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BONAPARTE SB FAIT NOMMER EMPEREUR. — COUP D'OEIL SUR LE CONSULAT

§ 1". — Coup d'état du 19 brumaire contre la Démocratie.

Nous avons vu les premières années de Bonaparte (p. 311 ), sa campagne d'Italie (p. 346), sa campagne d'Egypte (p. 400), et sa conspiration avec Sieyès pour arriver au pou voir (p. 418).

CONSULAT. — i'iM.

Nous allons voir un des plus grands événements de l'histoire, l'un des plus féconds en utiles leçons.

Le 18 brumaire (9 novembre) , dès le grand matin , tous les Généraux, dont quelques-uns sont dans la confidence , sont invitésàse rendre, sur-le-champ, en costume, chez Bonaparte : tous accourent.— Tous les Colonels des régiments en garnison, qui ont demandé à lui être présentés, sont invités à se rendre aux Tuileries, avec leurs régiments, pour être passés en revue : tous s'y rendent. — Sieyès , qui depuis quelque temps a pris des leçons d'équitation , monte à cheval avec Koger-Ducos, et se rend du Luxembourg aux Tuileries, tandis que Barras, Gohier et Moulins, ne se doutent de rien. — En même temps, la Majorité des Anciens, subitement convoquée, accourt aux Tuileries. Là, les Inspecteurs de la Salle annoncent qu'on vient de découvrir une conspiration des Jacobins contre les Conseils (mensonge), par suite de laquelle ils peuvent être à chaque instant poignardés , et proposent, pour sauver leur vie et la République, de transférer, comme l'art. 102 de la Constitution leur en donne le droit, le Corps législatif à Saint-Cloud , et de charger Bonaparte de veiller à sa sûreté... Si tous les Députés avaient été convoqués, peut-être la proposition serait-elle rejetée : mais, violant la Constitution, on a volontairement omis de convoquer la Minorité; et c'est en vain que quelques voix réclament ; le déeret , rédigé d'avance, est adopté, signé à 8 heures, expédié aux 500 et à Bonaparte.

Vers les 9 heures, se reunissent quelques Députés des 500 extraordinairement convoqués, sous la présidence de Lucien et sous la direction des Inspecteurs de la Salle, tous membres de la Conspiration. On se garde bien de convoquer la Majorité. Avant qu'aucune discussion ait pu commencer, le Président communique le décret des Anciens transférant le Conseil à Saint-Cloud. Quelques voix réclament : mais Lucien , invoquant la Constitution contre laquelle il conspire, déclare que toute discussion serait un attentat à la sûreté publique,

lève la séance , convoque le Conseil à Saint-Cloud pour démain midi, et fait fermer les portes avant 10 heures.

Quant à Bonaparte , le voilà nommé Général en chef, non-seulement de la 17e division militaire, de la garnison, de la Garde nationale et de la Garde des Anciens , mais de la Garde des 500 et de celle du Directoire, ce qui est une autre violation delà Constitution.— Aussitôt qu'il a reçu le décret attendu, il le lit à tous les Généraux et officiers qui l'entourent, et leur demande s'ils veulent l'aider à sauver la République contre les Avocats qui la perdent : tous promettent, même le Républicain Lefebvre, commandant la 17edivision, qui consent à devenir son Lieutenant ; et tous montent à cheval avec lui pour l'accompagner à la barre des Anciens. Bemadotte seul, amené par Joseph, son beau-frère, refuse de le suivre et promet seulement de rester neutre.

• Citoyens Représentants, dit-il, la République allait périr; votre décret vient de la sauver ! Malheur à ceux qui voudraient s'opposer à son exécution î Aidé de mes compagnons d'armes, je saurai les arrêtera prévenir leurs efforts... Nous voulons la République... Nous la voulons fondée sur la vraie liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons, je le jure en mon nom et au nom de mes compagnons d'armes! »

Tous jurent... Et le Président répond à Bonaparte :

• Général, le Conseil des Anciens reçoit vos serments ; il ne forme aucun doute sur leur sincérité et sur votre zèle à les remplir. Celui qui ne promit jamais en vain des victoires à la Patrie ne peut qu'exécuter avec découeinent de nouveaux engagements de la servir et de lui rester fidèle. »

Nous verrons la sincérité, le dévouement, la fidélité! — Puis, il publie un Ordre du jour, qui annonce sa nomination et par lequel il nomme :

« Lefebvre son premier Lieutenant; — Andréossi chef de l'état-major-général, ayant sous ses ordres Caffarelli et Doucet; — Mural commandant do toutes les troupes à cheval ; — Lanncs commandaut du palais des Anciens ; ayant pour chef d'état-major Milhaud ;— Mar~ mont commandant de Partilleiïe ;— Berruijcr commandant des Invalides ; — Morand commandant de Paris; — Macdonald eomman-

dantde Versailles; — M or eau commandant de la Garde du Luxembourg ; — Serrurier commandant de la Garde des deux Couseils à Sainl-Cloud. »

