CATASTROPHE DU CAMP DE CRENELLE
dont le Commandant, Malo, est un des plus furieux ennemis du Peuple ; et quand les Démocrates arrivent en chantant et en criant : Vive la Constitution de 93 ! .4 bas les tyrans ! Malo et ses dragons, enivrés dûs le matin, se précipitent sur eux, les sabrent, les écrasent, en tuent beaucoup et blessent presque tous les autres, dont 132 sont arrêtés, parmi lesquels on trouve le Général Fyon, contumace dans la conspiration Babeuf; et Ton profite de ce prétexte pour arrêter dans leurs domiciles tous les principaux Démocrates.
Le Directoire et les Conseils, violant la Constitution, décident que les prisonniers seront distraits de leurs juges naturels, privés du recours en cassation, et livrés à une Commission militaire choisie parmi les officiers du camp de Grenelle. Le Directoire demande même qu'on ne leur accorde qu'un défenseur pour tous : mais les Conseils repoussent cette injustifiable mesure.
En quelques jours, la Commission militaire en condamne à mort 32, parmi lesquels on remarque l'ex-montagnard Javoqucs et deux autres, et fex-maire de Lyon Bertrand. Tous sont fusillés dans le camp de Grenelle, malgré leurs protestations d'incompétence et leurs pourvois en cassation. Le Tribunal suprême déclarera plus tard l'incompétence de la Commission militaire; mais le Directoire aura fait exécuter ou plutôt assassiner. Que de cruautés, que d'iniquités envers les Démocrates, qui ont rendu tant de services à la Révolution, tandis qu'on a montré tant d'indulgence envers les Royalistes du 13 vendémiaire, qui ont tant versé de sang alors et avant, tandis qu'on acquittera tout à l'heure l'Agence royaliste, qui tentera d'insurger le même camp de Grenelle pour massacrer les patriotes! Mais l'opinion se prononce tellement contre Babeuf et les Démocrates qu'elle excuse ou tolère tous les attentats du Directoire. Voilà la conséquence ordinaire des conspirations manquées î
De ce moment, le parti Démocrate se trouve anéanti,
comme leur étant dévouôe. Si le fait est vrai, c'est un nouvel exemple du danger de croire aux jactances des agents de conspiration.
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perdu ; cl voilà où l'ont conduit les insurrections de germinal, de prairial, de Babeuf et du camp de Grenelle! Voilà l'effet des trahisons de Tallien et Barras !
Et ce qu'il faut bien remarquer pour tirer au moins de ces catastrophes une leçon utile, c'est que l'adresse se trouve toujours du côté des ennemis du Peuple, et l'imprudence, la témérité, la folle confiance, du côté du parti populaire... C'est par imprudence que le Peuple se fait battre !
Nous anticipons sur les autres événements pour arriver immédiatement aux débats du procès de Babeuf, qui ne s'ouvriront que le 2 ventôse an 5 , longtemps après que les Démocrates ont été définitivement écrasés au camp de Grenelle, aprèsqu'une nouvelleconspiration royaliste aura étédéjouée, lorsque le Directoire et le Juste-milieu seront complètement vainqueurs et tout-puissants, lorsque (suivant Buonarotti) l'énergie républicaine sera partout ailleurs anéantie.
§ 10. — Procès de Babeuf ; sa doctrine.
L infàme Grisel paraît à l'audience comme le principal et presque l'unique témoin. Protégé, loué par le Gouvernement et par l'accusateur, il révèle tout et donne l'effroyable spectacle d'un infernal traître insultant à ses victimes et développant avec la plus scandaleuse eff ronterie les ruses qu'il a employées pour connaître, pousser et trahir ceux qu'il embrassait comme des frères... Il affirme que Babeuf n'était qu'un instrument, que les véritables Chefs se cachaient derrière lui ; et, si le fait est vrai, c'est pour affaiblir l'effet de la conspiration que le rusé Directoire l'appelle conspiration Babeuf.
