‹ 17941830Chapitre 62 sur 118 · JUGEMENT DE M. THIERS SITR LU CONVENTION · texte numérisé non relu

JUGEMENT DE M. THIERS SITR LU CONVENTION

propositions de mort ou plutôt d'assassinat contre leurs collègues, et justifient cette accusation portée contre eux par Robespierre d'être la plus hypocrite des factions?

Que dire enfin de Sieyès, de Lanjuinais, de Boissy-d' Anglas, qui tolèrent, approuvent, encouragent les massacres du midi, et qui finissent par enchaîner le Peuple et détruire la régénération sociale?

Écoutons cependant les éloges de M. Thiers!

§ 43. — Jugement de M. Thiers sur la Convention.

« La Convention trouva un Roi détrôné, une Constitution annulée, ta guerre déclarée à l'Europe, et, pour toutes ressources, une administration entièrement détruite, un papier monnaie décrédité, de vieux cadres de régiments usés et vides. Ainsi , ce n'était point la liberté qu'elle avait à proclamer en présence d'un trône affaibli et méprisé ; c'était la liberté qu'elle avait à défendre contre l'Europe entière ; et cette tâche était bien autre ! Sans s'épouvanter un instant, elle proclama la République à la face des armées ennemies ; puis elle immola le Roi pour se fermer toute retraite ; elle s'empara ensuite de tous les pouvoirs et se constitua en Dictature. Des voix s'élevèrent dans son sein, qui parlaient d'humanité quand elle ne voulait entendre parler que d'énergie ; elle les étouffa. Bientôt cette Dictature qu'elle s'était arrogée sur la France par le besoin de la conservation commune, 12' membres se l'arrogèrent sur elle par la môme raison et par le même besoin. Des Alpes à la mer, des Pyrénées au Rhin, ces 12 Dictateurs s'emparèrent de tout, hommes et choses, et commencèrent avec les Nations de l'Europe la lutte la plus terrible et la plus grande dont l'histoire fasse mention. Pour rester directeurs suprêmes de ce-te œuvre immense, ils immolèrent alternativement tous les partis; et, suivant la condition humaine, ils eurent les excès de leurs qualités. Ces qualités étaient la force et l'énergie ; l'excès fut la cruauté. Ils versèrent des torrents de sang jusqu'à ce que, devenus inutiles par la victoire et odieux par l'abus de la force, ils succombèrent. »

Non, non, ce n'est point à cause de cela que Robespierre fut renversé ; c'est uniquement, et M. Thiers Ta reconnu luimême, parce que Billaud, Collot, etc., avaient de l'orgueil, de l'envie, de l'ambition, et parce que Tallien et autres vou- . laient éviter le châtiment qu'ils méritaient.

« La Convention reprit alors pour elle la Dictature, et commença

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peu à peu à relâcher les ressorts de son administration terrible, surée par la victoire, elle écouta Y humanité et se livra à son esprit de régénération. Tout ce qu'il y a de bon et de grand elle le souhaita et Yessaya pendant une année. -

Non, non, c'est le contre-pied de la vérité!

« Mais les partis, écrasés sous une Autorité impitoyable, renaquirent sous une Autorité clémente : deux factions dans lesquelles se confondaient, sous des nuances infinies, les amis et les ennemis de la Révolution, l'attaquèrent tour à tour : elle vainquit les uns en germinal et prairial, les autres en vendémiaire, et, jusqu'au dernier jour, se montra héroïque au milieu des dangers. Elle rédigea enfin une Constitution républicaine ; et, après trois ans de lutte avec Europe, avec les factions, avec elle-même, sanglante et mutilée , elle se démit et transmit la France au Directoire... Son souvemr est demeure terrible: mais il n'y a pour elle qu'un fait à alléguer, un seul, et tous les reproches tombent devant ce fait immense : elle nous a sauves de l invasion étrangère 1 Les précédentes Assemblées lui avaient lègue la France compromise; elle légua la France sauvée au Directoire et a l'Empire Si en H93 l'Émigration fût rentrée en France, il ne restait vas trace des œuvres de la Constituante et des bienfaits de la Révolution Aux hommes qui s'appellent avec orgueil patriotes de 89, la Convention pourra toujours dire : « Vous avez provoqué la lutte ; c'est moi qui l'ai soutenue et terminée. -

Eh bien, maintenant que nous connaissons l'histoire de la Convention et celle de Robespierre, nous le demandons, y a-t-il un seul éloge pour la Convention qu'il ne faille appliquer à Robespierre et aux Jacobins?