Tandis que le Conseil des Anciens adresse aux Parisiens une proclamation terminée par ces mots: « Vive le Peuple, par qui et en qui est la République! » Bonaparte adresse à la Garde nationale cette autre proclamation :

• Citoyens, le Conseil des Anciens, dépositaire de la sagesse nationale, me charge de prendre les mesures pour la sûreté de la Représentation... Le Corps législatif se trouvera à même de tirer la Représentation du danger imminent où la désorganisation de toutes les parties de l'administration nous conduit... Il a besoin de l'union et de la confiance des Patriotes... Ualliez-vous autour de lui •: c'est le seul moyen d'asseoir la République sur les bases de la. liberté civile, du bonheur, de la victoire et de la paix. Vive la République! -

Nous verrons !... Puis une proclamation dit à l'armée :

« Soldats, le décret du Conseil des Anciens est conforme à ta Constitution. Il m'a remis le commandement de la ville et de l'armée; je l'ai accepte pour seconder les mesures qu'il va prendre, et qui sont tout entières en faveur du Peuple. La République est mal gouvernée depuis deux ans. Vous avez espéré que mort retour mettrait un terme à tant de maux ; vous l'avez célébré avec une union qui m'impose des obligations que je remplis : vous remplirez les vôtres, et vous seconderez votre Général avec Yénergie et la confiance que j'ai toujours eues en vous. La liberté, la victoire et la paix, replaceront la République française au rang qu'elle occupait en Europe, et que V ineptie ou la trahison a pu seule lui faire perdre. Vive la Répudlique! »

Puis toujours entouré d'un imposant cortège, il va passer en revue les régiments qui l'attendent dans le jardin, autour duquel le beau temps, le bruit du tambour et le mouvement extraordinaire des troupes, onteonduit une foule de curieux. Là, il harangue habilement les soldats, les flatte, leur annonce un sort meilleur, les prémunit contre les calomnies, proteste qu'il mérite leur confiance, les électrise, et leur arrache un serment d'obéissance au milieu d'acclamations unanimes et des cris de Vive Bonaparte ! Là aussi il commence à parler en son nom comme s'il était un Monarque.

<« Soldats, dit-il dans une de ses allocutions, qu Vt-o» fait de cette

COUP d'état DU 18 BRUMAIRE. 427

France que faoais laissée si brillante ? J'avais laissé la paix, et j'ai retrouvé la guerre... J'avais laissé des victoires, et fai trouvé dos revers... J'avais laissé les millions de l'Italie, et fai trouvé des lois spoliatrices et la misère. •

Comme s'il était déjà Roi quand il est parti 1 Comme si ce n'était pas lui qui a amené lajucrre, les désastres, la perte des millions de l'Italie ! Comme s'il n'avait pas subi lui-même des revers à St-Jean-d' Acre et dans la rade d' Abou kir ! Comme si quelqu'un devait éprouver d'aussi grands revers que lui , à St-Domingue, en Espagne, à Moscou, à Waterloo! Comme si Masséna n'avait pas tout sauvé avant son arrivée !

• Que sont de venus 1 00,000 Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire?... Us sont morts I •

Comme si on ne pouvait pas lui répondre : - Que sontdevenues la paix et l'alliance avec la Porte? Qu'avez-vous fait des 40,000 soldats! des 10,000 matelots, des magniliques canons , des bâtiments et des millions, qui vous ont été confiés? Qu'avez-vous fait de la capitulation de Jaffa, de vos blessés , de vos pestiférés, de vos compagnons ?

• Cet état de choses ne peut durer ; avant trois mois, il nous mènerail au Despotisme. Mais nous voulons la République, la République assise sur les bases de Yégalité, de la morale, de la liberté civile et de la tolérance politique. Il est temps enfin que Ton ronde aux défenseurs de la Patrie la confiance à laquelle ils ont tant de droits! Nous ne voulons pas de gens plus patriotes que les braves qui sont mutilés àu service de la République ! »

Nous verrons si c'est la République, l'égalité, la morale, qu'il veut établir, et si c'est le Despotisme qu'il veut éloigner ! Du reste, le complot est conduit avec une grande habileté : on travaille l'esprit public ;on accapare les écrivains ; on tapisse les murs de Paris , non-seulement de proclamations, mais d'écrits de tous genres, qui invitent le Peuple à s'attacher

« A la fortune du héros dont le nom, la gloire, le génie, l'existence, peuvent seuls assurer l'existence de la République. »

On remarque un dialogue entre un membre des Anciens et un membre des 500. Celui-ci craint un César, un Crom-

well; celui-là répond en citant Bonaparte lui-même qui, quelques jours auparavant, dans une réunion particulière, a dit :

