‹ 17941830Chapitre 63 sur 118 · SOU · texte numérisé non relu

SOU

dront des honiiues inacceptables. Ils présentent donc La Réveillère-Lepeaux (317 voix), Rewbell (246), Sieyès (239), Letourneur de la Manche (214), Barras (206), Cambacêrès (143), et 44 autres candidats complètement inconnus. C'est débuter par violer indirectement la Constitution. — Le Conseils des Anciens, mécontent, mais voulant éviter une lutte, choisit les 5 premiers.— Sieyès refusant, les 500 présentent Carnot (181 voix), Cambacêrès (157), et 8 inconnus ; et les Anciens choisissent Carnot.

La Reveillère-Lepeaux, Rewbell, Letourneur, Barras et Carnot composent le Directoire.

Nous connaissons déjà l'honnête et faible Carnot.

Barras, gentilhomme provençal, anciennement officier à nie de France et dans l'Inde, dissipateur et débauché, ordonnateur avec Fréron des premiers massacres de Toulon, menacé pour ce fait par Robespierre, l'un des chefs du 9 thermidor, organisateur et Général de la Jeunesse dorée contre les Jacobins, Général au 13 Vendémiaire contre les Royalistes qui ne lui pardonnent pas son passé, est un Aristocrate sans mœurs, sans principes, sans instruction, paresseux, dominé par ses besoins de plaisir et d'argent, qui méprisera ses devoirs, et qui ne cherchera dans ses fonctions que les moyens de s'enrichir et de satisfaire les* plus sales passions et la plus révoltante immoralité.

Rewbell , avocat en Alsace , Représentant du Peuple avec Merlin de Thionville à Mayence, est accusé de s'être laissé séduire et d'avoir vendu la ville au Roi de Prusse. On l'accusera de continuer à s'enrichir par des dilapidations.

Les deux autres Directeurs sont peu connus : La Réveillère-Lepeaux, proscrit comme Girondin, passionné pour la botanique, contrefait, est un homme honnête et moral, qui a fondé la secte des Thèophilanthropes, et que l'Aristocratie ridiculise à ce sujet.

Cette réunion d'hommes est peu capable de marcher unie et de diriger la Nation; aucun d'eux n'est homme d'état; aucun n'a des idées d'avenir et de réorganisation générale.

— Mais, il faut l'avouer, la France n'a pas alors, parmi ses notabilités, un seul homme de génie capable de la régénérer.

Après avoir consulté le sort, qui a désigné Rewbell pour Président pendant trois mois, le Directoire rédige, le 1 4 brumaire, une proclamation aux Français pour déclarer :

« Qu'il maintiendra la Constitution et la Hépublique ; qu'il combattra toutes les factions, les Royalistes et les fanatiques ; qu'il régénérera les mœurs, étouffera Yagiotage, ramènera la concorde , etc. •

Nous verrons comment seront tenues ces promesses !

Du reste, c'est un système de prétendu juste-milieu qu'il adopte entre le3 Royalistes et les Jacobins ou les Démocrates ; c'est la bascule qu'il emploiera ; c'est la maxime diviser pour régner qui sera sa boussole-, et, par conséquent, c'est la discorde et la guerre que nous verrons longtemps.

Le Directoire choisit pour Ministres : — Merlin de Douai, Justice; — Ch. Delacroix, Relations extérieures, — Gaudin (qui sera remplacé par Ramcl), Finances; AuberL-Dubayet (qui sera remplacé par Petict, puis par Hoche), Guerre;

— Benezech, Intérieur; — Truguet, Marine, — Cochon, Police.

Bonaparte est Commandant de l'armée de l'intérieur et de Paris. 11 organise cette armée , qui campe à Grenelle , et la Garde, soit du Directoire, soit de chacun des deux Conseils.

Le Directoire nomme aussi une arniée de fonctionnaires publics (ambassadeurs, Généraux, Commissaires extraordinaires près les armées et dans les Départements, Commissaires près les administrations départementales et communales, Commissaires près les tribunaux, employés dans les bureaux des ministères, eic). Il nommera même, pour cette fois, tous les fonctionnaires électifs que les assemblées primaires et électorales n'ont pas eu le temps d élire.