Il y a plus : est-il vrai que, depuis le 9 thermidor, pendant la dernière année de son existence, la Convention, menée par les Thermidoriens, ait eu l'esprit de régénération; qu'elle ait essayé tout ce qu'il y a de bon et de grand; qu'elle ait été une Autorité clémente?

Nous avons beau regarder, nous n'apercevons pendant cette année, que des vengeances, des calomnies, des massacres, contre le parti Patriote ami de la Révolution , une alliance avec le parti Royaliste déchaîné par les Thermidoriens, un abîme dans lequel la France est près de s'engloutir.

Nous voyons un système de mensonge, de police, de trahison et de parjure. Nous voyons la plus noire ingratitude et la

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plus révoltante improbité envers le Peuple, auquel on a prodigué les promesses pour obtenir son dévouement (T. 11, p. 509), qui a donné son sang sur la foi de ces promesses, qui a sauvé la France de l'invasion et du démembrement, et qu'on réduit à la misère et à l'esclavage. Nous voyons les Thermidoriens ruiner les finances; substituer l'esprit personnel à l'esprit public et l'égoïsme au dévouement ; étouffer l'enthousiasme du Peuple et de l'armée ; dégoûter les volontaires éclairés et indépendants que l'amour de la Patrie et de la liberté avait précipités à la frontière ; et ne pouvoir retenir sous les drapeaux que la masse des malheureux pour qui la guerre est un métier. Nous voyons la Convention Thermidorienne et Girondine violer la Constitution acceptée et jurée, et donner le funeste exemple du mépris pour les serments, pour les Constitutions, pour la Souveraineté nationale.

Nous voyons des rétrogradations, des destructions, mais point d'institutions organiques, point de réformes sociales, point de progrès dans la cause du Peuple et de l'Humanité, en un mot rien de grand, et seulement l'ouverture des salons et des théâtres, le rétablissement de la mode, du luxe, des plaisirs aristocratiques et de l'influence corruptrice des jolies Cabarrus, l'encouragement de l'agiotage , de l'ambition et de la cupidité.

C'est du 31 mai au 9 thermidor que nous voyons un grand mouvement d'améliorations sociales et politiques, de grandes réformes dans un grand but philanthropique, de grands progrès dans la réalisation de l'Égalité, de grands principes de morale, de justice, de probité et de vertu, un véritable esprit de régénération.

Et comme nous voyons que toutes ces grandes choses sont conçues, proposées, demandées par Robespierre et les Jacobins ; comme nous ne les voyons plus après le renversement de ce Robespierre et de ces Jacobins ; ce sont eux, si noircis et si calomniés, qui nous paraissent mériter tous les éloges qu'on peut donner à la Convention elle-même.

Et nous ne craignons pas de le répéter, la chute de Rot. iv. 19

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bespierre nous parait de plus en plus un incalculable malheur pour la France et pour l'Humanité.

Maintenant, nous allons voir les Thermidoriens, maîtres du Directoire, continuer leur système de dilapidation et de démoralisation ; donner toujours l'exemple du mépris des lois et des serments ; se jouer de la Constitution de Tan 3 comme de celle de 93 ; provoquer do nouvelles insurrections ; montrer autant d'impitoyables rigueurs contre les Patriotes que d'indulgence en faveur des Royalistes ; sacrifier le Peuple à la Bourgeoisie ; achever de dénaturer la Révolution en substituant à l'amour de la liberté et de la fraternité l'amour des conquêtes et de la gloire militaire ; enfin préparer l'esclavage définitif de la Nation par l'habitude des coups d'État contre la Représentation nationale, et la res- • tauration des Bourbons par l'établissement du Despotisme impérial.

COMPOSITION I)L D1HLCTOIHE.

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