« Mauvais rôle, rôle usé, indigne d'un homme de sens quand il ne le serait pas d'un homme de bien... Ce serait une pensée sacrilège que celle d'attenter au gouvernement représentatif dans le siècle des lumières et de la liberté. Il n'y aurait qu'un fou qui voulût, de gaieté de cœur, faire perdre la gageure de la République contre la Royauté, après Tavoir soutenue avec quelque gloire et tant de périls. *

Nous verrons si Bonaparte n'est pas ce fou qui choisit le rôle sacrilège, indigne d'un homme de bien, pour faire perdre la gageure de la République contre la Royauté !

^Bonaparte s'établit en permanence aux Tuileries, comme un Roi ou un Général en chef qui dirige tout. Là viennent Sieyèset Roger-Ducos pour donner leur démission et diriger avec lui, les Ministres Cambacérès et Fouché, les deux Commissions des Inspecteurs de la Salle. — 11 charge Mural d'aller occuper Saint-Cloud ; Serrurier d'aller occuper lu route au Point-du-Jour ; Latines de garder les Tuileries ; Moreau d'aller bloquer les trois Directeurs au Luxembourg. 11 ordonne h Jubé, commandant de leur Garde , de les trahir, de les abandonner et de venir le rejoindre. — D'accord avec Talleyrand et Réal , Fouché suspend l'Administration départementale et les 12 Municipalités, et fait afficher une proclamation dans laquelle il les invite à l'ordre (à la servitude) en protestant qu'il s'agit de sauver la République. — Ainsi, tout est organisé pour la conspiration et l'attaque; tout est désorganisé pour la défense.

C'est alors seulement que Gohier et Moulins s'aperçoivent de la conspiration. Ils courent chez Barras, qui s'emporte en injures contre le trompeur Bonaparte , et qui promet de résister avec eux. — Mais à peine l'ont-ils quitté qu'il envoie son secrétaire Bottot aux Tuileries pour savoir ce qui s'y passe, et que Talleyrand vient de la part de Bonaparte lui demander sa démission , en lui offrant repos et fortune. et , trahissant de nouveau ses deux collègues , il consent à

tout, et part à l'instant pour sa terre de Gros-Bois, escorté par 30 dragons.

Gohier et Moulins ne s'en rendent pas moins aux Tuileries pour essayer de ramener Sieyès, Roger-Ducos et Bonaparte lui-même : quelle niaiserie !

C'est là que Bonaparte, apprenant que le faubourg St-Antoine s'agite autour de Santerre (ce qui indique que la Nation n'est pas toute avec lui), dit à Moulins : « Santerre est votre - parent : avertissez-le que , s'il bouge t je le fais fusiller. » Comme si ce ne serait pas un assassinat! Comme si l'on n'avait pas plus de droit de le fusiller lui-même !

Puis il répond aux reproches de Gohier : « La République « est en péril ; il faut la sauver; je le veux,.. Vous n'êtes • plus que deux ; vous ne pouvez rien. - Et il les fait emprisonner séparément par Moreau chacun chez lui, ce qui est un attentat , une violation de toutes les lois et de la Constitution , un assassinat contre la liberté. Les deux Directeurs envoient une adresse aux Conseils pour leur annoncer qu'ils iront à Saint-Cloud pour défendre la Constitution : mais Bonaparte violeencore celle-ci en interceptant l'adresse

Puis les conspirateurs tiennent conseil , le soir, aux Tuileries , sur ce qu'on fera le lendemain ; et les meneurs des Anciens, etfrayés déjà de la domination militaire, voudraient qu'on se bornât à remplacer Barras, Gohier et Moulins, en nommant Bonaparte, Sieyès, Roger-Ducos et deux autres : mais Bonaparte exige l'annulation de la Constitution de l'an 3 et du Directoire , l'ajournement du Corps législatif et la nomination de 3 Consuls provisoires, lui, Sieyès et Roger-Ducos, avec la Dictature et le droit de faire une nouvelle Constitution ; et les faibles , timides, lâches et criminels Anciens, plus enrayés , subjugués, consentent à tout : le décret est rédigé.

Le révolutionnaire Sieyès propose même d'arrêter, dans la nuit , 40 des principaux Députés des 500 : mais Bonaparte repousse cette précaution comme inutile.