Si du moins les accusés présentent le spectacle de véritables frères, unis, disciplinés, désintéressés, fermes sans violence, et se dévouant héroïquement au martyre; s'ils chargent Babeuf et un ou deux autres de la défense, en ne prenant eux-mêmes la parole que pour protester contre l'incompétence delà Haute-Cour, pour refuser de répondre et pour accabler Grisel de malédictions; si Babeuf et Darthé, bravant
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courageusement la mort , démon ti ent qu'ils n'ont eu pour but que le bonheur du Peuple et de l'Humanité!... — Mais Babeuf n'exerce pas assez d'influence sur ses compagnons pour leur faire accepter sa direction, et les accusés se divisent : tandis que les uns veulent avouer la conspiration et ne songer qu'à justifier son but et leur doctrine, les autres veulent tout nier et ne travailler qu'à sauver leurs têtes; et, pour éviter le funeste scandale d'une division publique, on convient que tous nieront la conspiration , quoique Babeuf l'ait avouée dans sa lettre au Directoire , et quoique le complot soit prouvé par 500 pièces de conviction. On convient qu'on ne justifiera qu'hypothétiquement la conspiration et la Communauté. — Tous déclinent la compétence de la Haute-Cour et protestent contre son jugement. Mais Darthé seul refuse de répondre et attaque sans ménagement ce Directoire que Babeuf a ménagé dans sa lettre. — Au contraire Pillé, secrétaire de Babeuf, a la faiblesse de reconnaître toutes les écritures et toutes les signatures, dans l'espérance de se sauver. Puis, contrefaisant l'imbécile, il parle d'un bon et d'un mauvais génie qui le poussaient alternativement; et Babeuf le traite de fou. Mais alors, blessé de cette qualification, Pillé s'efforce de ridiculiser Babeuf et de le présenter comme fou lui-môme, racontant qu'il courait dans sa chambre, renversait les chaises et criait : «Voici l'insurrection! l'insurrection commence! • Babeuf répond qu'il s'agitait ainsi, à l'exemple des grands écrivains, pour s'animer et trouver un style mâle. On conçoit combien de pareils débats sont malheureux, et quel parti les journaux ennemis peuvent tirer de pareilles scènes! — Babeuf voudrait tout avouer et tout justifier; mais, gêné par le système de défense adopté, il ne peut que montrer du courage personnel, sans pouvoir développer sa doctrine, tandis que l'accusateur public la flétrit comme une extravagante chimère et signale les accusés comme des scélérats avides de butin et de sang , des ennemis du Peuple , des monstres. Et comme la prévention est alors presque universelle contre Babeuf et ses amis, l'opinion publique admet généralement
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l'accusation et repousse la défense ; les journaux ministériels et royalistes publient les débats pour rendre les accusés plus odieux ; et le Directoire ne les a ajournés pendant un an (jusqu'aux élections) et ne les a prolongés pendant trois mois que dans la conviction qu'ils lui procureraient des élections ministérielles.
Enfin, le 7 prairial (27 mai 1797), après un grand nombre de séances, souvent terminées par des chants républicains et quelquefois troublées par de violentes discussions , les jurés répondent négativement sur la question de conspiration et sur celle d'attentat à la propriété, mais affirmativement sur celle relative au rétablissement de la Constitution de 93. Tandis que le Tribunal criminel de la Seine décide qu'il n'y a pas eu insurrection le 13 vendémiaire et acquitte tous les accusés royalistes, Babeuf et Darthé sont condamnés à mort; Buonarotti, Germain et cinq autres sont déportés; tous les autres sont acquittés. — Aussitôt l'arrêt rendu, Babeuf et Darthé se frappent avec un poignard ; mais Tanne trop faible se brise et reste, dit-on, dans la poitrine de Babeuf; et le lendemain , tous deux montent courageusement à l'échafaud, où Babeuf proteste encore de son amour pour le Peuple auquel il recommande sa famille (1).
Et tandis que leur corps sont jetés à la voirie , tandis que les déportés, enchaînés dans des cages grillées, conduits à. Cherbourg, sont insultés, menacés dans plusieurs villes qu'ils traversent, même mis en péril par la colère d'une population égarée, l'exécrable Grisel reçoit des éloges et des récompenses, et l'infâme Barras triomphe au milieu des scandales du palais du Luxembourg.
Telle est la fin de ces Démocrates, qui s'appellent les dcr-
(<) L'aîné de ses trois fils, Emile, adopté par Félix Lepelletier, tuera Grisel dans un duel en Espagne, en recevant lui-même une dangereuse blessure. — Le deuxième, Camille , élevé par le général Thureau , se précipitera du haut de la Colonne à la seconde invasion de 181 5.— Le troisième, Cahis Gracchus, élevé par son frère Émile , disparaîtra à la première invasion de 18 H.
