‹ 18 fructidor: documents pour la plupart inéditsChapitre 130 sur 180 · PERPIGNAN I · texte numérisé non relu

PERPIGNAN I

BouRRET, prêtre

9 frimaire an vi — 29 novembre 1797.

[Bernard Bourret, soixante ans, ci-devant chanoine de Bassoues (Gers); déporté à Bordeaux, le i5 ventôse an ii; le 28 ventôse an m, il était encore détenu à la maison d'arrêt du petit séminaire de Bordeaux, lorsqu'un arrêté du Comité de sûreté générale ordonna sa mise en liberté, ce qui fut sur-lechamp exécuté. Il n'était pas sorti du territoire de la République. Cependant il fut arrêté le 16 brumaire an vi — 8 novembre 1797, à Bassoues : il comparut le même jour devant l'administration centrale du Gers. Voici son interrogatoire 2 :]

L'an six de la République française une et indivisible et le dix-neuf brumaire, a été conduit par-devant Fadmi-

attroupement de plus de 3,ooo personnes, 42 ans : il fut déporté à l'île d'Oléron, n" i32. Libéré le 24 juillet 1800; il établit un séminaire à Ghambon ; f 10 décembre 1819. — Cf. /es Evcqucs de Niines, etc., et la Terreur sons le Directoire, p. 44o, 44^5 455.

1. Nous avons vu {supra, Bordeaux, p. 292) que la commission de Perpignan fut mêlée à Tafifaire Bordes, qui se dénoua délinitivement devant la commission de Bordeaux.

2. J'emprunte ces renseignements à une réclamation présentée sous la Restauration par le frère et les neveux de Bourret. M. l'abbé Torreilles, professeur au grand séminaire de Perpignan, auteur d'une remarquable Histoire du clergé des Pyrénées-Orientales pendant la Révolution, a bien voulu copier à mon intention : 1° cette réclamation, dont je viens de donner le résumé ; 2° Finterrogatoire qui suit. Ces pièces proviennent des archives des Pyrénées-Orientales, Q. 5;i, Ci". Lamazouade, Histoire du clergé du Gers pendant la Révolution.

nistration centrale par la brigade de Miraiide le prêtre Bernard Bourret. Le commandant, en conséquence, a exhibé un procès- verbal en date du i6 brumaire courant, qui constate que ledit Bourret a été arrêté ledit jour dans la commune de Bassoues, maison de la Hangotte.

Le président a interrogé ledit Bourret de la manière suivante.

D. — Gomment vous appelez-vous ?

R. — Bernard Bourret.

D. — Quel est votre âge ?

R. — Environ soixante ans.

D. — Quelle est votre qualité ?

R. — Ci-devant chanoine de Bassoues.

D. — i^vez-vous prêté le serment de la liberté et de l'égalité ?

R. - Non.

D. — Êtes-vous jamais sorti du territoire de la République ?

R. — Non; mais qu'il a été déporté à Rochefort en 1793, et qu'il fut mis en liberté, en vertu d'un arrêté du Comité de sûreté générale, en date du 28 ventôse an m.

D. — Etes-vous sur la liste des émigrés ?

R. — Non. — Le président observa au répondant qu'il a été inscrit, et, après cette observation, il reprend cependant :

D. — Vous y étiez cependant inscrit. En avez-vous été rayé définitivement ?

R. — Ne sachant pas que j'étais inscrit, je n'ai pu faire aucune démarche pour en être rayé.

D. — Pourquoi n'avez- vous pas obéi à la loi du 19 fructidor dernier, qui vous ordonne de sortir de la République ?

R. — Tout le monde me disait que je n'étais pas sujet

à cette loi, et que je serais regardé comme émigré si je sortais du territoire de la République.

D. — Avez-vous exercé les fonctions du culte catlio. lique ?

R. — Je ne les ai pas exercées publiquement, mais en particulier, lorsque j'en ai été prié. Je n'ai jamais dit la messe.

D. — En quoi avez-vous donc exercé le ministère de votre culte ?

R. — En faisant quelques baptêmes et en donnant quelques bénédictions nuptiales.

D. — Avez-vous fait la déclaration prescrite parla loi du 7 vendémiaire ?

R. — Gomme je ne faisais pas de fonctions publiques, personne ne me l'a demandée.

D. — Il paraît par les morceaux de lettres déchirées qu'on a trouvés parmi vos papiers que vous [y] parlez de la loi du 3 brumaire. Vous étiez donc instruit qu'il y avait des lois qui vous regardaient, et il est donc présumable que vous connaissiez celle du 7 vendémiaire. Or cette loi veut que vous offriez cette soumission et non qu'on vous la demande.