Mais que font donc les Démocrates, quand la conspira-

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lion , déjà presque évidente depuis le retour de Bonn parte , devient manifeste aujourd'hui ? Comment lutter en respectant la Constitution contre des conspirateurs qui la violent? Comment empêcher le coup d'État militaire, si les Députés se rendent dans la souricière de Saint-€loud (loin du Peuple et au milieu de l'Armée) ; si les Généraux démocrates , Iicrnadotie , Jour dan , Augereau , ne se mettent pas à la téte de quelques troupes et les Députés à la tète des patriotes ; si personne ne parle et n'écrit pour démasquer les conspirateurs, pour éclairer les soldats et le Peuple? Comment résister à César ou Cromwell autrement qu'en imitant Brutus? — Mais, tandis que la conspiration a un chef et un chef habile, une armée de Généraux et de grands fonctionnaires, une autre armée de soldats, tous disciplinés, ambitieux, ardents au combat, le Parti Démocrate, qui compte beaucoup d'excellents citoyens, courageux et capables de dévouement, ne possède aucun homme supérieur qui puisse le rallier et le diriger: le vieux Jourdan, aussi dévoué que brave, aussi estimé que respecté, n'est ni assez homme politique ni assez actif ; Augereau est trop peu éclairé et trop emporté ; Btrnadotte, qui pourrait être chef, n'est pas alors assez ambitieux ou assez dévoué ou assez hardi pour en prendre le rôle; et c'est inutilement que les patriotes courent, s'agitent, s'indignent , s échauffent et voudraient résister : faute de direction et d'ensemble, le Paiti populaire, quoique plus nombreux et plus fort, ne peut faire qoe des fautes, des témérités-et d'impuissantes tentatives; et, il faut le dire, il faut le proclamer, ici comme depuis le 9 thermidor, la cause du Peuple succombe par imprudence et par inhabileté, tandis que la cause delà Bourgeoisie triomphe par l'adresse et la capacité de ses chefs.

Tous les Députés Démocrates sentent le péril pour leurs personnes; tous prennent courageusement la résolution de tout braver pour remplir leur mandat : mais point de chef, point de dircctiôn, point d'ensemble... Y aura-t-il au moins un Brutus?

Bonaparte a fait préparer à Saint-Ckmd trois salles, la galerie de Mars pour les Anciens, Y Orangerie pour les Cinq- Cents, et une troisième pour lui , Sieyès et les conspirateurs, entre les deux premières , qui se trouvent ainsi sans communication.

Le 19, on arrive à midi ; mais les salles n'étant pas encore prêtes, on se promène dans la cour jusqu'à deux heures; les Députés des Cinq-Cents manifestent leur résolution de défendre la Constitution ; et les Anciens, qui ne s'attendaient pas à cette courageuse résistance, et qui redoutent de plus en plus la domination militaire , commencentà s'épouvanter et à reculer. Plusieurs des conspirateurs voudraient se réunir aux Cinq-Cents, résister avec eux, révéler la conspiration , dénoncer Bonaparte et leurs complices, et courir soulever le Peuple à Paris... Que va-t-il arriver? Bonaparte sera-t-il poignardé, mis hors la loi , fusillé?... La victoire est si douteuse que Sieyès et beaucoup d'autres ont fait préparer des chaises de poste pour prendre la fuite. Mais , auparavant, l'ambitieux et cruel Sieyès propose et fait adopter les violences les plus sanguinaires. Si Jourdan , Augereau, Bernadotte, veulent haranguer les troupes, on les sabrera sans les laisser parler... Si le3 Cinq-Cents se présentent en masse, on les fusillera...

Enfin, à deux heures, la séance s'ouvre aux Anciens , au bruit de la Marseillaise; les troupes (auxquelles., dès le mntin, on a envoyé toutes les brioches trouvées à Paris pour les mieux exciter à boire , qu'on a enivrées, irritées par mille calomnies contre les avocuis et les pékins), sont en bataille, et Bonaparte est à cheval avec tous ses Généraux.

Aux Anciens, la Minorité, qui n'a point été convoquée hier, commence par se plaindre de cette escobarderie qui rend nul le décret de translation. Les Inspecteurs ont l'impudence d'affirmer qu'ils ont convoqué tous les membres ; et quand on apprend que quatre Directeurs ont donné leur démission, on pousse l'hypocrisie jusqu'à demander aux Cinq-Cents des candidats pour les remplacer. *

