‹ 17941830Chapitre 88 sur 118 · CONSPIRATION DE BONAPARTE ET DE SIEYÈS · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DE BONAPARTE ET DE SIEYÈS

corrompre, tromper... Joséphine même agit puissamment ; elle affecte de fréquenter assidûment la femme du Directeur Républicain Gohier, pour faire croire que les deux maris sont également Républicains et sont amis.

Cependant Barras, Gohier, Moulins, ne veulent pas céder la place à Sieyès et à Bonaparte; les 500 ne le veulent pas davantage ; Jourdan , Àugereau, Bernadotte, ne le veulent pas non plus; et si la Police découvre la conspiration, les conspirateurs peuvent être prévenus, arrêtés et fusillés. Mais Fouché, qui découvre tout en effet, trahit son protecteur Barras, trahit le Directoire qui Ta nommé Ministre, et se dévoue à celui qu'il croit le plus fort, pour obtenir ses faveurs, quoique le Général n'ait voulu lui-faire aucune confidence. On assureqtfil ditau secrétaire de Bonaparte : « Que votre Géné- * ral se hâte! s'il tarde, il est perdu. » Le Ministre de la guerre, Dubois-Crancé, resté fidèle, avertit Moulins et Gohier : mais ces hommes, aussi incapables qu'honnêtes, ne veulent rien croire. Pour achever détromper Gohier, Bonaparte le prévient qu'il ira avec sa famille dîner chez lui le 18.

Que de facilités auro donc Bonaparte , ayant pour complices ou pour agents Fouché, Talleyrand, Béai, etc., et tous les Généraux, qui veulent garantir leurs anciens pillages et s'assurer le pouvoir et la fortune !

Sèbastiani, colonel du 9* de dragons, lui répond de son Régiment, plein de soldats d'Arcole.

Et le Directoire va terminer son existence.

tj 50. — Tin du Directoire.

Nous verrons tout à l'heure l'exécution du complot. Disons seulement ici que, le 18 et le 19, la Ma^oritédu Conseil des Anciens trahit et viole la Constitution ; que la Minoritédes 600 la trahit aussi et la viole ; que Sieyès la trahit également et la viole ; qu'il ferait massacrer la Majorité des 600 si on Pécoutait; qu'il se laissera jouer par Bonaparte, et qu'il lui vendra la Dictature pour un richedomaine ; que Boger-Ducos

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suivra Sieyès ; que Barras vendra aussi sa démission pour de l'or ; que Gobier et Moulins se laisseront tromper et emprisonner; enfin que Fouché, Talleyrand, etc., trahiront ; que la Représentation nationale sera expulsée par les baïonnettes, la Constitution détruite, et le Directoire supprimé.

S M. — Coup d'œil sur le Directoire.

L'<îpoque depuis le 21 septembre au 6 brumaire an 4, ou le règne de la Convention, n'est pas le Gouvernement Républicain, mais le Gouvernement révolutionnaire, extraordinaire, transitoire; c'est une longue crise, une tempête, une guerre, un état de siège ; et Von ne peut, sans la mauvaise foi la plus évidente, appeler cette période la République, pour en conclure que la République doit essentiellement produire les mêmes effets. Le Gouvernement républicain, régulier, légal, constitutionnel, ne commence qu'au 5 brumaire, avec la Constitution de l'an 3, avec le Directoire et les deux Conseils. Mais, on peut le dire hardiment, cette seconde période est encore en réalité une période extraordinaire, la continuation de la crise révolutionnaire, une longue guerre de la Révolution contre la Coalition étrangère, de la République contre la contre-Révolution, de la Démocratie contre la Bourgeoisie et la Constitution bourgeoise, 3u Directoire contre les Conseils; et il est impossible encore de juger la République, respectée et paisible, par cette République toujours menacée dans son existence et toujours en convulsions. D'ailleurs, la République est susceptible d'une inlinite de Constitutions Républicaines, comme elle peut avoir des hommes de mille espèces différentes pour composer son Pouvoir législatif et son Pouvoir exécutif; et l'on ne peut juger ce qu'elle ferait avec une bonne Constitution et de bons Représentants par ce qu'elle a fait avec une Constitution vicieuse et des Représentants plus vicieux encore.