R. — Cet ami, qui m'écrivait cette lettre, me dit luimême que ni la loi du 7 vendémiaire, ni celle du 19 fructidor, ne me regardaient pas.

D. — Quel est cet ami qui vous écrivait ?

R. — Il n'est pas nécessaire que je vous dise son nom.

D. — Parmi les papiers trouvés chez vous, il existe un registre de naissances et de mariages; pourquoi le tenezvous ? Vous assuriez-vous que les parents et les époux feraient retenir acte de leurs mariages, des naissances de leurs enfants, par l'officier civil ?

R- — Je tenais ce registre, croyant que ce n'était ni

utile, ni dangereux; mais je recommandais aux parents et aux époux d'obéir à la loi, en faisant enregistrer ces actes dont il s'agit par l'oflîcier civil.

D. — Tous les efTets inventoriés plus haut vous appartiennent-ils, et dans le cas contraire, quels sont ceux qui ne vous appartiennent pas ?

R. — Ne m'appartiennent pas, savoir : le calice, la patène, la pierre, la chasuble, le missel et généralement rien de ce qui est au service du culte, les cinquante louis en espèce, les fusils. La clef m'avait été confiée; mais elle ne m'appartient pas, non plus que la malle dans laquelle ont été trouvés ces effets. Ces effets appartiennent à la maison où j'habitais.

D. — Comment se peut-il que, les deux sacs d'argent ayant été trouvés dans la malle dont vous avez la clef, ainsi que votre tabatière d'argent et autres effets à vous appartenant, il n'y ait que cet argent qui ne vous appartienne pas ?

R. — Il est vrai qu'une partie de l'argent, la tabatière et quelques autres effets m'appartiennent, mais je persiste à dire que tous ces effets ne m'appartenaient pas, la clef de la malle qui renfermait ces objets à moi et des objets appartenant à la maison où j'étais, était tenue, vu la confiance que me donnait le maître de la maison, indifféremment par lui ou par moi.

Lecture faite du présent dans son entier, écrit sur deux' feuilles de papier mises l'une dans l'autre, et poussée depuis la première jusqu'à la dernière page, le répondant a été invité à le signer, s'il le trouvait fidèlement rédigé, ce qu'il a fait.

Les gendarmes observent qu'il a été trouvé dans ime armoire un couteau d'or et d'argent ; que cette armoire appartenant au maître de la maison, il est évident que

rargciit et For trouves dans la maison n'appartenaient pas à ce maître; à moins de supposer qu'il eut la singularité de tenir son argent dans plusieurs lieux.

ïl. — Qu'il persiste.

Nouvelle lecture a été faite de cette observation.

BouRRET cadet, Hrr Pierre, Baylas, administratew d'administration centrale, et Manas, signés.

[La comparution devant la commission militaire eut lieu le 9 frimaire an vi; Bourret fut exécuté dans les vingt-quatre heures (Pétition de la famille).]

Pierre Cabanes, de Maiireillas

12 ventôse an vi — a mars 1798.

Tisserand, arrêté le i4 frimaire an vi, avec Baudile Sanyé, accusé de lui avoir donné asile. Celui-ci fut renvoyé devant le tribunal criminel. Quant à Cabanes, il fut, par jugement du 12 ventôse, condamné à être fusillé.

Archives des Pyrénées-Orientales, L. 2i5 ' .

I. Des recherches que M, Tabbé Torreilles a pris soin de faire à mon intention dans les archives des Pyrénées-Orientales, il résulte que, si les arrestations furent assez nombreuses, les poursuites n'allèrent guère plus loin. On traquait les prêtres, les riches propriétaires, les émigrés qui rentraient pour piller les récoltes des acheteurs de leurs biens, les gens non Roussillonnais, et les Roussillonnais contre lesquels s'exerçaient des rancunes locales ou personnelles ; mais, en fait, faute d'inscription sur la liste des émigrés, ou par suite de radiations provisoires, la poursuite manquait de base, et la commission militaire, relativement bénigne, restait désarmée.

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