Aux Cinq-Cents , l'un des conspirateurs , Gaudin , démande la parole et s'efforce d'effrayer en parlant des démagogues, des haches de la Terreur suspendues sur toutes les têtes et qui ne tiennent qu'à un fil... Il propose : 1° de remercier les Anciens d'avoir sauvé la République par le décret d'hier ; 2° de nommer une Commission de 7 membres pour faire un rapport (tout prêt) sur les dangers publics, et pour présenter des moyens de salut (tout prêts aussi , l'ajournement et le Consulat provisoire). . . Et si cette proposition est adoptée, la révolution est faite.— Mais Delbrel dénonce les vrais conspirateurs et demande la Constitution ou la mort. Et à l'instant éclate le plus violent orage : Point de Dictature! s'écrie une foule de voix. A bas les Dictateurs!^.. Vive la Constitution !... Les baïonnettes ne nous effraient pas! le serment à la Constitution!... Et c'est en vain que Lucien veut rappeler à l'ordre , se couvre ; toute l'Assemblée , entraînée par l'énergie de la Majorité , prête unhnimlment le serment par acclamations. On décide même que le serment sera prêté par appel nominal à la tribune (faute énorme qui va faire perdre deux ou trois heures et refroidir l'enthousiasme) ; et Lucien, ainsi que les autres conspirateurs, n'osent pas refuser de le prêter eux-mêmes , et consentent à se parjurer ; Augereau , cependant , fait pour ainsi dire défection , et reste dans la cour avec Gareau , Porte, et quelques autres. On assure même qu'il a la lâcheté de trahir ses collègues en offrant ses services à Bonaparte, qui n'en veut pas. — On décide alors un message aux Anciens pour connaître lesroott/»de la translation.— Recevant la démission de Barrrs (Sieyès n'ose pas notifier la sienne), on veut procéder au remplacement. — Cependant, cette résistance des Cinq-Cents achève d'ébranler les Anciens. — Et alors, poussé par Sieyès, Bonaparte se décide à se présenter devant eux à la tête de son État-major.

- Citoyens Représentants, dit-il d'une voix émue et entrecoupée , vous êtes sur un volcan.,. Permettez-moi de vous parler avec la franchisr (Tun soldat. ( Quel blasphème !) Vous avez transféré le Corps

législatif à Saint-Cloud. Vous m'avez appelé pour assurer l'exécution de votre décret. J'étais tranquille à Paris (mensonge) quand je l'ai reçu. A l'instant (mensonge) j'ai appelé mes frères d'armes. Je suis sorti de ma demeure pour vous o6^tr (mensonge) ; nos intentions sont pures (non), désintéressés (non); et pour prix du dévouement (non) que nous avons montré hier, aujourd'hui déjà on nous abreuve de calomnies (de vérités), moi et mes compagnons d'armes; on parle d'un nouveau Cromirell , d'un nouveau César ( on a bien raison ! ) ; on dit que je veux établir un gouvernement militaire (oui)... Citoyens , si j'avais voulu opprimer la liberté de mon pays et usurper l'autorité suprême, ce rôle m'eût été facile au retour d'Italie , au moment du plus beau triomphe, lorsque la Nation , l'armée et les partis m'invitaient (non) à m'en emparer... Je ne l'ai pas voulu alors , et/<? ne le veux pas aujourd'hui (mensonge)... »

Que de mensonges déjà 1 Quelle ignoble comédie ï

« Je vous le jure (parjure) , Représentants du Peuple , la Patrie n'a pas de plus zélé défenseur que moi ; je me dévoue (non) tout entier pour faire exécuter vos ordres. Mais c'est sur vous seuls qne repose son salut ;... car il n'y a plus de Directoire (il faut en nommer un autre) ; quatre Directeurs ont donné leur Démission ( par suite d'un complot avec lui) , et le cinquième a été mis en surveillance (crime 1 ) pour sa sûreté (non!). Les dangers sont pressants (non); le Ministre de la police vient de m'averlir (rouerie) que, dans la Vendée, plusieurs places étaient tombées entre les mains des Chouans... Représentants, ne consultez que votre sagesse (farce) et l'imminence des dangers. Évitons de perdre ces deux choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacriôces, la liberté et Végalitè (Ruse! on va les détruire!) »

Le Député Linglet lui criant : « Et la Constitution! » il répond :

• La Constitution ! Vous n'en avez plus ! (Voilà le masque jeté ! ) Vous sied-il de l'invoquer ? C'est vous qui l'avez détruite, le 18 fructidor, le 22 floréal et le 30 prairial. »

Mais c'est lui , Bonaparte, qui a envoyé Augereau pour faire le 18 fructidor; c'est Sieyès qui Ta dirigé; ce sont Sieyès et Lucien qui ont organisé et exécuté le 30 prairial ; et, depuis, Bonaparte et Lucien n'ont jamais cessé d'invoquer et de jurer la Constitution. C'était donc une ignoble hypocrisie, une détestable perfidie!

« La Constitution! Elle est méprisée par tous les partis (non).

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Tous les partis v eulent la détruire (non). La Constitution , n'est-ce pas en 6on nom que vous avez exercé toutes les tyrannies ? »

Voici les Anciens , dont il vantait tout-à-l'heure la sagesse, transformés par lui en tyrans! C'est flatteur et rassurant pour eux !