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nier* des Français ou les derniers des énergiques Républicains, et que les ennemis du Peuple appellent Ilubouvistes pour avoir un nouveau terme de proscription : aux yeux des Gouvernants et des Aristocrates, un Babouviste sera plus odieux qu'un Jacobin et un Terroriste.
Si Babeuf et ses compagnons n'étaient que de faux Démocrates et d'hypocrites ambitieux , comme Tallien et tant d'autres qui n'invoquaient l'égalité que pour tromper le Peuple après s'en être servis , l'histoire ne leur devrait que peu d'attention.— Mais Buonarotti (dont nous avons connu la sincérité, le désintéressement, la vertu et le dévouement à la cause de l'humanité), traçant dans l'exil, après trente ans de proscription, sur le bord de la tombe, l'histoire de cette conspiration, se proclame l'ami de Babeuf et le recommande comme un martyr de la Démocratie. — Aussi, des hommes souffrants, inspirés par un généreux sentiment de reconnaissance et de justice envers un homme qui périt pour avoir tenté de soulager les misères du Peuple , invoquent dans leurs souffrances la doctrine et le nom de Babeuf. — Mais cette invocation n'est-elle pas contraire à leur intérêt?
Quanta nous, qui ne cherchons que la vérité, et qui pour la défendre nous dévouons à la haine des amis des Feuillants, des Fayettistes, des Girondins, des Thermidoriens et de tant de personnages que nous n'attaquons qu'à regret, nous désirons trop le bonheur du Peuple pour le flatter quand notre conscience nous indique une erreur qui peut lui nuire; et nous n'hésitons pas à déclarer, ici comme toujours , ce que nous croyons la vérité.— Eh bien ! nous admettons que toute la conduite de Babeuf avant son retour à Robespierre et à la Démocratie puisse se justifier complètement, ainsi que sa lettre au Directoire ; nous l'admettons lui-même comme un vrai Philosophe qui, revenu de quelques erreurs, éclairé par l'expérience, dévoue entin sa vie à rechercher la cause des vices et des crimes , et le remède aux maux de la pauvre Humanité ; et ce dévouement suffit à nos yeux pour lui donner une place distinguée parmi les défenseurs du Genre hu-
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main : mais est-ce une raison pour adopter aveuglément sa doctrine, pour le choisir comme modèle de perfection, pour invoquer son nom comme celui d'une espèce de Divinité, en un mot pour transformer le Babouvismeenunesortedeculte?
Et d'abord , la doctrine de la Communauté est-elle l'invention de Babeuf? — Non, sans doute; cette doctrine n'est pas nouvelle : Protagoras avant Platon, beaucoup de philosophes Grecs et Romains , les Esséniens en Judée, Jésus- Christ et tous les Évêques chrétiens pendant les premiers siècles, presque tous les réformistes ou protestants, c'est-àdire des populations entières et des armées , une foule de philosophes modernes, Thomas Morus dans son ouvrage intitulé Utopie, Campanella, Locke, Rousseau, Montesquieu, Morelli, Helvétius, Mably, ont plus ou moins approuvé la Communauté de biens en théorie : mais tous ont pensé que les riches n'en admettraient peut-être jamais l'application, et Ton s'est habitué à la considérer comme une chimère.
