VHôtel-de-Vïle, après avoir exterminé la Commune, et qui provoqua publiquement la Jeunesse dorée à exterminer les Jacobins en les chassant de leur local, trans-
;)8(i <:oxvextio*. — 1795.
formé en un marché (marché des Jacobins ou marché Saint- Honoré); de Merlin de Thionville , publiquement accusé d'avoir vendu Mayence, et d'avoir impudemment trompé la Convention en affirmant que la garnison était réduite à manger des rats, tandis qu'elle avait encore des vivres pour huit jours; de Barras, de Bourdon de l'Oise, de Legendre, de Fouchè, tous anciens Ilébertistes ou Dantonistes, tous imitateurs et complices de Tallien (1)?
« Ce furent eux, dit V Histoire parlementaire, qui, les premiers, affichèrent ces mœurs abominables qui souillèrent la fin de la Conven. tion et le Directoire, et qui montrèrent, dans la classe gouvernementale d'alors, plus d'infamie et plus de corruption qu'il n'y en avait eu dans la Noblesse et le Clergé sous les derniers monarques. »
On les voit même s'accuser réciproquement avec fureur.
• Je méprise (dit Fouché à Tallien, etc., qui l'accusent d'avoir inondé de sang le midi) une poignée de factieux qui, après s'être agités dans des jouissances coupables, veulent agiter la Convention pour acquérir Cimpunité. »
Que dire des Girondins qui, après avoir tant parlé d'humanité et tant crié contre l'anarchie, se montrent vindicatifs et sanguinaires, déchaînent l'anarchie, protègent les assassins et les chauffeurs , accueillent par des bravos , par des acclamations, par des applaudissements frénétiques, les
(1) En sortant du Conseil des 500, Tallien ne sera plus réélu. Il accompagnera Bonaparte en Égypte; il rédigera le journal h Décade Égyptienne ; sera nommé Administrateur des biens nationaux ; sera renvoyé en France comme dilapidateur ; sera pris par les Anglais ; rentrera en France, où tou», le monde le repoussera, même sa femme, qui demandera le divorce ; et mourra à Paris en 1820, accusé d'avoir été agent de police de l'Empire et de la Restauration. -rFréron n'est pas élu au Conseil des 500 ; il acceptera une place dans l'administration des hospices, puis une sous-préfecture à Saint-Domingue, où il mourra presque aussitôt son arrivée. — Merlin de Thionoille, sortant du Corps législatif en H98, ne sera plus réélu. 11 entrera dans l'administration des postes, d'où il sortira bientôt accusé de dilapidation; il acquerra l'ancien couvent du Calvaire, près Paris, ce qui le fera appeler Merlin-Calvaire. L'accroissement rapide de sa fortune le laissera sous le poids de l'accusation d'avoir vendu Mayence.— Bourdon de l'Oise, qui s'est enrichi en agiotant sur les assignats elles biens nationaux, sera déporté le 18 fructidor comme conspirateur royaliste, et mourra à Smnamary.