- Représentants , ne voyez pas en moi un misérable intrigant (Quelle idée 1 ) qui se couvre d'un masque hypocrite (Comment peutil supposer qu'on peut le voir ainsi) ! J'ai fait mes preuves ( comme Dumouriez et Pichegru avant leur trahison) de dévouement à la République ; et toute dissimulation m'est inutile (Elle lui est nécessaire)... Sauvons Végalité, la liberté ! (Quelle dissimulation ! ) Je vous déclare qu'aussitôt que les dangers qui m'ont fait conlier des pouvoirs extraordinaires seront passés, j'abdiquerai ces pouvoirs. (Mensonge.) Je ne veux être, a l'égard de la magistrature que vous aurez nommée, que le bras qui la soutiendra et fera exécuter ses ordres. «»

Et il ne conspire que pour être , ce soir même, Consul , dictateur, et plus tard Empereur et Roi !! ! — Puis il affirme qu'on lui a fait des propositions, et fait entendre que ce sont les Démocrates, ce qui est manifestement faux. Alors Cornudel, l'un des conspirateurs, s'écrie : « Qui douterait maintenant qu'il y eût une conspiration jacobine ? Celui devant qui l'Europe et l'Univer3 se taisent d'admiration est là ; c'est lui qui vous atteste l'existence de la conspiration; sera-t-il regardé comme un vil imposteur ? (Quelle supposition !) Je vous le déclare, j'ai participé à la mesure de translation qui vous a été proposée. Où est le crime d'avoir prévu cette conspiration jacobine par une conspiration plus sainte ? ( 11 avoue la conspiration de Bonaparte , tandis qne l'autre est supposée.) »

La Minorité criant à Bonaparte de nommer les conspirateurs qu'il dit lui avoir fait des propositions, il ajoute :

- Les Directeurs Barras et Moulins m'ont proposé de me mettre à la tête d'un parti tendant à renverser tous les hommes qui ont des idées libérales (c'est-à-dire Sieyès et les ennemis de la Constitution , pour conserver la Constitution). »

« Si le Conseil des *>00, reprend le conspirateur Cornudet, se refusait à sauver la Patrie , ce serait a nous à la sauver seuls. (C'est de l'anarchie, de la révolte !) Songeons que, si la liberté est perdue pour nous, elle est perdue pour Vunivers entier! - (Hypocrite ! ) Puis Bonaparte s'efforce encore de rassurer les Anciens.

a Je le répète, reprend-il, qu'on ne croie point que je veuille n? emparer du pouvoir. (On le croit donc ! ) On me Ta offerl depuis mon retour à Paris. T.cs différentes factions sont venues sonner à ma porte ; je ne les ai point écoutées, parce que je ne suis d'aucune coterie, parce que je ne suis que du grand parti du Peuple français... (Il faut alors respecter ses Représentants 1 ) Je n'ai accepté l'autorité que vous m'avez confiée que pour soutenir la cause de la République. (Mensonge.) Je ne vous le cache pas , je n'ai compté que sur le Conseil des Anciens : je n'ai point compté sur le Conseil des 500 , qui est divisé ; sur le Conseil des 500 , où se trouvent des hommes qui voudraient nous rendre la Convention , les Comités révolutionnaires, les échafauds et l'horrible régime de la Terreur (calomnie pour effrayer) ; sur le Conseil des 500, où les chefs de ce parti viennent de prendre séance en ce moment ; sur le Conseil des 500 , d'où viennent de partir des émissaires chargés d'aller organiser un mouvement à Paris. (Mensonge adroit, mais horrible, pour effrayer les Anciens.) Que ces projets criminels ne vous effraient point ; environné de mes frères d'armes , je saurai vous en préserver. J'en atteste votre courage , vous , mes braves camarades 1 vous, grenadiers, dont j'aperçois les bonnets ! vous, braves soldats, dont j'aperçois les baïonnettes !... Si je suis un perfide (quelle idée !) soyez tous des Brutus ! (H justifie d'avance un Brutus.) Et vous» mes camarades, vous, braves grenadiers, que ces baïonnettes se tournent contre mon cœur. (Comment ne pas croire à sa sincérité? ) Mais si quelque orateur payé par l'étranger (horrible calomnie ! ) parlait de me mettre hors la loi, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même! (Langage de Cromwel.) Que la foudre de la guerre Vécrase à l'instant ! ( Criminelle menace.) J'en appellerais à vous , mes braves compagnons d'armes ! à vous , braves soldats , que j'ai tant de fois menés à la victoire l à vous, braves défenseurs de la République, avec lesquels j'ai partagé tant de périls pour affermir la liberté etf égalité! Songez que je marche accompagné du Dieu de la fortune et du Dieu de la guerre ! Délibérez , nous exécuterons. »

Ainsi, ce sont les compagnons d'armes, les Généraux, la Fortune et la Guerre qui sont les maîtres de la Représentation nationale, d'une Assemblée de Législateurs qui représentent mieux peut-être qu'à aucune autre époque la volonté de la Nation ( p. 386 ). Et que sont ces Généraux ? Écoutons M. Thiers !