Après tous ces philosophes, nous avons vu la Révolution mettre en discussion toutes les questions, tous les systèmes , toutes les doctrines, toutes les théories sociales et politiques, celles de Sparte, d'Athènes et de Rome, comme celles d'Angleterre et des États-Unis d'Amérique. Nous avons vu Sieyès et la Constituante proclamer l'Égalité; nous avons vu les Girondins eux-mêmes adopter la presque Egalité de fortune, et leur principal écrivain, Condorcet, non-seulement demander l'Égalité réelle , mais profiter de la proscription pour rédiger son admirable Tableau des progrès de l'esprit humain, dans lequel il signale l'Égalité absolue comme le but vers lequel marche l'Humanité depuis sa naissance. Nous avons vu la Commune de Paris, l'Assembleé électorale, Momoro , Tallien , parler de loi agraire et d'un nouveau règlement de la propriété... Nous avons vu l'abbé Fauchet, depuis Évêque de Calvados et Député Girondin , prêcher, au milieu des nombreux membres du Cercle social, l'abolition de Yesclavage de la faim et l'adoption des principes de la Communauté... Nous avons vu le riche Baron et Député Ana-
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charsis Clootz demander la République universelle des germains ou des frères ou des égaux... Nous avons vu Hébert et Chaumette prêcher et demander l'égalité et la Communauté absolue des biens , adoptée par une foule d'Hébertistes de bonne foi, ce qui détermine Y Histoire parlementaire à appeler Babeuf un disciple d'Hébert et de Chaumette... Nous avons vu le Comité de Salut public et la Convention, avant le 9 thermidor, marcher tous les jours à l'établissement de l'égalité de fortune, et même à la Communauté des biens, par l'établissement d'un immense domaine national composé des biens du Clergé et de ceux de la Noblesse émigrée et des conspirateurs contre-révolutionnaires, par le maximum, par l'impôt progressif, par l'emprunt forcé sur les riches, par les réquisitions en nature, par la construction d'immenses ateliers, par la concentration des travaux, par la mise en commun et la distribution aux citoyens dans les villes assiégées, par l'extinction de la mendicité, par les secours à domicile, par la promesse de distribuer aux soldats un milliard de propriétés nationales, par la résolution de donner ou vendre des parcelles de biens nationaux à tous les pauvres, par l'adoption du principe qu'il ne doit pas y avoir un citoyen non propriétaire... Nous avons vu Saint-Just n'admettre que le partage des fruits... Les Thermidoriens eux-mêmes perçoivent l'impôt en nature, et nourrissent le Peuple de Paris en lui faisant faire des distributions journalières pendant la disette.
Si Robespierre et Saint-Just avaient adopté le système social de la Communauté, s'ils avaient rédigé un plan complet d'organisation communautaire, s'ils Pavaient discuté et pu blié, de manière aie faire bien connaître au Peuple entier (ce qui leur était facile, puisqu'ils avaient le pouvoir), nous le croyons, le Peuple, le Comité de Salut public et la Convention, l'auraient adopté, et la Communauté aurait été appliquée graduellement; car la Révolution, la Constituante, la Législative et la Convention, ont réalisé des milliers de choses qui paraissaient tout aussi impossibles.
Mais Hébert, qui le premier parla de Communauté, n'a-
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vait pas la pureté nécessaire pour populariser une grande idée réputée chimérique; ses relations suspectes avec des banquiers étrangers et contre-révolutionnaires, son luxe subit, le cynisme de son langage, ne pouvaient que discréditer ses propositions. Chaumette n'était ni assez connu, ni assez influent ; et, d'ailleurs, ni l'un ni l'autre n'avaient un système étudié, complet, démontré, formulé, capable de convaincre et d'enthousiasmer la multitude. — Quant à Robespierre et à Saint-Just, soit qu'ils n'eussent pas étudié la question; soit qu'ils eussent jugé la Communauté impraticable ; soit qu'ils eussent voulu y.marcher graduellement et progressivement ; soit que les défauts personnelsd'Hébert leur eussent fait juger son intervention plus nuisible qu'utile ; soit que l'hostilité d'Hébert contre eux les eût mis dans la nécessité de le renverser pour n'être pas renversés par lui; ils attaquèrent Hébert et son système, qu'ils qualifiaient d'ultrà-révolutionnaire, et s'attachèrent à flétrir Hébert et l'Hébertisme.
Aucune question n'exigeait en effet tant de circonspect ion, de prudence et d'habileté, parce qu'elle était la plus radicale des questions révolutionnaires ; parce que aucune question n'a jamais, dans aucun pays comme dans aucun temps, soulevé contre elle tant d'intérêtsettant de préjugés que la question de l'Égalité de fortune et de la Communauté. — Aussi, nous avons vu la Convention , dès son ou vertu re, s'empresser , sur la demande de Danton , de rassurer les propriétaires (T. III, p. 172); nous avons vu Robespierre se prononcer contre la loi agraire et contre la Communauté (T. 1H, p. 467), comme il s'était prononcé contre les questions de République et de guerre quand il les croyait prématurées (T. Il, p. 328).
Mais toutes les propositions du Comité deSalut publiedans les cinq derniers mois (T. II, p. 459 et suiv., et T. III, p. 1 et suiv.), les opinions de Bodson et de Buonarotti (p. 302, tous deux initiés aux vues profondes de Robespierre, tous deux ses admirateurs et tous deux Communistes, nous donnent la conviction que Robespierre et Saint-Just ne blâmaient que l'invocation intempestive de la Communàulé par des
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athées déclarés, et qu'ils marchaient eux-mêmes à la Communauté par les voies qu'ils jugeaient les plus convenables au succès.