Or, le malheur veut qu'il n'y ait plus un homme d'Ktat, pas un homme supérieur, moral et dévoué. Les Conseils, qui

coui» d'oeil sur le directoire. 421

renferment beaucoup d'excellents citoyens, courageux et zélés, ne comptent pas un homme qui puisse rallier et discipliner les autres : les meneurs dans le Gouvernement ne sont plus que des égoïstes, des ambitieux, des débauchés, des pillards, des renégats, des traîtres, qui flétrissent et démoralisent tout, qui donnent l'exemple du mépris pour les lois et la Constitution, qui ne savent gouverner que par les coups d'État, le despotisme et la tyrannie.

Peut-on trop déplorer la faiblesse de Carnot, qui se laisse déporter comme conspirateur royaliste ?

Est-il un être plus méprisable et plus détestable que ce Barras, type de la débauche et de l'immoralité gouvernementale, voleur, pillard, qui foule aux pieds tous ses devoirs, qui démoralise la France , qui trahit tous les partis, et qui perd la République en attirant sur le Directoire un amas de mépris etdehainequi encourage à l'attaquer pour lui substituer le Despotisme (1)? Si le Peuple, au jour de son triomphe, veut assurer celui de la justice et de la morale, ne faudra-t-il pas exhumer les cendres de cet homme, pour les vouer éternellement à l'exécration de la Postérité ?

La République peut-elle encore être honorée par ce Fauché, ex-Prêtre, ancien Cordelier, ancien llébertiste, ancien ultrà-révolutionnaire; enfermé comme massacreur, mitrailleur et voleur; courtisan de Barras; qui, devenu Ministre de la police, étouffe la liberté de la presse et d'association, entasse les Démocrates dans les cachots, et trahit la République pour conserver ses honneurs et sa fortune ?

La République peut-elle être consolidée par un Talley- rand% Prêtre apostat, qui ne cherche qu'à faire fortune, et qui trahit le Directoire et la Révolution, comme il trahira Bonaparte et la France ?

(I) Brouillé avec Bonaparte, Barras se retirera à Gros-Bois. Exilé a 40 lieues de Paris, il se fixera à Bruxelles, où il étalera une grande fortune. Revenu à Marseille en 1813, il sera dénoncé comme conspirant avec les Anglais pour Louis XVIII, et sera exilé à Rome. Revenu à Montpellier, il y conspirera encore. Rentré à Paris, après la Restauration, retiré à Chaillot, il sera consulté par Louis X VIII; et l'on ne peut guère douter qu'il ne conspire pour lui dès H97.

mirtcToiRE. — 1799.

Et que dire d'un Sieyè$y aussi Prêtre renégat, qui sans doute rendit de grands services à la Révolution en I78t), mais qui depuis semble être devenu l'ennemi du Peuple, après avoir excité son ardeur révolutionnaire ; nomme insotiable, plus vaniteux encore et plus orgueilleux que capable ; égoïste, ambitieux ; assez roué politique pour qu'on l'accuse de trahison ; insensible et sanguinaire , despote et tyran ; qui, au lieu de faire marcher et de perfectionner légalement la Constitution qu'il a juré de défendre, conspire déloyalement contre elle; qui complote le coup d'État le plus illégal et le plus perfide pour satisfaire son amourpropre de publiciste ; qui se montre révolutionnaire quand c'est dans son intérêt, qui pousse la présomption jusqu'à vouloir être Roi sous le titre de Grand Électeur; qui se laisse jouer et duper comme un enfant ; qui livre ou plutôt vend la France au Despotisme ; et qui déshonore son talent par sa cupidité (p. 446)?

Quels hommes comparés à ce malheureux Robespierre, tant calomnié par eux, mais si vénéré pour ses vertus, si moral, si désintéressé, si respectueux pour la Représentation nationale, si dévoué au Peuple et si zélé pour la régénération de l'Humanité tout entière !

Nous allons voir un autre homme, homme de génie, qui, s'il a le cœur de Robespierre et son amour pour le Peuple et pour l égalité, pourra consolider le triomphe de la Révolution, faire Je bonheur de la France et préparer celui du Genre humain.

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