- Toutes les dilapidations , ditril , se sont les Généraux et les Étatsmajors qui les ont commises et qui en ont profité. Ils ont pillé les pays conquis , faille profit sur la solde (des absents) , et partagé (jusqu'à 40 pour 100) le profit des compagnies de fournisseurs... »

AU

Voilà les camarades de Bonaparte ! Voila les patriotes qui jugent la Représentation .' Voilà les braves qui , les armes à la mai», vont attaquer des Législateurs désarmés!

Le Conseil, considérant comme insignifiant ce que Bonaparte a dit de Barras et de Moulins, délibère et décide qu'il dévoilera dans toute son étendue le complot qui menace la République. — Mais il ne dévoile rien , et se borne à affirmer que ta Constitution ne peut sauver la Patrie, et qujl faut se hâter de la remplacer par une autre, comme si c'était à lui à décider ces questions1.

« Si vous hésitez, ajoute-t-il , si la liberté périt, vous en serez comptables envers l'Univers , la Postérité, la France et vos familles. »

Si la Constitution est imparfaite, il faut que son imperfection soit reconnue légalement et que la révision soit faite constitutionnellement. Mais c'est Bonaparte qui, seul, décide tout. Et les Anciens, partie complices, partie effrayés , ont la lâcheté de consentir. Et, pour les épouvanter d'avantage, le conspirateur Courtois vient mentir en affirmant qu'on organise un mouvement à Paris.

C'est alors que Bonaparte sort. — Delphonse le réfute avec une raison manifeste qui ne permet pas de réplique :

« Le Général dit qu'on a abusé de la Constitution : lie bien 1 c'est dans la Constitution qu'il faut en trouver le remède. (Oui.) On peut donner à la France un Directoire plus digne d'elle et propre à sauver la liberté (oui) ; mais toutes les mesures doivent être prises par le Corps législatif entier et conformément à la Constitution. (Oui). Tout ce qui s'écartera de cette base . loin de sauver la République , rétablira la Royauté... (Oui.) Jurons donc fidélité à la Constitution ! »>

Le conspirateur Cornudet veut répondre : que dira-t-il?

« Je vous conjure, dit-il, de ne plus vous laisser enchaîner par de prétendus principes , par des abstractions funestes. Qu'entend-on par la Constitution? Est-ce la souveraineté du Peuple, la liberté, l'égalité, la division et l'indépendance des pouvoirs? J'y jure obéissance. Mais, au nom de ces bases sacrées, gardons-nous de rétablir un Directoire tyrannique qui les tue... (Mais c'est votre Sieyès ! D'ailleurs, nommez d'autres Directeurs , revisez constitulionnellement ! ) Plus d'abstractions ! revenons au bon sens ! (Mais vous l'outragez I ) »

Guyonnard demande aussi le serment ù la Constitution, lorsque les conspirateurs Fargues et Courtois accourent annoncer que Bonaparte vient d'être accueilli aux 500 avec despoignards, par Arena, et que le Général les prie de déjouer le mouvement contre-révolutionnaire que des émissaires partis des 500 vont organiser à Paris. (Que d'infâmes mensonges! )

Alors se font entendre du dehors des clameurs, le bruit des armes, un violent tumulte... Beaucoup de Députés sortent... Quelques-uns voudraient se joindre aux 500 contre Bonaparte... Le reste se forme en Comité secret, et nomme une Commission de 5 membres... Mais rien n'est décidé quand arrivent lucten et plusieurs Députés qui annoncent... Allons d'abord aux 500.

Nous avons vu sortir Bonaparte : entraîné par une confiance aveugle, il se présente aux Cinq-Cents, escorté de quelques grenadiers, qu'il laisse à la porte, dans l'intérieur.

La salle de X Orangerie est longue, éclairée par des fenêtres de plein-pied qui donnent sur le jardin, avec une seule porte latérale. Le bureau et la tribune sont adossés contre le mur entre les deux fenêtres du milieu ; et les Députés sont assis sur 10 ou 12 rangées de bancs mobiles placés parallèlement en face de la tribune, des fenêtres et du jardin, avec un long espace vide entre les bancs et les fenêtres.