La doctrine de l'Égalité réelle et delà Communauté était donc pour ainsi dire celle de la Révolution, de la Démocratie, de Robespierre , de Saint-Just, de Bodson , de Buonarotti, avant d'être celle de Babeuf ; c'était celle deBuoranotti plus que celle de Babeuf, car elle est développée dans l'ouvrage du premier beaucoup plus que dans quelques numéros du Tribun du Peuple et dans quelques actes rédigés par Babeuf et Buonarotti. Dans tous les cas, elle était celle de Lycurgtte, de Platon et d'autres sans nombre, longtemps avant que Ba beuf l'eût adoptée.
Pourquoi donc la personnifier en Babeuf exclusivement? Pourquoi invoquer unhomme au lieu d'invoquer la doctrine elle-même , en la séparant de tout individu? Pourquoi, pour représenter une doctrine qu'on croit la plus belle et la plus parfai-te, choisir un homme qui peut n'être pas parfait etdont la vie, attaquée par une partiedes patriotes eux-mêmes, peut fournir au moins des prétextes aux attaques des adversaires de la Communauté? Pourquoi choisir un nom proscrit, dont les ennemis du Peuple on fait un épouvantait ? Transformer le Communisme en Babouvisme, n'est-ce pas donner dans un piège et augmenter comme à plaisir des difficultés déjà si grandes? Ainsi, de même que nous avons pensé que c'était une faute d'invoquer le nom de Robespierre (p. 137); de même que Bodson blâmait Babeuf d'invoquer le nom de ce martyr (p. 301 ) , de même nous pensons que ce serait une faute d'invoquer celui de Babeuf.
Du reste , remarquons-le bien, la conspiration de Babeuf n'était qu'une con spi ra tion ordinaire tenda n t au ne ré volution
Pour la masse des conjurés , la conspiration était tout-àfait indépendante de sa doctrine ; elle était seulement une conspiration démocratique pour renverser laConstitution de l'an 3 et le Directoire, et pour rétablir la Constitution de 93
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avec un gouvernement populaire ; car beaucoup de conjurés n'approuvaient pas la Communauté , et la masse ne pouvait pas la connaître puisqu'elle n'était qu'énoncée dansquelques numéros de deux ou trois journaux, bien peu répandus à Paris, presque inconnus en France , proscrits par le Pouvoir, dont les rédacteurs étaient forcés de se cacher, et dont la distribution clandestine était extrêmement difficile.
Etnous le dironsavec autantde douleur que de franchise, cette conspiration nous paraît conduite avec un imprudence qu'il serait bien dangereux de ne pas signaler.
La conspiration de Babeuf était infiniment plus difficileque celles du 10 août, du 31 mai, du 9 thermidor, de germinal, de prairial et de vendémiaire, parce que le motif n'était ni aussi positif, ni aussi urgent pour la masse; parce que les conjurés n'avaient pour eux aucune partie du pouvoir, ni des membres du Gouvernement, ni des Députés, ni la Commune, ni les Sections , ni la Garde nationale, ni aucune Société comme celle des Jacobins, ni aucun chef connu et influent, ni agent, ni armes ; parce que l'insurrection avait à combattre au contraire toutes les Autorités, toute la Garde nationale, la Garde du Directoire et du Corps législatif, et l'armée de l'intérieur d'environ 8,000 hommes ; parce que trois grandes batailles perdues par le Peuple, en thermidor , en germinal et en prairial, l'avaient démoralisé; parce que les Patriotes , plus divisés que jamais, étaient parai y ses parleurs divisions ; enfin parce que, depuis les catastrophes de thermidor, de germinal et de prairial, la réaction et les cris contre le maximum, l'emprunt forcé, la loi agraire et toutes les questions relatives à la propriété, irritaient l'Aristocratie et la Bourgeoisieetlescoalisaicntàrinstantcontrela Démocratie. Tout était donc changé, et le succès mille fois plus difficile ; ce succès n'était donc possible qu'avec la prudence la plus consommée; etnous avons vu quelles fautes, quelle crédulité, quelle aveugle confiance, ont amené la catastrophe.
Quant à l'appréciation delà doctrine de Babeuf, ou plutôt