PROCÈS DE HXBKUF. — SA DOCTRINE
quant à celle de la Communauté en elle-même, aucune questionne nous paraît plus digne d'intérêt, puisqu'on la présente comme le seul remède à tous les vices, à tous les crimes , à toutes les discordes, à toutes les révolutions, comme le seul garant de Tordre , de la paix et du bonheur universel. Et quand nous voyons depuis 89 tant de révolutions qui laissent le Peuple dans l'esclavage et la misère, etqui ne servent qu'à préparer une foule de conspirations et de révolutions nouvelles; quand nous voyons tant de perfidies, tant de trahisons, tant d'immoralités, tant de massacres, qui, tous, ont leur source dans l'égoïsme, la cupidité , la soif de l'argent et du pouvoir; nous nous sentons entraînés à penser que l'inégalité est en efiet la cause de tous les désordres , et que l'égalité la plus parfaite en est l'unique remède.
Mais cette question est trop compliquée pour qu'ils nous soit possible de l'entamer ici ; et , d'ailleurs , quand même cette discussion ne serait pas hors des bornes de notre histoire, nous ne pourrions rien faire de mieux que d'analyser un ouvrage déjà connu (le Voyage en Icarie) qui décrit un vaste pays organisé en Commu nauté ; qui la montre en action et en pratique dans toutes les parties de l'organisation sociale et politique (villes, villages, fermes, maisons, chemins, nourriture, vêtement, logement, ameublement, éducation, travail, agriculture, industrie, ateliers, machines, médecine, religion , plaisirs, théâtres . fêtes , beaux-arts, sciences , assemblées populaires, représentation nationale, gouvernement, fonctions publiques, colonies, etc., etc.); qui discute toutes les objections ; qui cite un grand nombre des principales autorités ; qui trace un tableau des progrès de la Démocratie; etqui raconte même le régime transitoire et préparatoire nécessaire pour amener graduellement la réalisation de la Communauté.
Nousdironsseulementquedans noire conviction , la Communauté , que voulaient Babeuf et ses amis après tant d'autres, ne serait nullement chimérique et impraticable pour urïeNiitionquiradoplcrait:maisnoussoiiii)ies|>iorondérnent
convaincus on même temps qu'une minorité ne peul pas rétablir par la violence ; qu'elle n'est réalisable que par la puissance de l'opinion publique, comme Babeuf le reconnaissait lui-même (p. 307); et que, loin d'en avancer la réalisation, la violence ne pourrait que l'éloigner, ftous pensons qu'il faut profiter des leconsde l'histoire ; et celle-ci nous montre que , comme le prévoyaient Babeufet ses compagnons, leur conspiration a été le dernier coup pour la Démocratie.— Nous la verrons comme morte sous le Directoire, sous le Consulat, sous TEmpire et sous la Restauration,
§11. — Conspiration Royaliste.
Encouragés parla défaitedes Démocrates, les Royalistes des Conseils réclament la révocation de la loi du i brumaire contre les parents d'Émigrés (p. 283), et demandent que le Directoire ne puisse choisir aucun révolutionnaire pour agent
« Votre intention , dit Roissrj-dWnglas , ne peut iMre que ceux qui ont ensanglanté et ruiné Bordeaux (Tallien) y soient envoyés comme Commissaires, et que les mitrailleurs de Lyon (Fouché), revêtus d'un grand pouvoir, puissent rentrer dans cette ville , y compter leurs victimes, et contempler les débris de ses monuments. »
D'un autre côté, les débauches, les scandales, la corruption , les concussions de Barras, avilissent le Directoire, et l'exposent lui-même aux attaques des Députés et des journaux royalistes. On le blâme d'employer Frèron comme Commissaire dans le midi; on va jusqu'à l'accuser d'avoir connu et favorisé la conspiration Babeuf, et jusqu'à le soupçonner de méditer quelque coup d'État contre les Conseils.
Les hostilités des journaux contre-révolutionnaires contre le Directoire deviennent si violentes qu'il demande une nouvelle loi contre la presse; et pour l'obtenir , en paraissant prendre l'intérêt du Peuple, il propose l'établissement d'une taxe sur les billets de spectacles, en faveur des pauvres (beau remède contre une misère profonde et générale ! ) ; mais les Royalistes , qui veulent la liberté illimitée delà presse pour
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saper la Constitution et la République, combattent cette demande en reprochant au Gouvernement d'avoir lui-même abusé de ses journaux pour calomnier les Députés ; c'est en vain que Daunou, au nom d'une Commission, se borne à proposer une loi contre la calomnie : pour la défense d'annoncer un journal autrement que par son titre, et pour l'établissement d'unjournalofliciel ; tout est repoussé. On établit seulement une taxe pour le port des journaux et l'obligation de les mettre sous bandes.
« La Presse, dit à ce sujet M. Thiers , peut être illimitée sans danger ; il n'y a que la vérité de redoutable ; le faux est impuissant ; plus il s'exagère, plus il s'use. Il n'y a pas de Gouvernement qui ait péri par le mensonge. Qu'importait qu'un Babeuf célébrât la loi agraire , qu'une Quotidienne rabaissât la grandeur de la Révolution, calomniât ses Héros et cherchât à relever ses Princes bannis ! Le Gouvernement n'avait qu'à laisser déclamer... »
Si les Royalistes étaient prudents et patients, s'ils atten daient les nouvelles élections qui peuvent leurdonner la majorité, ils réussiraient probablement ; mais leur impatience va les faire reculer encore.
Nous avons déjà vu que l'Agence royaliste à Paris, composée de lemattre, l'abbé Brolhier,Laville- Heur mis (p. 1C!), ne s'est pas laissée décourager par le mauvais succès de l'insurrection du 13 vendémiaire. La condamnation de Lemaitre , la saisie de sa correspondance avant Louis XVHI et de tous ses papiers, les attaques de Barras et de Tallien contre la conspiration contre*révolutionnaire(p. 274 et 283). ne l'ont pas empêchée de continuer à conspirer. Durerne-de- Presle, ex-officier de marine, ex -émigré, a remplacé Lemaître; et, dès février 1796, Louis XVIII lui a donné de nouveaux pouvoirs, et des instructions qui lui recommandent de travailler à s'emparer des élections et des Conseils , sans négliger les moyens d'insurrection ; on a nommé des Centurions dans tous les départements ; on y a envoyé des Commissaires royaux pour organiser la contre-révolution dans chaque Canton et dans chaque Commune, et préparer une in-