Les cinq Directeurs se distribuent les a flaire s et confient : à Rewbell J'extérieur; à La Réveillère et à Letourneur Tintérieur ; à Barras le personnel de l'armée ; et à Oirnot les mouvements militaires.

peuple ; partis. 295

Revêtu d'un brillant costume, entouré de sa garde comme un Roi, le Directoire siège au Palais du Luxembourg, splendidement orné avec les magnificences du Garde-meubles. — Chaque Directeur y loge avec sa famille. Mais c'est Barras, célibataire , qui , Président ou non Président , représente le Gouvernement et tient les 3alons. Bientôt c'est une véritable Cour, qu'on appelle Cour de Barras, qui a sa pompe royale et son œil-de-bœuf ou son anti-chambre , où se précipitent en masse tous les solliciteurs, Ministres, Députés, Généraux, fonctionnaires de tous genres, fournisseurs, banquiers, etc.

g 3. — Peuple) Partis.

« Le Peuple , dit Buonarolli (Histoire de la Conspiration de Babeuf), trompé dans les espérances que les premiers jours de la Révolution lui avaient données, égaré par la calomnie et par les menées du Royalisme et du Pouvoir, affamé, sans travail , occupé chaque jour du soin de vivre le lendemain , languit dans une profonde indifférence;

une partie môme accuse la Révolution des maux sans nombre qui

pèsent sur lui.

- Le Parti démocratique, dit encore Buonarotti , représentant les anciens Jacobins, est peu nombreux; et la masse des patriotes, à peine revenue de son effroi, est prête a se laisser intimider à la moindre apparence d'une persécution nouvelle. »

Il faut dire même qu'il n'y a plus de Parti démocratique, mais seulement des Démocrates, parce qu'il n'y a plus d'organisation, plus de chef, plus de direction, plus d'unité, presque plus rien. — Cependant, ce qu'on appelle le Parti démocratique a plusieurs Journaux , le Tribun du Peuple, par Babeuf; l'Êclaireur du Peuple, par Simon Duplay ; l'Orateur plébéien, ou le Journal des hommes libres, par Antouclle et Félix Lepelletier. Mais ces journaux ont moins de lecteurs et moins d'influence que les Journaux royalistes.

Le Parti Royaliste est plus réel, plus disciplinante et mieux discipliné. — Il a pour chef le Prétendant ou le Roi Louis XVIII, appelé aussi Comte de Provence ou Comte de Lille, résidant à Blankembourg, près Vérone. 11 comprend

296 DiRKCTOMt:. — 179.».

la Coalition, les Émigrés, les Prêtres, les Aristocrates, leurs valets et tous les égoïstes. Le gouvernement Anglais lui fournit l'argent nécessaire. Après avoir longtemps essayé la violence, la guerre, les conspirations et les insurrections, il adopte un autre plan, et veut s'emparer des élections, des Chambrés, du Directoire et du Gouvernement, pour détruire alors légalement la Constitution et restaurer la Royauté. Pour y parvenir, il veut pousser aux élections tous les Royalistes, diriger leur choix et inlluenccr tous les tièdes et les timides.

Nous avons vu l'Agence Royaliste chercher déjà à organiser et à diriger. — Après sa défaite du 13 vendémiaire et l'exécution de Leinaitre, Louis XV1I1 donnera de nouveaux pouvoirs à Duverne Depresle a Paris , et à Imbtrt-Colomr» à Lyon, et constituera deux Agences, Tune pour le Midi et l'Est, l'autre pour le Nord et l'Ouest, qui se concerteront entre elles. Les deux Agences organiseront tout le Parti, en établissant le plus grand nombre possible de clubs et de journaux, et des Sociétés secrètes (les Amis de l'ordre et les Fils légitimes) dans tous les départements et dans toutes les communes. Elles organiseront aussi des Compagnies militaires secrètes, auxquelles elles fourniront des arm; s, des munitions et des uniformes. — Kllesauront bientôt un grand nombre de journaux parmi lesquels on remarque la Quotidienne.— Elles compteront bientôt dans les deux Conseils 184 Députés, qui se réuniront dans le club Clichy, à Tivoli.

Quoique frappé par le Gouvernement révolutionnaire et comprimé le 13 vendémiaire, ce Parti, qui s'est presque complètement soustrait au service militaire, est infiniment moins épuisé, moins fatigué, moins découragé que le Parti populaire : depuis le 9 thermidor, son ardeur va croissante? avec ses progrès et ses espérances.

Le Parti Directorial est plus réel encore, puisqu'il a un chef(leDirectoireetlesMinistres),uneorganisationpubli(|ue (tous les fonctionnaires), l'armée, le Pouvoir législatif, et la Nation s'il est vraiment national. Il aura des journaux, nor

Page 1