A peine Bonaparte, en uniforme et en armes, découvert, parait-il à quelques pas de la tribune, à peine a-t-il prononcé quelques paroles, que tous les Députés se lèvent en criant : À bas le Dictateur, à bas le Tyran! — Beaucoup s'élancent de leurs bancs pour courir à lui ; et si l'un d'eux est parti de Paris avec la résolution d'être Brutus, le favori des Dieux, de la Fortune et de la Guerre, va tomber sous la main de la Déesse delà Liberté... Bigonnet (1), député de Màcon, de haute taille, l'œil ardent, s'avance le premier... Bonaparte,

(1) Nous tenons tous ces détails d'un Député qui était assis à côté (le Bigonnet, au milieu, vis-à-vis la tribune.

qui croit qu'il vient pour le frapper, se tourne vers lui en tendant se9 deux mains comme pour parer un coup et en criant: Citoyen!., citoyen!., comme pour dire: ne me frappez pas!... Et Bigonnet, le saisissant sous les coudes, le soulève et le pousse violemment vers la porte en lui disant: - Sors d'ici, misérable! tu violes le sanctuaire des lois! et les cris continuent. — Ainsi repoussé, pâle et troublé, Bonaparte fait quelques pas du côté de la porte, lorsque les grenadiers s'approchent, l'enveloppent et remmènent, sans qu'il ait pu prononcer autre chose que quelques phrases entrecoupées, sans qu'il ait été entouré par les Députés ni menacé par aucun poignard.

On prétendra cependant que les Députés l'ont entouré pour le frapper; qu'A rèna et d'autres ont levé le poignard sur lui; et que le grenadier Thomè a eu ses habits percés d'un coup de poignard... Mais ce sont les conspirateurs qui le diront pour justifier leurs violences. Bonaparte, dans son trouble, peut même avoir cru voir un poignard ; mais l'effroi l'a trompé : Àréna , placé à l'autre extrémité de la salle , ne s'est point approché de lui ; et si quelqu'un avait apporté un poignard pour le poignarder, il aurait été poignardé. Et si un nouveau Brutus avait immolé ce nouveau César au pied de la tribune, pour qui la Postérité aurait-elle des malédictions? Ne peut-elle pas reprocher aux Républicains de n'avoir été que des avocats et des parleurs , quand il n'y avait que le poignard qui pût arrêter les criminelles baïonnettes? N'estce pas même une puérilité de crier à bas le tyran, et de le laisser sortir, quand il a 20 Généraux et 8 à 9,000 hommes disposés à tout tuer pour sauver leurs têtes compromises?

Pendant ce temps, les cris continuent à bas le Tyran ï hors la loi! hors la loi! aux voix le décret de hors la loi! — Mais Lucien (qui, quelques jours auparavant, invoquait la mise hors la loi contre tout Dictateur ( p. 403 ), ne peut se décider à mettre aux voix un décret contre son frère ( il fallait d'abord le remplacer) et s'efforce de l'excuser.

- Nul de vous, dit-il, ne peut soupçonner de projets libertkides

coui» d'état du 18 BRUMAIRE. i39

celui... — Bonaparte s'est conduit en Roi ! crie Pun. — Bonaparte a perdu sa gloire ! crie un autre. Je le voue à Copprobe , à V exécration des Républicains et de tous les Français ! ( Beaucoup applaudissent, quelques-uns murmurent.) — « Je demande , crie une voix , que le Général soit traduit à la barre pour y rendre compte de sa conduite. -

Effrayé de l'énergie inattendue des Démocrates, croyant tout perdu, Lucien appelle au fauteuil le vice-président Chazalj et déclare qu'il ne peut conserver la présidence d'une assemblée dont son frère a perdu la confiance. On le presse de reprendre le fauteuil ( puérile politesse dans un pareil moment!) H reprend la présidence... Mais les cris de hors la loi recommencent avec plus de force... On met aux voix une foule de propositions; on demande le décret dehors la loi... Et Lucien, exténué de fatigue, troublé, croyant le décret appuyé, presque voté, tombe suffoqué par ses larmes... Puis il quitte le fauteuil descend à la tribune, et y dépose sa toque, son manteau, son écharpe, tandis que Destrem s'efforce de le consoler en lui disant que la faute de son frère n'est pas la sienne.

Bientôt arrive seul un lieutenant de la Garde des Cinq- Cents , qui monte à Chazal , le prenant pour Lucien , qui descend à la tribune , qui saisit Lucien par le bras , et qui remmène, sans costume, si troublé qu'il s'écrie : « Quoi! vous me faites arrêter ! -

Les cris continuent ; mi lie propositions se succèdent et se croisent , parce qu'il n'y a ni chef ni direction , parce qu'on n'a rien prévu , rien préparé. Digue ffe , Bertrand , Tolot , Destrem , Grandmaison , demandent qu'on décrète que Bonaparte n'a pas pu recevoir le commandement de la Garde des Cinq -Cents; Sherlok propose de sortir, en corps, en costume, le Président en tête, d'aller se mettre sous la sauve garde des troupes, et de les engager à escorter le Consei l au lieu de ses séances à Paris.

C'est en vain qu'on propose aussi de déclarer que les 6,000 hommes qui se trouvent à Saint-Cloud forment la Garde des Cinq-Cents et d'en conlier le commandement à

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